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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 17:16
Voyage à Trapellune.   Almanito

sujet semaine 29/2016 - clic

 

Cette année là, c'était mon tour de choisir notre destination de vacances.
Nous avions visité l'année précédente les châteaux de la Loire selon l'ardent désir de mon cher et tendre Louis-Philippe, l'année d'avant fut consacrée à Donald, notre fils, qui voulait voir Mickey à Disneyland, et nous avions vu Ibiza pour satisfaire Lily notre grande fille, qui voulait allait danser, quoi de plus normal à son âge.

 

C'était donc mon tour et j'étais bien indécise. Non, pas dans les Alpes, qui ont tendances à être surpeuplées de montagnes dont les sommets, par définition, s'amenuisent au fur et à mesure que l'on grimpe, ce qui a pour résultat de trouver une densité de population similaire à une agglomération Chinoise au mètre carré une fois le faîte atteint , alors que je souhaite par-dessus tout le calme et la tranquillité, pas les bords de mer qui ont le don de m'énerver car la teneur en sel fait monter ma tension et pas la campagne qui regorge de petites bestioles urticantes très désagréables et de bouseux sillonnant leurs champs dès potron-minet sur des tracteurs méphitiques.
En fait, je ne savais pas ce que je voulais, mais j'avais des idées très précises sur ce que je ne voulais pas.

 

La petite brune de l'agence avait désespérément secoué ses bouclettes devant tant d'apriori mais son visage s'était soudain éclairé de deux fossettes lorsqu' enfin elle me dénicha dans ses archives une brochure un peu jaunie représentant un gros escargot surmonté de lettres calligraphiées en vert d'eau: Trapellune!
Personne n'y va jamais, m'assura t-elle, il ne s'y passe rien, il n'y a rien à visiter et la région est entièrement piétonne, je crois que nous tenons là votre destination idéale. De plus vous bénéficierez d'un hébergement isolé de tout, avec des prestations de qualités pour une somme parfaitement dérisoire.
J'examinais attentivement les conditions et signai dans la foulée. Cet endroit semblait me promettre le paradis de calme et de silence dont j'avais âprement besoin et me rappelait un roman de Ruth Rendell lu dans ma jeunesse "un été à Trapellune" dont l'anagramme était l'une des clefs du thriller.

 

Obéissant aux instructions de la brochure, nous laissâmes notre véhicule à la frontière du territoire de Trapellune et attendîmes le passage du gros escargot qui devait nous conduire à notre résidence. Il arriva dans un délicat chuintement mouillé, quelques heures plus tard, durant lesquelles nous ne sentîmes pas le temps passer, enveloppés dans la douce torpeur due à la température constante et fort agréable de 28,5° et à la moiteur ambiante. Une brume épaisse nous enrobait et les paysages tout en vallons et courbes gracieuses en demi teinte défilaient en filigrane sous nos yeux.
A notre grande surprise, l'escargot qui nous emmenait n'était pas l'un de ces instruments factices que l'on fabrique pour les foires ou les défilés carnavalesques, mais un véritable gastéropode en chaire et en coquille, répondant au nom d'Oscar. Belle bête, avait dit Louis-Philippe émerveillé par le spécimen en lui tapant sur l'arrière train comme on le fait usuellement à un canasson pour le faire avancer, alors qu'il suffisait de lui dire gentiment: Oscar, go! Manifestement, Oscar apprécia peu la familiarité et je crois bien que s'il l'avait pu, il se serait cabré à ce moment-là, mais il n'en fit rien. Etrange voyage, les rares personnes que nous rencontrions sur le chemin semblaient vivre au ralenti, comme en apesanteur, et nous nous rendîmes compte que nos propres gestes étaient devenus lents, comme à travers un rêve et que nos sourires étaient figés, à l'image de ceux des gens que nous croisions.

 

Nous apprîmes dès le lendemain au cours d'une leeeente promenade matinale que cet escargot était le produit d'une bêtise d'un certain Barnabé, enfant espiègle d'une dizaine d'années tout au plus, qui, las de ne pas obtenir la petite soeur qu'on lui avait promise depuis longtemps, s'était emparé des pilules bleues "pour fabriquer les enfants" que son papa gardait jalousement dans un tiroir de sa table de chevet au lieu de les semer et les avait éparpillées dans son jardinet, histoire d'activer .les choses. Oscar, simple et banale petite cagole avait boulotté le tout et s'était soudain mis à prendre les proportions gigantesques qu'on lui connaissait depuis. Victime d'une terrible adversité, le pauvre  Barnabé,  comprit ce jour-là qu'il pouvait faire une croix sur ses rêves de sororité.
Dès lors pour nous, tout devenait plus limpide.
Nous passâmes de merveilleuses vacances sous les abobards, arbre endémique à Trapellune, pourvus de larges feuilles épaisses et nourriture favorite d'Oscar, dans le calme cotonneux de cette brume bienfaitrice qui apaisait les esprits et occultait les bruits. Du temps qui ne passait pas, pour lire, pour réfléchir, du temps à ne rien faire, du temps pour nous.

 

Lorsque je m'éveillais, la maison fleurait les escargots farcis de persil et d'ail sortant du four.
J'annonçais à Louis-Philippe que premièrement je n'avais pas faim, deuxièmement que nous n'aurions pas ce troisième enfant qu'il projetait d'appeler Barnabé et enfin pour clore le chapitre, que  ses chères petites pilules bleues étaient passées  par  le vide-ordure.

 

 

Almanito

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commentaires

Loïc 23/07/2016 11:26

Savoureux ! j'adore cet humour décalé, déjanté !

Mony 20/07/2016 16:52

Trappe lune ou trappe-nigaud ?
Déjà aux premières phrases j'avais le sourire aux lèvres :)

Chloé 20/07/2016 09:18

Humour, jolies images très colorées et belle imagination Almanito, le tout superbement mis en scène. Bravo!

almanito 19/07/2016 22:08

!!! En chaiR seulement, c'est bien suffisant, tout le monde sera d'accord :))

jill bill 19/07/2016 18:29

Un séjour que vous n'oublierez pas... charmant Barnabé va !! ;-)

Ghislaine 19/07/2016 18:24

Oh Almanito, tu m'as fait bien rire.Merci, je crois que je n'ai pas ris depuis un moment mais la vie continue......
Dis donc il a mal planqué les pilules bleus je Louis- Philippe !! Rires !!!!!!!!
Allez je m'embarque à bord de ton rêve cauchemardesque car plus on est
de fous plus on rit........

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