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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 15:00
Fantasmagories.   Mony

sujet semaine 06/2016 - clic

 

La nuit s’était installée en catimini, camouflée par la neige qui depuis des heures tombait sans discontinuer. Malgré la quasi obscurité, j’ai tenté d’encore apercevoir Papa et Joël occupés à dégager l’entrée. Deux petits coups frappés au carreau du salon et un pied de nez adressé à mon frère m’ont valu en retour une boule de neige lancée avec précision pour exploser en mille éclats sur l’appui de fenêtre.

Toujours ainsi adroit, ce diable de Joël !

 

- Reste étendue sous la couverture, m’a gourmandée Maman, en posant une main fraîche sur mon front brûlant. Demain, le docteur Mabuze passera te voir…

 

En écho à mes toussotements, des tapotements de bottes contre le mur ont signalé la fin de la corvée de déblayage.

 

Les affamés aux visages rougis étaient à peine attablés que la panne de courant est survenue. Du divan où j’étais allongée, j’ai entendu Maman farfouiller dans un tiroir en quête d’une bougie. Parti à la recherche d’une lampe torche, Joël a poussé un plantureux juron en se cognant au chambranle de la porte de sa chambre. Hé, hé ! Je n’ai pu m’empêcher de ricaner !

 

La panne s’est éternisée, le froid s’est installé dans la maison et Myriam, la plus jeune, a éternué à plusieurs reprises.

 

- Couvrez-vous, a dit Maman, c’est assez d’une malade dans la maison.

 

Papa quant à lui était ressorti, curieux de voir si les voisins étaient, eux aussi, plongés dans le noir.

 

Mon frère a ronchonné, pas de télé, pas de match à regarder, tandis que Myriam s’est inquiétée d’un devoir à terminer.

 

- Tu aurais pu t’y prendre plus tôt. Tu le feras demain matin ! Et toi, tu ne veux rien ? s’est inquiété Maman.

 

J’ai dû m’assoupir un moment, ce sont des rires qui m’ont réveillée en sursaut. Effrayée j’ai vu des monstres se jeter sur moi et j’ai crié. Les rires ont repris de plus belle.

 

- Oh ! la peureuse, le grand méchant loup va la manger.

 

La voix de mon frère me parvenait, grave et mystérieuse, et mon état fiévreux renforçait cet effet. Sur le mur, toute une faune bizarre se succédait et il fallut les bras rassurants de Maman pour me convaincre qu’il ne s’agissait que d’ombres chinoises créées par Myriam et Joël bien emmitouflés dans des plaids.

 

Papa est rentré en se frictionnant les mains. La panne serait longue, des câbles électriques avaient cédé sous le poids de la neige. Des équipes de techniciens étaient attendues dans la nuit…

 

- Tous au lit, c’est ce qu’il y a de mieux à faire pour ne pas prendre froid, a t’il décrété d’un ton ferme.

 

Joël n’a pas rouspété, heureux d’échapper au passage obligé dans la salle de bains. Maman a couché Myriam et les bras vigoureux de Papa m’ont portée dans ma chambre.

 

- Demain, c’est lundi. Pas d’école pour toi, ma puce ! Dors bien ! a t’il chuchoté dans mon oreille.

 

Pas d’école pour moi mais mon diable de frère, lui, n’y couperait pas. Toute à cette délicieuse idée, j’ai aussitôt plongé dans un sommeil peuplé d’êtres fantasmagoriques.

 

Au matin, Myriam et Joël jubilaient : pas d’école pour cause d’intempéries.

Quelle déception ! C’était trop injuste !

Cela ne valait vraiment pas la peine d’être malade ! 

 

 

Mony

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commentaires

clemence 09/02/2016 15:27

Ce récit me fait vagabonder entre rêve et cauchemar, passé et présent. Une histoire toute simple et tendre à la fois, avec un brin de révolte enfantine....

emma 09/02/2016 00:18

une de ces scenes qui font la douceur des souvenirs de famille, et que tu contes si bien

vegas sur sarthe 08/02/2016 09:58

Jolie saga enfantine. Il en faut peu pour stimuler l'imaginaire... le grand méchant loup a encore de l'avenir :)

Pascal 08/02/2016 07:59

Gentil fait d'hiver.

aimela 07/02/2016 20:43

Je suis d'accord avec la petite, c'est vraiment trop injuste d'être malade alors que son frère et soeur profiteront de la neige au lieu d'aller à l'école. Un texte attendrissant comme d'habitude :)

Jeanne Fadosi 07/02/2016 20:22

ah ces fils électriques que le poids de la neige mettaient à terre ! et plus de possibilité de faire des ombres chinoises alors. Un récit qui respire le vécu

almanito 07/02/2016 16:37

Certainement un peu de vécu dans cette évocation nostalgique. C'était une nuit un peu magique, peuplée d'ombres mystérieuses et de neige, comme un rêve d'enfant. Joli récit.

jill bill 07/02/2016 16:13

Non ça ne valait pas la peine... les intempéries parfois sont du côté des écoliers, ;-) quant aux ombres dues à l'éclairage de la bougie, elles voient la vie en grand sur les murs...

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