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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 15:10

sujet semaine 38/2017 - clic

 

- Écoutez...
- Mais... je n'entends rien...
- Justement. C'est le moment où les animaux de la nuit sont allés se coucher et ceux du jour ne se sont pas encore levés. Ce moment rare et précieux où le temps semble suspendu entre deux mondes. C'est l'heure bleue. Chut... Écoutez.*

 

César aimait cette heure bénie où, sortant de sa torpeur, le petit peuple souterrain et craintif  risquait un œil hors de son trou, où l’oiseau aux plumes nuitamment repliées s’étirait d’un vigoureux  battement d’ailes pour réveiller son petit corps froid un peu vif de la nuit. César, quant à lui, en avait passé une bonne devant l’âtre, en rêvant comme d’habitude à ses proies futures et en se relèchant les babines par anticipation. Mais la victoire serait dure, le petit peuple de l’herbe et celui des faîtes n’était pas né de la dernière pluie. Tous connaissaient César de renom et combien y avaient échappé de justesse…Un lézard y avait perdu sa queue en été et une mésange récemment quelques plumes.

 

Après une minutieuse toilette et un bon repas donné par sa maîtresse, Maître chat risqua un pas au dehors en posant prudemment une patte puis l’autre dans une herbe encore imprégnée de la rosée matinale. Ses vibrisses frémirent sous l’effet de la fraîcheur, puis il prit rapidement son rythme de croisière afin d’aller inspecter chaque coin du jardin susceptible de combler la petite faim qu’il sentait encore au fond de son estomac. César avançait sans bruit, faisant patte de velours et tentant d’intercepter tout signe de vie au creux d’un tronc, derrière un massif ou dans un des nombreux trous du jardin. Une sauterelle échappa de justesse à ses griffes, le coup de patte était, pour une fois, arrivé trop tard. Maître chat n’était pas encore réveillé sans doute.

 

Un ricanement se fit entendre. Tu peux toujours rire, répondit César, la prochaine fois, je ne te louperai pas, sale orthoptère stridulant. La sauterelle n’entendit pas la réplique, elle était déjà à 100 lieues, ayant repéré un brin d’herbe alléchant. César profitait du calme du matin pour tenter de capter le moindre bruit, le moindre déplacement, le moindre frémissement qui pourrait être l’annonce d’un petit complément matinal, genre moineau, merle ou rouge-gorge ! On les entendait bien entonner leur chant rituel et matinal (César en connaissait chaque mélodie par coeur), mais aucun d’eux de se montrait vraiment : il avait beau lever la tête pour les distinguer, rien à faire, ces finauds avaient décidément l’art de la dissimulation. Un joli papillon aux ailes jonquille fendit soudain le ciel encore empreint des torpeurs de la nuit finissante. César, surpris par cette arrivée impromptue, fit un grand bond en avant puis se projeta vivement en l’air afin de l’intercepter. Cette fois-là ne fut pas la bonne non plus. Ce n’était décidément pas son jour. Il jeta un regard rapide à droite et à gauche pour constater qu’aucun chat du voisinage n’avait pu être témoin de ces échecs successifs, ce qui les aurait bien sûr réjoui, c’est certain, et en particulier cette peste de Mina qui le narguait depuis quelques jours en minaudant, sans doute parce que sa maîtresse avait eu le mauvais goût, récemment, de l’affubler d’un horrible collier rouge muni d’une stupide clochette. Ridicule, pensa César, si elle croit m’attirer, cette pimbêche maniérée, avec ses airs de candidate à Miss Univers ! Mais pas de Mina à l’horizon, pour cette fois, l’honneur était sauf.

 

César, ignorant l’heure bleue, et insensible à la beauté de cette fin de nuit qui basculait doucement vers la lumière douce et tamisée d’une journée de septembre, alla s’étendre de tout son long dans l’allée, au pied de la statue du fond, celle qui représentait une jolie femme endormie. Mais insensible à sa beauté, et sans lui jeter le moindre regard, guettant d’éventuelles proies, et gardant un œil bien ouvert et une écoute attentive aux imperceptibles mouvements du jardin.  

 

* Kenneth Grahame, Le vent dans les saules (que je vous recommande !)

 

cloclo

Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
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commentaires

Mony 17/09/2017 07:50

Une belle et douce observation de nos petits compagnons. Que de tentations dans nos jardins ; une vie de chat n'est pas de tout repos :)

jill bill 16/09/2017 16:47

Rififi au jardin... ;-)

vegas sur sarthe 16/09/2017 16:34

Alors la nuit, tous les chats sont bleus ?

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