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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 19:11

Capeline

 

Je choisis le fond du compartiment. Je m'installe « dans le sens de la marche » car je ne supporte pas d'avancer en ayant l'impression de reculer, je m'éloigne de la fenêtre pour être à l'abri des courants d'air vicieux, je sors mon bouquin et le livret de photos. Je sais que je somnolerai sûrement pendant les deux heures de trajet. Je sais aussi que j'irai fumer une cigarette dans le couloir. Mais avant, je vais rêvasser devant le paysage pendant toute cette première demi heure où le train suit le fleuve. Je suis prête à passer un voyage agréable, calme et serein, dans un wagon tout à fait vide, très éclairé, agréablement climatisé.
Tout à coup, sans que je ne l'ai vu arriver, je me retrouve avec un bonhomme en vis à vis, installé à un mètre de moi, posé là, en face, dans la travée opposée et, qui me regarde. Regarder ? Non, ce n'est pas le mot... Il ne me regarde pas, il me fixe, m'examine, me détaille, m'évalue...
Impossible d'être tranquille ! Même dans un train vide !
J'ai juste le temps de voir de gros yeux globuleux dans un visage avachi. Je baisse la tête. J'attrape le livret que je feuillette sans beaucoup d'attention. J'ai un peu descendu ma robe sur les genoux, je baisse la tête dans une attitude de lectrice attentive et laisse ainsi mon regard caché dans l'ombre de mon chapeau. Je l'aurais pourtant bien volontiers enlevé ce chapeau ! Mais là, je ne vais pas me découvrir sous le regard du monsieur d'en face... J'ôterai cette capeline quand il sera parti.
Quelle idée aussi j'ai eu de m'affubler d'un chapeau pareil ! Bon d'accord, c'est elle qui me l'avait offert, mais quand même ! « Ah ma fille, une capeline, voilà qui donne un air distingué ! ». « un air distingué ? » Pffff !
C'est sûr, je ne vais pas la voir souvent ma brave mère, et là je lui ai fait le grand jeu de la jeune femme bien sage et bien distinguée justement, jupe aux genoux, pull montant, petit col bien sage, et capeline assorti, avec un brushing bien gonflant... Elle a été très fière de sa fille ! Ça va la rassurer jusqu'à ma prochaine visite.
Et le bonhomme aux gros yeux, qu'est ce qu'il fait ? Dans ma position, je ne vois que ses chaussures : des grosses paraboot.... un gentleman farmer un peu négligé. Il a la chaussette qui tirebouchonne. Je n'ose pas lever la tête.
Pendant tout ce temps, je rate aussi le spectacle du fleuve et pourtant, on doit être à hauteur d'Avignon...
C'est bizarre, j'entends d'étranges bruits de grattements. Je baisse un peu plus la tête quand je réalise qu'ils proviennent de mon voisin. On dirait qu'il frotte quelque chose de manière irrégulière.
Je reste la tête baissée.
Pétrifiée, je n'ose imaginer ce qui se passe ... Mais j'élabore quand même des possibilités... Il y a vraiment des malades partout !
J'ai lu je ne sais plus où que les trains étaient des lieux privilégiés pour les dragueurs en chasse... Il paraît que les wagons et les rythmes des trains nourrissent bien des fantasmes.
Surtout : ne pas le regarder.
Ça me fait penser à une enquête qui était parue dans je ne sais plus quel journal féminin. Il y avait une question : « avez-vous déjà fait l'amour dans un train ? »
Les bruits de l'obsédé d'en face n'arrêtent pas et sont parfois encore plus appuyés. Je suis tétanisée et reste cachée sous ma capeline.
Alors que je regarde ses chaussures,je vois soudain un crayon qui tombe... un crayon pastel. Le voisin d'en face se penche, et alors, plusieurs crayons dégringolent.
Je relève la tête pour voir ce qui se passe. Il est en pleine manoeuvre pour récupérer tout ce qu'il a fait tomber. Je vois sur ses genoux un carton à dessin et sur une grande feuille blanche l'esquisse d'une femme en bleu, assise dans un wagon vert. Elle a la tête baissée et une capeline très distinguée.


Odile

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 14:16


Le dernier voyage


J'ai pris le train du dernier voyage qui va m'emmener dans la ville de lumière où nous nous sommes rencontrés.
Je suis montée dans un wagon au hasard ! Je cherche surtout un compartiment vide, tien en voilà un ! Ouf !!
Je pourrai ainsi lire et relire en toute tranquillité le compte-rendu que le médecin m'a tendu il y a mois d'un air attristé et hochant juste la tête.
Je le savais de toute façon, je me doutais du résultat, le corps parle assez fort et j'avais déjà tout organisé avant même d'avoir en mains ces résultats.
Ma décision, je l'avais prise aussi, pas de traitements longs, douloureux et humiliants , j'irai là bas dans cette ville où je t'ai rencontré, aimé, perdu.
Je suis partie sans bagage bien entendu, mais j'ai revêtu ce matin la robe bleue que tu m'avais offerte ce jour là et pour laquelle nous avions longuement cherché un chapeau qui compléterait idéalement ma tenue.
Il me permettra de plus, si quelqu'un devait venir s'asseoir en face de moi dans ce train de masquer un peu mon visage.
J'ai longuement brossé mes cheveux qui sont restés aussi blonds et soyeux qu'aux premiers jours de notre rencontre;
j'ai enfilé des bas de soie, ma dernière petite folie.
Dans ce train qui roule et dans lequel des gens rient, parlent, chuchotent, je suis assise seule, perdue dans une lecture inutile.
Je suis calme, sereine,  j'ai pris la bonne décision, je le sais.


Eva

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 17:23


Elle

 
Elle avait surement le même âge, des vêtements sombres et pas de chapeau.
Seule dans le compartiment, elle a soupiré de soulagement :
Personne pour tenter d'engager la conversation, remarquer son teint pâle, ses yeux tristes et son regard figé.
Frileuse, elle se rencogne dans le coin fenêtre, un livre à portée de main sur la banquette. Elle ferme les yeux , bercée par le mouvement rythmé du train.

Un mois déjà, c'était hier, et maintenant c'est "plus jamais".
Un long trajet et ce sera l'accueil pour un nouveau chagrin ;
Mais lui, là-bas, moitié de sa source première, sa chandelle doucement s'est éteinte à son heure... même si ce n'est jamais l'heure.

Dans une nouvelle gare, un couple âgé pénètre dans le compartiment, discrets, souriants.
Quelques mots sont échangés, puis ils s'installent:
les petits gestes du quotidien, l'attention douce à l'autre, prévenance, quiétude.
Dans son coin silencieuse,brusquement la morsure poignante du coeur étreint:
La certitude du "Plus Jamais Possible".

 

Brume

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 12:12

Marie

- Cette fois, c'est la dernière. Tu m'entends, Marie. Je t'interdis de revenir. Tu prends ce train, tu livres le colis et tu restes là-bas.
- Mais toi, Roland. Qu'est-ce que...
- Ne t'occupe pas de moi. Je vais essayer de trouver un moyen. D'abord, je dois être sûr que les documents sont bien parvenus à l'office. C'est trop important. Ils contiennent des informations essentielles. J'ai enfin découvert la localisation de leur XT300 et même, il se trouve qu'il y a une faille dans leur système de sécurité. Avec ce que contiennent ces papiers, Lola saura tout ce qui lui manque encore pour monter une opération de nettoyage. Tu comprends, Marie ? De toute façon c'est fini. D'ici peu, leur foutue arme ne sera plus qu'un mauvais souvenir.
- Et qu'est-ce tu comptes faire après ?
Je vais disparaître en essayant de ne pas laisser de traces. Il ne faut pas qu'ils sachent d'où provient la fuite. On a encore quelques camarades infiltrés. Je crois que je vais passer par la Finlande. Lola me fera revenir ensuite. Ne t'inquiète pas mon amour.

Déjà deux ans. Deux ans que j'ai pris ce train. Deux ans sans nouvelles. La guerre est finie maintenant. Roland, où es-tu ?

Je me souviens quand il m'a déposée devant la gare centrale et qu'il m'a dit d'y aller.

- Tu fais comme d'habitude. Tu marches tout droit, la tête haute. Un peu fière, hautaine. Le train part dans cinq minutes, quai B. Tu vas vers les premières. Voiture 6, compartiment 8. Voilà ton billet. Tu seras seule. De toute façon, j'ai réservé tous les autres sièges. J'ai glissé les microfilms dans la couverture de ce petit livre. Inutile de le planquer, c'est totalement invisible.

Et puis, un peu brusquement, il m'a poussée hors de la vieille voiture. Moi j'aurais voulu échanger un baiser avec lui, pas seulement un vague signe de la main. Il a démarré en trombe et la guimbarde a disparu à l'angle de la rue.

Mécaniquement, j'ai fait comme il me l'avait dit. J'ai traversé la gare. Elle était pleine de soldats qui criaient. J'ai longé le quai jusqu'à mon wagon. Je me suis installée et le train est parti. Je ne me souviens plus très bien du voyage, je crois que j'ai dû lire le scénario que mon imprésario m'avait adressé quelques jours auparavant. Un navet, j'ai refusé le rôle. C'est seulement quand j'ai vu par la fenêtre que nous avions dépassé le petit pont au dessus de la rivière qui s'étire le long de la voie ferrée que j'ai su que j'avais franchi la frontière. Alors, les larmes ont commencé à couler.

 

Roland Ivy

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 12:09


Il ... elle

Qui pourrait soupçonner que vêtu d' une robe marine, d'un chapeau noir bien enfoncé sur une perruque blonde, je suis un homme recherché pour meurtre ? Personne.
Je ne voulais pas la tuer.  Seulement, elle me cassait les pieds, pieds qui pour ma chance entrent dans des chaussures du trente neuf. J'ai mis destalons plats je peux courir au cas où...
Étant folle amoureuse de moi, elle m'a laissé entrer, m'a servi un verre le temps quelle finisse de se préparer. Elle voulait sortir, moi non , je lui ai dit, elle a passé outre alors je suis entré, derrière elle dans la salle de bains, je l'ai étranglée … Vite fait bien fait.
Je suis entré chez moi, j'ai emprunté les vêtements, la perruque, le maquillage, le sac avec les papiers de ma sœur jumelle. On se ressemble tant tous les deux habillés pareil. Je rejoue mon enfance mais sans elle cette fois.
J'ai pris ma voiture, me suis rendu à la gare, pris mes billets et me voilà assis sur la banquette . J'ai sorti un livre et fais semblant de m'y intéresser, mes pensées sont sur mes genoux noueux. Moches pourraient peut-être me vendre. Pourquoi n'ai je pas mis des collants ?


Aimela

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 15:24

Voyage entre deux nuits

Train de nuit à lire jusqu'au bout du voyage,
Aube fragile sous les voiles des nuages.
Écrin d'ennui, laissant défiler les paysages,
A veiller tard pour effacer tous ses ombrages.

Les pages blanches couchées sur sa robe noire,
Sans amarre ni encre, fuyant dans le soir,
Immaculées des larmes de son désespoir,
Compartiment C, à gauche au fond du couloir.

Veuve de Truffaut dans cet omnibus perdue,
Au regard abaissé semblant boire le jour,
Cette jeune mariée toute de noir vêtue

S'enfuit pour fuir la mort à ses trousses toujours,
Sortant d'un film d'Hitchcock, quittant enfin la peur
Pour échouer dans un tableau d'Edward Hopper.

 

Sebarjo

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 13:30

Sur le quai

Un jour, je partirai
Je prendrai, moi aussi, le train pour l'aventure
Mon corps frissonnera au rêve de l'audace

Dans des livres nouveaux,
des terres inconnues,
des vies où embarquer,
mon regard voguera

J'oublierai le ciel aux yeux rougis et le pont entre l'hier et l'aujourd'hui s'écroulera dans les abysses de ma mémoire devenue amnésique

L'aurore aux yeux de biche viendra éclore sur mes jambes de soie

Imago

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 18:38

 

Bien ma veine ! Me voilà bon pour un tête à tête de quatre heures avec une pimbêche !

Même pas un regard pour répondre à mon bonjour ! À peine un grognement...

Ma parole, elle se prend pour qui ?

Ou alors, elle Me prend pour qui ?

Peut-être qu'elle se dit  "me voilà bien ! Quatre heures en tête à tête avec  le serial killer du Nevada" ?

Je vais étaler le journal devant moi pour qu'elle voie la photo du type qui s'est évadé de la prison de Carson City ; elle verra bien que c'est un gros chauve, alors que moi....

Hum... pas mal mon gomina, même dans la vitre il fait de l'effet. 

Peut-être que je devrais me raser la moustache ? Margaret trouve que je fais danseur de tango, et alors ? Ils plaisent aux femmes, les danseurs de tango !

Pas à celle-ci, en tout cas. Elle ne regarde, ni dans la vitre, ni mon journal.

 Encore une de ces fichues suffragettes qui haïssent les hommes !

Non, elle est trop élégante. Chic et sobre, mais d'un guindé !

Ses cheveux sont superbes. Enfin, le peu qu'on en voit. Blond vénitien, c'est rare comme couleur. Son menton est bien joli aussi. Peut-être que son chapeau cache un visage brûlé ? Pauvre femme !

Qu'est-ce qu'elle lit ? Sans doute une revue pour dame, recette de cold cream pour teint de lys, et modèle de chaussettes au tricot...

Je ne vois pas bien. Si je laissais tomber ma canne, je pourrais approcher...

Ah dis donc, « revue philosophique du nouveau monde »  

Ça te la coupe, hein, mon vieux Joe ? Je savais bien que c'était une pédante, une bourgeoise qui se prend pour une intellectuelle.

Je plains son mari ! Est ce qu'elle en a un, seulement ? Du genre à faire fuir tous les partis, ces femmes-là !

Quand même, elle n'est pas mal roulée. Elle n'arrête pas de croiser et décroiser les jambes. Je suis sûr qu'elle cherche à m'allumer... mais si je tente quelque chose, je risque de me prendre une gifle.

Si j'allais me promener dans le wagon fumeur, je trouverais peut être quelqu'un à qui causer. Parce que cette huitre, là....

Ah voilà le contrôleur...

- Madame Garbo, je vous en prie, je n'ai pas besoin de vérifier votre billet, c'est un tel honneur de vous avoir à bord !

 

Clairette

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 16:35

Seule à bord

Solitude d’un voyage sans bagage
Une simple revue pour tout rivage
Une à une, volage, tourner les pages
Par pudeur sans fard et sans visage
De la vie cacher les funestes ravages
Avancer prudemment avec courage
Ne pas craindre le prochain virage
L’aventure est rude à défaut d’être sage
Le train en train-train en a effacé l’âge
Pour mieux gommer ses dommages !

 

ABC

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 21:49

La mystérieuse

Un train, un compartiment vert
Une femme, un mystère
Seule sur la banquette
Un livre elle feuillette
Derrière un bibi bleu
Je ne vois point ses yeux
Sont-ils verts, bleus, noisettes
Mon coeur épris de sa silhouette
Dans le couloir guette
Un regard lancé même de travers
Belle inconnue que je croise en hiver

Vers quelle destination
Quel horizon
Quel amant amoureux
Allez-vous de ce wagon mystérieux....

jill bill

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