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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 18:58

sujet semaine 46/2016 - clic

- Léon ! Léon, où êtes-vous  ?

 

La voix de fausset du Duc se propage d’une pièce à l’autre de ses appartements. Désagréable !

Léon, le fidèle majordome, n’est jamais bien loin de son maître mais pour autant il ne se précipite pas pour répondre à ses appels.

 

- Léon ! Lé-onnnnn !!! s’impatiente le Duc assis de guingois dans son lit.

 

Comme chaque matin, le spectacle est le même : les mèches de cheveux du Duc forment une espèce de houppette grise et filandreuse sur le sommet de sa tête ; ses joues pendent, blafardes, et son torse de coquelet malingre émerge tout en os de la chemise de nuit.

 

- Monsieur le Duc a-t-il passé une bonne nuit ? s’enquiert enfin Léon en s’inclinant.

 

Le Duc ne daigne pas répondre mais il ne peut s’empêcher de jeter un regard envieux sur son majordome. Comment diable fait-il pour être toujours d’une présentation irréprochable, d’une prestance indue à son rang ? Le Duc sent une fois de plus le fiel de la jalousie s’insinuer en lui.

 

Entre les deux hommes, le rituel est le même au fil des jours. Le serviteur dévêt son maître, l’étrille d’une poudre odorante, coiffe sa chevelure et lui tend un verre contenant un liquide bleuté sensé blanchir ses dents jaunies.

Après avoir poudré ses joues, il enduit les pommettes d’une touche rosée, poudre à nouveau en estompant le tout puis lui présente la perruque blanche.

Il l’aide ensuite à enfiler une tenue repassée de frais, veillant au moindre faux plis. Il y va de sa réputation plus que d’un souci de bien faire ou de bien soigner son maître pour qui il ne ressent que mépris.

 

Au fil de la toilette le Duc se redresse, acquiert plus d’assurance quand deux bagues serties de pierres fines parent ses doigts crochus. Il gonfle le torse sous le rembourrage de sa veste de velours brillant garnie d’un jabot immaculé. Ses mocassins enfilés avec l’aide de Léon le font paraître plus grand, il se sent pousser des ailes. Le Duc c’est lui !

D’un geste dédaigneux il congédie son majordome, Paris l’attend !

 

- Léon, ma canne ! piaille la voix suraigüe.

 

Dans l’antichambre, Léon ricane. La canne incrustée d’ivoire ne fera pas de son maître un séducteur quand bien même il se pavane comme un paon faisant la roue.

 

Confidence pour confidence, il préfère son statut et sa jeunesse et pour rien au monde il n’échangerait sa vie avec celle du Duc dont le carrosse s’éloigne dans la cour.

 

A lui, Léon, les papouilles des lingères délurées ! 

 

 

Mony

Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
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commentaires

Chloé 16/11/2016 21:35

Eh oui, la richesse ne fait pas tout! Un gai luron ce Léon! Chloé

Bricabrac 16/11/2016 18:14

Toute la basse-cour ne pense qu'aux poules ! Belle écriture

vegas sur sarthe 15/11/2016 23:11

J'aime beaucoup "Léon, ma cane !"... On s'attend à voir surgir les canetons :)

Mony 16/11/2016 07:04

Ha, ha, bien vu, Vegas ! Je corrige la gaffe :)

almanito 15/11/2016 19:09

Et il pourrait se couvrir d'or qu'il n'en serait pas plus séduisant ni plus intelligent...
Une caricature alerte et sans concessions comme j'aime!

jill bill 15/11/2016 19:01

C'est vrai leur sort est-il si enviable à la dite noblesse... je vois que ton Léon à vivre tout de même-là en profite autrement !!!

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