Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 20:56

sujet semaine 40/2017 - clic

J’ai sifflé quelques notes de Carmen et j’ai attendu la tête levée vers l’étage. La tenture a frémi, juste frémi mais j’ai eu le temps d’apercevoir un nez, une bouche. Chantait-elle en réponse à mon appel ? Son souffle était-il  espérance ?

J’ai réussi à m’éclipser en prétextant que j’avais piscine, ont été les seuls mots que Manon a prononcés en balançant son sac de sport à l’arrière de ma voiture garée dans une rue adjacente à la sienne.

Dix-neuf ans, nous avions dix-neuf ans !

L’amour est enfant de bohème qui n’a jamais, jamais connu de loi… combien de fois depuis cette époque ai-je chanté ce refrain de ma voix de baryton ?

Ironie ou joie, bluff ou sincérité ?

La fuite et l’exil ont certes un peu terni l’aura de la liberté promise comme s’est terni le peu de vêtements emportés. Mais qu’importe, l’amour nous tenait chaud au cœur et sous le soleil de Katmandou tout allait reprendre couleur…

 

Titine, ma vieille bagnole acquise avec le petit pécule gagné les mains dans le cambouis dans le garage de mon oncle, a passé les Alpes comme une jeunette. J’étais fier d’elle !

En Turquie, épuisée par tant d’efforts, elle a déclaré forfait dans un nuage de fumée. Je n’ai rien pu faire pour la réanimer !

L’amour est enfant de bohème…

Arrête de siffloter cette rengaine débile, a hurlé Manon au bord de la crise de nerf.

La fièvre l’a fait délirer trois jours durant. Un villageois, espèce de vague rebouteux, a tenté de la soigner en lui faisant boire un liquide douteux dans lequel flottaient des grains de poivre rouge.

Les tripes en feu, elle était bien loin la vie de bohème…

 

Diplomatie était un mot étranger à mon père.

Amour par contre lui était familier.

De tous ses mots hurlés au téléphone, c’est le seul dont je me souviens. Un rictus suivi d’un vrai sourire nous a accueillis à l’aéroport et la vie a repris son cours.

Disputes, jalousie… comme pour tant d’amoureux, elle nous a aussi éloignés l’un de l’autre…

L’amour est enfant de bohème…

Quand, au hasard des jours, je croise encore Manon, je ne peux m’empêcher de siffloter mentalement.

Je suis retraité à présent et le seul regret que je garde au fond du cœur c'est l’insouciance de nos dix-neuf ans.

 

Mony

Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
commenter cet article

commentaires

Galet 07/10/2017 17:16

Tout passe, tout casse, tout lasse, fors le souvenir...

emma 06/10/2017 10:41

il y a un temps pour la fugue, un temps pour se faire sonner les cloches... il suffirait de presque rien, Manon, peut être dix années de moins...

almanito 05/10/2017 22:26

Joli! Le parfum léger et souriant de nos souvenirs dont parfois on se demande si on les a réellement vécus...

jill bill 05/10/2017 22:00

De ces choses lointaines dont on ne se défait jamais... ;-)

Contact

  • : Mil et une, atelier d'écriture en ligne
  • Mil et une, atelier d'écriture en ligne
  • : écriture en ligne
  • Contact

Recherche

Pour envoyer les textes

Les textes, avec titre et signature, sont à envoyer à notre adresse mail les40voleurs(at)laposte.net
 

Infos