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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 16:24

sujet semaine 46/2016 - clic

Louis Antoine de Gontaud, duc de Biron, observait avec contrariété la Marquise de Guercourt, assise en face de lui dans la voiture qui les ramenait à sa propriété. Sa femme, un peu souffrante, lui avait demandé d’aller chercher sa cousine dans la ville voisine où elle séjournait depuis quelques semaines, pour qu’elle puisse profiter un temps de sa compagnie. Un temps dont le duc espérait qu’il serait bref, tant cette femme le dérangeait. Sa voix sourde, ses yeux gris opaques, son teint pâle, ses traits flous, sa façon d’apparaître et de disparaître brusquement le mettaient mal à l’aise.

 

Le cocher fit tourner l’équipage et quitta la route pour entrer dans l’allée qui traversait le parc jusqu’à l’entrée du grand manoir. Le duc annonça : « Nous sommes arrivés». La marquise, qui avait gardé tout le long du voyage son regard fixé sur ses mains, jointes sur ses genoux, le darda brutalement sur lui. Saisi, il eut l’impression d’une force irrésistible, l’attirant dans des sables mouvants, vapeurs ondulantes, son cœur changé en pierre, ses membres engourdis, et il entendit un souffle vibrer dans ses tympans, « J’ai une confidence à vous faire, mon cher, un peu plus tard vous serez mieux à même d’en apprécier la valeur… »

 

La voiture s’arrêta, la marquise se détourna et en descendit pour se jeter dans les bras de sa cousine.

 

« Sorcière… », murmura le duc, et il descendit à son tour, tremblant encore. Il décida de marcher un peu dans le parc, pour se remettre de ses émotions et reculer le moment où il devrait faire à nouveau face à cette femme diabolique.

 

Mais le malaise, loin de s’estomper, s’amplifia. Les tremblements augmentèrent, sa vue se troubla, au point qu’il dût s’appuyer à un arbre pour ne pas tomber. Sentant des picotements sous sa peu, il vit qu’elle se couvrait d’un fin duvet sombre, qui fit place peu à peu à des plumes. Ses jambes rétrécirent en de longs bâtons secs et noirs, ses bras s’allongèrent en deux ailes aux longues plumes colorées. Luttant contre sa terreur il voulut avancer et parvint à sautiller, sur ses deux pattes noires.

 

Il s’approcha péniblement de la mare du parc, se pencha et découvrit avec horreur son reflet.

 

Un visage d’homme, le beau et altier visage de Louis Antoine de Gontaud, duc de Biron, cinquième du nom, juché sur un corps de paon.

 

Non loin de la surface, les cheveux ondulant autour de son visage diaphane, les yeux comme deux trous noirs, la marquise souriait.

 

 

Isabelle

Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
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commentaires

Bricabrac 15/11/2016 10:20

Chapon, c'eut été bien pire ! Quel beau conte

vegas sur sarthe 15/11/2016 08:12

Heureux cocher dont le maître fait la roue de secours :)
Un texte passionnant

Levaillant 14/11/2016 21:34

Belle plume, Isabelle

Chloé 14/11/2016 21:09

Très joliment narré! Quelque soit la version, ce pauvre vieux Biron se fait toujours plumé!

Josette 14/11/2016 18:41

je connais sa descendante...à fuir !

Jeanne Fadosi 14/11/2016 18:40

voilà qui donne la chair de poule ...

Mony 14/11/2016 17:54

Mais quelle était cette fameuse confidence ? Brrr, un personnage infréquentable cette sorcière !

almanito 14/11/2016 16:43

Si tu en connais d'autres, capables de jeter de tels sortilèges, il y en a bien quelques uns que j'aimerais voir transformés en volailles :))

Encore un excellent récit, narré avec brio!

jill bill 14/11/2016 16:40

Dérangeante cette femme, on comprend mieux... ;-) une cousine par alliance, dont il vaut mieux ne pas... faire alliance ! Joli...

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