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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 17:40

sujet 39/2020 - clic

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C’était en 1955 exactement. Je me souviens bien de la date, car mes parents m’avaient promis cette année-là de me faire visiter Paris pour la première fois. Récompense de mon examen de 6° réussi, l’année suivante, j’allais intégrer le prestigieux collège de jeunes filles de ma ville, tenu rigoureusement et sévèrement par sa directrice, Mademoiselle Dubourg. Ah, on en avait mis du temps pour arriver, vous pensez, avec la vieille 203 qui n’en pouvait mais, mais qui nous avait conduits tout de même vaillamment jusqu’au centre, sans panne et sans anicroches, par des routes dangereuses souvent, à cause de leur étroitesse et de l’impatience des conducteurs à doubler les traînards. Nos voisins en firent d’ailleurs les frais dans les mêmes moments et perdirent tous deux la vie en allant à un mariage à Paris.
 
Ce drame ne s’était pas passé encore et c’est joyeuse que j’arrivai dans la capitale en ayant chanté sans arrêt dans la voiture, et un peu agacé mon père qui voulait se concentrer sur sa conduite. La tour Eiffel fut notre première visite, j’étais émerveillée de tout ce que je voyais. A un moment, nous nous sommes retrouvés dans le quartier des Halles, avec ses commerces, ses ouvriers, sa foule bigarrée, son agitation. Quel contraste avec ma petite ville si paisible, si calme ! En bas d’une grande horloge, il y avait un musicien qui s’accompagnait avec un accordéon. Je n’aime pas trop l’accordéon, maman a dit que c’était  le piano du pauvre et moi je joue du piano, pourtant on n’est pas si riches non plus !
 
Ce qui m’a plu, ce sont les pigeons posés sur sa tête et en équilibre sur son engin, je n’ai jamais compris comment ils faisaient pour ne pas faire écrouler le système et humilier ainsi notre artiste qui s’en donnait à cœur joie avec les airs du moment. Il ne chantait pas, mais moi, je les reconnaissais tous, ces airs, à les entendre à la radio, qui tenaient une grande place dans nos vies, vu que la télé n’existait pas.
 
Je chantais mentalement dans ma tête en suivant l’air : Le piano du pauvre, Mes jeunes années, Cerisier rose et pommier blancLa java bleue et enfin tous les standards du moment.
 
Quand il fallut partir, je fus bien triste, parce qu’en dehors du musicien, ce sont ses pigeons qui m’amusaient trop et je me demandais si celui qui était sur sa tête n’allait pas avoir envie, à un moment, de… Bon, vous comprenez ce que je veux dire. Mais tout se passa très bien et nous poursuivîmes notre route à la rencontre de nouvelles découvertes.
 
Je n’oublierai jamais ce premier contact avec la capitale. On ne remplacera jamais, c’est sûr, et quoi qu’on en dise, la grâce et le bonheur des premières fois.
 
(date de la photo, 1955, Paris)
 
 

Le blog de Cloclo

commentaires

Lancolie 31/10/2020 22:06

La grâce des souvenirs d'enfance... accordée avec l'accordéon...

La Licorne 28/10/2020 10:34

Souvenirs, souvenirs...
Piano du "pauvre" peut-être, mais "richesse" des premières fois et des regards d'enfance...

Mony 25/10/2020 18:08

Quel beau récit d'un première visite à Paris en 1955. Toutes les mélodies et paroles de ces chansons flottent à présent dans ma tête :)

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