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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 15:33

J'ai entendu grincer la grille du jardin et le facteur s'est avancé dans l'allée. C'est une factrice. Elle me dit : "Mademoiselle Bertrand, un colis pour vous !" et déjà la voiture jaune tourne au bout du chemin.
Ça fait quatre ans que j'habite ici. Quatre ans que je suis en retraite. J'aime cet endroit pas très loin de la mer qui s'accorde avec la couleur de mes yeux. Il fait doux. Ça sent le mimosa.
Je reste un peu dans l'allée du jardin avec ce colis dans les mains.
Il y a mon nom écrit dessus : Thérèse Bertrand et mon adresse.
C'est bien pour moi.
Ca vient de Nevers.
Je ne connais personne à Nevers.
Et je n'ai rien commandé. Je n'attends aucune livraison.
Je rentre et je pose la boîte sur la table de la cuisine. Il reste un peu de miettes sur la table ; je les donnerai aux oiseaux, tout à l'heure. Ils viendront pépier sur le bord de la rambarde en se disputant le festin.
Je ferme les yeux et je presse les mains très fort de chaque côté de la boîte. Comme si je voulais sonder le contenu. Comme si je voulais ausculter le colis, en capter le souffle secret.
Ce n'est pas lourd, ce qu'il y a dedans. Et ça remue un peu ; des choses s'entrechoquent ou se bousculent.
Il y a une enveloppe et à l'intérieur, une lettre manuscrite.

Madame,
Sans doute cet envoi vous surprendra, car nous ne nous connaissons pas. Je vous écris et vous fais parvenir ce colis à la demande expresse d'une de nos résidentes, Geneviève Desprez. Elle est arrivée chez nous en juin 2006 déjà très âgée, ne pouvant plus rester seule chez elle.

Je ne sais pas grand chose d'elle si ce n'est qu'elle m'a dit avoir travaillé en ferme dans sa jeunesse et, après la guerre, avoir trouvé un travail d'agent d'entretien à la SNCF. "Je montais dans les wagons pour nettoyer, mais le train restait toujours à quai", m'a t elle dit un jour. Elle avait beaucoup d'humour.
A la fin de sa vie, c'est moi qui m'occupais d'elle presque chaque jour. Elle perdait la raison. Elle m'appelait "Thérèse" et me prenait pour sa fille. Dans un de ses derniers moments de lucidité, elle m'a demandé de rassembler quelques unes de ses affaires et de vous les envoyer une fois qu'elle serait partie. Elle ne m'avait jamais parlé de vous et j'ignore comment elle avait votre adresse. Mais j'obéis à sa demande aujourd'hui car son état de santé s'est brusquement aggravé et elle est décédée voici une quinzaine de jours. Nous n'étions pas nombreux à son enterrement, vu qu'on ne lui connaissait pas de famille. Elle est enterrée dans le cimetière du village, pas très loin de la petite maison où elle habitait.
Je vous prie d'agréer, Madame, mes sincères salutations.

Marie-Agnès Bellard
Aide-soignante

 
Dans la boîte, je trouve aussi un châle au crochet, fait main. La laine a durci, elle est un peu rêche, la couleur blanche a passé et le tout sent un peu le renfermé. Une boîte de cigarillos en métal couleur crème bordé de marron avec l'inscription "agio wilde havanas". Dedans, un compas cassé, des timbres, un ticket de cinéma et deux photos 6 x 6 avec le bord dentellé. Une date est inscrite au dos : mai 1942. Je ne connais pas les gens que je vois, un couple au bord d'un champ, ils sourient ; elle a l'air heureuse, lui, cheveux courts, grand et mince, son regard clair semble regarder au-delà de l'objectif. Et les mêmes sur l'esplanade du Trocadéro.
Il y a aussi un cahier d'écolier avec dans le petit carré dessiné sur la couverture bleue, le tracé des lignes.
Ça me rappelle l'école et les leçons d'écriture: il ne fallait surtout pas déborder, mais rester dans l'espace prévu, sans déroger à la règle.
J'avais toujours une mauvaise note en écriture.
J'ai toujours préféré écrire entre les lignes.

Le cahier est plein d'une petite écriture serrée, à l'encre bleue. Je vais prendre le temps de le lire.

 

Imago

 

7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 07:16

Surtout faire vite, ouvrir ces fenêtres, libérer cette odeur âcre et lourde.
Surtout être discret, faire comme si.
Je la connais la voisine d’en face, celle qui dit « c’est ainsi », c’est que la peine a pris depuis longtemps l’espace de la joie, elle croit que je ne la vois pas assise sur sa chaise derrière son rideau. Ce n’est pas moi qui déménage ce jour, je le ferais juste après.
Non, c’est une autre. Les cartons de livres seraient plus pesants, vous ne l’avez pas vu derrière vos voilages.
Oui un peu de linge pour cacher l’insupportable, mes nausées en rictus souriants, je vous sais m’observer et j’aime les livres.
Je monte, je descends surtout faire vite. Et cette odeur. Dans l’ombre de votre fenêtre, si vous saviez vraiment le poids de ces cartons.
Je partirai après, tôt ou tard vous me reconnaitrez, ne retenez pas ce sourire.
« Et sa vie à la poussière… »

Clin d’œil au texte « C’est ainsi » d’Annick SB

 

Daniel

5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 20:20

La vie va si vite que je croyais agir en somnambule quand je me suis retrouvé sur le balcon, mon pc dans les bras et la chaîne hi-fi  à mes pieds. Hier encore, le sourire creusait la joue dorée de Liliane, la douce Liliane.  Le vent jouait avec ses longs cheveux qu’elle grignote toujours comme des spaghettis mal cuits.

 

Ce matin, l’orage entourait sa tête d’une brume qui l’empêchait de parler correctement. Les onomatopées étaient sa seule expression, ajoutées à l’impératif « fais vite, mais fais vite ». Besoin de ne pas s’attarder ; désir d’en finir ; crainte de regretter ; volonté de se sentir sûre de soi….

 

Je riais parfois, du fond de mon chagrin, de ma tristesse et les soleils giclaient de mes yeux quand je me moquais d’elle. Alors, visage farouche de nymphe débusquée, elle hurlait sans paroles.

 

Au fond, l’ensemble devait être réjouissant pour quelqu’un d’extérieur. L’escalier jouait les orgues des fêtes foraines pour le seul plaisir des érables curieux. Je me faisais l’effet d’un forain (encore ! mais que vient faire la foire dans le désastre du jour ?) qui alternativement monte et démonte son chapiteau.

 

Et Claude, venu boire un café, m’aidait à transporter les caisses soigneusement fermées : « il veut les faire mûrir dans la cave, les bananes ? » demanda-t-il à Liliane restée en haut. Un éclat de rire tonitruant fut la réponse. Je poursuivais ma descente, tendu et amer.

 

Remontée au jour. Dans la maison, un rire en cascade et la voix de basse de Claude, puis celle, chaude comme je l’aime, de Liliane : « ça suffit pour aujourd’hui ! on s’arrête là ! il y a assez de vide pour qu’on puisse commencer la peinture. La suite pour plus tard… »

 

Ouf ! vive le dimanche, ce casier mal rangé entre la semaine qui n’en finit pas de finir et celle qui débute, déjà usée par tout ce qu’on a dit d’elle…. 

 

Roseline

5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 13:08

Je n’en crois pas mes oreilles ! Hier nous avons enfin emménagé tous les deux dans notre petit nid. Il m’a même enlevée dans ses bras pour franchir le seuil, comme pour faire la nique à tous ces clichés sur le mariage. Hier, il était amoureux, prévenant, drôle, heureux de se blottir contre moi.

 

Non, je n’en crois pas mes oreilles ! J’espérais une trêve, une lune de miel, une grasse matinée calîne, un petit-déjeuner en amoureux, une promenade main dans la main…

 

Cinq heures du matin et il est déjà debout. Je l’entends qui monte et descend l’escalier métallique les bras chargés de caisses. Le virus a tôt fait de le rattraper…

M’en fiche, m’en contrefiche ! Me blottir sous la couette, boucher mes oreilles, l’ignorer.

 

Pourquoi, mais pourquoi suis-je tombée amoureuse d’un brocanteur du dimanche ?

 

Mony

5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 09:50

La vache, la vache, la vache !!! Vieille vache !
Me ficher dehors, comme un malpropre ! Ma propre mère !
Pas croyable.
Et sans sommation, enfin presque. Parce qu'est-ce qu'elle m'a laissé comme préavis ? 3 jours ! C'est quand, lundi, ou mardi, qu'elle m'a fait ce sale coup ?
Ah la vache !
La bouche en cœur :
"Tanguy, mon grand, il est temps de prendre ton envol".
Mon envol ! Je t'en ficherais des envols ! C'est toi, vieille folle qui devras le prendre, ton envol, quand cet imbécile t'aura plumée ! Et là tu auras beau pleurer, je ne reviendrai pas.
Non mais quand même, à son âge !
"Je vais vivre avec Marcel Dupipau, tu sais, mon copain de chorale ?".
Pathétique. Ce blaireau avec une queue de cheval jaunâtre ! Une queue de rat plutôt. C'est vrai qu'elle, elle n'est pas beaucoup mieux ! Un petit peu quand même, au moins elle est bien coiffée.
Mais qu'est-ce qu'ils vont pouvoir faire ensemble ? J'aime mieux ne pas y penser, c'est dégoutant. Si c'est pour jouer aux cartes, ça je pouvais le faire, maman !
Au blaireau, les petites blanquettes et le cake aux figues ! Ah la vache !
Elle pèse des tonnes ma collection de fossiles ! Même pas pu prendre la vitrine ! Quelle radine !
"Mon grand, tu as des sous à la banque, beaucoup, même, puisque t'as pas payé de loyer jusqu'ici. Tu t'achèteras une autre vitrine. Celle-là vient de papa, je la garde, d'ailleurs j'y remettrai ses pipes qui sont dans le garage".
Papa ! Tu parles d'une fidélité alors qu'elle va amener son amant !
Son amant ! Bouac !
Et cruelle avec ça :
" Et avec tes économies, profites en pour te relooker ! Tes affreux polos, ça fait années cinquante, tu trouveras pas une petite femme si tu restes fringué comme ça ! Secoue toi, t'as quand même quarante ans le mois prochain !"
Et qui c'est qui va me faire mon gâteau, cette année ?

 

 

Emma

4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 14:19

Les objets qui nous protègent prennent jour après jour la poussière ...

Ce qu'il ne sait pas ce jeune enthousiaste que j'observe du coin de l'oeil depuis ce matin derrière mon voilage, ce qu'il ne sait pas ce jeune homme, sourire aux lèvres et bras musclés, ce qu'il ne sait pas non, c'est que sa joie cèdera tôt ou tard à la peine ...

Et sa vie à la poussière ...

A cause de broutille, de tri, de place, de perte ...

Illusion de changement, déplacement, maintien, permanence ...ou pour le dire autrement, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sens du déménagement sans jamais oser l'avouer ...

Objets inertes déstabilisés, ne tenant plus en place, éprouvés ... Qu'en fait-on ?

On sort le plumeau,
on les époussète,
on les emballe,
on les range,
on les porte.

Déménager, c'est tout un art ...

Je l'observe.
Aujourd'hui c'est lui l'artiste !

Il a emmagasiné beaucoup de choses.
Que peut-il y avoir dans ces cartons ?
Du linge ?
Des revues de moto ?
Les jouets de son enfance qu'il a chapardés dans le grenier de sa grand-mère ?
Sa collection de clés anciennes ?
Des livres ?
Des cours ?
Des mangas ?

Peu importe ce qu'il porte !
C'est précautionneusement qu'il en a la charge, on le voit bien !

Mais regardez-le !
Observez, je vous en prie...

Il descend.
Il monte.
Il descend.
Il monte.
Et depuis une heure et demi, ce n'est jamais fini !

La fatigue se fait attendre.
La journée a bien commencé.
Le transport est avéré.
Le jeune homme sourit encore.

Les objets qui nous protègent prennent jour après jour la poussière ...

 

Annick SB

3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 16:32

- Tu as la pèche
- Non j’ai la banane
- Tant que cela
- C’est lourd
- Lourd ou pesant
- Les deux
- Alors pourquoi pars-tu ?
- Je déménage
- Je vois bien
- Je dois partir
- Où vas-tu ?
- Je l’ignore, mais je pars
- ???
- Vers d’autres cieux
- Seront-ils mieux ?
- Moins lourds
- Tu es balourd
- Non sourd
- Sourd ?
- Oui sourd à tous discours
- Un coup de main ?
- Non un coup de cœur !!!

ABC

2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 20:58

- Jeannot, viens vite !
- Attends, c'est à moi de jouer, j'ajoute un X à ton CHOU, le mot compte triple, 24 !
- Viens, je te dis ! Vite !
- Quoi encore ? Les éboueurs sont enfin passés ?
- Prends l'appareil ! Regarde le type, prends une photo !
- Ça va pas ? Pourquoi veux-tu que je le prenne en photo, ce mec ?
- Pour la police. Tu vois pas qu'il sort de chez cette pauvre madame Lenska ?
- Qu'est-ce qu'elle a cette "pauvre" madame Lenska ? Elle est malade ?
- Mais j'en sais rien si elle est malade, on s'en fout ! Mais regarde, c'est pas normal. Il est en train de la déménager.
- Ah bon, elle déménage, la petite Lenska?
- Comment ça la "petite" Lenska, je la trouve pas « petite », moi ! Elle est plutôt boulotte, même…
- Boulotte ? Bien roulée je dirais... Et gentille en plus, dommage qu'elle déménage…
- Mais elle déménage pas ! Enfin pas que je sache. Ça te manquerait, hein, de ne plus pouvoir la zieuter pendant son bain de soleil sur le balcon ?
- Ça va pas, la tête ? Moi ? Je la zieute ? D'abord elle prend pas de bain de soleil sur son balcon, elle travaille sur son portable.
- Ah oui, et comment tu sais, ça, on la voit même pas quand elle est sur son balcon, vu qu'elle se cache derrière un affreux treillis en bois ...
- Oh tu m'agaces, je l'ai vue une fois sortir avec son portable.
- Tu crois que je te vois pas la reluquer dès qu'elle sort ? Fais l'innocent.
- Et alors, le déménageur, il fait quoi, dans ton délire ?
- C'est pas un déménageur, j'suis sûre, c'est un cambrioleur, enfin t'as pas vu à la télé ? Ils opèrent au grand jour maintenant, ils amènent des camions, et ils vident les maisons comme ça, devant tout le monde, sans se gêner. Du coup les voisins croient que c'est un vrai déménagement.
- Mais ce type n'a que 2 petites caisses, c'est pas un gros cambriolage.
- Attends, ils sont peut-être plusieurs.
- Il a pas l'air méchant.
- Tu veux parier que c'est son Jules qui se taille avec ses bijoux ?
- Ses bijoux, elle doit pas en avoir tant que ça, Irina ! En tout cas pas deux caisses !
- Irina ! Carrément ! Tu l'appelles par son prénom maintenant !
- Mais, Choupette ! On était à côté d'elle au repas des voisins, rappelle-toi, on avait bien sympathisé…
- Ouais, je sais bien où elle se loge, ta sympathie. D'ailleurs elle doit pas en avoir qu'un, de Jules, la belle Irina, çui-là, c'est un de ses clients, si tu vois c' que j'veux dire …
- Là t'exagères, elle travaille à la poste !
- Justement, on a bien vu à la télé que c'est fréquent de nos jours, le "double-emploi" des madame-tout-le-monde pour arrondir ses fins de mois…
- Eh ben t'en sais des choses ! Bon, je l'ai prise, la photo du déménageur/souteneur/cambrioleur. T'es contente ? On peut la finir, la partie ? Tiens, là tu peux pas faire PARANO ? Ça compte double….

 

Emma

2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 14:38

"Mangez de la banane de Antilles!" avaient ils dit. C'est bon pour l'économie du pays! c'est bon pour la santé!... 2 bananes, égale un bifteck ! C'est ça ouais !
J'ai l'air finaud moi maintenant à tirer la langue avec mes deux cartons, dans cet escalier long en colimaçon. J'en fais une belle banane tient!
Si ça se trouve, elles sont toutes pourries. Oh non ! miséricorde non ! pas pourries ! j'ai horreur des bananes pourries ! leur chair est molle, transparente.
Mais non mes petites, vous n'aurez pas parcouru 7.000 kilomètres pour rien, sans que l'on puisse vous déguster à la petite cuillère !
J'ai promis à Lucie des bananes flambées, à Marie-Lou, des babanas split, et... un carton pour Jean-Mi. J'ai bien fait de lui dire que je partais pour la Guadeloupe tient !
C'était en tout cas un superbe voyage. Et cela vaut bien la peine maintenant que je me décarcasse à les descendre ces satanés cartons!
Et puis zut ! il va aussi falloir que j'arrête un peu de me plaindre.
Je les ai bien trimbalés et montés jusqu'ici ces cartons ridicules.
Et puis, c'est qui le mec ici ?
Ce ne sont quand même pas "deux" misérables bananes et deux marches qui vont me faire peur. Ah ça non !
Mais... Ils ne m'auront pas, la prochaine fois avec leur "Mangez des pommes!!!".

 

Yolène

1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 22:26

Combien de fois encore me faudra-t-il faire ces allers retours dans des escaliers d'immeubles qui se ressemblent tous, impersonnels, sales et malodorants pour la plupart.
Dommage, cette fois il y avait même un peu de verdure et ça embellissait mon quotidien.

Le poids de ces cartons que je descends une fois de plus n'a pourtant rien à envier au poids du regard de mes voisins quand ils savent !
Ils sont lourds ces cartons et pourtant ils contiennent si peu et pas bien plus d'une fois à l'autre que je dois les remplir, on ne me laisse ni le temps ni l'énergie de le faire.

La première fois qu'il m'a fallu les refaire ces fichus cartons, j'avais emménagé depuis quoi ???
Oh je dirais... trois mois à peine quand un matin j'ai trouvé une souris morte sur mon paillasson.
Au début j'ai juste pensé à une mauvaise farce.. mais quand quelques jours plus tard ma voisine de pallier qui jusqu'à présent répondait gentiment à mon bonjour quand nous nous croisions, a ostensiblement détourné le regard et marmonné quelque chose, et que j'ai vaguement entendu fous le camp espèce de.... , une bouffée d'angoisse m'a envahi.
Et là, bien que je n'ai pas entendu ou voulu comprendre le dernier mot qu'elle a prononcé, j'ai commencé à réaliser que je ne pourrais sans doute pas rester dans cet immeuble.
Je me suis approchée d'elle pour lui parler, lui expliquer, mais à son mouvement de recul et à la peur que j'ai lue dans ses yeux, j'ai su qu'elle savait.
Enfin quand sa petite fille s'est mise à hurler alors que je m'approchais pour lui caresser la tête, j'ai compris que je ne pourrais pas supporter plus longtemps ces comportements.
Je devais partir. J'ai rempli des cartons , les ai fermés, j'ai descendu des escaliers, j'ai cherché un autre chez-moi.
A chaque fois ensuite, tout commençait bien, les gens me parlaient, oh rien d'extraordinaire, bonjour, bonsoir, il fait beau, il pleut ou encore ils m'ignoraient, un moindre mal !
Et un beau jour (si j'ose dire) les regards se faisaient fuyants ou carrément hostiles.
Cette fois, il y en a eu un qui a eu le courage de me parler en face et de me dire : »on ne veut pas d'un ancien taulard ici » ! "Y a que des gens bien ici, casse-toi !"

Voilà, c'est ma triste vérité, j'ai fait de la prison, j'ai payé ma dette à la société et pourtant partout où je vais cette réalité me colle à la peau.
Je travaille, je gagne ma vie honnêtement, quand serai-je absous ?
Alors je me casse une fois de plus en trimballant de pauvres cartons remplis des reliefs d'une vie qui part en morceaux.
Une question cependant me taraude, comment savent-ils, qui leur dit ?

 

Eva

1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 11:39

C'était juste avant que les érables ne changent de couleur
Il avait mis dans des cartons toutes ses peurs
Et lentement la maison le regardait partir
Vers cet ailleurs qu'il appelait l'autre rive.

En le sentant peiner dans l'escalier
Elle pensait que ce chemin serait rude
Quand d'autres ici ouvriraient ses volets
Là bas peut être resterait il dans l'ombre.

Il est des jours ainsi où l'espace se vide
Pour que le plein ailleurs quelque part se précise
Et le pas hésitant, chargé de souvenirs,
Nous entrons dans la vie en un profond soupir.

Lise

1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 09:36

A…      Lilou ; Dan ; Josy ;

Objet déménagement

 

Mes chéris,

 

d’emblée je vous rassure, je ne vais pas vous encombrer, ni accaparer votre temps.

Depuis le décès de votre père, il y a deux ans déjà, j’avais le projet de changer de cadre de vie et d’aller vivre au bord de la mer. Lors de nos trop rares rencontres, j’ai tenté de vous en parler mais vous sembliez prendre mes désirs pour une vague lubie ou pour un éventuel problème en plus dans vos vies familiales et professionnelles surchargées.

Alors voilà, je me suis prise en mains comme depuis tout petits je vous ai incités à le faire pour avancer en toute autonomie dans la vie. J’ai déniché un appartement à La Panne et trouvé un locataire pour la maison.

 

Avec l’aide d’Amaury, mon jeune voisin, j’ai vidé la maison et organisé mon déménagement. Tout s’est déroulé parfaitement et depuis hier je suis enfin installée non loin de la plage. Sachez que comme toujours, je vous accueillerai tous avec la plus grande joie.

 

Donnez-moi de vos nouvelles.

Je vous embrasse tous et vous tiens bien au chaud au fond de mon cœur,

 

Maman

 

P.S : nouvelle adresse : Avenue de la Dynastie 3 - 8660 De Panne

 

Mony

1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 09:24

Jean Bave....

N'a rien d'un ange
Ange... Démone belle-maman !!
Belle-maman dérange
Dérange tout le temps
Temps elle en a
A me faire faire ceci
Ceci et ça
Ca va SI un peu
Peu signifie hélas Beaucoup
Beaucoup de coups de fil
Fil à la patte
Patte sur moi elle a...
« A tantôt mon gendre pour les caisses !! »
Caisses... Elle me les casse
Casse-gueule ses escaliers
Escaliers merdeux
Merdeux ! La moutarde me monte
Monte au nez
Nez... Jusqu'au narines ses cageots
Cageots de romans photos
Photos et littérature à cinq balles
Balles... Ah si j'avais un flingue
Flingue... Quelle vilaine pensée
Pensée... Mouais qu'une seule sur sa tombe
Tombe... Oups faire gaffe
Gaffe où je mets les pieds
Pieds dans le plâtre sinon... Ah la belle paix et encore !!

Jill Bill

28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 11:45

déménagement                                                                      Photo : Cl. Boucher.       source    

          

23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 06:30

 

 

Un beau jour, il a décidé qu'il n'avait plus de temps à perdre. Il s'est mis un pari sur le dos, un pari fou, un pari encombrant mais têtu comme il est, il refuse toute concession.
Avant sa mort dont il ne connaît ni l'heure ni les modalités ce qui le rend fébrile, il veut lire dix mille romans. Si l'on considère qu'un roman moyen de 200 pages peut être lu en une demi journée, que deux romans font la journée complète...il est encore loin du compte. Pour pouvoir s'adonner à sa passion, deux choses sont essentielles : le guiness des records qui le finance chaque mois, juste assez pour vivre chichement, et sa femme. Pleine d'amour et d'admiration, elle avait pris le début de cette lubie comme un signe de grande intelligence. Mais depuis deux ans, elle commence à s'essouffler. Elle doit l'habiller, le déshabiller, le nourrir, le laver, semblable au bébé qu'elle n'avait jamais pu porter. Elle a aimé cette servitude au début, un peu la mère toute puissante. Mais le « bébé » est lourd, encombrant et surtout sans plus aucune marque de tendresse. Ses maux de dos s'aggravent, elle n'arrive plus à se consacrer du temps à se pomponner et puis qu'importe il ne le remarquerait même plus. Elle ne pensait pas au début qu'il s'accrocherait aussi longtemps. Elle ne lui connaissait pas cette opiniâtreté. Tout au plus un mois puis il reviendrait à des marottes moins contraignantes. C'était sans compter l'addiction des mots et du plaisir de lire. Chaque roman, qu'il prend les plus divers possibles, lui procure tant de bonheur qu'il ne peut plus s'en défaire. Deux ans, 730 romans seulement, encore 11 ans et quelques brouettes à s'échiner comme un âne de trait, sans aucune gloire ni reconnaissance.
C'est en le nourrissant ce jour, vêtue d'une mauvaise robe élimée, qu'elle prit sa décision. Elle abandonnerait cet homme pas plus tard que ce soir. Quand il se couche, elle met un point final au rangement, pour une dernière fois, vide la boîte en métal remplie de l'argent du mois, revêt un châle sur ses cheveux et s'habille des vêtements du dimanche. Un dernier regard derrière elle, sans un regret. Un papillon enfin libéré de sa chrysalide. Elle montera dans le premier train qu'importe la destination.

 

Anoster

22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 10:33


C'est l'histoire d'un ogre.
Il a écrit la liste de tous les enfants qu'il lui fallait manger et il la relit en buvant l'apéritif ; ça lui donne de l'appétit...
L'ogresse est en colère.

Elle crie " zut ! " très fort, "ça suffit maintenant de vouloir manger tous les petits enfants de la contrée !"
C'est vrai quoi, c'est elle qui doit les préparer, les faire revenir et cuire avec des petits oignons et des citrouilles, parce que l'ogre ne sait rien faire d 'autre que manger, râler, grogner et les enfants, comme chacun le sait, avant de les avaler, il faut les déshabiller.
Beurk, c'est dégoûtant !  C'est un peu comme les plumes des poulets, on ne sait pas bien quoi faire des vêtements après.

L'ogre il s'en moque de ce que dit l'ogresse.
Il ne voit même pas la cuillère qui veut le taper.
Il a faim.
Il est pressé et ses bottes sont chez le cordonnier.

Alors il râle, il peste, il marmonne et l'ogresse cherche une idée pour s'en débarrasser...
Quoi ?
Vous l'avez déjà trouvé et vous ne voulez pas la lui livrer !!!
Allez !
S'il vous plait, vous voyez bien que l'ogresse est pressée !


Annick SB

19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 13:31

 

 

Caressant sa barbe d'une main distraite, Martin consulte son livre de compte et bientôt un sourire se dessine sur sa face peu avenante. Laissant sa cuillère en suspend, Rose interroge:

« Qu'est-ce donc qui t'amuse ainsi, si je ne me trompe, tu es dans le livre des comptes et je n'ai pas souvenir d'avoir trouvé dans ce livre de quoi m'arracher un sourire !! Tous ces chiffres sont pour moi rébarbatifs et sans intérêt. Je n'y comprends rien.
Certes, certes, tu as raison, ma bonne amie.... je connais ton aversion pour les chiffres mais voyant nos comptes, je n'ai pu m'empêcher de repenser à la manière et avec qui nous avons amasser tout ce bon et bel or !!!
Tu n'as pas noté de noms dans ton livre, j'espère !!!
Non, rassure toi, ils sont notés là » répond-il en tapotant son front avec le crayon en bois. « Je ne suis point sot, et bien malin celui qui viendra les chercher. Tiens! Je vois sur cette ligne un numéro suivi d'une somme et je sais à qui il se rapporte ! Si je te dis 18-28 / 16 pi-or, tu penses à qui ?
Je ne vois pas... !!
Mais si voyons, fais un effort 1828 16 pièces d'or, insiste-t-il ! »
Elle sait son Martin suffisamment rusé pour n'avoir rien noté. Sa question est de pure forme. Abdiquant, elle demande :
« Qui alors ??
Cet espèce de citoyen qui voyageait avec sa femme, ils étaient écrivains parait-il... ça ne te dit vraiment rien ?? »
Rose hausse les épaules en signe de parfaite ignorance.
« Ces deux jeunes gens qui faisaient le tour de France en notant le récit de leur voyage !
Oui !!! Je m'en souviens, pas facile ces deux là !! Mais quand même 16 pièces d'or!
C'est vrai, Violet avait du poursuivre la femme dans la cour où elle hurlait comme un loup.
Ha ! Ha ! Ha ! » S'exclame l'homme en repensant à la scène. Son rire part crescendo bientôt rejoint par sa femme qui ne peut résister à cet accès d'hilarité. Les images dansent dans leur tête désormais..... cette pauvre femme courant à moitié nue poursuivie par leur fils, Violet, hors d'haleine resteront à jamais gravées dans leur mémoire. Cette nuit là, ils l'ont échappé belle. L'auberge affichait complet, les autres clients auraient pu prendre peur.
Se prenant au jeu, elle intime:
« Donne m'en un autre !!
Alors, voyons voir » dit l'homme en consultant les pages de son carnet. « Ah, j'en ai un !!! Si je te dis 18-29 23 p.a
Je sais !!!
Dis moi !!
C'était un homme d'un certain âge venu dans le terrible hiver 1829. Il n'y a pas eu de mois de janvier plus dur depuis, d'ailleurs. Je me souviens de ces rafales de neige qui battaient notre porte et qui ont interrompu la malle-poste pendant plus d'un mois. Il était maquignon et revenait de la foire de Privas avec sa dernière génisse.
Il n'aurait pas du nous dire que ses affaires avaient si bien marché.» l'interrompt-il.
« C'est vrai !! La vente de son bétail lui avait rapporté 23 pièces d'argent qui tombèrent dans notre escarcelle.
Là aussi Violet a eu du mal, le bougre était fort comme un bœuf. Je n'aurais pas été là, il nous filait entre les doigts.
Il est où maintenant?
Près des rosiers » répond l'homme en se tordant de rire.
Rejoint encore une fois par sa démoniaque épouse, ils pleurent de rire pendant un long moment.
« Assez !! » dit l'homme.
Son ton ne souffre pas la contradiction, ayant repris son souffle, la femme s'assoit à ses cotés. Ensemble, ils poursuivent leur lecture et pouffent de concert lorsque au détour d'une appréciation, ils se remémorent un client particulièrement difficile.

Dehors, le vent souffle en violentes rafales sur les monts d'Auvergne en poussant de lourds nuages noirs, on aurait dit qu'il voulait effacer de la surface de la terre cet endroit de cauchemar.

Au loin, courbés sur l'encolure de leurs chevaux, les hommes de la gendarmerie royale hâtent le pas de leurs montures ne voulant pas passer une nuit à la belle étoile... il n'allait pas tarder de pleuvoir. Après tout, ils ne sont plus si loin de l'auberge rouge.....


GéS

17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 19:40

Rares sont les passants en cette fin d’après-midi. Nicolaï le sait fort bien et se met à lire avec application le roman de Dostoievski que la tornade soviétique a épargné. Un vieux bouquin qu’il a du mal à tenir en mains : pendant la période stalinienne, il savait comment lire un ouvrage. Les textes étaient clairs, la direction donnée simple et compréhensible. Par contre, chez Dosto, c’est grandement compliqué. On ne sait pas très bien ce qui se passe, pourquoi ce garçon si charmant se contraint à assassiner la vieille usurière. La misère est toujours mauvaise conseillère. Nicolaï le constate chaque jour : les beaux jardins de Moscou, de Leningrad ont disparu, emportés comme les statues staliniennes. Un raz de marée qui a mis la population dans la rue, les enfants sous les ponts on dans les stations souterraines du métro. Maintenant, la drogue court partout. On en propose même aux vieillards et même à lui, Nicolaï qui ne veut pas goûter cette abomination, mais qui a appris que son vieux copain de galère Génia, a voulu se faire une idée de la chose et s’est retrouvé sur le sol dans sa cuisine, seul, et gémissant comme un ivrogne qui a le vin mauvais. « Ça lui aura servi de leçon » dit-il à mi-voix. Ilona l’entend. Elle aussi a du mal à maîtriser le présent. Dans leur isba, retapée si souvent, dans leurs trente-six mètres carrés, elle s’évertue à vivre décemment, mais avec de plus en plus de difficultés. Les lois d’un Etat de droit sont aussi dures que celles de la période antérieure, si difficile pourtant ! Plus assez d’argent pour acheter le nécessaire.
Eviter les frais d’habillement a été leur première réaction. Ils ont déniché, cachés au fond du jardin, un vieux lot de vêtements qu’ils portent avec amusement quand ils sont seuls. Nicolaï est ravi de sa chapka qui lui permet d’éviter le froid, mieux que les fourrures modernes, synthétiques, qui ne tiennent pas chaud…
Ilona est lasse. La vieille robe à fleurs se complète par un torchon qui tient lieu de foulard. Elle en jure de dégoût ! passant auprès de Nicolaï, elle lui jette un coup de cuillère de service comme invitation à passer à table. « Aujourd’hui, dit-elle, le bortch se passera de vinaigre : j’ai fini la bouteille ce matin ! »
Nicolaï retire vivement son livre, semble repousser la cuillère, mais s’abstient finalement. Il a aussi mal qu’Ilona et comprend bien qu’il va falloir se coucher tôt par manque d’éclairage. Manque de chauffage aussi…
Vont-ils retourner à l’ère malsaine de Dostoievski et voir refleurir les usuriers ? c’est bien ce qu’ils sentent, tous deux : la fin de leur bonheur, la fin d’une vie simple mais propre qui se ternit chaque jour et se dirige à grands pas vers le marais des dettes et, qui sait ? de la prison…
 
Roseline
17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 19:34

 

Dis-moi
Lilou
Dis-moi,
Toi qui a vécu
Où est la vie ?

Est-elle en ce regard
Est-elle en ce sourire
Ou cette ombre au tableau
Qui lentement respire.

Est-elle dans le plat
Dans la bouche ou la foi
Du livre qui attend
De s'ouvrir à l'instant.

Dis-moi,
Comment toutes ces choses
Qui dansent et puis se posent
Se reflètent en Toi.

Puis quand la parole
Aura tout expliqué
En cette ultime seconde
De la ronde du monde.

Quelque chose en Toi
Vibrant, naîtra,
Et là, comme un enfant
Attablé tu seras.

Lise

15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 21:32


Une assiette sur la tête
Et un bouquin dans les yeux
Une tignasse ébouriffée
Et un rictus dédaigneux
Une oreille qui n'entend pas
Et des doigts attentionnés
Un fauteuil qui s'affaisse
Qu'y-a-t'il donc dans la tête
de la p'tite dame au fichue ?
Qu'y-a-t-il dans sa cuiller
Qui ne puisse être entendu ?
Eh ! Socrate
Je n'en peux plus

 

Monette

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