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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 18:52

sujet semaine 34/2017 - clic

L'inspecteur La Bavure s'impatientait; la dinde, ça se réchauffe mais quand même, on n'allait pas y passer le réveillon et ce gonze commençait à lui taper sur le système!

Pour une fois qu'il mettait les petits plats dans les grands pour épater sa nouvelle conquête l'inspecteur tombait sur un dur à cuire: "Ouatson, reposez lui la question encore une fois"

Ouatson colla sa bouche à l'oreille du gonze :"Que faisiez-vous hier soir chez la victime avec ce tranchoir ?"

Comme le gonze ne bronchait pas, le poing d'interrogation de La Bavure partit sans prévenir pour atterrir sur le nez dudit gonze qui tomba de sa chaise en poussant un grognement.

Des poings d'interrogation, Ouatson en avait vu pas mal depuis qu'il avait intégré le service du 36 Quai des Oeufs Frais mais celui-là battait le record de vélocité, au moins 150 sur l'échelle de Richeterre, Gaston Richeterre un gars du GIGN.

Ouatson remit le gonze sur sa chaise en soupirant :"Vous y êtes allé fort, Chef, je vous répète qu'il est sourd ce mec"

"Et alors" gueula La Bavure en songeant à ses dindes ou plus exactement à sa dinde et à sa nouvelle conquête "il est pas muet que je sache!"

Ouatson insista :"Euh... chef... parfois y sont sourds et muets aussi"

"C'est bien ma veine!" hurla La Bavure "en tout cas il est pas manchot"

Ouatelse passa sa tête hérissé de dredlocks par la porte entr'ouverte :"Besoin d'quèque chose, chef ? Spare à drap... alcool... mercure au brôme?"

"Non, ça va" s'exclama t-il "je ne me suis pas fait mal"

L'assistante – fidèle doublure de Ouatson – s'éclipsa. Elle en avait vu d'autres.

Le bigophone grelottait. Ouatson décrocha :"C'est votre dinde, chef! Euh... je crois qu'elle s'impatiente"

La Bavure lui lança un regard noir; il était tard, très tard et sa nouvelle conquête risquait de refroidir :"Remettez-moi ça au placard, Ouatson... on reprendra la ponctuation demain matin"

Ouatson songea que demain matin, le gonze serait toujours aussi sourd et avec un blaze tuméfié. Il l'empoigna par le col et le souleva, des points de suspension suffiraient en attendant mieux.

 

 

Vegas sur sarthe

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 15:52

sujet semaine 34/2017 - clic

 - Que fais-tu malheureuse ?

 - J'essaie de pousser le point d'interrogation de ma tête.

 - Tu ne peux pas. S'il est là, c'est parce que tu te poses des questions.

 - N'ayant jamais de réponses, je ne m'en pose plus. C'est bien plus simple maintenant.

 - Ah ! Tu crois ?

 - Ben oui, c'est toi qui en poses moi, je cherche seulement à me débarrasser de ce qui m'encombre le cerveau.

 - Pour être encombré, il l'est avec des questions sans queue ni tête.

 - Combien de fois, dois-je te dire que je ne m'en pose plus.

 - Et ça, c'est quoi ?

 - Quoi ça ?

 - Tes deux questions, pardi.

 - C'est toi qui m'ennuies alors que je suis occupée à virer ce point qui envahit ma tête.

 - Je te l'ai dit, tu ne pourras pas.

 - Moi je te dis si et je le remplacerai par sa doublure.

 - Sa doublure ?

 - Oui quoi, le point d'exclamation.

 - Ce point-là n'est pas une doublure.

 - Ah ! C'est quoi alors ?

 - Un point pour t'exclamer sur les belles choses de la vie.

 - C'est ce que je préfère alors aide-moi à virer ce point idiot qui pose les questions sans réponses.

 - Ok ! Mais l'autre arrivera très vite après.

 - Pourquoi ?

 

 - Tu vois, il est revenu.

 
 
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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 15:44

sujet semaine 34/2017 - clic

Celle qui joue à ma place dans les coups durs

Celle qui supporte les silences qui trop longtemps durent

Celle qui prend mes douleurs quotidiennes et garde fière allure

Celle qui a les insomnies tout en faisant le jour bonne figure

Celle qui vit l'indifférence douloureuse sans fêlure?

Celle qui entend les critiques criées et répond d'un seul  murmure

Celle qui existe dans l'injustice et les injures

Celle dont on se moque alors qu'on lui jure

L'idéal, la responsabilité, l'amour pur?

Celle qui tombe sans bleus, ni égratignures.

Celle qui réussit et vit de son écriture

Parce qu'elle sait ce qui plait et qui rassure

Celle qui reçoit les éclaboussures

Du chien qui aboi sans que sa caravane n'ait une salissure

Celle  à qui on reproche le passé et le futur

Celle que l'on rejette, qui a toutes les vomissures

D'envie, de jalousie, d'amertume, regrets qui perdurent

Celle qui a culpabilise mais a la peau plus dure

Celle à qui on ferme la porte et refuse la villégiature

Celle dont les os subissent l'usure sans que personne n'en ai cure

Celle pour qui sa famille est une torture

Celle qui ne veut pas de progéniture

Pour ne pas transmettre la maudite signature

De donner la vie seulement par devoir et nature

Celle à qui on n'accorde pas même la lecture

De ses mots d'amour, de respect et d'ouverture

Celle dont on ne veut même pas connaître l'aventure

De sa vie, ce(ux) qu'elle aime et la structure

 

Où est passée ma doublure

 

 

Laura Vanel-Coytte

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 14:11

sujet semaine 34/2017 - clic

J'ai dit à maman :
 - pourquoi ?
Elle m'a répondu :
 - parce que.
Parce qu'elle regardait les feux de l'amour.

 

J'ai dit à Papa :
- pourquoi maman répond "parce que" quand je demande "pourquoi" ?
- pourquoi quoi ? a dit Papa.
Mais je ne savais plus quoi quoi.
- Et pourquoi, il a dit Papa, pourquoi t'as encore étalé tes légos sur mon bureau ?
J'ai dit :
- pas'que, et j'me suis pris une baffe.

 

- Pourquoi "pourquoi" et pas "pour quoi ?" j'ai demandé à la maitresse
Elle a dit :
- parce que c'est comme ça, et puis tu m'embêtes, Victor, avec tes questions à la noix.
Parce qu'elle était en train de ramasser les cahiers.

 

- Et pourquoi, j'ai demandé à la dame du caté, pourquoi Dieu me voit et pas moi ?
- Parce qu'il est mystère…
- et boule de gomme a dit Léa.
Elle a été punie.
Elle m'a pincé.

 

- Pourquoi non ? j'ai dit à Lison.
- Parce que, a dit la belle.
alors, j'ai dit à Paulette :
 - Pourquoi pas…

 

- Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi ? j'ai crié au psy !
- Nous allons en rester là pour aujourd'hui, il a dit.
- D'accord, j'ai dit, vous pouvez vous brosser pour que je revienne.
Il a dit :
 - les séances du trimestre non suivies sont dues.
J'ai dit :
- pourquoi ?
Il a dit :
- parce que.

 

           Emma

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 12:49

sujet semaine 34/2017 - clic

Souvent, j’ai voulu demander à ma mère  : pourquoi m’as-tu mise au monde ? Pour ton bonheur ou pour le mien ? Je ne l’ai jamais su vraiment et quand je cherchais la réponse, je la chassais de mon esprit, car une petite voix, tout au fond de moi me soufflait : mais bien sûr que c’est pour elle, tu vois bien qu’elle ne t’a jamais aimée ; la preuve, c’est qu’elle a toujours voulu te changer, te façonner à son image, changer ton physique, transformer ton caractère, modifier ton apparence, ta façon d’être et d’exister. J’étais sa chose, un joujou que l’on manipule à sa guise, une poupée que l’on coiffe, habille et déshabille à son gré. Oui, il a des questions qu’il vaut mieux éviter par peur de la réponse. Et surtout par crainte du mensonge qui les suivra. Des questions auxquelles on ne saura ou ne voudra jamais sincèrement répondre. Mon fils me demanda un jour : maman, pourquoi je dis toujours pourquoi ?  Ce qui me fit bien rire, mais au fond il avait raison, pourquoi s’interroger indéfiniment sur des choses que l’on ne pourra jamais changer ? Pourquoi la différence, pourquoi certains ont-ils faim et d’autres suralimentés, pourquoi la guerre, pourquoi la haine, le mépris, l’inégalité sous toutes ses formes, pourquoi toutes ces questions embarrassantes auxquelles on ne trouvera jamais de solution ? La vie est faite de mystères, d’énigmes insolubles et de situations difficiles à résoudre. Le poids du pourquoi est lourd et souvent impossible à gérer, la solution devient parfois évidente : choisir l’indifférence, l’ignorance, refuser la vérité qui ne sera jamais qu’UNE vérité parmi d’autres, se dérober à une explication qui ne pourra tourner qu’à l’avantage du plus fort, reconnaître son impuissance devant des problèmes qui nous dépassent, mais ne pas baisser les bras pour autant, rester vigilant, attentif à tous les problèmes mondiaux.

Notre monde est cruel, sans pitié, sanglant, dévastateur et égoïste. On ne le changera pas. Mais on peut apporter sa pierre à l’édifice par des comportements généreux et absents de toute agressivité. En réaction à ceux qui voudraient nous détruire et entraîner notre belle planète à une perte malheureusement prochaine.

 

Cloclo

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 12:37

sujet semaine 34/2017 - clic

Ah, les points d'interrogation

Quand l'enfant s'exclame

« Comment on fait des bébés... !? »

On ne peut toujours rejeter

Certaines questions scabreuses, dame...

Mais avoir une doublure serait récréation !

 

 

Pourquoi ceci, pourquoi cela... ?

Et patati et patata...

Parce que,

Parce que... !

Le gamin assaille

Avec son air canaille

Insiste pour une réponse

Les sourcils froncent

Tire sur votre tablier

Tout enfariné...

 

« Comment on fait des bébés ? »

Je repousse, tu repousses, elle repousse

Mais Toto revient à la charge...

 

Le chou, la rose,

Madame la cigogne,

Faut plus lui en conter...

La chose

A la besogne

Comment la raconter...

 

La p'tite graine de père

Le jardin secret de mère...

 

Devant ma déconfiture

Il lance, je demanderai à bonne-maman

Elle qui fait si bien les confitures

Doit savoir faire les enfants...

 

 

jill bill

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 11:00
Sujet semaine 34/2017

source image - clic

 

Le mot à insérer facultativement est : DOUBLURE  

 

 

Les textes, avec titre et signature, sont à envoyer à notre adresse : les40voleurs(at)laposte.net

Mode de fonctionnement du blog : clic

 

-------------

 

Bonne semaine,

 

 Mil et une

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 14:26

Pierre Beteille - clic

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

On préfère la selle de cheval car celle d’agneau coute trop chère.

 

Prenez une selle de cheval, une bonne selle de cheval entier coupée dans la fleur du cuir  pour la fleur de selle. Elle doit être  bien tendre donc choisir  une vieille selle car plus elle est vieille plus elle est tendre elle. Elle doit être bien parée.

 

Faire bouillir à l’eau froide et ajoutez les bridons  dès l’ébullition en prenant soin d’enlever les gourmettes qui serviront d’abats…

 

Attention, les étriers doivent être cuits séparément.

 

Quand tout est bien mitonné, hachez le mors en julienne puis incorporer du chewing-gum à la chlorophylle pour que le vert soit fluo (le vert épinard risquerait de faire tourner la sauce) pour faire comme une purée salez, poivrez, pimentez à votre goût et mélangez.

 

 

Dressez le plat sur un harnais et servez bien frais.

 

 

Lilousoleil

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 12:59

Pierre Beteille - clic

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

On est jamais contre

Un verre à l'oeil, partant,

Même si la montre

Vous dit, eh pas l'temps... !

 

Un verre à l'oeil, chez Magalie

Un verre à l'oeil, j'avais pas saisi... !

 

Alors, juste un doigt,

Avec des glaçons,

Juste un doigt

De causer façon... !!

 

Dès fois qu'elle le prenne

Au pied de la lettre...

 

Non, je ne resterai point dîner,

Mais merci pour les rognons d'amour !

 

 

jill bill

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 17:04

Pierre Beteille

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Monsieur l'curé

Dans sa bible plongé

Doute d'un fait,

Homme d'église presque parfait !

 

Presque, parce que lui

Et la cuisine...

Multiplication des pains !

Son sacristain

Observe sa mine

Depuis la sacristie...

 

Changer l'eau, en vain

Alors le pain en mille... bravo !

Abracadabra pas très catholique

Formule à la Merlin

Que l'bon Dieu n'en sache mot

Ni les grenouilles, diaboliques !

 

 

jill bill

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 14:41

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Pas de bol, je suis de corvée aujourd’hui pour faire la tambouille. J’hésite encore entre : une bonne semoule, une purée de carottes, du riz au lait, surtout pas d’épinards, pouah, c’est dégoûtant les épinards. Le seul avantage qu’on a, avec les épinards, c’est que quand on n’aime pas, on peut taper un grand coup dans l’assiette et éclabousser tout le monde. Moi, ça me fait beaucoup rire, hi hi, papa, maman un peu moins. C’est pareil avec la purée, sauf que la purée c’est moins joli comme couleur, c’est fade, ça ne fait pas de jolis dessins comme les épinards ou les carottes. Le plus beau, c’est les mélanges. L’orange et le vert, ça se marie très bien. Surtout sur le carrelage blanc de la cuisine. Un peu moins sur la tapisserie qui est jaune bouton d’or, mais c’est pas mal quand même.
 
Bon, c’est pas tout, mais qu’est-ce que je vais faire à manger ? J’ai déjà la cuillère, c’est un bon début. Et le chapeau ! Bien trop grand pour ma taille ! Qu’est-ce qu’ils ont eu à m’affubler d’un tel couvre-chef ? Et en plus qu’ils n’arrêtaient pas de me dire : souris, bébé, souris, plus tard, tu verras, quand tu retrouveras la photo, tu vas bien rire ; et moi, bêtement, j’ai obéi. Ah, ce que je regrette ! Les adultes ont de ces idées saugrenues ! Comme si je m’intéressais à mon futur. J’aurai juste l’air grotesque, quoi, et quand mes enfants verront ça, ils vont se marrer comme des bossus, je le prévois. De toute manière, dès que j’ai assez d’énergie pour me tenir sur mes jambes et de force dans les poignets pour la déchirer, je la réduirai en miettes, cette satanée photo !!
 
En plus, vous avez vu comment ils m’ont habillé ? Habillé n’est pas le mot d’ailleurs, je dirais plutôt «déguisé», avec aussi ce gros paquet de couches qui me chatouille les jambes et m’oblige à les écarter au maximum. Un vrai supplice. Et cette serviette autour du cou, je vous demande, j’ai l’air d’un cowboy sans costume, sans cheval et sans chapeau. Ou encore de Renaud dans ses années de gloire. Les serviettes à carreaux, ça ne se fait plus du tout, non ? A part peut-être dans quelques auberges typiques alsaciennes, et encore ! Me voilà de mauvaise humeur pour composer mon repas. Voyons…. Entrée : apéritif au lait cru de vache fermière élevée en plein air et nourrie de bonne herbe non traitée. Pas mal. Ensuite… Velouté de petits légumes du jardin relevé d’une fine pointe de crème légère achetée à la biocoop du coin, chers mais bon, disent mes parents qui ne mangent que bio et ne me garnissent que de couches hypoallergéniques respirantes, enduisent mon corps de produits naturels, de liniments oléo-calcaires, de crèmes au calendula et autres noms imprononçables, j’en passe et des meilleures. Je dois être le bébé qui a la peau la plus douce du monde !
 
Mais revenons à nos moutons. Pas de viande pour eux, puisqu’ils sont végétariens. On passe donc tout de suite au dessert. Un bon yaourt à la myrtille, miam miam, ou une crème caramel, pas de compotes de pommes, j’en suis dégoûté tant ils m’en font manger, de ces bonnes pommes non traitées et achetées directement au producteur. Ah, une petite glace vanille-mangue, pas mal, mais au camping, ça m’étonnerait qu’on trouve ça. Allez, c’est déjà un bon début pour un cuisinier en herbe comme moi.
 
Mais pour commencer, il faudrait déjà qu’ils m’extirpent de cet affreuse jatte dans lequel ils m’ont placé, quelle idée saugrenue, on dirait que c’est moi qu’ils ont prévu pour leur repas, on n’est pourtant plus au temps des cannibales, non ?
 

 

Cloclo

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9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 16:51

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

    Un raffut pas possible émanait des cuisines. L’endroit était lugubre, à l’image qu’elle s’était faite bien avant son arrivée. Les résidents étaient pour la plupart de petits lascars, rien de bien inquiétant pour une femme de sa trempe. L’appel du cuistot la sortit de sa rêverie.

- « Madame ! C’est prêt !

Elle s’aventura dans la pièce, ses talons hauts martelant le carrelage froid avec rythme. Soudain plus un bruit. Seul l’écho de sa démarche féline se répercutait entre les murs de la bâtisse.

- Vraiment ? Avez-vous bien suivi toutes mes instructions ? Hm… la couleur semble bonne.

- Ecoutez ma p’tite dame, ici, c’est moi le meilleur chef ! N’avez qu’à voir, tout le monde m’appelle Grand Chef, savez bien, comme le schtroumpf là…

- Hm ? – Dit-elle distraitement, bien plus absorbée par le contenu de la casserole que par la conversation.

- Mais si ! Celui au bonnet rouge ! Rohh laissez tomber. Bref c’est prêt. Jsais pas c’que vous allez faire avec ça ma p’tite dame, mais ça sent rudement fort ! Et cette couleur… c’est pas top !

Ce gars… en plus d’empester la clope à dix kilomètres à la ronde, il était clair qu’aucune lumière ne brillait là-haut, sous sa toque. Mais c’est pour ça qu’elle l’avait choisi, lui. Un bon sous-fifre, un cafard, un insecte, un petit pion. Mais pourquoi un taulard cuistot vous demandez-vous ?! Il fallait un minimum de compétences culinaires, et une personne ni trop bonne, ni trop mauvaise. Elle qui était pourrie jusqu’à la moelle, impossible. Ce gars-là avait montré patte blanche depuis quelques années et était presque devenu un saint parmi les fous.

- Tout travail mérite salaire, finit-elle par dire en dévoilant ses dents blanches dans un large sourire inquiétant. Je vous laisse goûter en premier.

 

    Grand Chef n’était pas couillon au point de ne pas prendre la p’tite dame au sérieux. Elle était clairement inquiétante et maintenant menaçante ? Non non et non, il n’allait pas boire ce truc ! Il en avait vu des films où les goûteurs crevaient toujours ! Résolu à lui avouer le fond de sa pensée, son courage mourut comme neige au soleil face à ce sourire si… flippant.

- Écoutez ma p’tite dame, commença t-il, chez nous on est très galants ! Les dames d’abord ! Puis j’ai fait ça pour vous alors je vous laisse…

- Allons, allons Chef. Vous auriez très bien pu faire une erreur dans la recette, et ma condition est définitivement mauvaise. – Elle tenta de se donner un air fragile.

Chef vacilla devant cette créature toute chétive. Après tout, il n’avait rien mis de douteux là-dedans. Il souleva la casserole, empoigna sa vieille cuillère en bois et approcha la bouillie verte de sa bouche.  L’odeur était infecte. A peine eut-il ingéré quelques gouttes qu’il tomba comme raide mort sur le sol.

- 1…2…3…ça commence à être long…6…7…peut-être que ça n’a pas marché…9…

Soudain, le taulard convulsa, l’écume aux lèvres. Elle se pencha sur son corps pour mieux observer puis rit. Un sourire carnassier déformait ses traits. L’entendez-vous ? Cela donne froid dans le dos. Brrr… le narrateur en a les poils tout hérissés !

Grand Chef était paralysé. Ce qu’il avait bu le rendait muet comme une carpe, lourd comme une roche, et il était là, aux premières loges d’un spectacle qui achèverait de le rendre fou. La belle brune s’empara maladivement de la casserole et avala cul sec le restant de la… de la quoi d’ailleurs ? Qu’est-ce que c’était que ce truc ! Il n’en avait bu que quelques gouttes et était en train de crever ! Était-elle folle ?

Elle convulsa à son tour, toujours sans cesser de rire. Ce son… il s’en rappellera jusqu’à sa mort… peut-être même encore après. Elle se recroquevilla sur elle-même avant d’exploser en un million de particules. C’était déjà délirant en soi, mais quand les particules se regroupèrent, Grand Chef était littéralement en train de se faire dessus ! Sa vue se brouilla tant qu’il ne vit pas ce qui était né cette nuit-là. Il ne vit pas ou… il préféra oublier. Il entendit comme un murmure, comme « sans rancune » puis plus rien.

 

    Grand Chef tenta de raconter son histoire. Tout ce qu’on lui dit fut qu’aucune femme n’était entrée dans l’enceinte de la prison. Il tenta également de prouver ses dires avec la cuisine. Elle était clean, pas de vaisselle en vrac, pas de casserole, pas de cuillère, pas de signe d’explosion, rien. Il fut interné en isolement dans l’aile des grands cas psychiatriques pour le restant de sa peine. Pour longtemps.

Tous les soirs il hurlait comme un aliéné, frappant sa porte et suppliant qu’on le laisse sortir. Il hurlait qu’elle était là, qu’elle allait le tuer. Les gardes n’en pouvaient plus de garder ce timbré jour et nuit. Un matin le silence était pesant. Ouvrant la porte pour vérifier, les gardes trouvèrent une cellule vide. Le béton des murs était lacéré de partout, du sol au plafond. Pas de corps, pas de sang, mais un petit bout de papier coincé dans les gonds de la porte blindée.

 

« Je suis venue récupérer mon cuisinier. Ses talents sont indéniables et il me tiendra désormais compagnie. Désolée pour tout son cirque et tous ses cris, je l’avais un peu… contaminé. Il n’a pas été facile à récupérer ! Dieu merci il ne m’a pas griffé ! Peu importe, là où l’on va il n’aura plus besoin de son… comment appelez-vous ça déjà ? Ah oui ! De son humanité.

                Bien contente de vous rendre timbrés,

                               La méchante p'tite dame !  

 

                                               X   (Et le cuisinier qui tente de signer)

 

 

Tilancia 

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8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 16:44

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Voici ce soir notre menu en cette douce nuit de NOEL

Fais revenir dans ces poêles rutilantes le butin de ta chasse

Quelques poissons pêchés en entrée et en dessert de fête

Des baies que j'ai cueillies au crépuscule de Baudelaire

Nous mangerons avec les doigts une succulente tarte.

Puisqu'on ne veut pas de nous tels que nous sommes

Puisqu'on ne veut pas nous faire une place

Pour dormir, allons nous sur ce grand lit rustique

Couvrons-nous de cette peau sauvage et rallumons

La lumière primitive en attendant l'étoile qui annonce

La naissance du Divin enfant; laissons les Rois-Mages

S'acheminer tranquillement vers la crèche, la galette

Sera sur la table quand l'Epiphanie le deuxième dimanche

Après la nuit glorieuse que nous partagerons comme une offrande

 

Au Solstice d'hiver qui vient et réactive              

Le Soleil noir de la mélancolie nervalienne.

 

 

Laura Vanel-Coytte

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8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 13:52

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

J’ai rajouté un peu de sel dans les repas de ma mère dans mon Aube en Champagne natale

Jamais plus personne ne m’a regardé d’un tel regard désapprobateur lorsque je me resservais

Je suis rentrée tard dans d’autres cuisines puis dans d’autres lits ; j’ai découvert le Champagne

Et ma vie est devenue pétillante à table et au lit ; depuis, j’ai toujours une bouteille au frais

 

Lorsque je suis partie pour mes études à Paris, puis dans la Marne, j’ai rajouté un peu de sel

Dans les soupes que ma mère me préparait pour la semaine, je les réchauffais sur un  réchaud

A gaz en regardant de ma chambre de bonne au sixième étage un tout petit bout de ciel

J’ai découvert les distributeurs de repas et de café pour garder ma tête au clair des mots

 

Lorsque j’ai quitté le centre de ma ville natale pour une commune périphérique mais proche

C’est comme si on m’excluait d’un cercle très privé dont je ne faisais déjà plus partie

Je suis rentrée dans des restaurants et des hôtels, j’ai reconstruit une chambre imaginaire

Avec des morceaux de celle qui n’existait déjà plus depuis mes incursions dans d’autres vies.

 

Lorsque je suis partie pour le Nord, à deux heures environ de ma famille, j’ai gagné     

Le droit à l’oubli presque complet de mon existence : je n’ai eu qu’une visite en cinq ans

Alors que j’avais toujours le droit de passer voir mes grand-mères que j’ai tant aimées

 

J’ai gagné un aussi un paysage de chaleur et de gourmandise qui me plait tant.

 

 

Laura Vanel-Coytte

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 20:01

image Wikipédia

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Prenez :

une dose de bonheur

une pincée de labeur

trois gouttes de sueur

une once de candeur

 

mélangez vivement le tout dans un grand bol et ajoutez :

des brassées d’amour

des moments velours

quelques appels au secours

d’insupportables jours

 

lorsque la composition devient blanchâtre incorporez :

des éclairs de joie

des pertes de foi

de curieux choix

un chemin de croix

 

sans cesser de fouetter versez encore :

des instants privilégiés

un brin de naïveté

des vœux comblés

quelques soucis cachés

 

ensuite épicez avec :

de folles histoires

un gramme de cafard

de petits retards

des tonnes d’espoir

 

malaxez énergiquement tout en saupoudrant  :

une grande confiance

beaucoup de patience

un rien de négligence

des périodes de vacance

 

avec délicatesse ajoutez enfin :

des myriades de rires

des nuits de plaisir

de voluptueux soupirs

des paniers de désirs

 

Chauffez le tout légèrement clic

et après quelques instants

devant vos prunelles ébahies

apparaîtra en filigrane le mot

 

« VIE »

 

Mony

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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 15:49

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Evidemment, c’est encore pour ma pomme !

Madame invite d’un ton suave "venez dîner samedi soir nous pourrons parler vacances (ou ceci, ou cela, les prétextes ne manquent pas) autour d’un bon plat. Oh, sans chichi, bien entendu !"

Bien entendu ! Bien entendu ! Vite dit mais quand elle hésite sur le menu les chichis commencent. "Que penses-tu d’un couscous… ou plutôt d’un savoureux veau marengo ? Mais pourquoi pas une bonne casserole de moules marinières avec des frites maison ? Un plat exotique conviendrait probablement mieux pour la saison ? Un barbecue, bof ! Banal ! Une salade variée c’est trop chiche. Pas envie de sauce trop riche…"

La semaine passe, moi je ne dis rien mais n’en pense pas moins.

"Cause ma belle, ton chéri veille à ta ligne"

Finies les viles flatteries : "Tu es vraiment un as du piano, Mamours"

Fini, plus de Mamours, plus de soliste aux fourneaux. Ma chérie il va falloir revoir ton vocabulaire et ton orthographe, laisser le mam au vestiaire.

Ours, je suis désormais un ours. Plus d’intrus dans ma tanière ! Pas touche à mon miel !

- Je vais faire les courses, as-tu préparé ta liste ? 

- Non, ma chérie, j’ai tous les ingrédients qu’il me faut.

Regard interrogateur contre regard blasé.

- Tu fumes à nouveau ? Et ta barbe ?

- Je ne fume pas, je mégote, c’est tout un art et quoi ma barbe, elle ne te plaît pas ma barbe ?

- Euh…

- Bradt Pitt, tu ne connais pas ?

Là, je l’ai mouchée. Son Bradt si beau avec sa barbe de trois jours elle m’en a assez rabattu les oreilles.

Elle dresse la table et moi, je m’enferme à la cuisine. On va voir ce qu’on va voir.

Fondue au fromage mixé avec brocoli et pommes Granny accumulées au fil des invitations. Bien caoutchouteux le fromage, une vraie merveille colorée en diable par ces trente degrés à l’ombre. Plus écolo, tu meurs !

Pas sûr qu’ils reviennent de sitôt dîner à la maison les "amis" !

 

Mony

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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 11:37

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Fumez en cuisinant

Et la casserole paraît plus légère si vous pouvez fumer

Goutez en fumant

Que ça sent bon quand fumer vous aide à cuisiner

 

En voyant la belle sauce verte et fluorescente

Pensez que la spatule est votre briquet

Soudain votre bouche se mettra à fumer

 

"Ouh! non, non! mettez-moi ça dans l'évier

 

Quand l'âme est folle, le temps s'envole[1]"

 

Non, pas de mégot dans la sauce

                                                                                   

Fumez en travaillant!

 

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 14:31

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Tout est calme, le robinet goutte comme toujours, on devine à voir la tête de mamie Jeanne que l'instant est crucial, fondamental... celui du “premier tour” où le rabattage de la pâte au tiers de sa longueur amorcera une véritable pâte feuilletée ou bien un grand désastre.

Inconscient de l'enjeu, papy Marcel s'éguerzille :”Dis donc beudot! Tu iras fermer le robinet proprement!”

Le beudot c'est moi, mais ce qualificatif tiré du patois local et dont j'ai hérité depuis mes quatre ans - date à laquelle j'ai scié la canne de papi pour m'en faire une épée médiévale - me va comme un gant.

En traînant la jambe, je vais fermer le robinet “proprement” de toutes mes forces.

Moins fort, beudot! Tu vas encore bousiller les joints”.

Moins fort... faudrait savoir ce qu'on veut. A l'entendre, dans cette maison la consommation de joints de robinets est proportionnelle à la durée de mes vacances chez eux.

Le joint c'est cette chose caoutchouteuse qui est au robinet ce qu'est la bonde à la baignoire, ce qu'est l'intervalle aux piquets de clôture et ce qu'était l'indicateur Chaix aux trains qui se croisent... c'est à dire une ignoble torture d'arithmétique que je refuse d'évoquer plus longtemps.

 

Entre le quatrième et le cinquième tour de pâte, mamie Jeanne prend le temps de m'adresser un de ces sourires dont elle a le secret et qui font du beudot le gamin le plus heureux du pays Calaisien.

Il faut dire que Saint-Cal - je dis comme ça parce que ça me plait - est un formidable terrain de jeux pour un parigot même beudot, plus habitué aux quais de Seine bétonnés qu'aux berges bucoliques de l'Anille.

Je sais... bucolique, même en un seul mot ça fait bizarre la première fois, mais on en guérit et je l'aime bien.

Celui qui n'a jamais taquiné la truite ou la perche dans l'Anille ou encore fait une mariennée dans le vieux lavoir les orteils dans l'eau ne peut imaginer à quel point Saint-Cal est bucolique.

C'est aussi le pays des légendes et des histoires “vraies” que papi Marcel a une fâcheuse tendance à déformer.

Il a bien failli me faire croire que la poule du Mans est une bonne grosse noire et qu'elle est élevée exclusivement en batterie dans des camionnettes blanches au bord de la route de Saint-Cal... jusqu'à ce que mamie Jeanne démente en lui faisant les gros yeux :”Je t'en ficherai des poules noires, moi !”

 

La pâtisserie c'est pas son truc à papi Marcel, lui ça serait plutôt l'Histoire avec une grande hache.

Papi, raconte-moi encore le château-fort”... et papi raconte le gros donjon carré, les fossés et la double muraille. Je pige pas tout mais c'est les noms qui m'amusent comme celui du comte Eveille-Chien qui parait-il se levait tôt et puis il y a ce Guillaume que j'aime bien parce que c'est mon prénom; c'est fou ce qu'il y avait déjà comme Guillaume à l'époque, conquérants ou soumis.

Dis papi? Galop romain, c'est parce qu'y montaient à cheval?”

Hum... ça veut dire gaulois en gros, comme Asterix”

 

Ça me parle déjà mieux, par contre y s'embêtaient pas à apprendre le maniement du double décimètre, y se servaient des pieds!

Et construire un château sur une motte de trente pieds de haut, c'est pas un fantasme de pâtissière, ça?

L'Histoire c'est marrant, sauf que les questions qu'on se pose finissent par faire mal à la tête.

 

A chaque tour de pâte, mamie Jeanne y enfonce les doigts - elle dit les dais - pour se rappeler du nombre de tours... c'est à cause des trous dans sa mémoire et quand elle aura marqué six dais ça fera six tours et il sera alors temps de laisser reposer tout ça pour peler les pommes.

Papi Marcel et moi on fait le concours de la peluche et le plus gros tas de pelures c'est toujours le mien. Il dit qu'avec mon beulot de pelures on nourrirait tous les cochons des Biards (pour ceux qui connaissent pas Saint-Cal, les Biards c'est un endroit où tout est bon sauf l'odeur et nous les parigots on s'y connait en odeurs).

Donc papi Marcel s'occupe des granny-smith et moi des golden à cause du chien des voisins que j'aime bien et qui s'appelle pareil. “Deux tiers de golden et un tiers de granny” dit toujours mamie mais je laisse le problème des tiers à papi, j'ai bien assez de soucis avec mes devoirs de vacances.

Epépiner, tailler en morceaux, pourfendre, la bataille fait rage autant que dans les fossés du château où tour à tour - j'aime bien tour à tour, ça fait médiéval - les pillards et les anglais convoitaient la motte.

Les anglais iront même jusqu'à foutre le feu à l'abbaye... papi dit très justement que quand on n'est pas fichu de rouler à droite on fait forcément des conneries.

Ici pour l'heure, pas de carreaux d'arbalète ni de plomb fondu mais une douce odeur de miel en train de mousser dans la cocotte où tomberont bientôt sucre et pommes mélangés.

Faut qu'ça compote” commente mamie Jeanne en se lavant les mains... je sens que le robinet va encore goutter.

Quinze minutes, c'est plus qu'il n'en faut à papi Marcel pour bouter les anglais hors de Saint-Cal et finir son histoire.

Aussitôt j'enchaîne avec une autre : “Papi, raconte-moi celle du pâté aux pommes” et même si la pâtisserie c'est pas son truc, papi Marcel raconte encore la grande épidémie de peste et les bienfaits de notre bonne châtelaine.

 

1630 c'est pas d'hier! Sauf erreur ça doit être un siècle après Marignan et si papi hésite une fois sur deux entre la dysenterie et la peste, on peut dire sans se gourer que ce fut une grosse hécatombe qui a dégommé Saint-Cal aux deux tiers... encore ces foutus tiers!

Dis papi? Pourquoi les notables y s'étaient barrés de la cité en fermant les portes?”

Hum... en interdisant la sortie aux pauvres bougres qui y étaient restés, on pensait stopper la contagion. On appelle ça une quarantaine”

Comme les chiffres et moi ça fait deux je le laisse continuer tandis que des effluves de cannelle mêlées d'un soupçon de vanille envahissent la cuisine.

Difficile de croire que quelques portes auraient suffi à barrer le passage à cette vermine aussi dans la cité barricadée on organisa des processions et on pria beaucoup... je suppose qu'on priait saint Calais - c'est quand même fait pour ça les saints régionaux - et aussi le pape Urbain Huit qui était un pote à Galilée - celui qui faisait tourner la terre - mais autant pisser dans un luth, les gens mouraient toujours.

Le tiers restant de Saint-Cal a dû se serrer la serrure, du moins ceux qui en portaient.

 

Insensible à la “petite” histoire, mamie Jeanne s'est lancée dans la découpe des disques de pâte feuilletée, une tâche qu'elle ne confierait à personne.

Ne cherchez pas ici d'emporte-pièce ou de découpoir, un coutiau pointu bien aiguisé et un bol “à la retourne” suffiront.

Quand papi Marcel évoque la châtelaine, il a les yeux humides comme s'il parlait de son arrière-grand-mère : “ la châtelaine de l'époque fit préparer un énorme brouet, une sorte de pâté fait de farine et de pommes pour les habitants en quarantaine et les sauva ainsi d'une mort certaine”.

Et mamie Jeanne - battant un jaune d'oeuf pour la dorure - de conclure l'histoire : “ ainsi est né le pâté aux pommes!”

Je profite de cet instant de ferveur pour chiper un doigt de compote chaude; mamie Jeanne n'a pas perdu la main et surprend mon larcin : “Alors, voleur? C'est comment?”

C'est trop bon, mamie”

Mamie Jeanne se fiche pas mal des textures, des équilibres et des goûts dont on se gargarise à la télé chez Top Chef. Son alchimie c'est de l'amour dodu et caramélisé, de l'amour fondant comme ses bisous du soir...

 

Barbouiller les bords de chaque cercle, garnir la moitié du disque avec la compote, rabattre l'autre moitié, souder les bords en appuyant avec les dais pour fermer les chaussons... il faut les voir tels deux cordonniers, courbés sur l'ouvrage comme si le reste de leur vie en dépendait.

Le parigot se fait discret et file à la cave là où les chaussons vont aller fraîchir pendant une heure - mamie préfère dire soixante minutes - avant de remonter cuire au four vingt cinq minutes à deux cent degrés... foi de cuisinière en fonte!

Quiconque n'a pas vécu la préparation des chaussons ne peut imaginer l'itinéraire qu'il leur faut parcourir avant de finir dans nos estomacs, sans compter le nombre de fois où le robinet aura goutté.

C'est la seule fois où je suis autorisé à descendre seul à la cave - le sanctuaire de papi Marcel - pour faire de la place aux chaussons. J'en profite pour faire la revue de détail des blonds Jasnières et des Coteaux du Loir jaune d'or alignés comme des soldats dans leurs grandes casernes de métal tendues de toiles d'araignée.

 

Demain c'est dimanche, le premier dimanche de septembre et l'incontournable fête médiévale du chausson aux pommes de Saint-Calais.

Demain on s'arrachera les “sourires” feuilletés de Jeanne, papi Marcel aura la larme à l'oeil au passage de la batterie fanfare et moi un regard toujours suspicieux sur ce tertre féodal de Guillaume que des angliches venus du mauvais côté de la route ont tenté d'investir.

Une fois encore j'éviterai cette question qui a le don d'abougrir les gens d'ici : “Pourquoi on dit chausson aux pommes alors que c'est toujours aux pommes?”

Après tout j'ai beau être un petit-fils de calaisien je suis un étranger, un beudot de parisien même si demain la capitale sera sarthoise et même s'il y a un peu de moi dans ce bel étalage doré et croustillant.

 

Abougrir : énerver

beudot : nigaud

beulot : tas

coutiau : couteau

dais : doigt

éguerziller : hausser le ton

mariennée : sieste

 

 

Vegas sur sarthe

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 13:51

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Quand le hasard et la faim

Vous jette dans les bras d'une cocotte,

En fonte...

Douteuse, on se confronte

A sa gibelotte

Qui a une tête qui ne vous revient !!

 

On demande les toilettes,

« Suivez les mouches... ! »

Ca vous rappelle un film, lequel,

Avec untel...

Bref, on se trompe et on louche

Sur le cuistot d'opérette !!!

 

Gargote, ma Charlotte

N'allons pas plus loin

Que son lapin

Et vous sa lotte...

 

Une idée chouette...

Avant de partir, ma chère,
Faisons comme dans ce film, qu'il faut qu'on revisionne,

Clic, plus de lumière...

J'entends déjà les jurons de la patronne

Se cassant la margoulette...

 

 

jill bill

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 11:00

Pierre Beteille - clic

 

Le top départ est donné pour notre troisième sujet de l'été,

 l'art surréaliste cède la place à l'art culinaire. 

 

A vous de concocter un texte savoureux et goûteux

sur ce thème gourmand... ou pas.

 

Libre à vous de l'illustrer avec vos propres épices (image et/ou son)

 ((jusqu'au 19/08 à midi - participation illimitée)

(les40voleurs(at)laposte.net)

 

 

Bonne quinzaine,

 

Mil et une

 

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