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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 16:06

Vladimir Kush - clic et clic 

sujet semaines 30 et 31/2017 - clic  

Il s’était juré qu’aujourd’hui, en pleine possession de ses moyens, et devant un public averti prêt à l’entendre et à l’apprécier, il interprèterait la célèbre suite pour piano intitulée Papillons Op. 2, car cela lui correspondait si bien, lui qui adorait Schumann et sa puissance légère, ses envols éthérés ponctués parfois de notes sonores et frappées comme un grand coup de vent qui viendrait déchirer brusquement l’espace, sans doute pour nous rappeler que la musique n’est pas une succession de sons mièvres, délicats et attendus, mais aussi une affirmation de soi, un désir de l’auteur de surprendre, de déconcerter, de dérouter même parfois son interprète.
 
Cette oeuvre de Schumann, c’était une partie de lui-même, c’était d’abord un bruissement d’ailes, un envol délicat sublimé par l’immensité de la nue, cet effort soutenu de l’insecte pour atteindre des hauteurs infinies, là où tout n’est qu’harmonie et accord. C’était pour lui à la fois le bonheur, la poésie, la plénitude, mais aussi la souffrance, le plaisir de l’effort et de sa récompense. Le papillon à queue avait ouvert grand ses ailes pour plus de nuances, plus de finesse dans la gradation, plus de demi-teintes dans la perception des variations de l’œuvre.
 
Claudio ne sentait plus son être, pas plus que le contact de ce dernier avec le siège en velours noir. Tout son corps s’était tendu en arrière, ses yeux fixaient une hypothétique ligne qui se situait bien au-delà des limites de la salle. Puis, dans la suite d’accords du milieu, après les audacieux arpèges frappés qui la précédaient, il esquissa un sourire que personne ne remarqua, en dehors du personnel resté de ce côté des coulisses. Puis ce fut un long moment d’extase, suivi par une suite d’accords plaqués qu’il avait étudiés tant de fois avant de les interpréter d’une manière aussi mécaniquement parfaite.
 
Ensuite Claudio oublia tout, et même jusqu’à son nom : où il était, qui il était ; son visage s’était brusquement éclairé d’une étrange lumière, son corps s’était détaché de la salle pour aller vivre sa vie de papillon, dans les hautes sphères de la planète. Seules ses deux mains étaient restées là, à leur place, et évoluaient sans lui, au rythme des variations de la pièce, avec ses pleins et ses déliés, ses points d’orgue, ses piqués, ses legato … Lui, de son côté, vivait une autre histoire, aussi jolie, aussi étonnante, mais à mille lieues de cet endroit fermé et rempli de visages inconnus, qui semblaient l’écouter avec tant d’attention.
 
Soudain, la musique avait cessé, le rideau s’était fermé, un tonnerre d’applaudissements avait immédiatement suivi. Puis le rideau tout doucement s’était rouvert. Le piano était toujours là, magnifiquement décoré à l’image d’un gigantesque papillon prêt à s’envoler lui aussi pour le Grand Voyage. Quant à Claudio, il était déjà ailleurs, bien loin des mélodies terriennes, il avait rejoint d’autres musiques, d’autres contrées où le chant des Etres infimes rejoint et dépasse parfois celui des Hommes, en des harmonies si simples et si naturelles qu’elles ne nécessitent ni virtuosité, ni maîtrise ni talent si ce n’est celui du cœur.
 

Schumann Papillons Op. 2 clic

 
 
Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
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commentaires

almanito 02/08/2017 14:55

Joli moment de grâce, ce texte, et la musique je découvre aussi:)

Mony 02/08/2017 13:42

Faire corps et coeur avec la musique, comme il est bon d'être musicien :)
(je découvre cette oeuvre, merci)

Loïc Roussain 01/08/2017 18:05

Merci pour l'évocation magnifique de l'osmose entre le musicien et son instrument ...

emma 01/08/2017 17:41

sous tes mots les notes s’envolent, on sent la musicienne et la poète, et qu'elle est jolie cette image !

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