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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 19:41
Quand le dernier arbre...   Jeanne Fadosi

Sujet semaine 25/2016 - clic

 

Cette année-là, la fête des pères était le 20 juin.
C'était un jour cruel. Que je ressentais cruel. Le jour, lui n'était ni cruel ni bienveillant : il était. C'était la première fête des pères sans fête. Il avait tenu au prix d'un effort surhumain pour nous réunir à Pâques. Nous pressentions que son hospitalisation programmée serait la dernière.
Cela fait quarante ans, la peine a cédé la place depuis longtemps à un sentiment de vide et de manque.
Je ne pense pas tous les jours à mon père bien sûr. Souvent je me dis qu'il a manqué à mes enfants.
Quelquefois je me demande ce qu'il penserait de notre époque.
Il a pendant toute sa vie active participé à la grande aventure électrique du XXe siècle. Alors vous pensez si l'image sélectionnée par miletune cette semaine me renvoie à son souvenir et à une nouvelle, mise en ligne sous forme d'une série de quatre textes à la fin de l'année 2009. Je ne me rappelle pas le détail du récit de mon père, le soir où il était rentré en colère, si sûr de nous faire partager son indignation.
Je ne me souviens pas s'il a réellement dit entre deux bises distraites à maman "j'aimerais mieux avoir été victime d'une hallucination !"
Non il n'avait pas rêvé. Il avait bien fallu obéir aux ordres et contourner l'obstacle à respecter.
Et maintenant qu'il avait partagé son indignation avec toute la tablée, la petite dernière avait l'insolence de lui dire que la dame avait raison !
Son courroux, mis en scène dans son récit, retombait comme un soufflé sorti du four. La dernière phrase de la diva lui revenait en image mentale comme un boomerang : des pylônes à l'infini, seuls êtres vivants dans un paysage désolé, où le dernier arbre avait disparu.
 
 
En référence : Un air de diva (1 début), (2), (3), (4 fin)
 
 
Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
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commentaires

Jak 20/06/2016 22:16

Emouvant cette peine à laquelle a succédé ce sentiment de vide
Et en parallèle cette desertification crée par la main de l'homme qui vide les forêts et bientot nous videra d'oxygène

Mony 20/06/2016 20:43

En lisant ton histoire, j'ai compris pourquoi cette image t'a immédiatement évoqué le souvenir de ton père. Rude métier que font par tous temps ces hommes sur les pylônes...

emma 20/06/2016 14:49

une image, et les souvenirs deboulent en force ....

Lenaïg 20/06/2016 13:48

J'ai un peu le souvenir de t'avoir lue, Jeanne, maintenant que tu l'évoques, en effet, point de départ d'une nouvelle "nouvelle", parfaite, en légende de la photo. Je viens de m'y essayer aussi, j'ai déposé comme un brouillon ici, en direct, j'ai voulu rester dans la légèreté, pour chasser ciel et humeur sombre. Bises.

jill bill 19/06/2016 22:51

Quand on est célèbre on peut déplacer des montagnes, pas tjs en caprice, mais avec raison... les progrès de l'homme ne doivent pas se faire au détriment de la nature qui trop souvent trinque... et à force... merci Jeanne !

jamadrou 19/06/2016 22:41

déplacer une ligne électrique pour épargner un arbre?
La Callas avait de grands pouvoirs! et ton papa une petite fille bien audacieuse!
Ton texte, ta nouvelle tes écrits Jeanne sont magnifiques!
Merci à toi et.... à l'image de Miletune

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