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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 12:40
Maya.   Cloclo

sujet semaine 40/2016 - clic

 

Un jour Maya se réveilla et vit l’homme en blanc devant elle. Ca lui rappelait quelqu’un, mais qui ? Avec son masque intégral, genre motard engoncé dans sa tenue, elle ne pouvait guère se faire une idée de ses traits. Bourrus sans doute, taillés à la hache, pas le genre d’homme dont rêvent la nuit les demoiselles abeilles quand le soleil dort là-haut à poings fermés et que la lune fait un clin d’œil aux loups postés au coin des bois, au coeur des vastes forêts de Sibérie.

 

Les abeilles ont la mémoire courte, dit-on, mais c’est juste parce qu’elles ne vivent que leur vie d’abeille, et que celle-ci est relativement brève.

 

Maya se frotta une nouvelle fois les yeux, en guettant l’instant où le traître allait enfin se démasquer. Mais il n’en fut rien, au contraire. Au lieu de cela, voici qu’il leur jeta brutalement à la tête une espèce de fumée noire qui les étourdit sur le champ et leur masqua un instant le reste de la ruche. Ces dames se mirent à paniquer, s’affolant de part et d’autres, tourbillonnant de manière désordonnée, tendant d’échapper au nuage toxique qui les enveloppait. Elles qui d’habitude vivaient groupées, solidaires et  disciplinées se lancèrent dans un ballet insensé, éparpillé, sans souci aucun de leurs voisines qui tentaient de fuir chacune de leur côté.

 

Maya ne bougea pas. On allait voir qui de l’insecte, qui de l’envahisseur allait l’emporter. Elle n’était pas du genre à se laisser intimider par ce genre d’individu, masqué ou pas ! On est (naît) abeille ou on ne l’est pas, un point c’est tout. L’homme continuait son manège, avec obstination et cruauté. Bientôt la ruche serait vide et livrée au pouvoir implacable de cet ignoble prédateur. Mais Maya n’avait pas peur, seuls quelques battements discrets de paupières pouvaient laisser entrevoir l’émotion qu’engendrait chez elle une telle situation.

 

L’homme posa son enfumoir à terre, et sourit de contentement, satisfait sans doute et fier de son acte barbare. Puis retira lentement son masque.

 

C’était bien lui, elle le reconnaissait, le pilleur de cire, le voleur de miel, le cruel agresseur d’essaims. Il avait bien la physionomie qu’elle lui avait prêtée dans son rêve, les traits grossiers, l’œil mauvais, le regard bourru, le sourire narquois des vainqueurs et cette façon définitive de vous envelopper de sa suffisance et de sa supériorité. Maya rassembla le peu de forces qu’il lui restait après cet enfumage barbare, ouvrit grand ses quinquets et prenant un départ sur les starkings-blocks d’une manière fulgurante et quasi olympique, fonça droit sur l’ennemi, qui, surpris par cette brusque attaque (il croyait toutes ces dames envolées au loin), n’eut pas le temps d’esquisser le moindre geste ni d’amorcer le moindre repli. Avec un courage et une détermination exemplaires dignes d’un héros national, elle alla lui planter son dard acéré et pointu juste au milieu de l’aile gauche du nez, qu’il avait très gras, spongieux et légèrement tordu.

 

L’homme s’écroula sur le champ. Il se croyait vacciné et immunisé après tant de piqûres d’abeilles, mais il n’en était rien, car le venin de Maya était le plus redoutable de toute la colonie, ce qu’elle ignorait jusque-là. Ce fut une belle mort, rapide voire instantanée, ce qui fait qu’il n’eut, dieu merci,  pas le temps de souffrir, et permit à Maya, la Valeureuse abeille, de ne pas trop culpabiliser et de rejoindre allègrement ses collègues là où les évènements récents les avaient conduites contre leur gré.

 

 

cloclo

Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
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commentaires

Mony 03/10/2016 18:39

Bien loin de la douce Maya des dessins animés, elle sait ce qu'elle veut la petite !

margi 03/10/2016 14:28

Le plus grand n'a pas toujours raison !... C'est la nature qui décide !

Chloé 03/10/2016 14:16

Faut toujours se méfier de plus petit que soi! Pour une fois que le petit l'emporte sur le gros , je dis hourra!

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