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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 15:59
Pas une larme...   Clémence

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet semaine 52:2014 - clic

 

 

 

- C’est  pas possible, tu enterres tes parents et tu ne verses pas une larme !

- C’est mon problème, cela ne te regarde pas.

- Si, ça me regarde, tu es égoïste, tu n’aimes pas les gens, tu n’aimes que toi !

- Mais non, c’est encore ta manière de me voir, de me juger…de vouloir imposer ta manière d’être !

- T’es vraiment cinglée, quand on enterre ses parents, on pleure, décidément, tu ne fais rien comme tout le monde !

- Tout le monde, la belle affaire…

- Ca y est, Madame recommence…

- Baisse le ton, s’il te plaît…. 

 

Elle tourna les talons, plantant devant le trou, le peu de famille qui lui restait, quelques amis, de vagues connaissances, les fleurs et le curé.

Non, elle n’était vraiment pas comme tout le monde, et alors…

Elle sentait la colère monter. Elle savait qu’ « Il » la provoquait, que c’était sa façon de pouvoir libérer ses propres démons. Mais cette fois, Il n’y parviendrait pas. Ni cette fois, ni jamais plus d’ailleurs.

 

Le vent  lui rougissait les yeux. Elle releva le col de son manteau noir. Elle ajusta la poignée de son sac sur l'épaule. Elle releva une mèche brune filetée de gris.

Elle n'était pas comme tout le monde, elle ne pleurait pas quand les autres pleuraient et elle s'habillait en noir. Qu’allait-on lui reprocher encore ?

 

Elle arriva près de sa voiture. Elle se mit à siffler car elle ne savait plus chanter. Une intervention avait endommagé ses cordes vocales.

 

Une heure plus tard, elle était arrivée devant « leur » maison. Ne plus réfléchir. 

Son grand sac de voyage et une valise recueillirent l'essentiel de sa vie.

Ne pas se retourner, ne pas verser de larmes.

 

Au volant, elle se faisait son cinéma et riait en à ce qu’ « il » ferait, ce qu' « Il » dirait. Que c’est encore un de ses coups de tête, un coup de ses folies cycliques, qu’elle reviendrait, que tout serait comme avant.

Aujourd'hui, ce scénario l'épuisait:

- lui : un verre de trop, des  phrases assassines,

- elle :  des paroles apaisantes,

- lui, les rugissements de la colère. Imparable.

- lui : les excuses, un cadeau et le droit, pensait-Il de recommencer et d'oser aller encore plus loin.

 

Elle se concentra sur la route, fit très attention à ces virages en épingle à cheveux. Elle vit le panneau « Lyon - autoroute du Soleil »

 

Lyon déjà ! Pas de souci.

Orange. Elle quitta l'autoroute pour se rendre à Gordes. Elle s'arrêta chez Max. Elle lui dit combien elle était désolée, mais vraiment, elle ne se voyait pas finir sa vie avec lui.

Avignon, La Sainte-Victoire, Nice, Menton, Pise, Florence….

 

Elle savait que sa maison l'attendait quelque part, dans un village de Toscane.

 

La route bordée de cyprès la mena au sommet de la colline, le ciel enflammait les brumes.

 

Terre ocre, oliviers et vignes. Je suis chez moi, enfin….

 

San Quirico d’Orcia

 

2006-04-14

 

 

Clémence

 

 

sujet semaines 02 et 03/2016 - clic 

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 15:36
La poison.   Almanito

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet du 01 au 15:10:2012 - clic 

 

 

Elle avait beaucoup insisté, mon amie Madame S., m'avait cousu de fil blanc toute une légende: "pauvre petite bête trouvée dans le maquis, si craquante..." non, bien sûr, elle, Madame S., ne pouvait pas la prendre, pour un tas de bonnes raisons et d'ailleurs, c'était une évidence:" ça manquait de chat chez moi". Deux chiens et pas de chat? Quel hérésie! Quelqu'un a dit que l'être humain pour son équilibre a besoin d'un chien pour lui dire combien il est beau, fort et intelligent et d'un chat pour lui faire comprendre exactement le contraire. Le croirez-vous? Il s'avère que le chat est plus convainquant que le chien...

 

Quoi qu'il en soit, c'était vrai, la chose était très mignonne et si petite qu'elle tenait dans la main. D'un commun accord, nous l'appelâmes Albert, prénom flatteur que portaient Einstein et mon grand-père ainsi qu'un tas de gens très bien, auquel nous rajoutâmes madame lorsqu'Albert le chat se révéla être une femelle.

Cocteau préférait les chats aux chiens car" il n'existe pas de chat policier". Erreur. Madame Albert, dès les premiers jours, organisa l'occupation des sols à sa façon, annexa à sa guise les meilleurs coussins, confisqua les balles et affirma son autorité à coups de baffes sur les truffes innocentes des chiens béats d'admiration. Sa caisse de litière s'y trouvant, l'accès de la salle de bain leur fut interdit, de même que l'approche de la table aux heures des repas. Il lui suffisait d'un regard pour que les deux nigauds obtempèrent. J'admirais cette autorité naturelle si efficace que jamais je n'avais obtenue en plusieurs années de patiente éducation toute en douceur.
Elle organisa sa vie en introduisant la zizanie dans la mienne, la liste de ses exactions remplirait un blog. Je me demandais parfois, s'il n'y avait pas un mode de communication télépathique entre Madame S., volontiers facétieuse à ses heures, et cette créature en perpétuelle effervescence, mais l'une et l'autre m'affirmant le contraire avec véhémence, je ne peux que les croire...

 

J'avais imaginé qu'au fil des ans, le tempérament fougueux de cette diablesse, j'ose le mot car il faut appeler un chat un chat, n'est ce pas, allait s'adoucir et qu'enfin, je la verrais un jour venir se blottir contre moi, les yeux mi-clos en ronronnant gentiment. Je songeais à Colette, à Léautaud, à Brassens, je rêvais d'un chat d'écrivain. Que nenni, madame Albert se fout éperdument de mes notes, envoie ma gomme rebondir sur le sol et grignote mes crayons, se cache sous mes feuilles de papier, me renvoyant par sa conduite cruelle et insolente à la triste vérité...
J'ai bien compris, allez, jamais elle n'acceptera de m'aider, de m'inspirer quelques belles envolées romantiques en prenant la pose, mystique, au coin de la fenêtre sous un clair de lune d'été. Non, madame Albert n'est pas une contemplative, madame Albert fait dans le concret, le palpable, le tangible et ne vous y trompez pas, si d'aventure un jour vous l'entendez ronronner, proche de l'extase, c'est qu'elle mange!

 

 

Almanito

 

 

sujet semaines 02 et 03/2016 - clic 

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 15:25
Vincent ?   Clémence

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet du 01 au 15:04:2011 - clic

 

 

 

Chaque été, c'est mon rituel . Presque une obsession. Je dois y aller...

 

Au coeur du Var, blotti entre les oliveraies et les chênes verts , un havre de paix respire doucement. J'aime m'y promener, me trébucher sur les vieilles pierres, m'asseoir sur les margelles, rêver, écouter les mille bruissements  et attendre.

Attendre la voix limpide qui résonnera presque à l'infini sous la voûte romane.

 

Le soleil d'été va bientôt laisser sa place aux rayons cuivrés. Les vignes vont se colorer d'or et de pourpre. 

Il est temps. Je jette un lainage sur les épaules. La route enlace les collines.

 

J'arrive, je souris. L'abbaye du Thoronet est plus belle que jamais.

 

- Vincent ?

- Ja…

- Vincent, hoe gaat het met u ?

- Half en half…

- Komt…

 

Vincent est devant moi . Pâle, blême.

Il faut que je vous parle de Vincent. Je ne comprends pas pourquoi il se trouve là, à cet instant.

Et pourtant, nous prenons le temps de nous asseoir et de bavarder.

Il me raconte  sa vie, ses tourments.

Il me raconte la nuit étoilée, le café, les iris, les champs de tournesols, sa maison jaune et  sa chambre.

Il parle à coups de pinceaux, à coup de regrets, à coups de colère.

 

- Pourquoi as-tu fais cela, Vincent ? Pourquoi ?

Vincent tourne vers moi ses yeux clairs, son visage blême. Le bandage se défait un peu...

- Ik ben niet Vincent…

- Tu n'es pas Vincent ? Mais qui es-tu ?

 

Je suis un acteur, un acteur hollandais. Je sais, je lui ressemble beaucoup….

Je tourne « A home for Vincent ».

 

 

Clémence

 

 

Commission du film du Var.

«A home for Vincent»

: TV Film Pays-Bas : Tournage à l’abbaye du Thoronet, Entrecasteaux, Besse sur

Issole - Provence Verte. Tournage mi-septembre 2012 (Film sur Van Gogh)

(clic)

 

 

sujet semaines 02 et 03/2016 - clic 

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 10:42
Elle tricote.   Mony

(réédition)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet du 01 au 15:06:2011 - clic

 

 

 

Elle tricote le fil du temps

Un jour à l’endroit

Un jour à l’envers

Un autre en attente

Et glisse la maille

 

Elle tricote le fil du temps

Croise diminue augmente

Jetés points mousse ou

Escargots garnissent les rangs

Et ajoute la maille

 

Elle tricote le fil du temps

Mais s’offre en dentelle

A dix heures à quatre

Ou à vingt c’est selon

De suivre le fil des mots

 

Elle tricote le fil du temps

Savoure celui des vocables

Partage échange

Un mot à l’endroit

Un mot à l’envers

Et passe passe le temps

 

 

Mony

 

 

sujet semaines 02 et 03/2016 - clic 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 20:00
 La Petite Sirène.   Pascal

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet semaine 52:2013 - clic

 

 

Nous faisions relâche à Copenhague. Comme à la parade, notre bateau, décoré de tous les meilleurs fanions des timoniers, avait fait une entrée fracassante dans le port. Pour nous recevoir avec le cérémonial protocolaire, ils avaient sorti la fanfare du dimanche, le tapis rouge, les majorettes. Toutes les sommités du coin s’étaient retrouvées sur la plage arrière en train de lever leurs coupes de champagne de France avec des tonnes d’hypocrites révérences. A dix-sept heures, nous autres, les permissionnaires, nous avions foulé le sol du Danemark comme des conquérants de marque. Nous nous étions égayés dans la ville, à la recherche de cartes postales, de quelques véhémentes vestales et d’alcools forts, dignes de baptiser cette escale…

 

J’avais bu de la bière, goûté à la *platte, aux *frikadelles, au *brunch, au *risalamande, visité des fumeries de poissons, arpenté des couloirs du château de Rosenborg, rebu de la bière, tenté le cocktail « Copenhague » une recette à base de Genièvre Bols hollandais, de jus de citron vert, de liqueur de cerise, de sirop de sucre et d’angustura, j’avais vu quatre bassets artilleurs en affaire avec une belle danoise tarifée. C’est vrai qu’elles sont belles, les femmes, ici. Le froid, ça conserve. Moi, pour conserver un peu de chaleur, j’avais rerebu de la bière, trop, peut-être...

 

Vers quatre ou cinq heures du matin, je cherchais mon bateau… J’errais sur les quais déserts, me demandant si je n’avais pas loupé l’appareillage. Et si les douaniers autochtones avaient bêtement confisqué notre escorteur d’escadre ?... Et s’ils l’avaient déplacé pour l’enfermer dans un musée ?... Merde ! Un bateau de guerre aux mains de l’ennemi ! Mais c’est plein de vikings ici ! Quelle idée aussi d’aller se jeter dans la gueule du loup !… Si cela se trouve, tous les officiers et l’équipage étaient enfermés dans le château d’Amalienborg, le palais rococo ! J’étais le seul rescapé et je décidai d’aller les délivrer…

 

Tout à coup, dans la pénombre, j’aperçus une forme accroupie sur un rocher d’interlude. La Petite Sirène ! La lune danoise l’éclairait avec des reflets argentés ; pourtant nue, les perpétuels scintillements de la mer avaient sur elle des effets de parures princières aussi grandioses qu’éphémères.

Quand j’étais tout gamin, on m’en avait parlé dans les livres des contes d’Andersen mais je ne la cherchais pas vraiment ou, plutôt, si je la cherchais depuis toujours, je ne voulais pas franchement la rencontrer. Pourtant, le Hasard organise toujours les plus belles collisions et quel marin, digne de ce nom, n’a jamais espéré un jour se faire bercer par une chanson de sirène… Moi, j’aime bien les légendes avec leur part de rêverie, d’enchantement, de fantaisie ; c’est un pied de nez à la factualité désolante avec ses tristes faits divers où même l’atroce devient banalité affligeante. Et puis, à cinq heures du matin, tout devient réel…

 

« Alors, c’est toi, la Petite Sirène ?... C’est toi qu’on voit dans les livres ?... Je suis content de faire ta connaissance ; si tu savais comme j’espérais te retrouver, un jour. Il y en a pour qui c’est : l’Everest, les temples d’Angkor, les pyramides d’Egypte ; pour d’autres, c’est l’Amérique, c’est Byzance, c’est la Tour Eiffel et moi : c’est toi…

Je t’ai cherchée dans l’écume des rochers, du côté du Cap Horn ; en croisant au large du Cap de Bonne-Espérance, j’ai cru te voir mais c’était le souffle d’un cachalot qui s’irisait dans les couleurs du soir ! Tu vas rire !... Pendant une terrible tempête tropicale, le vent soufflait si fort dans la mâture que j’ai pensé qu’une troupe de sirènes chantait le grand air des Abysses !... Dans la Mer des Sargasses, à fleur d’eau, les laminaires multicolores étaient comme une grande fête foraine ! Forcément, tu devais t’y amuser !... En mer de Chine, en quête de la perle rare, je te cherchais dans chacun des écrins de jade ; dans l’Océan Indien, te baignant entre les racines des palétuviers rouges ; dans le calme bleuté de l’Océan Pacifique, j’aurais pu détecter le moindre de tes soupirs !...  

 

Comment se fait-il que tu aies échoué ici ?... C’est un coupe-gorge, c’est moche, ça pue et c’est plein d’étrangers !... Ils t’ont clouée comme notre Jésus, ces païens ?... Ils t’ont enchâssée dans la roche comme une vulgaire statue de promenade ?... Ils t’ont fondue dans l’airain dans ta posture de silencieuse ?... Ils t’ont boulonnée sur ce maudit socle en granit ? Ce sont ces vulgaires quatre écrous qui t’emprisonnent ?... Ne bouge pas ! Je suis un vieux quartier-maître chef de la chaufferie arrière ! J’ai toujours une ou deux clés sur moi pour si des fois !... Ecoute !... Ecoute !... Tu les entends ?...Elles brinquebalent avec mes bières !... Tu en veux une ? Choisis ! Dans une poche, j’ai de la Tuborg ; dans l’autre, c’est de la Faxe. De temps en temps, je m’en envoie une gorgée pour conserver la bonne pression dans ma chaudière… Toi, tu connais l’ivresse des profondeurs ; moi, c’est plutôt celle des bas-fonds… Dis, tu n’aurais pas vu passer un escorteur d’escadre, un bateau avec deux cheminées et hérissé de plein de canons ?... Ou alors, une troupe de vikings avec deux cent trente hommes d’équipage prisonniers dans des chaînes ?...

 

J’ai lu dans des brochures qu’on t’avait coupé la tête et même plusieurs fois ; au fil des ans, des malins t’ont arrosé de peinture, d’essence et d’excréments ; ils t’ont décorée d’algues et de mauvais vêtements ; Ils t’ont dynamitée, affublée d’une burka, d’un godemiché ; ils t’ont oint d’huile de vidange, ils t’ont amputée d’un bras, ils t’ont saccagée, traitée comme une sorcière, ils te crachent dessus, ils te méprisent, ils te jalousent ! Ces cons, ils t’ont baptisée à la pisse, à la vinasse, au vomi ! Ils viennent te tripoter avec leurs mains sales ; ils déboutonnent leur braguette devant ton visage et toi, tu restes là comme si tu étais au-dessus de toutes ces misères humaines ! Imperturbable, tu souris à l’Eternité, nonobstant toutes ces viles dépravations ! Tu rends en bienveillance paisible ce qu’on te donne en méchante hostilité !... Tiens, prends ma vareuse pour mettre sur tes épaules…

 

Dis, il ne te prend jamais l’envie de rejoindre le large ?... Tu dois bien connaître des îles paradisiaques où tu pourrais te reposer enfin !... Tu sais, des îles avec des oiseaux multicolores, avec des plages de sable immaculé, avec des ressacs comme des caresses d’amant, des cocotiers qui laissent flirter leurs palmes avec les alizés, des couchers de soleil extraordinaires à faire oublier la journée !...  

 

Les humains, c’est que des tas de cons ; ils sont le véritable enfer sur cette terre. Ils détruisent ce qu’ils ne comprennent pas. Les humains, c’est la plus grave maladie de la Nature. En naviguant, tu pourrais t’engluer dans des champs d’hydrocarbures, tu pourrais te retrouver prisonnière dans des filets dérivants, t’étouffer dans des sacs plastiques ou t’empoisonner avec des produits chimiques. Si tu savais… Plein de poissons ont disparu de nos mers ; on ne compte plus les baleines que par leur absence ; les courants océaniques n’ont plus d’exigences planctoniques ; les grands glaçons de la banquise n’arrêtent plus de se jeter à la mer ! C’est peut-être pour cela que tu restes figée sur ton rocher. Tu as peur des aléas du voyage…

 

Tu ne veux pas que je t’emmène ? Je vais te rendre la Liberté ! Je vais te planquer dans ma vareuse et, à bord, je te cacherai dans mon caisson ! Bientôt, on part pour les Antilles ; je sais l’eau si bleue qu’on voit les étoiles de mer organisées en constellations extraordinaires !... Attends, ne bouge pas, je vais chercher mon bateau et son équipage ; promis, je reviens… »

 

Je me suis réveillé dans mon hamac avec une gueule de bois digne des grands mâts de l’Esméralda. J’avais l’impression de mâcher du sable et ma langue me restait collée au palais comme une soudure indéfectible. Instinctivement, j’ai fouillé mes poches pour retrouver une bière et rallumer ma chaudière intérieure. J’avais quelques bribes de souvenirs et un mal de tête intenable ; tout se mélangeait dans un désordre nébuleux… Tout à coup, au bout des doigts, j’ai senti la préhension de gros écrous froids : quatre gros écrous hexagonaux, aux pas de vis coupants comme des lames de pirates… Je n’ai pas osé ouvrir mon caisson…

 

 

Pascal.

 

* Spécialités danoises

 

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 17:06
Le chaos n'est pas la mort.   Aimela

(réédition)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet semaine 08:2013 - clic

 

 

Les tons sont neutres dans cette toile, aucune violence qui pourrait faire fuir le visiteur vers la sortie et pourtant il y a quelque chose d'étrange, ce village aux maisons tordues me tend les bras m'invitant ainsi à entrer dans le tableau. Un regard à droite, à gauche, personne. Je prends un tabouret, l'approche du mur et doucement j'enjambe le cadre et me promène à travers ces maisons de travers. J'aime ces formes, ces matières. Bizarrement, j'ai l'impression d'être chez moi dans cette ville zigzag, rien de droit, tout à l'air de tenir par un fil invisible, il suffirait d'un grain de sable cassant le fil et c'est le chaos. En principe le chaos fait peur. Le chaos c'est la fin, le chaos c'est la mort...


Aucune mort ici qu'elle soit de la matière ou des pensées. Tout au contraire, la pensée est pleine, entière, libre et si elle semble attachée au sol, elle ondule au gré du vent. Elle m'amène par la main loin du monde droit et froid tel que je le connais, c'est le monde réel qui est chaos pas celui de ce tableau. 

 

Cette toile est un refuge où j'aimerais rester mais il me faut partir, il n'y a aucun endroit où faire mes courses pour manger...

 

 

Aimela

 

 

sujet semaines 02 et 03/2016 - clic 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 14:36
Ouatmore.   Vegas sur sarthe

(réédition)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet du 01 au 15:05:2011 - clic

 

 

"Refile-nous un calva, Marcel, ce drame m'a coupé les pattes"
"On en a rien à foutre mon vieux, personne connaissait ce type dans l'canton"
"Quand même Marcel... ça fait des semaines qu'y sortait d'chez lui sans jamais un pli à son falzard, et vlan !!"
"Ben ouais, c'est la vie mon vieux: t'as tout pour être peinard, une belle gueule, du boulot et pis vlan! y a un piano qui t'arrive sur la tronche sans que t'aies l'temps de voir la marque"
"Ouais, c'est fort de caoua! Un putain d'bastringue qu'on saura même pas qui l'a balancé... savait pas le gonze qu'y faut pas sortir dans la rue le jour du ramassage des encombrants... en plus avec des tongs! Pourquoi il avait des tongs?"
"Mon vieux, à c't'heure les gens ont plus l'courage de descendre leurs merdes et c'est comme ça qu'les pépins arrivent..."
"J'crois bien que c'était un Yamaha"
"T'es pas bien mon vieux, tu fais plus la différence entre un piano et une scotaire !"
"Un bastringue ou une scotaire ça change quoi, il est dessous à c't'heure! Bon sang, remets moi un calva Marcel"
"Tu devrais arrêter ça mon vieux"
"Tu sais bien qu'y a qu'la pomme pour me remonter le moral, Marcel"
"Non. J'veux dire que tu devrais arrêter d'regarder la télé"
"Ca m'revient Marcel ! C'était un Ouatelse! Même que c'est l'dernier truc qu'il a eu l'temps de dire !"
"Tu t'fais du mal mon vieux »
« Non, attends ça m'revient. C'était un Ouatmore ! »
« Oublie tout ça et rentre chez toi avant qu'la Fernande te passe une avoinée"
"T'as p't'être raison, la marque du bastringue on s'en fout... y a qu'les pétomanes qui s'préoccupent ça. Y a finalement qu'un truc qui m'intéresse dans l'caoua c'est c'qui le pousse après. Tiens, remets en un p'tit dernier"
“Des mélomanes mon vieux, pas des pétomanes...”
“Remets ça quand même, Marcel”
 
 
Vegas sur sarthe
 
 
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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 14:20
Le 122.   Cloclo

(réédition)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet semaine 01:2015 - clic 

 

 

 

Merde, avec ses embrouilles, il a failli me faire louper le 122, ce pingouin, c'est pas qu'il est meilleur que les autres, le 122, ni plus ancien ni plus neuf, juste un bon vieux bus comme je les aime. J'suis sûre qu'il l'a fait exprès, cet escogriffe, y sait que j'y suis affectivement attachée, que j'y ai tant de souvenirs, mais il est tellement jaloux !

J'aurais bien pris le 126, mais ça va me rallonger, il va me faire faire un détour et je risque d'arriver en retard à mon rancard. On passe par tous les lotissements et sous - lotissements, lieux dits et non dits, il fait tous les arrêts, y s'arrête même quand y a personne pour monter... Le Louis, je l'ai toujours dit, y conduit à l'aveugle, et que je te parle à droite, et je te parle à gauche, une vraie pipelette, pire qu'une gonzesse. Smac, smac, un bisou par ci, un bisou par là, c'est tout juste s'il n'embrasse pas toutes les voyageuses qui montent dans son engin. Un jour, je ferai un papier à la société des transports, c'est sûr, pour abus de biens publics.

L'accolade ? Moi, j'ai refusé tout net, j'ai dit : je ne mange pas de ce pain là, il a répondu, le Louis : mais c'est du pain tout frais, pas de la veille ! Tout le bus a rigolé. Sauf moi. J'ai été m'asseoir au fond, avec les jeunes, les jeunes, y s'poussaient du coude. T'as vu, elle fait sa mijaurée. Mijaurée vous-mêmes, que j'ai dit, c'est pas à mon âge que je vais commencer à relécher les chauffeurs de bus. Ils ont encore éclaté puis ont mis leur musique à fond. Quand j'ai protesté, ils ont dit : bien fait pour toi, t'avais qu'à t'installer devant, le fond du bus, c'est pour les jeunes, places réservées, touche pas à mon sac, ou à mes pieds, ils ont payé leur place.


Mon oeil, qu'il a payé sa place, son sac ! Non seulement les jeunes squattent le fond du bus, mais ils utilisent deux sièges, un pour eux, un autre pour leurs impedimenta. C'est quoi c'te bête, m'a demandé le grand roux avec ses taches sur le nez. Ben, les bagages des soldats romains, j'ai répondu. C'est sûr, vous autres, vous préférez faire le guignol dans les bus plutôt que vot' service militaire ! Ca vous f'rait pourtant pas d'mal ! Des romains, depuis l'temps qu'je prends l'bus, qu'il répond, le Poil de Carotte, j'en ai pas vu la queue d'un. Et ils se sont encore fendu la pipe.


Les jeunes, j'en reviens pas, ils s'amusent tout le temps du voyage à s'envoyer des textos d'une place à l'autre, et à se répondre, et à se re-répondre, ou ils se prennent en photo et se les échangent en riant comme des baleines. Que c'est con, la jeunesse, tout de même ! Un dernier m'a dit, allez, ça va, reste là, on te calcule, j'ai pas bien compris ce qu'il voulait dire...

Le 122, mon bus à moi, est pourtant chargé de tant de souvenirs ! C'est là que j'ai fait la rencontre de Jojo, il y a dix ans. Il était seul sur son siège et il avait l'air si triste, il m'aurait arraché des larmes. J'ai dit : puis-je me permettre ? Et je me suis installée en face de lui, à l'envers. Il me regardait de ses beaux yeux de chien battu, c'était très romantique. Ah ! Mon dieu, quel voyage, mon Jojo m'envoyait des oeillades de plus en plus langoureuses, et moi, au lieu de sourire, je me tenais le ventre, j'avais de plus en plus mal au coeur. Et cet imbécile de Louis qui appuyait sur le champignon dans les nids de poule sous prétexte qu'on avait trois minutes de retard et que sa chérie l'attendait au terminus !

Dans un grand élan d'empathie, Jojo m'a susurré : vous allez bien, madame ? J'étais pâle comme la mort, les virages et la choucroute de midi ne passaient pas, j'ai vomi sur le trottoir en arrivant en ville. Jojo m'a emmenée au bistrot le plus proche, il a commandé une verveine et on ne s'est plus quittés pendant dix ans.

Ah ! ce 122, c'est là aussi que j'ai fait la connaissance de cet abruti, je veux dire Lulu, mon mec actuel, j'étais assise à l'envers, encore une fois, et lui sur un siège d'appoint, là où l'on s'installe quand il n'y a plus d'autre place. Je l'ai tout de suite remarqué, à cause de son look improbable. J'aurais dû me méfier, un gars qui porte des chaussures fermées sans chaussettes en plein mois de mai. Je pensais : ça doit cocotter sec, là dedans ! Non, vraiment, rien d'attirant chez lui, et puis, c'est quand le pirate du bus est monté à l'arrêt bienvenue en criant : les mains en l'air ! en nous menaçant de son arme, que nos destins se sont scellés.

Comme j'étais plus en avant dans le bus, j'ai voulu fuir, et dans ma fuite, je me suis retrouvée... dans les bras de Lulu. Qui m'a protégée aussi bien qu'il a pu. J'étais verte, le chauffeur décomposé, on s'est arrêtés sur le côté, mais le pirate a eu une seconde d'inattention, et Lulu, n'écoutant que son courage, en a profité pour le ceinturer et le neutraliser.

Je n'ai pas pu faire moins, le soir même, pour remercier mon sauveur, que de lui offrir ma maison et mon lit...C'est le lendemain, en ouvrant le journal, que j'ai appris que l'arme n'était qu'un simple jouet de plastique. Lulu, lui, l'avait deviné tout de suite, vu qu'il est vendeur chez king jouets et que c'est lui-même qui l'avait vendu au pirate, la veille... ce que je n'ai su qu'après ! J'aurais bien voulu le virer, ce fanfaron, cet immonde olibrius, mais le mal était fait, alors, par pitié, je l'ai gardé.

Et dire que j'ai failli louper le 122 par sa faute ! Avec un peu de chance, et si Louis ne fait pas trop de salamalecs et de gringue à ces dames, j'arriverai à temps tout à l'heure pour mon rancard, le petit blond du fond du bus, celui qui me calculait si fort l'autre jour, a proposé de me revoir, j'ai l'impression que ça va bien le faire entre nous, pour peu qu'il accepte de retirer cet affreux piercing qui lui déforme un peu le nez, je sens qu'on va bien s'entendre tous les deux...

 

 

Cloclo

 

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 14:05
Rouge.   Almanito

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet semaine 5:2015 - clic

 

 

Faut dire que ce pauvre Angelo n'est plus tout à fait lui-même depuis qu'il fréquente assidûment la clinique du docteur Chang Tsé Chong, brillant médecin Ouïgour issu d'une longue lignée de guérisseurs dans un bled reculé de la province de Xinjiang.

 

 

Doc' Tsé-Tsé, qu'il l'appelle, Angelo qui en connait un sacré bout maintenant, sur les insectes endopterygota, grand sujet d'étude du carabin, pour qui il fait office de cobaye rémunéré, un peu trop régulièrement à mon avis.
C'est un sujet qui fâche toujours entre nous, parce qu'à chaque fois qu'il rentre du labo, mon Angelo, il est bizarre, c'est le moins que je puisse dire. Soit il dort, soit tout au contraire, il est tout excité, avec des idées saugrenues qui parfois me font peur. Pas un mauvais bougre, oh non! Mais quand il est dans tous ses états, je me méfie. En même temps je reconnais qu'à soixante-dix balais plus des brouettes de refrains, ce n'est plus moi qui fais bouillir la marmite en poussant la goualante au coin de la rue des Abbesses ou en claquant la castagnette du côté des Filles du Calvaire. C'est plus pour moi, tout ça. Alors Angelo, le pauvre, faut bien qu'il continue ses petits arrangements avec le Chinois.
Seulement la dernière fois, je me suis vraiment fâchée et j'ai dit: stop Angelo, soit tu arrêtes tes conneries avec ce dingo, soit j'te quitte! Il me l'avait mis dans un tel état, qu'en rentrant, il s'est endormi en conduisant. Je ne sais pas comment il s'est débrouillé pour faire un vol plané dans la Seine. Heureusement, il a pu sortir de la voiture et se hisser sur le toit avec la souplesse de ses vingt ans, parce que mon Angelo, il sait pas nager, voyez-vous. Il a dérivé comme ça un moment jusqu'à ce que sa course s'achève contre l'arche du Pont Neuf. C'est la brigade fluviale qui l'a repêché, ou plutôt treuillé pour le ramener sur le parapet. Parait qu'il était pas du tout émotionné et qu'il récitait à tue-tête" Booz endormi". Il a toujours de l'à-propos, mon Angelo, même quand son cerveau tricote, y a pas à dire.
Bref, là-dessus, il a bien pensé que j'allais gueuler pour la voiture...
Y avait justement un type sur le trottoir qui vendait des bagnoles en kit. Moi, j'aurais reniflé l'entourloupe, mais Angelo, pensez-vous, ça a pas fait un pli! C'est comme ça qu'il est rentré, tout contrit, à la maison avec ce truc invraisemblable et moi, comme une idiote, ça m'a attendrie et j'ai pardonné encore une fois.
On a même bu le champagne pour fêter ça, en regardant la notice. Pas écrite en français, naturellement, mais depuis le temps qu'on monte les meubles en kit du philanthrope qui fait des coupes sombres dans les forêts caréliennes, à nous deux on se débrouille très bien en swahili, kalmouk et inuktitut, alors avec un peu de patience, Angelo et moi, on va y arriver.
Rouge. Elle sera rouge, rouge Espagne, rouge passion, la belle voiture. Tiens ça me rappellera le bon temps, quand je dansais le flamenco à Séville dans ma robe à volants.

 

 

Almanito

 

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 13:57
Maman, les petits bateaux.   JaclynO'léum

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet du 16 au 31:03:2011 - clic

 

 

 

Maman m’avait prévenue : « Attention au chant des sirènes. »

 

Je voulais voir le monde, voguer de mes propres voiles.

 

Je coupais le cordon, qui m’attachait au  port.

 

Partant au gré du vent, moi le « Petit poisson volant »

 

Ainsi m’avaient baptisé les compagnons de ma mère.

 

Je m’étirais, grandissais, porté par les flots amicaux.

 

Baigné, léché, caressé, je jouais avec l’écume

 

Dansant sur le sillage blanc laissé par mes semblables,

 

Glissant sur le toboggan des vagues grandissantes,

 

Repartant de plus belle à l’assaut de leurs crêtes.

 

Une accalmie, un rayon de soleil, miroir immobile,

 

Clapotis, soudain spectacle inouï, au milieu de la grande mer,

 

Un ballet de jets d’eau, de partout jaillissaient,

 

Accompagné, rythmé, musique étrange et belle.

 

Je me laissais guider vers elle, fasciné du spectacle.

 

Puis plus rien, le trou noir, lumière évanouie.

 

Fin de l’aventure, me voici, échoué,

 

Dans le ventre d’une baleine, pour l’éternité.

 

 

 

JaclynO'léum

 

 

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