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28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 13:56

sujet 04/2018 - clic

Faut que j’vous dise comment j’ai rencontré Paulo. C’était un jour de tempête de neige, cela va sans dire, mais c’est mieux que je vous l’raconte. A la station, ils avaient affiché, selon le règlement, la météo du jour : beau temps chaud et ensoleillé pour toute la journée. Petit détail : j’avais oublié qu’on était le premier avril et qu’ils nous avaient fait une grosse blague. Résultat : deux jambes cassées, six foulures et cette panne mémorable de télécabine dont je me souviendrai longtemps. Moi qui cumule claustrophobie et peur du vide, j’étais servie. Je tremblais de tous mes membres. Mon vis-à-vis, vêtu d’une combin’ fluo super moulante avec de larges  bandes vertes recouvrant deux guiboles maigres et interminables, n’avait pas l’air paniqué du tout. Il me jetait parfois des regards en coin avec des sourires narquois à la commissure qui ne me plaisaient pas du tout. Je tremblais de tous mes membres, d’abord de froid et ensuite de panique, même si je m’efforçais de ne pas regarder le grand vide tout autour ainsi que ces pics tout proches, pointus, menaçants et hostiles qui me narguaient en permanence.

Toute ma vie défila soudain devant mes yeux. Je voyais mes parents en larmes, mon chef de service annoncer la nouvelle au bureau 105. « Quel malheur, une si gentille fille…» Et moi qui n’avais pas terminé le dossier de Monsieur Godin, j’avais pourtant promis… Et mes volets, que je devais repeindre au retour…Et le chat que j’avais confié à ma voisine, il ne s’en remettrait jamais, le pauvre !

Je pensais surtout à Yves dont j’avais refusé les avances la semaine dernière. Ah, si j’avais su…Bof, il s’en sortirait, je ne m’en faisais pas pour lui...Les portables marchaient bon train, on allait nous envoyer des secours. Mais les secours ne venaient pas, gênés par la tempête, le vent et le gel. Combien de temps allions-nous rester là ainsi ? Une jeune femme accompagnée de son enfant appelait son mari en le priant de faire le nécessaire. Elle n’avait pas l’air inquiet. Le petit non plus, il semblait au contraire se réjouir de la situation en riant et en s’occupant à détailler chaque aspect de la montagne. Sa mère était  une habituée des pistes et m’a expliqué que c’était la troisième fois que ça leur  arrivait.

Je commençais à avoir faim, n’ayant rien pris depuis mon petit déjeuner du matin. Devinant mes envies, Paulo (le grand escogriffe fluo) me tendit une barre chocolatée dont je le remerciai d’un sourire figé par le froid et la panique qui ne me lâchait pas. « N ‘ayez crainte, mademoiselle, il faut être patient » C’est là que je remarquai ses yeux beaux bleus incrustés sur une peau hâlée qui en faisait ressortir la couleur, un regard bleu lavande à la fois doux et direct qui laissait deviner  un caractère en harmonie, ce qui ne me déplut pas bien au contraire.

Quand les secours arrivèrent, nous connaissions quasiment tout de nos deux vies. Et ce qu’on ignorait encore, on le saurait ce soir, au restau de la station, en tête à tête devant une bonne fondue savoyarde.

 

Le blog de cloclo - clic

commentaires

M
Un petit air de "Les bronzés font du ski" Elle s'en souviendra de ce premier avril :)
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L
j'ai tellement ri en vous lisant que j'avais l'impression que la cabine<br /> bougeait ... dans tous les sens. Sans jeu de mot évidemment !
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J
chocolat et oeil bleu...la totale !
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M
J'adore quand les histoires finissent aussi bien ! ça me rend rêveuse...:)
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V
Laquelle résisterait à une barre même chocolatée si elle est offerte de bon cœur ?
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