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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 09:50
Craie de charbon.   Pascal

sujet semaine 08/2016 - clic

 

Aujourd’hui, je serai plutôt pragmatique, je serai le petit visiteur de premier degré, l’insolent profane, le manar d’une chaîne de peinture de chez Renault, égaré devant cette interprétation très personnelle de l’art.

Comment ? De l’art ?... C’est une œuvre, ça ?... Les seuls vrais artistes sont ceux qui entrouvrent la porte de notre imagination et non pas ceux qui affichent leurs réponses accablantes dans tel ou tel contexte surréaliste.

Gourou, elle a pris le seul créneau qui était encore libre ; celui de réveiller les consciences en stigmatisant les terribles faits divers dans ses œuvres interrogatives ; elle joue les épigraphes avec ses panneaux de sensibilisation moderne. Mais je ne rentrerai pas dans cette introspection nébulo-spéculative. Je suis le petit visiteur du début, l’ouvrier peintre, percuté de plein fouet par les frasques fantaisistes de cette américaine diplômée.

 

Dites, les curieux, vous avez fait le tour de sa galerie ? Elle travaille en bicolore, cette brave dame, ou quoi ?... Elle a peut-être les yeux pers ou bien, elle est daltonienne. Vous êtes-vous rendu compte de ses visions abracadabrantes ? ‘Tain, racontées, les impressions picturales de la dadame allongée sur un sofa feraient la fortune de ses psychiatres.

Je dois l’avouer, il faut la traduction de l’œuvre pour faciliter la comprenette des gens ordinaires. Moi, les catachrèses, le deuxième degré, je n’y comprends rien. Toute la semaine, malgré mon masque, j’ai pris des laques, des solvants, des durcisseurs, plein la gueule dans mon caisson à peinture, alors cet univers onirique bicolore, ça me passe au-dessus de la tête.

 

A la lance, à coups de pots de peinture, elle a projeté du gris sur sa scène ; je ne vois pas autrement. Il peut dégouliner des murs, de la table, du plafond et sur ses sujets, elle peaufinera son œuvre à la serpillière ! Il faut laisser sécher ; éviter les courants d’air, la poussière ; température ambiante vingt degrés, c’est un des secrets de sa fabrication ; chez Renault, c’est pareil. L’œuvre est en gestation.

Aujourd’hui, ces bestioles sont vertes, à cause du titre de l’œuvre « Radioactive Cats ». Comme ce sont des matous, clin d’œil aux souris, ils sont verts ! Vous saisissez l’abstraction souveraine, le symbole fort lié à tout ce pastoralisme, le sous-entendu rappelant son enfance rurale ?...

L’allégorie avec des chats rouges ?... C’eût été pour diffamer les étals chinois et leur abominable consommation d’animaux domestiques ! Des chats jaunes ? Pour mettre en évidence la honteuse extermination des éléphants à cause de l’ivoire !... Des chats maigres ? Dénoncer leur misérable existence dans des refuges exigus !... C’est le titre qui fait l’œuvre et non pas le contraire.

Il n’empêche ; à l’école, si le maître m’avait donné une seule image de cet acabit, j’aurais vite laissé tomber les tables de multiplication, le plaisir des récitations et les dictées remplies d’accents circonflexes !

 

Finalement, entre nous, c’est une scène vert-de-gris-souris ! ‘Tain, faut de l’imagination pour aller déchiffrer ces symboles de peinturlure, je vous le dis ! Si vous n’avez pas quelques notions sur l’aliénation, des bases solides sur la sémantique transcendantale de l’Univers et une dose énorme de mansuétude, vous passez forcément à côté du sujet !

 

Elle a des rabais sur la peinture ou quoi, cette dame ? Elle doit avoir des réductions chez Bricomarché ou alors, elle attend les soldes pour aller faire son plein de badigeon.

Ce n’est pas à elle que je confirais la déco de ma baraque ! C’est des coups à devenir neurasthénique, ces cauchemars d’interpellation …

Et emballé, c’est pesé ! Comme une bouteille à la mer, elle a balancé son message ! En techni-bicolore, depuis les studios Maboul, voici la Condition humaine, façon Sandy Skoglund !... C’est sa thérapie et c’est la migraine assurée des spectateurs !...

 

A vingt euros la visite autoguidée, c’est pour nous les questionnements métempiriques, l’Absolu vertigineux, ses escaliers précaires et les courants d’air du Temps comme seule ventilation de cervelle. Ça, c’est des coups à douter de l’origine de l’homme ; c’est la faute à ce gros con de Cro-Magnon qui a commencé à peindre dans les cavernes ! Tu parles d’un tagueur ! Lui, il s’est assuré la postérité avec ses bisons et ses gazelles en craie de charbon !... ‘Tain, si tous les gens exposaient ce qu’ils trimballent dans leur caberlot, je ne vous raconte pas le capharnaüm…

 

C’est quand même du grand narcissisme de vouloir faire partager sa vision exhaustive et parabolique des choses, ici, en bicolore pisseux. C’est du pur orgueil, de la fantasmagorie égoïste ; mais qui sont ces penseurs dispensant leur art comme des avertisseurs, des garde-fous, à l’intégrité de la planète ? Ils mettent en exergue les travers de l’homme, ils rassemblent leurs troupes avec leurs slogans picturaux, leurs suggestions métaphysiques mais, protégés par leur art,  ils ne partent jamais à la guerre, ceux-là. Sont-ils en mission divine ?...

 

Cette dame, je lui dirais bien de retourner dans sa campagne ; je la prierais d’enlever ses lunettes de vision bipolaire et de nous concocter des paysages à la flamboyance printanière. Je lui réclamerais des couleurs extraordinaires, des mélanges d’arcs-en-ciel aux mille sensations de chair de poule ; elle m’obligerait, avec de la Création, de l’Enthousiasme, des tonnes d’Inspiration mirobolantes, et cetera.  

 

Aujourd’hui, l’absurde, le farfelu, l’à-peu-près, ont leurs lettres de noblesse dans toutes les galeries parisiennes ; il suffit d’une critique dithyrambique, d’une pub accrocheuse, pour lancer le pseudo-artiste sur les sentiers d’une notoriété aussi éphémère qu’une mode de boulevard.

 

Le soir, je tousse bleu, je crache blanc, je renifle rouge. Mon cancer, lui, il est tricolore ;  il ne viendra pas de la radioactivité suggérée par les chats verts de cette mégalo-woman, mais des vapeurs nocives de mon caisson à peinture. ‘Tain, quand je pense qu’avec vingt euros, j’aurais pu aller deux fois au cinoche…

 

 

Pascal.

Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
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commentaires

cathycat 28/02/2016 16:23

L'art interprété comme une brève de comptoir... c'est savoureux tain !... :-)

Pascal 26/02/2016 13:44

Ouah, le bide... ;)

jill bill 25/02/2016 11:19

20 euros, tu fais le tarif carte vermeille... ;)

Pascal 25/02/2016 13:56

En matinée, Jill, en matinée...

jamadrou 25/02/2016 10:18

Bien vu, tain!
Avec vos couleurs mon brave Monsieur Pascal vous savez parler. Merci

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