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21 novembre 2020 6 21 /11 /novembre /2020 17:06

sujet 43/2020 - clic

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Le diner touchait à sa fin, dans le réfectoire les pensionnaires attendait la visite de madame la directrice qui se faisait un devoir, chaque soir, de venir dire un mot aux élèves avant que celles-ci ne rejoignent leurs chambres.
Une explosion de joie unanime accueillit  l'annonce de madame Bache: "Demain, mesdemoiselles, EXCURSION!

Encore! Se dit Louise qui en laissa tomber la petite cuillère  contenant encore la dernière bouchée de fruit aux sirop, une cerise qu'elle gardait toujours pour la fin lorsqu'elle avait la chance d'en trouver une dans sa coupelle.
Il allait encore falloir se lever avant l'aube, prendre un petit déjeuner à la hâte et dans la cohue de l'excitation générale puis descendre dans la salle glaciale pour s'équiper, enfiler ces lourdes chaussures de ski devenues trop petites pour ses pieds de neuf ans qui poussaient trop vite, passer les lacets autour des crochets, se relever les jambes lestées, les orteils déjà engourdis par le froid et le manque de place, s'engoncer sous plusieurs couches de  pulls,  enfermer le tout en zippant la fermeture éclair par endroits rouillée de l' anorak et enfin prendre la lourde paire de skis  trop longs pour sa taille qui lui avait échue, sans oublier les bâtons. Ainsi arnachée, entravée de toutes parts et gênée dans ses mouvements, Louise ressemblait au bibendum Michelin.
Il faudrait ensuite rejoindre l'autocar qui attendait plus bas dans la nuit, le chauffeur rechignerait encore une fois à descendre de son engin pour l'aider à hisser ses skis dans la hotte à l'arrière du véhicule, hors d'atteinte pour elle, accepter sans broncher de se faire traiter d'empotée en enviant les veinardes qui, ayant le double de son âge, possédaient aussi les centimètres nécessaires pour se débrouiller seules.L'autocar les laisserait près d'un flanc de montagne enneigé d'où il faudrait marcher péniblement dans la poudreuse  pour atteindre le téléphérique qui les emmènerait sur un sommet qu'il faudrait ensuite redescendre à skis. La but de la démarche restant un mystère pour Louise qui ne progressait pas dans l'apprentissage de la glisse et n'y prenait aucun plaisir.
Le déjeuner aurait lieu dans un chalet bondé de touristes bruyants, il y aurait force nourriture roborative et du fromage dans tous les plats. Après quoi la longue descente commencerait pour rejoindre l'autocar et son aimable conducteur.
La dernière fois, Louise avait oublié de ne pas boire pendant le repas, ce qui lui évitait de demander à la fin du repas où se trouvait les toilettes et se retrouva prise d'une envie pressante pendant la fameuse descente. Si pressante qu'elle avait laissé le flot des pensionnaires passer et que lorsqu'elle se retrouva seule, assise dans la neige...N'osant plus se relever en voyant une large auréole jaune s'étendre sur le blanc tapis...Elle avait laissé passer du temps avant de se relever, étouffant de honte, et s'était enfin décidée à poursuivre la longue et périlleuse randonnée, le derrière mouillé...
Le jour commençait à descendre lorsqu'elle avait atteint son but. Le bus était parti depuis longtemps et la station ne comptait plus que quelques retardataires. Plutôt que de suivre la route, elle avait coupé à travers les bois en se guidant d'après les lumières qui commençaient à s'allumer au loin au village. Il faisait nuit lorsqu'elle y parvint, il ne lui restait plus qu'à rejoindre la pension à pieds,  l'épaule  meurtrie par les skis, chemin qu'elle connaissait bien.
Elle monta se coucher furtivement sans que personne ne s'aperçût ni de son absence, ni de son retour.

Louise tremblait encore au souvenir de son aventure. Elle songea qu'il était inutile d'aller chercher secours auprès de sa mère qui travaillait certainement encore à l'office où de toutes façons elle n'avait pas accès et que plus tard, Jeanne serait si fatiguée qu'elle n'oserait  pas lui demander d'intercéder en sa faveur. Jeanne n'avait d'ailleurs aucun pouvoir et c'était déjà une chance lui avait-elle un jour expliqué, que de pouvoir travailler en gardant sa petite fille près d'elle.
Alors demain donc: EXCURSION, songea Louise dans un soupir avant de s'endormir.

 

 

Le blog d'Almanito

commentaires

jill bill 24/11/2020 23:15

Comme dans toutes choses, il y a ceux qui vont dire youpi et les autres... oh nan !

margi 24/11/2020 15:05

Je suis complètement d'accord avec Louise en ce qui concerne les stations de ski. Quant aux envies pressantes, je n'ai jamais eu ce déplaisir. Mais je n'échappais quand même jamais à celui de revenir avec un pantalon trempé :-)

Lecrilibriste 24/11/2020 07:53

J'espère que cette excursion a fait oublier celle du mauvais souvenir !

france lacoste 22/11/2020 20:09

Hélas !

vegas sur sarthe 22/11/2020 07:22

La petite Louise n'a rien d'une Blanche Neige et la piste de la vie est parfois tortueuse et semée d'embuches ...

Josette 21/11/2020 17:39

Bien triste enfance qu'une enfance sans amour

almanito 21/11/2020 18:17

C'est une histoire dans des circonstances particulières mais rien ne dit qu'elle manquait d'amour ;)

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