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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 13:06

sujet semaine  05/2017 - clic

Il en était resté tout ébaubi, Alphonse, lorsque sa voisine lui avait demandé de lui rapporter un coq du marché.

 

-Un coq?! Et qu'est ce que tu vas faire d'un coq?

 

-Bé, je vais le manger, pardi, nigaud que tu es, avé la sauce au Gigondas, que je te dis pas, et même s'il est gros, je t'invite!

 

Alphonse était parti au marché, flairant déjà de fameuses agapes chez Marie-Thérèse, qui malgré les années passées très loin, pratiquait toujours les us et coutumes culinaires de son pays natal du Sud-Ouest.

 

Il avait rapporté la bestiole et, pris d'un doute, l'avait déposée, toute ficelée sur le paillasson de sa voisine, avait donné un rapide coup de sonnette pour s'enfuir rapidement s'enfermer chez lui à l'étage au-dessous.

 

La réaction ne tarda pas, il entendit les pas bruyants de Marie-Thérèse qui descendait pesamment les escaliers en hurlant, faisant, sous le poids de ses cuisses imposantes à faire pâlir d' envie une équipe de "rugueby", trembler les murs de la vieille baraque.

 

-Alphonse! bougre de couillon! ouvre-moi cette porte que je te parle!... Alphonse! tu es fada ou quoi? Qu'est ce qui te prend de me ramener un coq vivant?! Tu le sais, oui, qu'il est vivant?... Alphonse!

 

Prudent, Alphonse n'ouvrit pas la porte, comme à chaque fois qu'il s'évitait les foudres de cette mégère si semblable à celle qu'il voyait à la télévision trucider d'un coup viril des anguilles vivantes: la vedette en vogue de la cuisine en direct, dépourvue d'états d'âme qui le fascinait et l'angoissait derrière l'écran. Mais l'autre était bel et bien derrière sa porte et Alphonse, petit bonhomme frêle et impressionnable, resta cloitré pour répondre.

 

-Ho! qu'est ce que t'as à te plaindre? Tu voulais un coq, tu l'as!

 

-Arrête de te foutre de moi, il est vivant, ton coq! je fais quoi maintenant? Tu vas monter vite fait et m'aider!

 

-T'aider?

 

-bé oui, tu crois pas que je vais le tuer et le plumer toute seule, non?!!

 

-Tu, tu...tu veux que je le tue? ... ah non, non, non, moi, je tue personne, tu te débrouilles!

 

-Ah voilà, monsieur est délicat, monsieur est d'accord pour se mettre les pieds sous la table mais pour rendre service, alors là, y a plus personne! tous les mêmes, tè!....Au fait, tu sais combien il pèse, ton coq, dis un peu grand malade... presque cinq kilos! tu m'as rapporté un coq de cinq kilos!

 

Alphonse s'éloigna de la porte, peu désireux de poursuivre le dialogue, se sentant vaguement couillon en effet de ne pas avoir réfléchi et Marie-Thérèse remonta chez elle, la bestiole gesticulante sous le bras, furibarde.

 

Arrivée chez elle, elle fourragea dans un tiroir, y cherchant l'arme adéquate au meurtre en songeant qu'elle s'occuperait bien d'Alphonse par la même occasion. Puis elle se retourna sur la bête, la contempla et lui trouva... un certain charme. Elle le débarrassa des ses entraves et le regarda longuement évoluer d'un pas hésitant sur le carrelage de la cuisine. C'est qu'il doit avoir faim, songea t-elle, toujours inquiète d'estomacs à remplir, quels qu'ils soient, car sous des apparences de brute épaisse, elle avait bon coeur et un ventre vide l'amadouait toujours, fût-ce celui d'un coq. Bon... on verra demain, lui dit-elle.

 

Le quartier du centre ville fut réveillé aux aurores le lendemain par le chant du coq, ce qui évoqua les vieux souvenirs d' une enfance heureuse à la campagne chez la matrone. Elle lui trouva une jolie voix, et se leva pour aller le regarder dans la cuisine où elle l'avait enfermé. C'est vraiment une belle bête, songea t-elle en écartant résolument la vision de la bestiole entourée d'oignons et de champignons dans la casserole. Elle admira les plumes, le complimenta et s'amusa de le voir la suivre partout dans l'appartement.

 

Il fut baptisé Jean-Paul. Nul ne sut jamais pourquoi, douces réminiscences de jeunesse, sans doute, à moins que ce ne fût moquerie dont elle avait seule la clef, destinée à un fiancé du passé ... Alphonse en fut un peu contrarié un moment, jaloux de ce Jean-Paul d'un temps révolu qui réapparaissait sous la forme d'un vulgaire gallinacé fort bruyant et omniprésent dans la vie de celle à qui il aimait compter fleurette de temps à autre.

 

Puis on prit l'habitude de voir le trio déambuler dans les ruelles du quartier pour finir par ne même plus s'en étonner et de casserole, petits oignons et champignons, il ne fut plus jamais question pour "Jean-Paul".

 

 

Almanito

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commentaires

Loïc Roussain 29/01/2017 10:02

Un joli conte, avec un héros original !

vegas sur sarthe 28/01/2017 16:49

On ne gracie pas que les dindes dans notre beau pays !

Bourgeon créatif 28/01/2017 16:03

Très jolie histoire qui finit bien, pour tout le monde, même pour le coq !
On est bien contents que l'animal ait survécu à son destin qui semblait mal parti!

Lilousoleil 28/01/2017 15:10

Robert Lamoureux dirait que le coq est toujours vivant !
très bonne idée et plaisant à lire

avec le sourire

jill bill 28/01/2017 14:48

Ah oui mais quand on ne précise pas "mort" et qu'Alphonse ne pense pas plus loin.... ;-)

La Vieille Marmotte 28/01/2017 13:18

Délicieux !

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