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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 18:15

sujet semaine 18/2017 - clic

Lisa s’assied sur le banc à l’ombre du buisson. Quelques lignes de tricot et imperceptiblement elle s’éloigne du quotidien. Pourtant, le roucoulement répétitif d’une tourterelle la déconcentre finalement des mailles à compter et du motif à répéter. Le bourdonnement des insectes, chœur joyeux de l’été semble l’inviter à sa suite. Pieds nus, Lisa se rend à la limite de la pelouse, là où une petite clôture sépare l’herbe du potager.

 

Avec une pointe d’émotion inattendue, elle observe Emile, son vieux compagnon de route, sarcler à reculons les carrés de légumes. Ses gestes semblent précis et le va et vient de l’outil élimine les mauvaises herbes sans pitié.

 

Epinard, céleri, petits pois, haricots, courges de toutes sortes, poireaux, carottes…

Quelle opulence ! Jamais nous n’arriverons à consommer tout cela !

Lisa hausse les épaules. Peu importe, les voisins, les amis, profiteront eux aussi de légumes tout frais et cultivés sans produits chimiques. Emile se sent si bien les sabots aux pieds dans la terre brune et c’est le plus important.

 

- Emile, je rentre préparer le dîner. Peux-tu récolter deux bonnes poignées de haricots et me les apporter ?

Emile sursaute, relève la tête, l’agite de haut en bas.

- Oui, oui ! fait-il en direction de Lisa.

Lisa soupire, ne peut réprimer une grimace, moue entre le sourire et les pleurs puis elle s’empresse de ramasser son tricot, d’enfiler ses mules et de rentrer.

 

Le chat miaule, se frotte à ses jambes attiré par l’odeur de la viande qui mijote dans la cocotte.

- Ecoute, voilà ton maître. L’entends-tu, il enlève ses sabots ?

Le chat, indifférent au jardinier, sort au soleil, l’heure de son repas n’a pas encore sonné.

Dans l’ombre de la cuisine Lisa observe à nouveau Emile, ce géant musclé, planté hagard sur le seuil, un pot de fleurs sur le bras. Pas de haricots en vue… évidemment… il a oublié… une fois de plus…

 

- Entre, Emile, le repas est prêt ! Oh, merci pour ta gentille attention. Ces fleurs sont d’un rouge si vivant. Je pose le pot sur le guéridon, regarde comme c’est joli.

 

Sur la table, un plat fumant de haricots parfumés d’ail est prêt à être dégusté.

Ce matin, à l’heure de la rosée, alors qu’Emile dormait encore, Lisa les a récoltés au potager faisant fi du claustra invisible qui la sépare désormais de lui.

 

 

Mony

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 10:13

sujet semaine 18/2017 - clic

Il avait pour surnom Carnéra. (Eu égard à sa ressemblance avec le boxeur Primo Carnéra aux formes généreuses et à la force inouïe)

Et tel il apparaissait au premier œil, une sorte d’Hercule.

C’était le roi des jardiniers.

Son lopin, au fond du terrain caché par le verger, longeait le petit ru qui lui était très utile pour abreuver copieusement ses légumes.

Derrière un grillage désuet, il élevait aussi des poules, dont les œufs s’ils n’étaient pas d’or, étaient très appréciés pour nourrir sa grande famille d’affamés.

Tôt le matin dans la petite cahute qui lui servait de réserve pour toutes sortes de choses, ses outils, ses récoltes, son tonnelet (dont je reparlerais), aux aurores donc, il chaussait ses sabots, remplis de paille en guise de chaussettes, et descendait au jardin, calmement, méditant surement, vers son petit domaine.

Et selon les saisons, il bêchait, semait arrosait ou récoltait. Mais à n’importe quel moment de l’année, il peaufinait ses allées très droites, éliminant les herbes envahissantes.

Lorsqu’il avait fourni un effort pénible pour son dos rhumatisant, il se redressait en arrière, maintenant ses mains calleuses au niveau des reins, et laissait sortir de sa poitrine un souffle très puissant.

Il redressait son béret, le prenant entre pouce et majeur, guidant le geste de l’index pour lui donner une forme de pliure .Ce geste si répété avait transformé le feutre qui semblait maintenant être devenu cuir,

Son ventre rebondi de gros mangeur surplombait son pantalon qui était retenu par une ficelle pour ne pas choir.

Dans son domaine pas n’importe quelles semences, des anciennes, rien à voir avec celles hybridées de notre époque.

Des pommes de terre vraies de vraies, Fin de Siècle- Bintje, Ratte. Il fallait toujours que le tubercule provienne d‘une altitude plus haute, allez savoir pourquoi .Ils étaient mis précautionneusement en terre, pas avant Pâques dans notre région, les germes respectueusement et délicatement dressés vers le haut.

Il y avait aussi les cardons, avec leur couverture de kraft en hiver, les rutabagas, dont nous les gamins n’étions pas friands, et ces énaurmes courges courant tout azimut.

Lorsqu’il avait terminé, vers les midis, il remontait au même pas, ses légumes dans un brouette bancale, et les stockaient dans sa cahute. Je le revois, pesant sur la Roberval les produits de son jardin,

Il y avait dans ce petit appentis fermé par un claustra, un calendrier lunaire qui trônait, insolite.

Lune montante- lune descendante, nous les enfants ne comprenions pas grand-chose, et lorsqu’on l’interrogeait, il répondait d’une voix bougonne :

« Mais qu’est-ce qu’on vous apprend à l’école ?? »

 

Après avoir inscrit les poids de ces récoltes sur de vieux papiers d’emballages, avec un crayon mine qui demeurait en permanence dans ce frais endroit, il s’octroyait la permission d’un petit remontant. Dans le tonnelet, en effet il y avait une piquette, élaborée par lui-même avec les raisins de la treille de son balcon, loggia assez vaste pour maintenir une vieille vigne généreuse, qui nous ombrageait de surcroit en été.

Cependant de la vigne c’est le seul avantage que nous tirions, les raisins étaient interdits pour nos papilles.

Tel était mon grand père maternel, né à la fin du 19ieme siècle.

 

Jak

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 19:11

sujet semaine 18/2017 - clic

On aimerait croire qu'il est heureux, le vieux jardinier.

Parce qu'on aime, on adore le jardin. Tout le monde aime le jardin, les roses et les salades. Le jardin est un bout d'Eden rien qu'à nous… Le "rien qu'à nous"  en fait un paradis.

 

On aimerait croire qu'il est heureux, le vieux jardinier.

Parce qu'on aimerait croire que vieillesse apporte sagesse, que sagesse rime avec sérénité, que sérénité vaut bonheur.

Allons !

Certes, c'est un homme de la terre le vieux jardinier, ses énormes pieds presque racines sont ancrés dans la terre, ses mains immenses sont faites pour manier des outils, planter, repiquer…

Est-il heureux pour autant, le vieux jardinier ?

 

D'ailleurs est-il si vieux ? Son poil n'est pas tout à fait blanc, et bien que les épaules soient un peu cassées par le travail, une puissante musculature sous la tenue modeste trahit encore la sève.

 

Et son regard ? Est-ce celui d'un homme tranquille, alors qu'il flambe sous les sourcils broussailleux ?

Allons, cet homme est en colère.

En colère contre la vie ? Contre sa vie ? L'âge qui vient ? Sa condition ?

Cet homme ne rentre pas à la maison après avoir repiqué ses poireaux, et retiré ses sabots pour ne pas salir.

Cet homme est un serf. La colonne grandiloquente sur la gauche ne peut être la déco d'une modeste maison, c'est celle du perron de Monsieur le Comte, ou du notaire qui a racheté le château.

Peut-être qu'il exècre le destin qui l'a fait valet, lui, Hercule. Parce qu'en plus il doit porter le prénom ridicule que lui a donné Soeur Marie de la Contemplation qui l'a recueilli sous le porche du couvent.

Peut-être qu'il y a bien longtemps il a été amoureux d'Adeline, la petite Comtesse, celle-là même qui lui demande aujourd'hui de remplacer le bégonia de l'entrée que les chiens ont bousculé ; en minaudant, sûre qu'elle est encore, la pauvre folle, du pouvoir de ses charmes fanés…

 

Mais nous pouvons voir l'image d'un jardinier heureux du travail accompli, rentrant du jardin alors que doucement s'évapore la chaleur du jour.

 

Car nous ne voyons que ce que nous voulons voir, et n'entendons que ce que nous voulons entendre.

Et c'est heureux.

 

 

Emma

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 12:46

sujet semaine 18/2017 - clic

Le jardinier comme moi vieillit.

 

Mais il est toujours bel homme avec son côté nature  et « brute de pomme »

 

Et de plus toujours bien charpenté comme on dit chez nous !

 

Philosophe à ses heures quand il compare arbres et fleurs à l’homme « ce sacré animal. »

 

Il est toujours prêt à bichonner chaque matin « les grands êtres » la pelouse et les parterres fleuris.

 

Il aime aussi faire naître de nouvelles variétés de plantes qu’il m’offre comme un trésor dans un simple pot en terre.

 

Il s’appelle  Léon Clause, un jour je lui ai demandé s’il était descendant ou s’il avait des enfants parmi la société du grand grainetier Clause. Un peu gêné, il m’a dit qu’il avait  « Le guide Clause du jardinage » Il m’a dit aussi comme une confidence que cette société Clause fondée en 1891,  eh ! bien, petit il avait toujours rêvé de faire partie de cette grande famille, lui le sans parents sans compagne sans enfants.

 

D’où sa passion pour le jardinage ?

 

Depuis ce jour nous sommes l’un et l’autre restés silencieux mais attentifs à Notre jardin.

 

Donc ce matin il a empoté une nouvelle plante à la fleur discrète rouge et aux larges feuilles en forme de cœur, il me l’a posée sans un mot et sans traces de chaussures terreuses, dans l’entrée,  sur le petit guéridon où trônent les photos de mes petits.

 

J’étais dans la cuisine en train de faire mes confitures, je l’ai vu entrer et discrètement enlever, non ! pas ses gros sabots, mais une étiquette qu’il a jeté dehors dans la poubelle du jardin.

 

Il est reparti avec ses gros sabots, discret comme un poète puis il a pris un râteau et a ratissé les graviers de l’allée pour m’offrir des lignes où écrire mon émotion.

 

Je n’ai pas résisté et dans la poubelle je suis allée voir. J’ai trouvé la petite étiquette, c’était le nom qu’il avait donné à cette plante simple et un peu dégingandée : « La strawberry jam » la confiture de fraise

 

Emile n’est plus il s’en est allé dans les verts pâtures, sur le guéridon de l’entrée il y a une énorme plante, les photos de mes petits enfants sont dans mon bureau.

 

 

Jamadrou

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 10:06

sujet semaine 18/2017 - clic

„Arrête de beucaler, François! Lève le nez quand j’te parle“

„Euh…“

„Reste pas sur le seuil! On dirait un beusenot qu‘a fait une grosse bêtise“

(Soupir)

„T’as encore déniapé ton tablier! Comment t’as donc fait ton compte?“

„Hum…“

„Hé! C’est tes sabots qui viaunent comme ça? T’iras les décrotter! Y m’filent le virot“

„Euh…“

„Alors ces bégonias? Ils sont pas trop esquintés?“

„Mais…“

„Approche-les de la borgnotte que j’les voye mieux. Tu sais comme not‘curé est tâtillon à propos des fleurs de l’autel“

„Oups…“

„Qu’est-ce que t’as à chouiner? T’as foiré la sieste? T’as renversé ton galopin d’rouge ou quoi?“

„Cré vindiou de cré vindiou! Ferme-là Constance! “

„Hein?“

„Ouais, c’est chiant à la fin! On avait dit que j‘serais Oliver-le-jardinier et toi lady Chatterley… et que tu m‘séduirais en me faisant un strip derrière le claustra… et que tu tomb‘rais toute nue dans mes bras et qu’on f‘rait l’amour et tous ces trucs  que tu m’a promis et qu‘la Germaine veut pas faire avec moi… et  que j’allais virer ces fringues dégueulasses qui puent le crottin… et qu’on s’en foutrait si c’est pas des bégonias passeque j’ai jamais su faire la différence avec du persil… et que tu s’rais pas obligée d’parler ton patois et tous ces mots zarbi auxquels j’entrave rien…“

 

„N“importe quoi! On avait dit que je serais Wendy et que tu viendrais en Peter Pan me sauver des griffes du capitaine Crochet!“

„Bon, laisse tomber tes scénarios relou… j’vais m’changer“

 

 

Vegas sur sarthe

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 12:02

sujet semaine 18/2017 - clic

Emiiiiile...

Ouais, j'arrive Hélène !

Emiiiiiile...

Pense à ôter tes sabots crénom !

Ouais min capitaine !

Emiiiiiile...

Ouais, quoi encore !?

Pense à r'peindre le claustra !

Ouais Hélène, ouais... pfffff !

Emiiiiile...

Et à tondre hein

C'est d'la pâture !!

Ouais, ouais, ouais...

Emiiiiile...

Pense à cueillir les c'rises

Y en restra plus,

Tu connôs les merles,

Plus rapide que toua !

(Y m'font suer ceux-là

Et pas que...)

Ouais Hélène ! Ouais...

Emiiiiile...

T'as pensé aux légumes ?

Ah merde, j'ai oublié,

Mais j'ai ta fleur... !

Ma fleur... ?

Ouais Hélène, TA fleur !

Emiiiiile...

Faut r'peindre le banc aussi !

Ouais... ouais... ouais...

 

Emile,

C'est pas du muguet ça !!!

 

Soupir... Vivement

Qu'elle aille mingi

Les pichoulîts par l'racine !

 

 

jill bill

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 11:00

                                                           

Emile Claus - clic - clicclic

 

Le mot à insérer facultativement est : CLAUSTRA

 

Les textes, avec titre et signature, sont à envoyer à notre adresse : les40voleurs(at)laposte.net

Mode de fonctionnement du blog : clic

 

-------------

 

Bonne semaine,

 

 Mil et une

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 12:49

sujet semaine 17/2017 - clic

Le petit village de Colombeau les trois seaux doit son nom et une modeste célébrité aux trois seaux de Jadranska, Sainte patronne de sa petite église.
 
Sainte Jadranska était une comtesse moldave du 6e siècle, qui, selon la légende, se réfugia à Colombeau alors qu'elle était poursuivie à cheval, depuis les Carpathes, par une horde de barbares assoiffés de sang et de pillages ; l'histoire ne dit pas pourquoi, on sait seulement que bien avant Monsanto, ces cavaliers maudits savaient déjà empêcher l'herbe de repousser après leur passage.
Pour tout bagage Jadranska avait 3 seaux liés sur son cheval : l'un contenait quelques bijoux cachés sous des raves bouillies, le second de l'avoine pour sa fidèle monture, provisions dont la protection divine assura le renouvellement tout au long de sa fuite éperdue, et le troisième une croix  pour faire reculer les loups et le diable.
Hélas, les gredins à ses trousses arrivèrent dans la nuit, et mirent le feu à la hutte des braves paysans qui l'hébergeaient, les faisant tous rôtir.
Au matin on retrouva les trois seaux intacts, étincelant sur les cendres fumantes. Le miracle fit grand bruit, on éleva autour d'eux un petit oratoire qui devint  lieu de pèlerinage.
La légende s'amplifia au cours des siècles, et on prétendit que la destruction des seaux apporterait de grands malheurs. Cette réputation les protégea longtemps des hommes, tant que ceux-ci vécurent dans la crainte de Dieu.
Pourtant, le  soir du 13 juillet 1789, il arriva qu'un mécréant, sortant de l'auberge du tonneau joyeux, visa étonnamment juste le premier seau, avec le lourd pichet d'étain qu'il venait de vider, et le pulvérisa ; malgré sa pendaison illico, les prières et pénitences, on sait ce qu'il advint au pays dès le lendemain.
On mit alors une grille autour de l'oratoire pour protéger les deux seaux restants. Ce qui n'empêcha pas un étranger de passage, un Bosniaque dit-on, (furieux comme peut l'être un Bosniaque qui vient de se faire plaquer), d'écrabouiller un deuxième seau à coups de bottes, le 27 juin 1914.
Le chaos de l'histoire qui suivit donna définitivement raison à la prédiction.
De nos jours le seau restant est protégé des mauvais coups par une vitre à l'épreuve des balles, comme la Joconde. Il figure sur le trajet des tour operators qui déposent de temps à autre devant l'oratoire des paquets de Chinois amateurs de selfies.
Les esprits sceptiques ricanent au sujet de la légende : ils affirment qu' il n'est pas possible qu'un objet en fer résiste aussi longtemps à la rouille, ainsi, dans la nature, même une cannette métallique serait décomposée en 400 ans. Bien que peu de ces ricaneurs aient vécu assez longtemps pour le vérifier. Mais les croyants objectent qu'on retrouve en assez bon état des vestiges de l'âge du fer. Et c'est sans compter sur la nature sacrée de l'objet.
 
Quand même le seau est bien rouillé, et d'aucuns craignent qu'il ne s'effondre en poussière. Mais peu redoutent réellement qu'il s'ensuive une catastrophe : ces jours-ci sont assez paisibles, tout juste un peu agités par une petite campagne  électorale.
 
 
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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 06:05

sujet semaine 17/2017 - clic

60 ans déjà  et trois générations sont passées à côté de ce seau sans même s’apercevoir qu’il était là et n’avait pas changé de place depuis tout ce temps. Il avait dû servir autrefois à remonter l’eau du puits. Par la suite le fermier fatigué l’avait déplacé dans l’écurie voisine afin de  fournir un peu d’eau aux bêtes, les trois seules qui lui restaient. Enfin un beau jour, trop faible pour le soulever, son malheureux poignet déformé par le temps l’avait laissé pourrir sur place et prendre cette couleur rouille qui transforme, vieillit et teinte tous les objets familiers qu’elle recouvre peu à peu de sa nostalgie, en prenant bien son temps et sans qu’on y prenne vraiment garde. La rouille, c’était les souvenirs épars de son pauvre cœur épuisé par les corvées de la ferme, les malheurs accumulés, les deuils, les faillites, les épidémies, la sécheresse. La rouille, c’était toutes ces choses qui vous font vieillir avant l’âge et endurer tous les maux de la vie sans une plainte, sans un mot, sans même une révolte. La rouille, c’était le constat palpable d’un mode de vie fait d’abnégation, de résignation, mais aussi de bonheur, de courage, puis de sérénité de l’âme, d’acceptation apaisée quand plus rien de pire ni de mieux ne peut plus jamais vous arriver.

La rouille, c’était la trace indélébile, la preuve indéniable de l’ultime sagesse.

Léon s’était assis  un beau jour de juin, ni trop chaud ni trop frais, sur la chaise dépaillée et branlante placée près de la grange. A l’ombre du grand chêne, il avait allumé sa vieille pipe d’un geste lent et solennel, puis en l’apercevant, ce pauvre seau désormais inutile, gisant dans un coin de la cour, il l’avait trouvé beau quand même, beau malgré ses fêlures, ses rondeurs bosselées et ses taches de rouille naissantes. Il se l’imaginait dans quelques années complètement recouvert de cette moisissure qui marque le temps et les âges aussi bien que les plis, les rides et les taches de vieillesse sur le corps des Humains. Pour l’instant, l’objet était encore présentable, malgré une légère fuite en son fond qui laissait écouler l’eau lentement par les jours d’orage et de pluie. Cela lui rappelait la corneille, celle qu’il avait apprivoisée autrefois, et qui venait régulièrement se désaltérer ici, dans ce seau, avant de se poser en douceur sur son épaule en poussant des cris peu gracieux certes, mais si précieux au cœur du vieil homme solitaire. La corneille, c’était sa joie de vivre, sa compagnie, tout ce qui lui restait dans la vie. Il lui arrivait de rire encore parfois à la façon si personnelle qu’avait l’animal de lui prouver sa tendresse : en lui mordillant "gentiment " l’oreille. Un jour, l’oiseau disparut et ce fut un grand chagrin pour Léon qui ne s’en remit jamais.

60 ans plus tard, Thibaut, le fils bien-aimé de Mathilde et de  Cédric Antoine découvre la ferme que papa et maman ont rénovée pour en faire une résidence de vacances. On a repeint les murs en jaune vif. On a fait une large ouverture pour donner de la lumière au salon. Transformé l’écurie en garage. Et le pré en vaste jardin ordonné à la française. Sur la façade qui donne directement sur lui, on installera une porte-fenêtre à double vitrage que prolongera une grande véranda en rotonde et pourquoi pas une piscine couverte avec des bains bouillonnants et un joli carrelage tout autour. Et quelques transats pour le repos. Ça lui donnera des allures de château, a dit maman. Thibaut fait le tour du domaine et passe devant la grange qui n’a pas encore été transformée. Quelques tas de foin éparpillés dorment toujours ici ou là en attendant d’être brûlés. On sent encore très fort la bonne odeur de la paille et du bétail qui vécut ici il y a bien longtemps. Mais pour Thibaut, enfant de la ville, ces senteurs n’évoquent pas grand-chose. Soudain,  il bute sur un objet insolite. C’est un vieux seau, un pauvre vieux seau tout rouillé, cabossé, un seau très laid et troué dans lequel il donne un grand coup de pied. Le seau roule lentement à terre puis échoue à l’autre bout de la pièce dans un énorme bruit de ferraille renversée. Thibaut, le petit citadin, est très fier de sa force.

Puis le silence revient, un silence pesant dont  l’enfant ne sent pas la mesure, pris dans l’étendue de son ignorance du passé et dans l’euphorie de ses présentes découvertes. Il ne sait pas que dans le calme de la grange se cache une ombre, et que de cette ombre parfois sort une longue plainte exprimée par une voix qui n’est autre que celle  de ce cher vieux Léon. Accompagnée par celle d’un grand oiseau noir qui pleure avec lui sa jolie ferme d’autrefois et tous ses plus beaux rêves d’antan.

 

 

Cloclo

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 17:25

sujet semaine 17/2017 - clic

Elle l’avait presque oublié Louise, ce mal, mâle dominant « canis Lupus »  tantôt conciliant, tantôt vorace et affamé qui, à l’orée du bois, guettait toujours sournoisement sa proie !

 

 Et pourtant, il était bel et bien là, prêt à lui broyer les os, à marquer son territoire, sa supériorité, en posant sur elle l’empreinte de ses crocs.

 

 Mais Louise était une guerrière et malgré la fatigue, elle maintenait sa garde ne lâchant jamais prise.

 

Comme ce vieux seau rouillé qui bayait  aux corneilles, le corps endolori et les membres engourdis, elle savait, qu’au fond du puits, au plus profond d’elle-même, coulait encore dans ses veines, une source incroyable et intarissable de vie.

 

Chloé 

 

*Le lupus érythémateux disséminé (LED)

est une maladie systémique auto-immunitaire touchant plusieurs organes, du tissu conjonctif, qui se manifeste différemment selon les individus. L'adjectif associé est lupique.                                                                              

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