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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 22:04



Elle a oublié d'apprendre à lire, je le sais bien, mais j'ai gribouillé tout de même la dédicace à leurs deux noms.
 
Elle a oublié aussi l'âge qu'il avait, je le sens bien.
Et puis d'où ils étaient, d'où ils venaient et c'est très bien.

Il aime lire des poèmes, elle le sait.

Il aime les lui chuchoter la bouche pleine,
Il aime jouer au bébé.


Elle les fredonne en rengaine aimant vraiment l'accompagner.

 

Mémoire, défaillance, souffrance,
Où sont ces mots, où sont nos sens ?
A chaque cri une présence,
A chaque bouchée une absence.
Et mon prénom qui pour eux danse sur le rythme de leurs errances.

Me revoilà  un instant,
Sur quelques pages imprimées,
Et dans leur bouche, dans leurs oreilles un soupçon de grande fierté...

Annick SB

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 18:11



L'homme rude au visage mangé
Par une barbe noire
Attablé le nez ailleurs ma foi
Fut interrompu par sa moité
Une vieille en foulard
Et robe à pois

La cuillère à la main
Sortant de la pièce au seul feu
De paysans pauvres d'autrefois
Elle apporta le parfum
Du ragoût maigre de ces lieux
Cuit au fourneau de bois

Fermant les paupières
L'homme au teint gris
Ouvrit la bouche sans mot dire
But le jus comme il avait coutume de le faire
Secouant la tête d'un oui
Elle servit la tablée dans un sourire...

jill bill

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 17:16


C'est l'heure de ta potion,
Ivan Vassilievitch !
Ecorce de bouleau,
pour apaiser ta toux,
qui m'empêche de dormir.

Donne-moi plutôt, femme,
ma bonne vieille bouteille
de derrière les fagots.
Celle qui réjouit l'âme
et fortifie le corps !

Ivan Vassilievitch,
goûte moi donc ce bortch !
J'ai mis beaucoup de chou,
du bon chou bien pommé,
comme je sais que tu aimes.

La vieille, laisse-moi.
Tu vois bien que je lis
les saintes écritures !
J'ai déjà bien diné
chez la belle Irina.

Ivan Vassilievitch,
mon époux bien aimé,
veux-tu cet élixir
qui redonne l'ardeur
aux maris fatigués ?

Va donc au diable, sorcière
et range ta cuiller !
Tu serais bien capable
d'avoir mis du poison
dans ce bel élixir...

Que vas-tu chercher là
Ivan Vassilievitch ?
Gâter cet élixir
qui m'a coûté dix roubles ?
Allons donc ! Le poison
je l'ai mis ce matin
dans ta bonne bouteille
de derrière les fagots.
Quand tu étais parti
chez la belle Irina...

 

Emma

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 17:13

 

Mange ta soupe…
Mange ta soupe, te dis je
Elle a un geste agacé, presque brusque, un surgissement retenu
Une apnée
Un trépignement du pied, un pli de la joue, là, à gauche.
Elle tend la cuillère
Comme la becquée
Une cuillère pour papa, une cuillère pour maman
La mangeras-tu enfin, soupire-t-elle
Elle renonce, elle va renoncer
Tout son corps s'affaisse,
lâche d'un seul coup l'énergie maintenue sous pression
pffff
On dirait qu'elle s'éteint
la cuisine prend des teintes grises
Cela fait des jours qu'il ne parle plus
Qu'il reste là, muré dans un silence opaque
Absent
Abstinent
Plongé dans un livre d'images

Il est allé joué aux cartes
Rituel hebdomadaire
banal
Il est rentré
Le ciel baignait le jardin de sa langue grise
Le pas un peu plus lourd, la jambe droite plus basse
Le poids des ans qui piétinent à la porte
De la soupe au menu du soir
Les légumes du jardin. C'est son domaine à lui, le jardin. Il y passe des heures, elle le voit par la fenêtre de la cuisine, longtemps immobile, pensif, debout, comme enraciné.
Un arbre
Un jour, elle lui a dit : On dira que tu lui parles à la terre
Il a répondu : elle m'attire de plus en plus
Elle a fait celle qui ne comprenait pas
et s'est retournée vers le fourneau

La cuisine sent le chou, la soupe, la saucisse fumée, le ragoût de mouton et le clou de girofle. On devine les poulets rôtis, le lard, les pommes de terre au four, les embeurrées de haricots verts fricassés à l'aïl, les clafoutis aux cerises du jardin et les tartes aux pommes… Tous les repas mitonnés, mijotés accumulés dans les rideaux, dans les photos aux joues rebondies, sur la table jadis bavarde et usée du frottement des assiettes.

Il est rentré
S'est assis pesamment
N'a plus rien dit

Elle croit à une bouderie
Une vexation quelconque
Elle le connaît le bonhomme
Taiseux
Bougon
Têtu
Un jardin sans arbre à palabres
Et puis elle s'inquiète
Il n'ouvre plus la bouche, docteur

Allez, s'il te plaît
Mange au moins un peu de soupe

 

Imago

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 01:00

 

marc-chagall-a-table

 

                                          Marc Chagall, à table.   Source 


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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 18:27


Pas facile....

Telle que vous me voyez je suis en train de relire le contrat de travail que m'a envoyé Mr Bannister pour remplacer leur nurse qui vient de les quitter.
Mes bagages ainsi que mon ombrelle sont rangés dans le coffre prévu à cet effet au dessus de la fenêtre. J'ai gardé mon chapeau car mon voisin de compartiment n'arrête pas de me regarder et j'ai peur que ce soit un de ces journalistes qui me traquent nuit et jour. A croire que je suis un phénomène de foire.

La campagne du Maryland qui défile sur ma droite me distrait fort peu, à peine ai-je entraperçu le petit pont de pierre enjambant une sinueuse rivière. Je n'aurai jamais cru qu'un contrat pour un emploi de nurse puisse comporter autant de clauses.

Avec la famille BANKS je n'ai pas souvenir d'avoir paraphé un tel document.
Me voici repartie en arrière, que de souvenirs me remontent en mémoire, à l'évocation des enfants BANKS, jane et mickaël je replonge dans un passé pas si lointain et mon coeur chavire de bonheur. Quels êtres délicieux que ces deux petits, que de moments de franche rigolade avons nous pu avoir.

Je me demande comment sont ces enfants que je vais rencontrer, ce qu'il me tarde de faire Mr Bannister m'a indiqué que lui et sa petite famille seront à la gare de Baltimore pour m'accueillir. Me revoici dans le présent je réalise qu'il va m'être difficile de ne pas me trahir, de ne pas laisser éclater devant des personnes non préparées mes "talents particuliers" comme je nomme ce phénomène.
Je plonge dans l'angoisse, ce qui n'est pas dans mon caractère car je sais que je ne pourrai me contenir trop longtemps, il faudra qu'à un moment ou un autre je laisse éclater au grand jour et peut-être devant cette famille éberluée, "mes talents particuliers". Il faudra que je les prépare bien, avant.

Dans deux heures je serai à Baltimore.

Une autre vie...........

Un autre endroit..........

Un autre ciel où gambader.......

Pas facile d'être Mary Poppins.

Gé S

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 09:56

Chapitre 3

Soleil couchant
Forêt muette
Dehors, plus rien
Angoisse du jour enfui
Je suis seule cette nuit
Même pas l'ombre d'une ombre
Que le ronron du train,
Interminable
Je m'enfonce dans le tunnel
Sous la couette
Bien au chaud
Je ne vois plus rien
Il est temps d'allumer ma petite lampe de poche
Voilà, ça y est
Je rejoins le rivage, Chapitre 3

 

Monette

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 22:53

Une divine Angevine

Il y a quelque chose qui cloche ici.

J'ai reposé le « Canard enchaîné » à côté de moi sur la banquette. Plus rien ne m'y faisait rire ou sourire à part quelques dessins et de toutes les façons j'avais bien du mal à me concentrer sur ma lecture, cela à cause de ma voisine d'en face. Je la dévisage.

Elle, de son côté, n'arrête pas de rire très fort en lisant son carnet chargé de notes manuscrites. Nous sommes seuls dans ce compartiment surchauffé et je ne comprends pas non plus pourquoi elle a gardé son chapeau.

- Excusez-moi, Madame...
- Oui, Monsieur ?
- Vous allez peut-être me trouver indiscret mais... J'aimerais bien savoir ce qui vous fait rire aux éclats toute seule avec une intensité telle que ma propre lecture en est troublée ?
- Oh ben excusez alors, Monsieur ! Mais c'est vrai que c'est trop drôle d'avoir retrouvé ça dans le fond de ma valise.
- Et « ça », c'est quoi ?
- Ce sont des comm's.
- Des comm's ? Des comm's comiques alors, en quelque sorte ?
-Oh oui, pour sûr !
- Et... Pouvez-vous me dire ce que c'est qu'un comm' ?

C'est à son tour à elle de me regarder bien en face, avec un grand sourire à faire damner un saint ou à faire remarquer la perfection des deux siens.

- Un comm' c'est un commentaire, un petit mot qu'on laisse sous un billet de blog.

Je n'ose pas lui demander ce qu'est un blog. Je fais comme si je savais.

- Vous pourriez m'en lire un ou deux à haute voix ? J'ai du mal à trouver des choses drôles dans mon journal et j'ai besoin de rire.
- Si vous voulez ! « Quand on est chez un cannibale, ça fait du bien de ne pas se sentir dans son assiette ». « Une pendule chère, tic tac tic tac, ça fait tiquer si c'est du toc ». « Produit », sans le « id » ça fait « prout ». « A Bruxelles, architecte, c'est un gros mot. » « Quatre Maneken Pis alignés, ça fait plus de zizis qu'une Jeanmaire ». « Peter Pan, sa flûte, c'est du pipeau ? »

Evidemment, ça ne m'a pas déridé davantage que le Plouf et les Couacs du Canard. J'ai continué à cuisiner poliment la jeune femme en évoquant les « Brèves de comptoir » de Jean-Marie Gourio, les aphorismes de Lichtenberg, les nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon. Elle m'a déballé de son côté tout un tas de noms de blogueurs, d'ateliers d'écriture sur le web auxquels elles participe ou a participé. Elle m'a parlé d'un séjour à Mimizan-Plage, d'un quatuor chargé de réécrire l'histoire de « Scherzos » mais ce stage a pris fin à cause du vol d'une valise pleine de documents. C'est pourquoi elle rentre chez elle pour écrire cette histoire.

En même temps, de découvrir autant d'enthousiasme pour des alignements de phrases et autant de jovialité dans un seul corps, ça m'a quelque peu requinqué. Comme le train arrivait à Angers elle m'a demandé de l'aider à descendre sa valise du filet. A cause des consignes de sécurité de la SNCF, son bagage était étiqueté. J'ai pu ainsi découvrir son prénom et son nom : Ludivine Dieu.

Quelque chose cloche dans ce compartiment et ce n'est pas que son chapeau ou le parfum léger qu'elle a laissé dans l'air en s'esquivant.

Je viens de rencontrer Dieu et c'est une femme ! Et de ce fait, j'ai un, enfin une, homonyme !

(Extrait de « Dieu s'ennuie le dimanche... et s'emmerde les autres jours » par Joe Krapov)

P.S. Le personnage de Ludivine Dieu est très librement inspiré de la toujours étonnante blogueuse Iowagirl (http://iowagirl.over-blog.com/article-dilemme-64641163.html). Les comm's sont issus de sa plume et elle a servi de modèle au peintre.

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 12:20
à quoi pensent les jeunes filles ?

Ils sont partis, tous.
quand les hommes brunis,
avec leurs bottes brunes
ont repéré les cinq hommes blancs
éclairés par leur pull blanc
ils ont souri.
Les hommes blancs ont compris
les coups, les cris, la folie,
la haine visible sur les visages
et l'allure voulue, sage,
des chefs, comme sur une image.

Maintenant, elle est là, sur ce siège verdâtre,
dans ce compartiment délaissé,
elle attend son tour.
La femme blanche, blonde, de bleu vêtue
survivra-t-elle à ses frères?
ce vert d'espoir rempli
coule son ombre sur les parois
On attend un bruit.
Elle attend un signe.
Elle ne sait plus lire la revue.
Elle est déjà dans la cage, vivante,
et demain, elle criera de peur, de mal.
Nul ne l'aidera.
Où va ce wagon?
la couleur l'absorbe tout entière,
les murs se détachent en rives de fleuve
et coulent le long des rails, sur un rythme
de marteau cassé.
Le piaillement des wagons, le claquement des portes
et le rauque mouvement des sas entre les voitures
tout heurte son esprit dans un cri d'horreur.

le train va s'arrêter. Ce sera
le Mexique brûlant ou la Russie neigeuse.
Déjà l'orifice de la nuit va se combler.

Le contrôleur va passer,
vérification des voitures;
il tapera sur un siège,
ôtera un livre sur l'autre,
alors elle bondira.
ses dents emporteront la chair douce du cou
ses mains agripperont la tête et dent contre dent
elle boira cette âme anéantie.

Roseline

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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 16:07

Parfums de femme.


 

-        Allo ? oui Karine.

-        Ah, tu as changé d'avis ?

-        Tu aurais pu t'en rappeler, quand même, que ta mère est allergique aux fraises. Mais tu as commandé à la fraise, pas sûr qu'ils auront autre chose, surtout en semaine.

-        Ok, s'ils ne peuvent pas, je prends quand même, et en plus un éclair choco pour ta mère.

-        Ecoute, Karine, ça fait trois fois en 20 minutes que tu m'appelles, ça dérange les voisins ! ne t'en fais pas, j'ai bien noté, à tout à l'heure.

 

À vrai dire ils ne sont plus qu'un, "les" voisins, maintenant que le train approche du terminus.

Un type de mon âge qui me fait un petit sourire de compréhension. Fraternité masculine.

Je sais ce qu'il pense : "ah, les femmes !" 

Ça, c'est quelque chose qui me travaille : comment se fait-il que "Les" femmes n'ont rien à voir ou presque, avec "La" femme.


Celle-là, sur la couverture du  magazine abandonné sur le siège voisin, qui présente l'exposition Hopper, celle-là, c'est "La" femme, aucun doute. Belle et mystérieuse. Un pays à découvrir, un secret à percer… Celle-là n'est certainement pas une mauviette : elle est forte, ses mollets musclés trahissent la joueuse de tennis. Forte et féminine. Bien coiffée, sans doute permanentée à grands frais si j'en juge à la qualité de ses vêtements. Un léger parfum de vétiver, j'imagine. Quelque chose qui sent le net, le propre et l'inaccessible. Son père est un magnat du pétrole, et elle va proposer au "Chicago tribune" un article sur la condition féminine.

Elle montre ses mollets mais elle cache ses yeux. Les yeux, disaient les anciens Chinois, sont la porte de l'âme. Pourquoi, caches-tu ton âme, Joan?


Je ne me souviens déjà plus de mon enfance, je suis à seize mille lieues du lieu de ma naissance, je suis à Moscou, dans la ville des mille et trois Clochers et des sept gares*. Une balalaïka pleure l'âme slave au bout du wagon…

La femme est montée à Novossibirsk. Elle va à Irkoutsk, d'après ce que je vois sur les étiquettes de ses valises en cuir fatigué. Elle a les yeux noirs brillants, étirés vers les tempes, un regard de chat sous la chapka de fourrure rousse. Elle s'en débarrasse, ainsi que de sa lourde pelisse, et des tresses noires et brillantes, comme cirées, coulent sur ses épaules. Une bouffée de violette arrive jusqu'à moi.  Sa  taille si fine tiendrait dans mes deux mains. Deux jours de steppe et de bouleaux avec Anna Karénine… 


La femme va avec moi jusqu'à Constantinople. Je sais par le contrôleur qu'elle va là-bas rejoindre son colonel de mari. Je suis sûr qu'il a le teint rougeaud et des jambes ligneuses sous un large short beige. Mais elle, oh, elle, dont les longs cils balaient la joue ronde et dorée, elle a la douceur d'un loukoum dans le tailleur blanc qui la déguise en Lady. Monsieur le colonel, sans doute lassé des parties de backgammon sous le gros ventilateur, a dû l'enlever à un notable oriental. Le moindre de ses mouvements gracieux fait voler une odeur de santal...

 

-        Guillaume Tell !

-        Hein quoi ?

Mon compagnon me tape sur le bras.

-        L'air de Guillaume Tell, votre portable qui sonne !!! Vous vous êtes assoupi…

Non Karine, je ne réponds pas, on va dire qu'il y a un tunnel.


Ah voilà, je crois que j'ai compris la différence entre "les" femmes, et "La" femme !

" La" femme ne parle pas.

 

*B Cendrars, la prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France

 

Emma

 

 

 

 

 

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