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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 09:13
Le soleil, la mer et le ciel.   Pascal

Sujet semaine 10/2016 - clic

 

Je m’appelle Oddmound Carlsen ; Oddmound, c’est mon prénom ; c’est moi que vous voyez sur la photo. Comment ai-je fait pour en arriver là ? C’est toute une histoire ; je vais vous la raconter. (pour celles et ceux qui ne peuvent se « goinfrer » plus de vingt mots, vous pouvez arrêter là et reprendre votre respiration pour… ailleurs…)

 

Ma boîte, à Oslo, une importante compagnie d’Import Export, avait offert un week-end à Preikestolen à ses meilleurs cadres pour les remercier du bon chiffre d’affaires de l’année. La plupart de mes collègues étaient enthousiastes à l’idée de pouvoir profiter de cette escapade grandiose, aux frais de la princesse, avec visite guidée, hôtel guindé, restaurant d’altitude (avec beaucoup d’étoiles) et clou de la sortie : saut en parachute. Moi, j’aurais préféré une prime substantielle, un chèque vacances en Grèce, deux places pour aller voir une finale quelconque, ou n’importe quoi, qu’aller me balancer dans le vide pour faire comme les copains.

Les cinq cent soixante-sept kilomètres du trajet Oslo Preikestolen, la location des parachutes, le guide touristique, tout avait été organisé dans les moindres détails.

Forcément, nous nous étions tous inscrits à l’épreuve de parachutisme pour ne pas paraître froussards, d’autant plus que la belle Ingvild était sur la liste.

 

Elle a ses quartiers dans le bureau à côté du mien ; tous les mecs en sont amoureux : les jeunes, les vieux, les mariés, les célibataires endurcis et même des cadres d’entreprises concurrentes ! Il y a toujours des bouquets de fleurs sur son bureau, des cadeaux avec des beaux rubans qu’elle n’ouvre jamais, des invitations dans des restaurants haut de gamme, des cartons aux noms de personnages célèbres inscrits dessus. Avec son sourire incendiaire, elle les botte systématiquement en touche en refusant toutes leurs avances.

Quand elle me fait la bise, le matin, j’ai l’impression d’embrasser le soleil, la mer et le ciel, en même temps. Pourtant, je sais bien qu’elle n’est pas pour moi, la belle Ingvild ; avec son visage d’ange, sa coiffure soignée et ses yeux si bleus, elle ne doit même pas me voir. Alors, comme si j’étais blasé, je feins de m’en désintéresser ; c’est peut-être pour cela qu’elle se rapproche de moi ; elle doit se sentir en sécurité, loin de tous ces entreprenants farfadets phosphorescents, avec leur bagout de camelot, leurs muscles de salle de sport, leurs bijoux de chez Machin et leurs bagnoles de luxe.

A midi, nous déjeunons toujours ensemble ; comme si de rien n’était, je l’observe en secret. Chacun de ses gestes m’éblouit, chacun de ses sourires me charme, chacune de ses paroles me captive. On dirait qu’elle le fait exprès pour rajouter, à mon Amour impossible, toutes ses armes de séduction massive.

Souvent, sur le trottoir, elle me donne la main pour dissuader un courtisan trop téméraire ; j’élève la voix, je fronce un peu les sourcils et il s’en va jusqu’à un prochain assaut.

Moi, je n’ai pas de baratin, je n’ai pas les mots pour la séduire, je n’ai pas de mensonges à lui offrir pour illuminer son imagination de princesse avec des turpitudes d’illusoire héros. Je lui raconte le printemps qui revient, les premières fleurs au bout des branches, les chansons des oiseaux primesautiers et les mille petites attentions que la Nature sème le long de notre vie pour l’égayer en couleur et en fanfare. Je crois que cela la passionne seulement… par politesse…

 

Nous étions une dizaine ; avec les attentions du guide chevronné, nous avions récupéré nos parachutes à l’agence de location du site touristique et nous ascensionnions lentement ce fameux pic. Les plus fanfarons parlaient avec leur voix de stentor ; il fallait que la belle Ingvild les entende, eux et leurs prouesses d’hommes forts. Mais seuls leurs échos crâneurs leur répondaient à travers les rochers beaux-parleurs…   

 

La beauté du paysage était à couper le souffle. Plus que le précipice qui devenait de plus en plus vertigineux, c’était cette notion de grandeur qui s’imposait à notre émerveillement. Et plus c’était immense et grandiose, plus on se sentait minuscule et insignifiant.

 

Ingvild me donnait la main ; quand le chemin était assez large pour qu’on marche ensemble sans un risque de chute, elle la laissait naturellement à l’abri dans la mienne.

Pourtant, elle n’est pas du style à se défausser, la belle ; elle relève tous les défis ! Toujours en première ligne, il faut voir comme elle les négocie, les contrats ! Elle n’a peur de rien ! C’est une battante hors pair, une vraie tueuse !...

Parfois, elle se serrait contre moi comme si ses pensées s’inquiétaient de toute cette ambiance démesurée ; enfin, c’est ce que je me disais pour chasser tout autres interprétations rapprochantes. Le plateau culmine à cinq cent six mètres de haut, c’est peut-être le mal de l’altitude, la raréfaction de l’oxygène, me disais-je…

 

Voilà, nous sommes arrivés sur le promontoire. Le guide a vérifié nos harnachements et nous a donné les dernières recommandations d’usage. Un par un, les collègues de l’équipée se balancent dans le vide en criant toute l’adrénaline qui les déborde ; leurs voix se perdent dans le fabuleux précipice. Je dois me pencher pour apercevoir leurs parachutes se déployer au-dessus de l’immensité bleutée du fjord.

 

Tout le monde a sauté, moniteur compris ; c’est notre tour ; sur la fragile margelle, devant l’abîme, Ingvild me regarde en souriant. Là-bas, le coucher de soleil n’est qu’une pâle reproduction de brillance, tant elle irradie toute sa beauté. Sa main n’a pas lâché la mienne ; elle veut qu’on s’élance ensemble à l’aventure de ces sensations extrêmes…

 

Comme si c’était naturel, nous nous sommes embrassés ; c’est un baiser fougueux, intense, brûlant ; celui qui a attendu, qui a mûri et qui a éclos, à l’unisson de nos cœurs enfiévrés, dans cette atmosphère inoubliable. A cet instant, j’embrasse le soleil, la mer et le ciel… Qui a pris la photo ? C’est Ingvild, bien sûr ! Je l’attends ; ensemble, nous allons nous envoyer en l’air… en redescendant tranquillement jusqu’à notre hôtel…

 

« Oddmound !... Oddmound !...  Odd…mound… Odd… mound… mound… mound… »

 

 

Pascal.

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commentaires

clemence 14/03/2016 16:18

Quelle aventure!
Midolu pensais à François Degueld, moi' je pensais à Brel et sa Madeleine trop belle pour lui....
J'aime cette fin "so romantic".....

Mony 11/03/2016 12:48

Comme quoi ce ne sont pas les plus frimeurs qui remportent la montre en or.:)

Eric 09/03/2016 14:05

:-) Oui, c'était bien pour toi, mon "goinfrer", tu m'as grillé !
C'est vrai aussi que, vu le nombre de textes à lire et à commenter, aller à l'essentiel, faire œuvre de concision, me semble être la première des politesses que l'on se doit les uns envers les autres.
Comme de ne pas révéler la chute d'une histoire, ce dont je te remercie au passage.
Une très bonne continuation.

Pascal 09/03/2016 17:25

La politesse, c’est accorder un peu de son temps en lisant les autres ; c’est ce qu’on réclame à ceux qui viennent nous lire.

Koda 09/03/2016 09:13

Magnifique voyage introspectif ! Je rejoins Almanito... Le saut ils l'ont fait. Merci Pascal

almanito 08/03/2016 19:46

C'est vrai que de s'engager dans une nouvelle histoire d'amour s'apparente parfois à un grand saut dans le vide :))

midolu 08/03/2016 17:14

Et tout cela sur la mélodie de la chanson interprétée par François Deguelt ...!
" Il y a le ciel, le soleil et la mer ...... " ♪♫♪♪♫♪
Le climat (météorologique) n'est cependant pas à l'identique !

Pascal 08/03/2016 19:56

Bien vu, midolu !

jill 08/03/2016 09:35

Après le saut en parachute... une petite sauterie bienvenue que vous voilà chauds... ;-) je vous laisse, JB

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