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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 18:14
Les écrits vains.   Chloé

Sujet semaine 26/2016 - clic

 

Dans l’urgence du désespoir, Lisa se mit à écrire, à écrire et à écrire encore tentant une fois de plus de résister à se sentiment de vide qui chaque jour l’envahissait d’avantage. L’écriture, elle en était consciente, n’était plus là une simple alliée, une confidente, un remède contre le mal de vivre mais devenait, tout au moins dans l’immédiat, son unique planche de salut.
 

Les jours qui suivirent Lisa s’activa semblant retrouver toute son énergie. Elle créa un site Internet afin de regrouper toutes ses créations ce qui lui prit un peu de temps et cela étant décida de se lancer dans l’écriture d’un roman. Qu’allait –elle raconter tant les choses se bousculaient dans sa tête! Par quoi allait-elle démarrer! Lisa pensa alors que le plus simple était sans doute de commencer par le début et retenu l’idée de raconter les souvenirs de son enfance.
 

Jamais elle n’avait eu autant d’inspiration, les mots glissaient avec aisance sans effort de sa part comme si elle suivait pas à pas cette gamine qu’elle avait été. Curieusement et elle en fût surprise, la tonalité du récit était enjouée et l’auto dérision très présente ce qui l’amena plusieurs fois à rire en se relisant. Elle voulait que son histoire soit drôle, distrayante et n’avait volontairement retenu que les moments gais et heureux.
 

Parallèlement elle se mit à écrire en rafale poèmes, textes, plus en phase avec ces ressentis, comme si une fois de plus il lui fallait séparer les évènements heureux des moments douloureux pour pouvoir les appréhender ensuite dans leur globalité.
 

Ce n’était pas en effet la première fois que Lisa avait ce type d’attitude. A la mort de son père elle avait durant plus de deux ans, occulté sa disparition, n’évoquant jamais le moindre souvenir. Tout objet susceptible de raviver sa mémoire avait soigneusement été rangé au fond d’un tiroir. Lisa sentait qu’elle n’était pas prête à affronter cette réalité, qu’il lui fallait avancer par petites touches pour ne pas se laisser aspirer par ce vide qu’elle ressentait. Elle savait aussi qu’il lui faudrait du temps pour se familiariser à l’absence et le moment n’était pas venu, c’était pour elle comme une évidence. Elle était enceinte de six mois, son père n’en avait rien su et elle ne voulait ou ne pouvait se concentrer que sur cet événement heureux à venir. « C’est trop tôt disait-elle quand on la questionnait à ce sujet, je ne peux pas en parler sous peine de m’effondrer et qui sait de disparaître à mon tour »
 

Cette période de latence passée, sans doute moins fragile, Lisa profita d’un moment où elle était seule pour sortir du tiroir la photo de son père, la posant bien en évidence sur le buffet de la cuisine. Elle la regarda alors longuement puis passa en boucle la chanson de Barbara « Il pleut sur Nantes ». Ce jour là, elle déversa sans doute les deux années de larmes qu’elle avait retenues et le soir même écrivit un poème à son intention mettant en mot ce qu’elle n’avait jamais pu ou su lui dire…
 

Des semaines durant, Lisa n’eut comme seule obsession que de se libérer des mots qui l’assaillaient puis au fil du temps l’inspiration s’épuisa. Elle avait le sentiment d’avoir été au bout d’elle-même, de s’être vidée de ses mots et de n’avoir plus rien à sortir ! Elle avait certes étoffé son recueil de poésie, avait mis de l’ordre dans toutes ses créations, bien avancée ses deux romans, agencé joliment son site mais pour autant elle ne se sentait pas apaisée. Elle se demanda alors pourquoi elle avait fait tout ça et surtout pour qui !
 

L’effet anesthésiant passé, Lisa se retrouva à nouveau devant une porte verrouillée où les mots muselés ne purent plus sortir. L’envol avait été éphémère, ne lui offrant pas cette pérennité et quiétude tant recherchées

 

 

Chloé

Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
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commentaires

Mony 03/07/2016 11:22

Les mots libérateurs ont peut-être besoin d'une période de maturation pour jaillir à nouveau ?
J'aime beaucoup ce rapport avec les mots :)

Ghislaine 02/07/2016 15:39

On sent la suite, toute prête à sortir non ???

XYZpasca 02/07/2016 12:54

S'accrocher à une page blanche
comme à un cerf-volant
et survoler sa vie

almanito 01/07/2016 19:54

Elle a fait tout cela pour le petit enfant qu'elle attend, il me semble, et ses écrits ne sont pas vains. Je suis certaine que d'autres sources d'inspiration la pousseront à écrire à nouveau.

Jak 01/07/2016 14:57

Ecrire pour oublier......
Mais surtout ne pas oublier d’écrire pour colmater la souffrance morale

jamadrou 01/07/2016 11:54

Les écrits ne sont jamais vains.

LADY MARIANNE 30/06/2016 20:12

une participation émouvante , ce qu'on aurait du lui dire ---avant son départ !
j'ai envoyé mon texte par mail vous l'avez reçu ?
bonne soirée-

Chloé 30/06/2016 21:12

Merci. Non je n'ai rien reçu! Bonne soirée à vous également.

jill bill 30/06/2016 20:04

Bonsoir Chloé... face à la vie et ses épreuves chacun/e réagit à sa manière et pas tjs la satisfaction d'avoir réussi... merci, JB

pascal levaillant 30/06/2016 19:44

j'aime: "Jamais elle n’avait eu autant d’inspiration, les mots glissaient avec aisance sans effort de sa part comme si elle suivait pas à pas cette gamine qu’elle avait été."
c'est toujours agréable d'écrire et de lire les textes des autres...

Chloé 30/06/2016 19:53

Merci Pascal.

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