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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 15:39

 

            Il y avait tout de même une chose qui n’avait pas changé : le jeudi matin, c’était encore le marché hebdomadaire sur la Place et dans les rues adjacentes. En remontant la rue du Beffroi, Johan passa entre les étals des maraîchers. La ruelle débordait de couleurs et d’odeurs, sous le chaud soleil de juillet. Il y avait toujours les cris des vendeurs et la foule des ménagères à cabas.

Il avait retrouvé Klaas au hasard d’un de ces sites qu’on dit sociaux, ils s’étaient écrit quelques messages, puis avaient décidé de se revoir dans la ville où ils avaient fait leurs études ensemble et où Klaas avait fait carrière.

Voilà bien vingt ans que Johan n’y avait plus remis les pieds et dès son arrivée, il n’avait quasiment rien reconnu. L’ancienne gare avait été abattue et remplacée par une architecture ultramoderne, les rues principales avaient été complètement remodelées dans le style urbanistique actuel, avec de larges trottoirs où ici et là un arbre trop maigre devait mettre une touche de vert.

Dans la Grand-rue, il n’avait plus retrouvé aucun de ses repères d’autrefois: la vieille salle de cinéma, le bistrot un peu sombre et enfumé où on pouvait rester des heures à discutailler devant la même trappiste de Westmalle, le resto italien où on lui faisait une réduction…  tout était devenu succursale d’une des nombreuses chaînes internationales de magasins de vêtements ou de restauration rapide. Il devenait difficile, d’une ville à l’autre de cette planète, de se sentir dépaysé.

- Je t’attendrai au pied du beffroi, avait écrit Klaas. Juste à côté il y a un coin sympa où on pourra causer en cassant la croûte.

- D’accord, avait-il répondu. Je viendrai avec le train, je pourrais y être vers onze heures et demie.
- Super ! avait réagi Klaas avec force émoticônes. Ça nous laissera le temps de prendre un apéritif !

Mais au plus il s’avançait vers le lieu du rendez-vous, au plus il se sentait mal à l’aise : ce qui avait été autrefois le fier symbole d’indépendance et de libertés civiques se trouvait enserré entre les enseignes toutes plus envahissantes et plus criardes les unes que les autres.

Jamais encore comme ce jour-là il n’avait ressenti aussi fortement combien son monde avait changé. En tournant le coin de la rue, il espéra que l’adresse sympa dont Klaas avait parlé n’était pas le rouge flamboyant de ce MacMachin qu’il voyait là, accolé au beffroi.

- Le monde s’est choisi un bien douteux suzerain, se dit-il.

 

Adrienne

 

 

  

 

commentaires

Q

Beau texte sur la blessure qu'est le souvenir déçu.
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J

Certains lieux sont ainsi et on a envie de démonter les enseignes? d'autres ont su au contraire se faire des toilettes sans y perdre leur âme. beau texte montrant l'étrangeté de ce monde
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A

merci pour ton commentaire, Mony!


oui cette uniformisation est assez consternante...
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M

Il reste à espérer que Johann retrouvera le Klaas de sa jeunesse ce qui n'est pas gagné d'avance et que le petit coin sympa le soit effectivement.


Je rejoins ta réflexion sur l'uniformité des commerces quels que soient les villes et les pays.
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A

merci, Annick SB, de m'avoir si bien comprise :-)


oui, Mansfieldn, c'est ça!


merci Vegas, bien vu ;-)


merci et bonne journée à tous!
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V

Le beffroi pourrait bien être la dernière citadelle à témoigner du passé... et cette peinture qui t'a inspirée
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M

Quand tradition et modernité se côtoient, on peut recevoir un certain choc... bien rendu ici!
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A

L'urbanisme moderne semble hélàs être à l'image des mentalités qui ne supportent plus les diférences et l'uniformité des centres villes fait vraiment flipper ! Je
comprends très bien ce que peut ressentir ton personnage !
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A

c'est sûr, Josette! ni l'éclairage, ni le décor, ni le "service" ne s'y prêtent ;-)


je comprends tout à fait Mamzelle Jeanne! tout en étant une écolo convaincue, je pense qu'ici vous marquez un point!


merci à vous et bonne soirée, bon dimanche
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M

J'aime ton article.. et suis d'accord avec toi Adrienne..
Pourquoi tous ces changements urbains.. plus hideux les uns que les autres qui sont loin d'être fonctionnels..
Ce matin je suis allée chercher mon amie à la gare de la petite ville proche .. avant c'était facile il y avait un grand parking on n'avait pas à marcher.. Ce matin j'ai découvert devant la gare
un parc avec des arbres qui viennent d'y être planté.. et pour garer sa voiture il faut faire 500 mètres..
L'horreur complète lorsque l'on est âgé ! L'argent dépensé dans cette opération est farimineux.. sans aucune amélioration pour l'usager. Le comble !
Excuse moi pour ce mot ..
Au plaisir de se lire !
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J

Mac Machin ne vaudra jamis le bistrot du coin où on refaisait le monde avec nos questions existentielles ! 
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