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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 17:13

sujet semaine 41/2017 - clic

Sans raison j’ai enlevé le capuchon du marqueur bleu et j’ai gribouillé sur la façade.

Ensuite, toujours sans raison j’ai saisi, entre le pouce et l’index, un morceau de charbon de bois et j’ai écouté le crissement de la trace faite sur les pierres.

Puis, j’ai trempé toute la main dans le pot de peinture rouge et j’ai fait glisser ma menotte sur le mur.

Je cherchais à faire ressurgir un sens, une cause.

Sans raison, j’ai regardé ma main fripée et tachée, je l’ai essuyée sur ma jupe et je me suis mise à pleurer ; j’allais assurément me faire gronder par Claire.

Sans raison, j’ai éclaté de rire ; plusieurs fois en hochant la tête de plaisir.

Puis le vent a soulevé ma jupe, alors  je me suis tue et balancée.

J’avais profité de quelques minutes de leur inattention pour agir, tracer, répandre.

Ça m’avait un peu soulagée.

La trouille a laissé place à la bonne humeur.

Puis le rire aux larmes.

Comme toujours.

Le calvaire s’est déplacé sur le crépi, figé sur l’étoffe.

C’était fini.

Des gens en uniforme sont venus rendre visite à maman et l’ont fait pleurer.

La journée avait bien commencé. On se préparait toutes les deux pour aller en visite ; en traversant le parc, on devait donner du pain sec aux canards et ensuite rejoindre la maison de grand-mère.

Le bruit des coups sur la porte a tétanisé maman. Ils étaient insistants.

Elle m’a attrapée par les épaules et m’a dit calmement : « Va dans ta chambre. Surtout ne dis rien, ne parle pas, ne crie pas.»

Elle a ouvert la porte, a baissé la tête et les a écouté.

Je n’ai rien dit et je l’ai regardé traverser l’appartement, les yeux brouillés de larmes.

Je suis allée dans ma chambre comme elle me l’avait demandé. Je me suis assise sur le rebord du lit et j’ai attendu qu’elle revienne quelques minutes plus tard en balançant mes jambes, en silence.

Lentement elle a caressé mes cheveux en disant : «  C’est fini maintenant. »

 Aujourd’hui, je crois que j’ai compris quelque chose.

J’ai vu Claire sourire en regardant le mur coloré.

Elle ne m’a pas grondé.  Elle m’a prise par la main et m’a raccompagnée dans la chambre. Elle m’a aidée à me déshabiller, à enfiler ma chemise de nuit. Elle m’a regardée m’asseoir sur le rebord du lit. Puis, elle est sortie et a fermé la porte.

Pour la première fois depuis des mois, j’ai pu prier.

Puis, lentement, je me suis glissée sous les draps ; le sommeil est venu rapidement.

J’ai rêvé que j’écrivais sur une feuille de papier avec une plume d’oiseau, comme dans les vieux contes. En haut de la page je dessinais une enluminure dorée. C’était une colombe.

Ce matin, j’ai  regardé par la fenêtre et j’ai vu que le mur n’avait pas encore été nettoyé.  

Parfois, peut-être silence rime avec  espérance, graffitis avec pardon.

Le cœur a ses raisons et l’Esprit sa puissance…

 

Annick SB      

Published by miletune.over-blog.com - dans les participations
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commentaires

cloclo 12/10/2017 12:39

Oui, énigmatique et touchant, peut-être toute l'ambigüité de l'enfance dans ce très beau texte

Galet 12/10/2017 09:09

Je n'ai pas compris... Ou plutôt, j'ai plusieurs interprétations... Mais pourquoi donner une raison quand, simplement, on aime ?

Annick SB 14/10/2017 15:12

Rassure-toi, je ne suis pas sûre non plus d'avoir tout compris en l'écrivant !!! ;-)

Mony 08/10/2017 18:34

Sans raison, mais simplement beau et émouvant !

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