Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 15:39

sujet semaine 14/2017 - clic

J’ai rien vu venir. Quand il m’a fait la cour, il était si affable, si mignon ! Et si calme, si paisible, le contraire d’une poudrière, quoi ! J’ai pensé : faut se méfier de l’eau qui dort, si ça se trouve, c’est un nerveux, un soupe lait, une Soufrière !! J’en ai déjà eu un dans ma collection, des comme ça, ça me suffit : les bagarres, les injures, les Limoges en miettes, les Baccarat qui volent en éclat. Et même un jour, le contenu de toute MA volière (deux inséparables, 3 oiseaux de paradis, un cacatoés, un diamant et un perroquet du Gabon qui m’avaient coûté un bras) sont passés par la fenêtre. Et non content de son forfait, cet animal, figurez-vous qu’il eut la bonne idée de me mettre en boucle du Pierre Perret repiqué sur youtube. Je l’aurais étranglé. Ou plutôt : je L’AI étranglé, le mieux que j’ai pu, en serrant bien fort, mais le bougre était coriace, il a survécu.

 

Ensuite, 10 ans de solitude, de bonheur, de plénitude, de nirvana, décidée à ne plus reprendre personne. J’avais remplacé intégralement mes verres et ma vaisselle et reconstitué ma volière. Et surtout bradé l’intégrale de Pierre Perret sur le Bon Coin. Ca l’apprendra à donner de mauvais conseils aux enfants !!


J’ai rien vu venir. C’était écrit sur son tee-hirt. Blanc sur fond noir, tout ce que je n’aime pas, ces formules racoleuses et éculées qui ne font plus rire personne. J’ai pensé : c’est un fou ou quoi ? Ensuite, j’ai réfléchi et me suis dit qu’il fallait une bonne dose d’humour pour se trimballer ici, dans cet endroit chic, avec un tee-shirt pareil ! Vous pensez, un 4 étoiles, avec des dames endimanchées et des hommes en costume trois pièces, chaussures-miroir, propres sur eux, avec des gestes lents, des regards enamourés, des pauses distinguées et des petits doigts en l’air pour mieux déguster le potage d’écrevisses. J’ai voulu en savoir plus, il m’a dit : attendez-moi à la sortie.

 

Pour une fois, j’ai cédé. Il m’a proposé d’aller boire un verre chez un concurrent, juste en face, parce qu’en face la Kronenbourg coûtait moins cher. Sa conversation était agréable, son physique charmant bien qu’assez banal, bref, je le trouvais assez à mon goût. A part cet horrible tee-shirt qui gâchait un peu la rencontre. A un moment, je n’ai pu me retenir, je me suis lâchée, j’ai demandé : puis-je avoir le sens de cette inscription ? Et alors là, j’ai tout su, c’était terrible et comique à la fois. Il travaillait auparavant au bar chez Paulette, à 2 pas d’ici, gagnait bien sa vie dans un établissement simple, mais bien tenu, connaissait tous les clients. Un jour, un ministre est passé avec son équipe et a commandé un magnum de champagne et 12 verres. Notre homme fier de recevoir enfin une belle clientèle et heureux à l’idée de recevoir un bon pourboire, se précipite derrière le comptoir, après s’être recoiffé et un peu parfumé, histoire de faire bonne impression, puis charge le contenu de la commande sur le plus beau plateau du bar. Bertrand (c’est lui) a 20 ans d’expérience derrière lui, il ne craint aucune situation, la plus délicate soit-elle. C’est donc d’un bon pas qu’il se dirige vers la salle pour livrer sa commande. C’était sans compter sur la porte des toilettes qui s’ouvre subitement pour laisser passer le gros ministre pressé de rejoindre sa table. Le choc fut frontal et d’une violence inouïe. La bouteille et les verres basculent, s’écrasent et s’ entremêlent dans un bruit épouvantable qui n‘a rien de cristallin. Le ministre furieux se relève en jurant, boîte légèrement et en se frottant la hanche. Quand le patron arrive, effaré, notre pauvre Bertrand ne trouve rien d’autre qu’à lui bredouiller, tout penaud : j’ai rien vu venir.

 

Voilà, Yvette, ma triste histoire, conclut Bertrand avec un sourire attristé. J’ai été viré sur le champ, ai mis 3 mois à m’en remettre, et c’est mon psy qui, le mois dernier, m’a suggéré de faire imprimer la phrase sur mon tee-shirt pour me désinhiber et me faire retrouver ma confiance. Eh bien, vous me croirez si vous voulez, depuis je vais bien, j’ai retrouvé du travail, et grâce à vous, peut-être, pourquoi pas l’Amour ?

 

Cloclo

Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
commenter cet article

commentaires

emma 06/04/2017 19:36

ah voilà une vraie bonne histoire, merci Cloclo, j’espère que Bertrand est le bon, parce que brader 10 ans de solitude, de bonheur, de plénitude, de nirvana mérite réflexion

Mony 04/04/2017 17:44

Il aura intérêt à changer de look :)

Fée capucine 02/04/2017 18:40

Hum ! ça sent le vécu ! bravo !

aimela 02/04/2017 15:08

C'est bon il l'a retrouvé maintenant sa confiance mais ce n'est pas sûr qu'il la garde longtemps

Loïc Roussain 02/04/2017 09:00

Bien désinhibé, le Bernard ! on n'a rien vu venir ...

jill bill 01/04/2017 17:54

Mon pauvre Bertrand aussi... ;-)

Contact

  • : Mil et une, atelier d'écriture en ligne
  • Mil et une, atelier d'écriture en ligne
  • : écriture en ligne
  • Contact

Recherche

Pour envoyer les textes

Les textes, avec titre et signature, sont à envoyer à notre adresse mail les40voleurs(at)laposte.net
 

Infos