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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 06:45

 

Il est arrivé soudainement, sans crier gare, un matin de coton tout silencieux tant la neige était tombée dans la nuit.

Sa silhouette sombre et trapue lui donnait l'air d'un ours descendu de l'alpage, mais les traces qu'il laissait derrière lui étaient toutes autres... des empreintes régulières finement dessinées, un peu comme ces mots qui bercent et qui rassurent quand les grand-mères racontent leurs histoires à la veillée.

L'immense cape jetée sur ses épaules puissantes claquait comme une voile au vent impétueux de l'hiver à chacun de ses pas; elle avait servi plus que son compte et de grands lambeaux arrachés par les bourrasques marquaient le sol tels des couleuvres sournoises qui se seraient éveillées à son passage.

Personne ne distinguait son visage mais à son allure débonnaire, on pouvait imaginer un gentilhomme d'autant qu'un haut de forme tout aussi noir que le reste coiffait sa longue chevelure poivre et sel et lui donnait une certaine noblesse.

 

Il venait forcément de là-haut mais nul ne savait où il allait, ni même s'il ferait halte au hameau, auquel cas les marmots sauraient bien percer le mystère de cette apparition.

Une grosse bosse dans son dos trahissait un baluchon ou un sac qu'on imaginait rempli d'objets magiques ou d'amulettes rapportées de quelque contrée lointaine.

Point de canne ni de bâton pour marcher et pourtant sa grande carcasse devait peiner à se mouvoir dans l'épaisse couche de poudreuse qu'aucun courageux ne s'était risqué à déblayer entre les maisons.

Les plus attentifs pouvaient distinguer une étrange musique, mélange de flonflons de kermesse et d'incantations vaudous qui planait dans l'air, comme si la créature s'encourageait de la voix dans son cheminement.

 

Un moment, il s'arrêta et tournant imperceptiblement la tête, il émit un sifflement si aigu et si étrange que les gosses en perdirent leurs sabots ! Aussitôt, une tache flamboyante, bondissant comme un cabri de l'année, arriva d'on ne sait où dans un nuage de poudreuse en jappant joyeusement: c'était un drôle de chien rouge, sans queue et si haut sur pattes qu'il ne lui manquait qu'une paire de cornes pour ressembler à un bouc... certains gamins avancèrent que c'était un bouc qui avait perdu ses cornes dans un combat entre mâles.

Il portait lui aussi un sac ou plutôt une sorte de hotte sur l'échine, ce qui ne l'empêchait nullement de courir à une vitesse folle en décrivant des cercles autour de son maître; d'un coup de sifflet bref, il le calma et reprit sa marche, escorté de son drôle de bouc.

 

Ce n'est que lorsqu'il eut traversé le champ de neige et ne fut plus qu'un point noir sur l'horizon laiteux, qu'un murmure monta du petit groupe des curieux... alors qu'il ne neigeait plus, toute trace de son passage avait disparu ! On eut beau sonder la neige sur le chemin qu'il avait emprunté, renifler les cristaux gelés par le vent, racler le sol jusqu'à la terre, rien ne témoignait du passage d'une créature humaine à cet endroit.

Déjà, le spectre de l'homme en noir planant au dessus du sol hantait les esprits des gamins médusés; nul doute que le bouc et son esprit malin avaient fait disparaître les traces !

 

Comme pour ajouter à l'inquiétude grandissante, un vol de bernaches passa au dessus du groupe à grands cris et il passa si bas que les gamins sentirent leurs ailes frôler leur tignasse; et ça, un vol de bernaches à Noël, ce n'était pas ordinaire.

On alla donc chercher l'aïeul, celui qui semblait avoir tout vécu et tout vu depuis l'origine du monde, et on l'interrogea sur l'homme en noir et ce chien qui ressemblait à un bouc sans cornes...

Il resta un moment silencieux avant de déclarer solennellement que cet homme ne pouvait être que le Comte De Nohell, et qu'il passait au hasard des villages à la veille de Noël.

"Un comte de Nohell" répétèrent les marmots avant de rentrer daredare chez eux en lorgnant par dessus leur épaule, pas franchement rassurés par cette révélation.

 

Vegas sur sarthe

 

 

commentaires

J

un bonhomme Noël revisité à la Adams ! j'aime
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J

Un texte sérieux basé sur un jeu de mots souriants. Quel talent, Vegas !
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E

une sacrée ambiance de conte traditionnel revisité pour le cinéma
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C

Une bien plaisante lecture ! et un jeu de mots savoureux mis en scène !
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C

Adroitement  mené et dosé ce conte de Nohell qui à la fois donne des indices tout en maintenant suspens, frissons et mystère. Tous les ingrédients sont là. Bravo! chloé
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Y

Bravo ! C'est ainsi que naissent les légendes. Tu as parfaitement réussi à créer une atmosphère étrange... 
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M

J'ai aimé cette ambiance un peu curieuse et angoissée que suscite le passage de cet homme et de son animal. C'est ainsi que naissent les légendes et je te découvre à l'aise dans l'univers du
conte, pardon du comte.
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A

ton homme de Nohell me fait penser aux personnages de Chagall, Magritte, un peu surréalistes mais au combien attachants. Merci pour le plaisir de te lire
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J

quel beau conte que ce Comte de Nohell...une histoire poétique et descriptive, j'aime beaucoup les contes et celui ci me plait énormément


bonne journée
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M

Ah: j'aime vraiment..
Magnifique ce passage de Mosieur l' Comte De Nohell dans le village.. on s'en souviendra longtemps !!
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