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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 19:33

 

Malgré moi, je serrais mon livre de poèmes comme s'il allait s'échapper et disparaître dans les eaux sombres.

Je trouvais l'air étrangement doux pour la saison et je goûtais l'air du large à pleins poumons.

“Devriez rentrer, Miss... commence à faire frais!”

On ne m'avait pas souvent appelée Miss, surtout venant d'un vieil homme qui avait dû être gardien du phare à l'époque et qui ne me lâchait pas d'une semelle.

J'avais été suffisamment persuasive pour qu'il accepte de me laisser monter malgré les taillis et les ronces qui gênaient l'accès au vieil édifice.

J'en serais quitte pour raccommoder mes leggins!

Cette réflexion me fit rire, un de ces petits éclats cristallins comme j'en poussais autrefois et qui Le faisaient rire lui aussi.

Je me sentais toute à la fois guillerette et grave.

Encore éblouie des derniers rayons du soleil je ne vis d'abord rien qu'un noir total puis les murs lambrissés apparurent tels qu'ils étaient dans mon souvenir.

Je levai machinalement la tête vers les grosses lampes du phare, cherchai les loupes et les réflecteurs chromés mais le chapiteau était vide, plutôt délabré et tissé de monstrueuses toiles d'araignées semblables à des cheveux de sorcière.

On avait démonté le sublime kaléidoscope qui avait fugitivement embrasé Nos étreintes et hanté tant de fois mes nuits blanches.

Au mur, la banquette de bois était toujours là, où je m'étais offerte à Lui sans retenue.

Je m'y assis comme si tant d'années après, le contact rugueux du bat-flanc pouvait réveiller la moindre parcelle de ce désir torride, cette excitation et la fougue qui Nous animait.

Il aurait pu entrer, là maintenant derrière moi que je n'en aurais été nullement surprise; mais ce n'était que le vieil homme qui balançait sur ses jambes et semblait s'impatienter.

“Faut partir, Miss” grogna t il en secouant d'un geste dérisoire un trousseau de clés qui ne fermaient plus rien...

Je me plus à imaginer que parmi tous les curieux qui osaient braver l'escalier branlant pour monter ici, Il était peut-être revenu comme moi et s'était assis à ma place sur Notre couche pour revivre cet instant magique.

Le livre de poèmes était tombé sur la banquette et je ne fis rien pour le ramasser.

Dehors, un cahot d'embruns et de déferlantes battait les rochers dans un grondement sourd.

“Il est temps” dit le vieux d'une voix forte pour bien se faire entendre.

Qu'était-Il devenu?

Il aurait pu me retenir mais Il n'avait pas osé tout simplement.

Je me retournai une dernière fois et comme un éclair d'orage zébrait le ciel, je crus voir briller pour moi la lumière de Wood Island.

 

Vegas sur sarthe

 

 

 

commentaires

J
<br /> un récit romantique ... j'aime<br />
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A
<br /> souvenirs émus d'un amour passé , ce sont  souvent les plus beaux  le revoir  aurait peut-être tout gacher . Joli texte <br />
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M
<br /> Et dire que à quelques jours près ils se retrouvaient<br /> <br /> <br /> Mais peut-être est-ce mieux ainsi ?<br />
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M
<br /> Un souvenir revisité avec beaucoup de tendresse et de sensualité<br />
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V
<br /> @Martine Eglantine : Je relis aussi et modifie pas mal de fois mes textes, malgré l'envie de les publier au plus vite.<br /> Je suis impatient de lire le tien et de connaître tes personnages.<br /> <br /> @chloé : "Vegas dans la peau d'une femme"! Sacré exercice quand on n'a pas le cerveau conçu à l'identique.<br /> Une suite? Auraient-ils eu un enfant chacun de leur côté et qui vont se rencontrer? J'ai plutôt envie de passer à autre chose sans oublier de remercier Hopper qui nous a tous si bien inspirés :)<br />
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C
<br /> L'envers du décor! Vegas dans la peau d'une femme! J'ai aimé le coup des leggins! Quel rabat joie ce gardien de phare quand même! Bon ben , ça impose une suite !Un coup du de pouce au destin à la<br /> Vegas Chloé<br />
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M
<br /> Il y a une légère similitude entre ton texte et celui que je suis entrain de peaufine, je suis une perfectionniste, je relis plusieurs fois, change, rechange. Je me suis attachée comme toi au<br /> gardien du phare car les personnes m'intéressent plus que leurs lieux de vie. Merci<br />
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