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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 14:30

sujet semaine 08/2017 - clic

La nouvelle se répandit en un rien de temps. La ville entière était en émoi. On ne parlait plus que de cela du haut des collines jusqu'au fin fond de la rue de l'Alverge.

 

Tout avait commencé la veille quand un pêcheur, complètement affolé, se précipita dans le bistrot voisin des berges de la rivière. Il s'assit lourdement sur la première chaise venue et prit sa tête dans ses mains. Il tremblait et respirait si bruyamment que toutes les personnes présentes se tournèrent vers lui.

- Tu as vu le diable ? l'interrogea l'aubergiste, un rougeaud goguenard toujours prêt à raconter des blagues. Je te sers un remontant ?

L'homme se leva vivement et sortit en courant du troquet. Les gens se regardaient, perplexes. Tout le monde ici connaissait Marcelin, un brave garçon un peu simplet qui passait son temps à taquiner les poissons dans la Montane. Que lui était-il arrivé ?

 

Et les supputations allaient bon train. On aura tenter de lui faire un mauvais coup sûrement disaient les uns, il a eu la grande peur affirmaient les autres. Chacun ajoutait son grain de sel dans un brouhaha indescriptible.

 

Le lendemain matin, jour de marché place de la cathédrale, la rumeur filait, incontrôlable. Les paysannes venues des campagnes voisines caquetaient pire que leurs volailles. Elles avaient abandonné les paniers pleins d'œufs, de beurre frais et de légumes pour s'agglutiner devant la carriole du laitier qui faisait force gestes en s'époumonant.

- Ah , mes braves femmes, si vous saviez ! Le Marcelin. Le Marcelin est perdu.

- Comment ça, il s'est perdu ?

- Mais non, il ne s'est pas perdu ! Il l'a vue Il l'a vue. Comme je vous vois.

- Il a vu quoi ? beuglèrent les commères excitées en replaçant leur fichu sur leur tête.

- Mais je ne sais pas moi ! Ce que je sais c'est qu'il l'a vue et que depuis, il est couché et ne se lève pas.

- Ah pauvre !

 

Arrivèrent alors, leur cabas au bras, les clampes du Trech. Rien ne leur échappe pensaient les fermières. Elles, à coup sûr, savaient. Et chacune de regagner promptement sa place devant sa marchandise.

Mais les clampes se taisaient et passaient en se rengorgeant, mine de rien. Les paysannes en oubliaient de vanter leur étal et les regardaient avidement. Pas un mot.

 

Les petites bonnes des bourgeois avaient aussi entendu parler de l'affaire et essayaient de capter les conversations. Nul doute que leurs maîtresses, friandes de potins, leur avaient vivement conseillé de tendre l'oreille.

 

Les bigotes s'étaient rassemblées sur le parvis de la cathédrale. Elles décidèrent de s'entretenir avec le vicaire général et surtout de prier pour que le diable s'éloigne de la cité. Pas étonnant assuraient-elles. Avec toutes ces femmes de mauvaise vie, ces gourgandines qui se promènent dans les rues, seules, portant des culottes bouffantes ou des jupes trop courtes pour montrer leurs jupons de dentelle. Sûr que le bon Dieu n'aime pas ça.

 

La grande Fernande arriva tout essoufflée. Elle avait ses informateurs.

- Ah, le malheur est sur nous. Le Marcelin a vu LA BÊTE. Elle est grosse comme...comme un cochon engraissé. Elle est couverte de poils d'une drôle de couleur, a des plumes sur la tête, des oreilles pointues et nage comme une anguille. Elle pousse un cri bizarre et n'a peur de rien. Marcelin ne s'en remettra pas, je vous le dis.

 

Le soir venu, chacun rentra chez soi, ferma soigneusement portes et volets. On ne savait pas avec LA BÊTE. La peur habitait la ville.

 

Le dimanche après midi, sur le pont des Carmes, l'on vit déambuler le préfet et la préfète, le notaire et la notairesse, l'évêque et...Eugénie ainsi que deux de ses amies, aussi affriolantes qu'elle.

Ils n'étaient pas très fiers de se mêler à la populace mais la curiosité, n'est-ce pas ?

Ils scrutaient la rivière et ses berges. Les femmes, pour faire leurs intéressantes, poussaient de temps en temps une exclamation en montrant du doigt et en se reculant promptement. Ce qui interpelait les hommes qui se penchaient un peu plus sur les rambardes. Mais rien. Personne ne vit quoi que ce soit.

 

Marcelin se remit peu à peu mais il ne fallait pas lui parler de LA BÊTE.

Certains, moins crédules et plus avisés pensèrent qu'il s'agissait tout bonnement d'un renard surpris s'enfuyant avec une poule dans sa gueule. Mais rien n'était moins sûr bien entendu.

 

Cependant, tout le monde raconte encore l'histoire de LA BÊTE à Marcelin dans les rues de la ville un siècle plus tard

 

 

Marité

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commentaires

Marité 24/02/2017 17:20

Merci pour vos commentaires. J'adore raconter (écrire) des histoires !

Chloé 23/02/2017 22:59

Un très joli conte superbement narré. chloé

aimela 22/02/2017 20:57

Elle court, elle court la rumeur, cent ans après elle est toujours vivace .

La Licorne 22/02/2017 20:35

Eh, eh...on s'y laisse prendre...

Mony 22/02/2017 19:12

J'aime beaucoup ton histoire,Marité ! Mais qu'est-ce que des clampes ?

Mony 23/02/2017 09:46

Merci pour la réponse :)

Marité 23/02/2017 09:11

Merci Mony ! Clampe est un mot occitan qui désigne des colporteuses de rumeurs, des bavardes. Ici, elles ont leur statue dans le Trech.

emma 22/02/2017 18:11

un vrai beau conte, savoureux, digne de la grande tradition !bravo !

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