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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 18:43
Un jeudi soir, vers vingt heures.   Mony

sujet semaine 11/2016 - clic

 

C’est survenu sans prévenir, un jeudi soir, vers vingt heures.

Julien était rentré depuis trente minutes et n’avait pas encore eu le loisir de me dire bonsoir. J’avais bien tenté un "tu as passé une bonne journée ?" mais son smartphone réclamait son attention. Tout en rédigeant avec empressement une réponse à son interlocuteur, l’homme de ma vie faisait une recherche sur son ordinateur.

 

J’ai servi l’entrée : des tomates garnies de crevettes grises.  Julien, je le sais, les apprécie et, sur le chemin de retour du boulot, j’avais fait un détour jusque chez le poissonnier du centre-ville, réputé pour la fraîcheur de ses produits. Tout en continuant à pianoter de quelques doigts mon amoureux a enfourné le tout en quatre bouchées.

- Et ta réunion ? C’était intéressant ?

Pas de réponse…

Casque VR, vision à 360°, démonstration réservée à quelques privilégiés dont il faisait partie, nouveaux programmes… pauvre naïve, j’avais espéré que ce sujet le rendrait loquace.

 

J’ai présenté le plat. Il est tombé à plat. Comme les nouveaux sets, les coupelles garnies de fleurs, les deux bougies représentant nos deux années de vie commune et allumées tout spécialement pour l’occasion…

Le dessert en a pâti, il est resté cloîtré au froid.

Froid, je l’ai ressenti dans le dos quand j’ai entrevu l’index de Julien cliquer sur un "j’aime" juste avant que, les écouteurs sur les oreilles, il débarrasse distraitement la table.

 

Clic : j’aime.

Clic : commenter.

Clic : partager.

Et moi, étais-je moins accaparée par ce monde virtuel ?

Non, non, non !!!!!!!!!!!

 

Le froid s’est transformé en tremblements incontrôlables. Julien, dans sa bulle, ne s’apercevait de rien. Toujours en tremblant, je suis montée à l’étage et du fond du dressing j’ai sorti mon trésor oublié. Oh ! Ce n’est pas un Stradivarius, loin de là, mais c’est mon violon à moi. Vaille que vaille je l’ai accordé et les doigts hésitants j’ai entamé l’adagio d’Albinoni. clic

 

Doucement ma dextérité endormie depuis des mois m’est revenue. J’étais dans un bain de bonheur…

Quand j'ai arrêté de jouer j’ai aperçu Julien qui me regardait les yeux noyés de larmes.

C’est beau ! Comment avons-nous pu nous en passer ?

Et il m’a serrée tout contre lui.

 

-----------------

 

La désintoxication ne fut pas toujours facile, souvent nous avons chuté mais il suffisait à l’un ou à l’autre de saisir son instrument et d’entamer un morceau pour que le fautif se débranche de tout réseau et l’accompagne retrouvant ainsi cette belle complicité musicale qui nous unit depuis l’adolescence.

 

C’est survenu sans prévenir, un jeudi soir, vers vingt heures...

 

 

Mony

Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
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commentaires

Margi 18/03/2016 22:50

Texte très réaliste, Heureusement que vos instruments de musique ont un pouvoir de désintoxication.

clemence 16/03/2016 09:28

Une histoire ausi belle qu'un conte philosophique....
Le deroulement du recit est si juste.
La seance de rattrapage avec le violon est particulièrement emouvante, ainsi que l'adagio d'Albinoni!

aimela 15/03/2016 10:51

Heureusement qu'elle a un violon et qu'elle joue bien sinon, la pauvre se serait désséchée en attendant l'attention de son compagnon

Pascal 15/03/2016 07:30

La moujik adoucit les mœurs... :)

Koda 14/03/2016 20:48

Ah oui bravo Mony! Quand la chaleur du son du violon est plus forte que l'envoûtement de l'image pixelisée et l'addiction des réseaux sociaux... J'aime! hihi ;-)

almanito 14/03/2016 19:30

Une très belle histoire, je ne m'attendais pas à cette fin heureuse. Les smartphones n'en sont pas encore à effacer les souvenirs et à supplanter les violons, OUF!

vegas sur sarthe 14/03/2016 19:10

Espérons qu'il suffise d'un violon ou d'une émotion quelconque pour pouvoir rétablir le "contact" !
Belle interprétation du thème, Mony

emma 14/03/2016 19:08

une bien belle fable qui finit bien, tant qu'on préférera Albinoni en live, tout espoir n'est pas perdu

jill bill 14/03/2016 18:49

Ah c'est une bonne nouvelle ça... Tout dépendant a besoin d'un déclic... il est sur le chemin de la guérison on l'espère, mais gare aux rechutes... ;-)

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