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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 19:10

 

Nous étions connus devant le Marchand de Masques, dans les jardins du Luxembourg.

Un hasard,cet après-midi là, car depuis des années, nous avions l'habitude de hanter les lieux chacun de notre côté, étudiant tous deux aux Beaux-Arts, cartons à dessins sous le bras.
Véra tournait autour de la statue, évaluait les proportions, scrutait les visages disposés sur le socle avec une attention soutenue. Le lin pâle de ses cheveux caressé par le soleil d 'automne frôlait doucement ses joues rosies par la brise qui se levait par intermittence, laissant des mèches rebelles retomber sur ses yeux. Agacée, elle remonta soudain le tout d'un geste vif et définitif en un toupet hasardeux, un brin ridicule, qu'elle jucha sur le haut de son crâne.
Mon rire lui fit relever la tête. Elle me sourit.

-Salut!

-Salut!

Les présentations étaient faites, son coup d'oeil à mon matos suffit à la renseigner sur les raisons, identiques aux siennes, de ma présence sur les lieux.

Lorsque j'y retournai le lendemain, elle était déjà là. Pensant la rencontrer à nouveau et dans l'espoir de la faire rire, selon le principe qu'il n'y a rien de mieux que l'humour pour gagner le coeur d'une femme, j'avais, pendant la nuit, remplacé sur mes esquisses,  les figures des grands hommes du monument par des masques vénitiens. J'exhibai fièrement mon oeuvre, attendant sa réaction de surprise, son étonnement devant mon insolente audace. Dans un éclat de rire, elle se hâta de me montrer ses planches: elle avait eu la même idée que moi.
Stupéfaits, nous en conclûmes que nous étions faits l'un pour l'autre, que ce hasard issu d'une simple plaisanterie de potache était le signe évident et le point de départ d'un grand amour.
Nous nous installâmes dans une petite chambre sous les combles d'une maison bourgeoise de la rue Jacob. Nous n'avions rien, si ce n'est nos tubes de peinture, nos fusains et notre amour immense, unique. Nous avancions côte à côte d'un même pas fusionnel, follement heureux, chaque jour un peu plus amoureux, chaque jour émerveillés par la similitude de nos pensées et de nos rêves. La chance nous accompagna, je décrochai un job bien payé dans une agence de pub, tandis que Véra publiai plusieurs albums de croquis coup sur coup, si bien que nous pûmes emménager dans une villa spacieuse et moderne de l'Ouest parisien.
C'est là que tout a commencé.
Un matin, ils sont apparus. Silencieux. Il y en eut un, puis deux, puis trois, puis une dizaine.
Les femmes, en tout point semblables à Véra, blondes aux yeux bleus, et les hommes, me ressemblant à s'y méprendre, aussi bruns et râblés que je le suis. Ils déambulaient à pas feutrés dans la maison, toujours par couples, toujours muets.
Nous les appelâmes les "nous".
Nous ne percevions que le bruit angoissant de leurs respirations uniformes. Ils nous surprenaient partout, passaient en nous frôlant, le regard vide, tels d'inquiétants soldats automatisés par les drogues d'une dictature.
Nous connûmes toute la gamme des sentiments allant de la révolte coléreuse à la peur tétanisante. Au début, nous les chassions hors de la maison, cédant même parfois à la tentation de leur taper dessus, mais de nouveau couples réapparaissaient, sortant de la cave comme  des spectres ou descendant lugubrement les marches du grenier, si bien que nous avions abandonné la lutte. La petite musique de notre amour ne vibrait plus qu'en sourdine, en même temps que nous ne songions plus jamais à écouter Mozart ou Brassens. Epuisés, l'inspiration nous manquait et nos jobs respectifs en souffraient. Nous passions notre temps à les observer, car ils avaient pris l'habitude de mimer nos tics à la perfection. Ainsi les petits gestes quotidiens que naguère j'avais trouvés charmants chez ma compagne, me devinrent insupportables. Le clic clic de ses ongles tapotant le métal de sa lampe de travail, sa façon de s'étirer ou de croiser les jambes, répétés à l'infini, me mettait les nerfs à vif. De son côté, Véra devenait malade à la seule vue de mes mimiques et de mes petites habitudes gestuelles amplifiées, réitérées à longueur de temps.
Les "nous" nous exaspéraient, entamaient nos énergies à belles dents. Nous ne nous supportions plus, depuis qu'ils avaient dévoré notre amour.
En désespoir de cause, nous tentâmes, main dans la main, un pèlerinage aux pieds du Marchand de Masques, mais les "nous", obstinés, terrifiants, obsédants, nous y attendaient déjà.
C'est là que nous nous quittâmes, Véra et moi, un après-midi d'automne.

 

 

Almanito

Les "Nous"   Almanito

sujet semaine 49/2015 - clic

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 11:33
 
Dis Marcel, c'est quoi tout ce cirque? Qu'est-ce qui s'passe c'matin?”
“Ben t'as pas lu ta messagerie? Y nous z'ont prévenus hier... enfin, tous ceux de l'unité Moteurs”
“Euh... j'ai laissé la tablette à la maison”
“Quoi? Tu ramènes la tablette chez toi?”
“Le petit a un devoir de maths pour la prépa du bac”
“C'est pas une raison. C'est quoi ses maths?”
“Tu dois t'en souvenir... la table des Un... une fois Un Un, deux fois Un Deux... et cetera”
“Chuut! Malheureux, dis jamais des mots en latin comme ça! Tu veux finir au cinquième avec ceux du bureau d'études des robots?”
“Tu vas m'expliquer, oui? Qu'est-ce qui s'passe ce matin?”
“Y vont les marier”
“Les marier? Mais y l'ont déjà fait y a six mois!”
“Mon vieux, faut croire que ça n'a pas fonctionné... y en a pas une seule qui soit en cloque”
“Pourtant c'était un sacré boxon! On s'entendait même plus réfléchir”
“Cette fois-ci y leur ont réduit le volume sonore de trente décibels et y aura aussi de la musique”
“Qu'est-ce qui leur prend? Y deviennent humains à la direction?”
“Tu parles! Y vont leur diffuser plein pot le dernier tube de Johnny... De l'amour, de l'amour, de l'amour”
“Ici, à l'usine tout est plein pot! Et t'as pas besoin d'répéter, j'avais pigé”
“Non, De l'amour, de l'amour, de l'amour... c'est le titre”
“Ah bon? J'crois pas qu'ça suffira... Robert soutient mordicus que les mâles y z'ont pas d'pénis”
“Dis jamais des mots en latin comme ça, Marcel! Et pis comment y sait ça, Robert? Il y est allé voir malgré l'interdiction?”
“Il en utilise un couple à son poste de réglage antipollution des Diesel et un matin il les a vus se barrer au vestiaire”
“Et alors?”
“Ben d'abord y z'ont pas besoin de vestiaire et puis tu connais Robert, il a pas pu résister à la tentation d'aller voir de près”
“Et alors?”
“Ben, y z'étaient collés-serrés ou vissés, enfin tu vois c'que j'veux dire, comme des humains”
“Et il a vu quoi, exactement?”
“Y dit qu'y avait rien à voir... enfin... la femelle avait tout l'matériel sous sa combinaison bleue mais il a jamais vu l'équipement du mâle”
“C'est pas possible! Tu crois qu'y z'auraient oublié cette fonction au design?”
“La technologie, c'est pas toujours parfait... tiens, regarde la troisième, la blonde en combinaison bleue, elle a un sacré strabisme”
“Euh... elles sont toutes blondes en combinaison bleue, Marcel”
“Ouais mais celle-là a un sacré strabisme... après on s'étonn'ra qu'nos moteurs sont pas dans les normes européennes!”
“Chuut! Tu veux t'faire virer? Déjà que t'emmènes la tablette chez toi!”
“Ouais mais c'est important pour le petit... la table des Un”
“Y a un truc qui m'étonne, Marcel... pourquoi y tiennent tant à les faire se reproduire? Y z'ont qu'à en construire d'autres!”
“Question de budget, et puis je crois qu'y veulent les responsabiliser, jouer sur l'aspect famille, sur la corde sensible et aussi...”
“Tu débloques complètement mon vieux! Pourquoi pas nous mettre à la retraite, tant que tu y es?”
“Chuut! Malheureux, tu veux leur donner des idées?”
“Ca y est!! La colonne s'ébranle!”
“Si t'écoutes Robert, y a rien à ébranler!”
 
C’est pas facile de se faire un beau jour lâcher
Et perdre prise, de se sentir tomber...
 
“Dis Marcel, t'aurais pas des boules Qiès?”
“Tiens, j'ai de la graisse rouge pour les roulements... ça f'ra l'affaire”
 
 
Vegas sur sarthe
De l'amour.   Vegas sur sarthe

sujet semaine 49/2015 - clic

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 11:33

 

Ce n’étaient pas des clones,

Ce n’étaient pas des clowns,

On ne pouvait choisir la blonde ou bien la brune.

C’étaient, en blouses bleues, des travailleuses du sexe.

Pauvres poupées soviets

Avec qui les prolos en toute discrétion

Pouvaient, à la pause, assouvir

Leurs mâles tentations.

 

 

Nounedeb

 

Mâles tentations.   Nounedeb

sujet semaine 49/2015 - clic

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 18:17

 

Uniformisation de la pensée, des postures, des coiffures …

Circulez !
Rien ne vous surprendra plus.
Uniformisation des valeurs, des certitudes, des turpitudes…
Dégagez !
Rien ne vous questionnera plus.
Uniformatisation de l’architecture, de la vêture, de la culture…
Rampez !
Rien ne vous révoltera plus.
Uniformisation des modèles …
Tentation ? 
Statu quo ? 
Bobos ?
Choix électoraux ? 
Lobotomisation des cerveaux ?
Unis ?
Nous confondons clones et vie …
Unis ? 
Nous confondons ensemble et similaire…
Unis ?
Nous confondons tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout…
Quel dégoût !
 
 
Annick SB
Uniformisation de la pensée, des postures, des coiffures …
Circulez !
Rien ne vous surprendra plus.
Uniformisation des valeurs, des certitudes, des turpitudes…
Dégagez !
Rien ne vous questionnera plus.
Uniformatisation de l’architecture, de la vêture, de la culture…
Rampez !
Rien ne vous révoltera plus.
Uniformisation des modèles …
Tentation ? 
Statu quo ? 
Bobos ?
Choix électoraux ? 
Lobotomisation des cerveaux ?
Unis ?
Nous confondons clones et vie …
Unis ? 
Nous confondons ensemble et similaire…
Unis ?
Nous confondons tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout, tout ,tout…
Quel dégoût !
 
 
Annick SB
 
On étouffe…   Annick SB

sujet semaine 49/2015 - clic

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 18:16

 

Avec mon diplôme de psychothérapeute,  énergie douce, coaching, créativité, aide et art thérapie …je viens enfin de décrocher un job !

Je rentre dans une grosse boîte ; celle où le matin en arrivant, 

qu’on soit homme ou femme évidemment,

on endosse sa tenue bleue et on crie :

« Bravo, les hommes en bleu ! »

 

Tout à portée de main

Electricité et éclairage

Nouveautés en parquets et moulures

Traitement peinture et droguerie

Aménagements extérieurs

Travaux publics

Isolation

Outillage…

Numéro un du suivi personnalisé.

 

Une question, un projet, trouver l’agence la plus près de chez vous ? 

Succombez à la TENTATION, contactez-moi et laissez-vous guider par une pro de l’accompagnement personnalisé.

A bientôt.

 

 

(PS : si vous êtes bricoleur vous saurez qu’elle est la boîte qui m’a inspiré cette histoire sinon cliquez ici.  Merci)

 

 

Jamadrou

Coaching, créativité, art thérapie.   Jamadrou

sujet semaine 49/2015 - clic

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 14:18

 

La vie est une fête
Tant qu’il y aura des hommes
Eternels rêveurs, amoureux
Nous n’endosserons jamais l’uniforme.
Tant qu’il y aura l’humanité
Avec ses espoirs, rires et pleurs,
Tant qu’il y aura de la vie partagée
Il n’y aura pas d’uniformes
On pensera, écrira, chantera
Nous vivrons, fraterniserons,
Sur un air de liberté, partout entonné.

 

 

 JaclynO'Léum​ 

La vie est une fête.   JaclynO'Léum

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 14:16

 

« … Ne nous soumets pas à la tentation
Et délivre nous du mal... »


M'sieur le curé est désespéré. Son évêché l'a envoyé évangéliser la neuve population, ainsi qu'on l'appelle, dans la cité joyeuse qui jouxte désormais le vieux village. Les habitants, magnifiques humanoïdes sortis d'un cerveau surdoué, ont été groupés par genre pour créer une communauté parfaite. Sourires, politesse et courtoisie sont les premières caractéristiques qui captent l'attention lorsque le promeneur arrive sur la place propre et gaie de ce hameau accueillant. Les femmes sont belles, les hommes aussi. Un petit monde Ken et Barbie sublimé car chacun a sa morphologie propre et est doté d'une personnalité unique pourvu qu'elle entre dans le cadre de la bienséance.
L'église y voit là un creuset de nouveaux paroissiens et a eu tôt fait d'envoyer le prêtre de la localité pour recruter ces fraîches brebis. Mais les prières et sermons ne génèrent d'autre réactions que des sourires polis et éventuellement une invitation à boire le thé.
Et M'sieur le curé se dit que tout parfaits que soient ces fleurons de la technologie, leur créateur a tout bonnement oublié un petit supplément … d'âme...

 

 

Cathycat

Mission impossible.   Cathycat

sujet semaine 49/2015 - clic

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 13:05

 

Fêtes de fin de l'an, tentation, les folies

Faites donc vos emplettes
Sans vous battre, peu cordial,
Dans les rayons !
Un bataillon
De petits soldats commercial
Ceux du net
Se chargent de vos « cent balles », aussi !

Une armée
En bleu de travail
Briefée pour la chose
Presque robotisée
Au garde à vous, peuchère,
A l'assaut des étagères
Ira vous dénicher
La Barbie rose
Et autre bataille
Qu'importe le jouet !!

Pas de souci après tout
Si vous êtes
Encore de la vieille école
Boutique et queue leu leu
Votre petiot de cela insoucieux
Compte sur son papa, son idole,
Enfin le Noël, celui qui embête
Le VRAI et le saigne de ses sous !

 

 

jill bill

La « guerre » de Noël...   Jill Bill

sujet semaine 49/2015 - clic

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 12:00

--

sujet semaine 49

source Internet

                                         

LE MOT A PLACER EST : TENTATION

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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 18:14

 

Il avait quitté le garage de son père vers 20 heures, après avoir laquelisé de gomina ses cheveux fous et s’être amplement aspergé de sent-bon… parfums plus agréables que l’huile  de moteur Texaco  à la  suave senteur de labeur.

 

Il voulait se donner le genre Teddy Boy, le résultat n’était pas à la hauteur, mais bah ! Puisque lui y croyait,  c’était là l’essentiel

 

Et maintenant pimpant neuf, Bernard  marchait d’un pas hésitant à cause de ses santiags un peu justes comme s’il n’avait pas voulu écraser des œufs… mais il restait roide, le regard ténébreux, au loin, égaré dans ce qu’il imaginait être sa soirée.

 

La belle Martine inondait ses pensées. Depuis quelques temps, elle le regardait en coin à l’épicerie paternelle, arborant une mine de vendeuse fort occupée par sa clientèle, mais en biais, elle ne manquait pas un de ses mouvements, lorsqu’il venait faire les courses pour ses parents.

 

C’était touchant. Ils n’étaient pas très hardis tous les deux, malgré leur air d’apparente liberté.

 

Ce soir, il espérait fortement que sa bien-aimée serait au bal, qu’il pourrait l’inviter à danser, et faire alors sa déclaration.

 

Il entra dans la salle des fêtes, bien décidé  et plein de confiance.

 

Il distingua de suite Martine, mais hélas elle était chaperonnée par ses parents !

 

Ils se tenaient près du juke-box. Tous trois empruntés, perdus, comme des besogneux qui ne s’octroyaient jamais de plaisir ; En effet chez eux c’était la devise travailler pour gagner mieux, et leur sens du commerce dictait le reste.

 

Bernard  voulut jouer les caïds, et enclencher avec désinvolture  un 45 tour :

 

Mona Lisa chanté par Nat King Cole –

 

L’appareil, un capricieux ne voulut pas fonctionner, notre ami perdit son sang-froid et donna un coup de pied dans l’instrument. Mais dans son élan, il perdit l’équilibre, et c’est dans les abattis de son ex-futur beau-père que le pointu des santiags atterri.

 

Je vous laisse deviner la suite …

 

Et c’est ainsi que Bernard, est resté chez ses parents… on l’appelle dès lors Tanguy.

 

Nonobstant

 

Il a installé un vieux juke-box dans le garage paternel, près des bidons d’huile, il a oublié la gomina, se chausse de croquenots démodés.

 

 

Si vous passez faire réviser votre voiture, vous  entendrez régulièrement le leitmotiv que les voisins redoutent maintenant :

 

Mona-lisa

 

 

Jak

En une comme en santiags.   Jak

sujet semaine 48/2015 - clic

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 17:37

 

Je suis veuf ; enfin, je veux dire divorcé de celle, qui, il y a quelques années, m’a foutu en procès, avec la convoitise exacerbée de me soutirer du pognon, mais je suis veuf de celle que j’ai connue au tout début de notre aventure tellement amoureuse. Que s’est-il passé entre ces deux femmes aux envies tellement différentes ?... Où ai-je péché, où me suis-je fourvoyé pendant toutes ces années de couple pour ne reconnaître, aujourd’hui, que cette méchante et sournoise hydre bicéphale ?...

Heureusement, la vie continue ; chaque jour, un grain de poussière connivent tombe dans le sablier du Temps et cela use les souvenirs rugueux pour ne laisser entrevoir que des vestiges heureux, aux sensations intensément nostalgiques…

 

Je suis veuf et retraité : deux des plus belles qualités pour apprécier pleinement la volupté accaparante de la Solitude. C’est une maîtresse insatiable, la Solitude. Ses pouvoirs sont immenses ; elle est silencieuse mais je l’entends partout. Un volet qui claque, un chien qui aboie, le démarrage du frigo, le ronronnement de la cheminée, un courant d’air sous la porte, un parfum, une exclamation lointaine : elle est nulle part et partout à la fois.

Bien sûr, je pourrais prendre un clebs ou un chat pour avoir des conversations intéressantes au coin du feu. Au magasin, j’achèterais des boîtes de Miam-Miam et dans le jardin, je ramasserais les merdes, en échange de bons procédés ; ce serait une belle occupation de troisième âge. J’en connais plein qui se servent de cette thérapie…

 

Je suis veuf, retraité et grand-père. Mon gamin est grand, il a sa vie, sa femme, ses enfants son boulot, ses crédits, ses emmerdes. Alors, le vieux con que je suis ne l’intéresse pas vraiment. Il passe de temps en temps pour prendre la température de la maison. Il regarde si je ne sombre pas trop dans la dépression ou dans les bouteilles de pinard. Il s’inquiète peut-être en pensant que je dilapide son patrimoine. Il ne se voit pas changer mes futures couches ou essuyer la bave dégoulinant autour de mes lèvres, mais il me verrait bien dans une maison de retraite pas trop chère, pour qu’on s’occupe de moi. Quand on discute, il n’y a que lui qui parle ; on dirait qu’il sait tout sur tout. Politique, environnement, santé, sport, média, monsieur mon fils a ses réponses arbitraires à la hauteur de sa télévision par satellite…  

Moi, j’ai largué les amarres, question infos. Il y a tellement de monstruosités dans le monde. Chômage, drogue, SIDA, attentats, corruption, m’ont définitivement éloigné de cette société empoisonnée…

 

Je suis veuf, retraité, grand-père et j’ai l’insatiable obsession des objets anciens. De par leurs couleurs, leur volume, leur utilité, leur aura, leur vibration, ils me rappellent ce passé nostalgique, ce passé grandiose, fait de courage, de gloire, de conquête et d’Amour ; ce passé où j’étais un géant ; celui où j’aimais comme un fou, où mon gosse n’était encore qu’un grand désir, où la vie était un savoureux gâteau et où je mordais dedans avec un appétit vorace…

Je chine, je troque, j’envisage, je monnaye, j’estime, je marchande ; ma maison est l’antre décoré d’un pré soixante-huitard sur le retour. Tout récemment, j’ai fait l’acquisition d’un antique jukebox. Je le cherchais depuis si longtemps… Il était aux enchères ; j’ai dépensé sans compter… C’est ce que me reproche mon gamin, aujourd’hui…

 

Je suis veuf, retraité, grand-père, j’ai l’obsession des objets anciens et je suis aussi… soupe au lait…

 

« Et pourquoi, as-tu acheté cette vieillerie ? Ça a dû te coûter des mille et des cents ! Si ça continue, avec tes compulsions forcenées, je vais devoir te mettre sous tutelle ! Il y a déjà assez de saloperies, partout dans cette baraque !... » Il a plus d’affinités avec sa mère qu’avec moi, ce gamin ; il a choisi son camp… Sa pension alimentaire l’a nourri au pis de l’intéressement mensuel. On dirait même que ce qu’elle ne me dit pas sort de sa bouche comme des flammes de vindicte infernale…

 

Alors, je suis allé dans la salle de bains, j’ai outrageusement enduit de gomina Brancato  (j’ai trouvé le pot à peine entamé dans une brocante de la région) mes quelques derniers cheveux blancs ; j’ai glissé une antique pièce de monnaie dans la fente chromée du jukebox. Sur la face avant, j’ai choisi ma chanson… C’était terriblement bon d’entendre le mécanisme des ressorts chercher nerveusement les couplets de ma préférence. Un bras articulé est parti puiser, dans l’enfilade de la réserve, un 45 tours ; avec maintes reptations hypnotisantes, il l’a plaqué résolument sur la platine. Un autre bras a déposé impeccablement le saphir sur la galette ; après quelques crachotements, comme si la voix  voulait se nettoyer de la poussière, la chanson a démarré… C’était : « Pour moi la vie va commencer »… Entre le pouce et l’index, je claquais le rythme…  

 

Mon gamin me regardait comme si j’arrivais d’une autre planète ; il pouvait avaler toutes les mouches du salon. Il faut dire que je n’avais pas lésiné sur la gomina…

 

« C’est contre ce jukebox et sur cette chanson de Johnny que ta mère et moi, nous t’avons fabriqué, p’tit con !...

 

 

Pascal.

Le Jukebox ou « Pour toi, la vie va commencer »   Pascal

sujet semaine 48/2015 - clic

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 08:12

 

Debout à côté du juke-box, Daniel se sent mal à l’aise, ridicule même quand il capte son reflet dans la glace bombée qui lui renvoie une image déformée de sa tronche surmontée d’un énorme cran qui retombe sur son front. Elle n’y a pas été de main morte, la coiffeuse, pour discipliner ses tifs ! Il a au moins un pot de gomina sur le crâne ! Et cette dégaine… Gâté par la costumière aussi : avec sa chemise noire largement ouverte et sa grosse veste tricotée, il est un improbable compromis entre Dick Rivers et Starsky ! Il sait au moins qu’Hutch n’est pas loin… Il doit sans doute s’estimer heureux, lui qui n’aime que les chaussettes noires, d’en avoir obtenu une paire de cette couleur. Encore que, avec des mocassins blancs… Enfin…

Allons, la séquence de ce remake des années 60’ va être courte, il n’aura droit qu’à une prise, il faut que ce soit la bonne. Le scénario et le dialogue réduit on été revus à la dernière minute pour les besoins de la cause, mais à part lui, personne ne sait pourquoi. Il doit se montrer à la hauteur de son personnage. Avant de faire face à l’appareil, il embrasse d’un dernier regard le décor : tous les garçons et les filles sont en place. Même ceux qui faisaient les charlots il y a quelques minutes se taisent, dans l’attente du moment magique. Juste quand il se retourne en se disant : « C’est un coin qui me rappelle… », le mot « ACTION » claque. Alors la musique explose, comme sortie du ventre de la machine qui lance des éclairs de lumières multicolores, et derrière lui tous se trémoussent en poussant des cris de chats sauvages. « Let’s twist again ! »

Comme convenu, Daniel passe et repasse sa main à l’arrière de sa tête, comme pour lisser ses cheveux, en listant les titres proposés à l’écoute. Il pose un doigt sur une touche, hésite, le pose sur une autre, ne se décide pas, se gratte le crâne de la main gauche puis, dubitatif, caresse le clavier à la recherche DU disque. Une jeune femme s’approche de lui, court vêtue et casquée de blond. Elle l’observe un instant puis lui adresse la parole :

 

- Alors, beau gosse, tu te décides, ou tu laisses la place ?

- Tu peux m’aider si tu veux, y a trop de choix !

 

Elle est fine comme une biche, elle a dessiné au crayon noir ses jolis yeux. En riant, elle le bouscule d’un coup de hanche en disant : « Vous permettez, Monsieur ? » Elle lève un index à l’ongle nacré, et appuie sans regarder sur un numéro :

 

- Celui-là, par exemple !

 

Elle ne peut s’empêcher d’essuyer son doigt collant de gomina sur sa jupe.

 

- Excellent choix ! approuve-t-il.

 

Alors que les premières notes du « Pénitencier » résonnent sur le plateau, il poursuit :

 

- Inspecteur Leblanc. Christine Sorel, je vous arrête pour le meurtre de votre amant, Michel Dulac. L’empreinte que vous venez si gracieusement de nous offrir sera la preuve formelle qui nous manquait. Emmenez-la ! dit-il en la conduisant vers deux des pseudos figurants présents.

 

Au passage, il a entendu quelqu’un murmurer à la fille : « N’avoue jamais… ». Il y a donc encore du boulot ici. Mais tandis que la blonde menottée s’éloigne, il ne peut s’empêcher de penser : « Elle était si jolie… »

 

 

Galet

Retiens la nuit.   Galet

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 17:57

 

En panne d'essence
Nos amis se sont rendus à pied
Dans l'unique boutique de ce coin paumé
au milieu de nulle part-
La salle est déserte , il est encore tôt-
Un jeune sort de l'office,
Une sorte de grande asperge
à la houpette vigoureusement fixée à la Gomina-
Le style rock 1960 made in Elvis
Le Jukebox ne fait pas tâche ,
Les pubs non plus-
Il semble que le temps ce soit arrêté ;
Figé pour l'éternité
dans ce design devenu ringard pour nos sinistrés d'un jour-
j'espère qu'il a le téléphone murmure un des amis-
Ou du moins une cabine !

 

 

Lady Marianne

La panne.   Lady Marianne

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 07:34

 

Vous appelez tous cette boîte

Joute boxe

Pourquoi donc l’appelez-vous ainsi

Cette grosse boîte pleine de couleurs et de lumière ?

Grosse boîte qui lorsqu’on lui donne une pièce

Et un bon coup sur le côté

Se met à chanter.

Pourquoi lui avoir donner un tel nom ?

 

Joute :

-   lutte, assaut où l’on rivalise de talent, rivalité.

-   combat à cheval et à lance

-  activité sportive sur un bateau où deux adversaires cherchent à se faire tomber à l’eau.

Boxe :

-    Sport de combat un contre un.  Chacun a recourt à des frappes de percussion à l’aide de gants matelassés.

(C’est Larousse qui dit tout ça !)

 

 

Moi, je ne dis rien

Je dis juste que je n’avais jamais vu un tel engin.

Un engin qu’il faut payer puis taper pour gagner son cri du cœur ;

Un cri comme une chanson

Un cri comme une musique

Plus ou moins belle selon son humeur ou sa douleur.

 

Moi contre l'engin ?

Moi me battre ?

Payer pour avoir le droit de le percuter

Et de l’entendre gémir ?

Etrange façon de vivre ensemble.

Mais pour faire comme tout le monde

Je vais moi aussi le combattre

Mais... pour ne pas trop lui faire mal

Je prends de gros gants matelassés

Puis pour qu’il ne souffre pas pour rien

Je  lui mets beaucoup beaucoup de pièces !

Je lui donne ensuite juste une petite tape sur l’épaule

Comme une tape amicale 

Et voilà qu’en boucle pendant des heures

Il se met à chanter

« Mon manège à moi ».

 

Et ma tête se met à tourner tourner

Et la musique joyeuse s’imprime en cercles concentriques

Sur les sillons de mon cœur

Tournis, mal au coeur

Le mot amour mène une joute sans fin…

Je tombe.

 

On me tape sur la joue, je me réveille.

Un drôle de gars avec une coque gominée sur la tête me dit :

« Qu’est ce que tu fous ici avec des gants de boxe dans mon musée ? »

 

 

Jamadrou

Naïve.   Jamadrou

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 11:50
 
Chante, danse (Les forbans) et mets de la gomina
Me peigner
Mes cheveux
Hum bien coiffés (Jesse Garon, C’est lundi)
Allume le juke- box et chante, danse
Ouais y a des filles
Et y a des flippers
Ouais (Jesse Garon, C’est lundi)
Chante, danse et fais ta banane
Me peigner
Mes cheveux
Hum bien coiffés
Mets une pièce dans la machine et danse
Y’a la vie
Y’a d’la joie
Bonjour les demoiselles
 
La gomina fait briller tes cheveux
 
Accroche un sourire
A ta face
Et fais luire tes yeux
 
Le juke-box met le feu « Chez Laurette » (Michel Delpech)
 
C’était bien
C’était chouette
On y retournera
 
 
Laura Vanel-Coytte
Juke-box et gomina.   Laura Vanel-Coytte

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 09:09

 

« Rappelle-toi ! C’était chez Nestor et Lucette, le Bar Tabac « Aux Sports Réunis » sur la place du village ! En fait de sport, c’est là que l’équipe de foot locale venait jouer sa troisième mi-temps… Tu parles, Nanard, le gamin des tenanciers était gardien dans l’équipe ! Ça facilitait les choses…  

Ils avaient installé un vrai flipper au fond de la salle et tous les gamins des alentours  venaient tenter de claquer une partie gratuite ; oui, le jukebox est arrivé un peu plus tard. Quand le flipper était inoccupé de ses joueurs, c’est Gominet, le matou, qui dormait dessus. Tu te souviens ?... Il fallait prendre toutes les précautions possibles pour le gicler de la vitre, sans recevoir un coup de griffe !

Au début, comme il n’y avait qu’une prise de courant, les grands débranchaient le flipper pour écouter leur musique et quand ils s’en allaient, les petits rebranchaient vite leur flip au mur ; c’était déjà la guerre entre les générations… C’est dans ce bistrot que j’ai fumé mes premières clopes et bu mes premiers pastis. Ben oui, après les matchs…

 

Et leur chatte, leur chatte si maigre et si sauvage, que personne n’arrivait à approcher ! Comment s’appelait-elle déjà ?... Attends… Gominet et… Non, cela ne me revient pas. Tu pourrais m’aider, toi, du fond de ton fauteuil d’hôpital d’handicapé ! Même si cela fait des mois et des mois que tu ne parles plus, je sais bien que tu m’entends ; je vois des perles de pluie au coin de tes yeux !...  

Cette chatte, elle avait élu domicile derrière le fameux jukebox. De sa planque, elle veillait comme une sentinelle aguerrie sur le petit trou de la porte de la cave. Ni Johnny, ni Richard Anthony, ni Sheila, ni même tous les yéyés tout autour, n’auraient pu la déloger, la… ben non, son nom ne me revient pas ; peut-être à la fin de mon histoire…

 

Tu te souviens ?... On garait nos rutilantes mobylettes en enfilade devant l’entrée du bar ! J’empruntais celle de mon grand frère pendant qu’il était au service militaire ! C’était nous, la horde sauvage du patelin ! On apprenait à danser devant le jukebox pour être moins ridicules aux bals de la région ; c’est Lili qui m’a appris à danser le rock. Elle était courageuse et patiente, Lili, pour m’enseigner tous ces déhanchements du dimanche. Les vieux, au zinc, ils s’étonnaient en regardant nos contorsions d’adolescents ! Ils disaient que ce jukebox, c’était une invention du diable et qu’il n’y avait qu’en Enfer qu’on pouvait se trémousser sur ces tonitruantes flammes de musique !...

 

Tu te souviens de la bagarre monstre avec la bande de Saint-Locdu-sur-Rimandoule ?... Ils étaient montés au village pendant qu’on jouait un match sur le terrain ! Ils s’étaient accaparés de notre bistrot comme d’une véritable prise de guerre ! Ils voulaient se venger parce qu’on dansait mieux qu’eux et on leur piquait toutes leurs filles pendant les fêtes dansantes !... On a vite reconquis notre territoire ! La mère Lucette en a estourbi deux ou trois avec sa poêle à châtaignes ! Leurs bananes frisaient à plat ! Ha, ha, fallait pas mettre la panique dans son bistrot ! Rappelle-toi ! Son mari, avec ses poings comme des masses, il les faisait ressortir la tête la première ! Notre Nanard avait encaissé un uppercut ; celui-là, il ne l’avait pas laissé passer ! Il n’avait plus la lumière dans tous ses étages ! Ha, ha, ha, j’en pleure de rire, encore, même longtemps après. Pendant la bataille, j’avais perdu deux dents, je saignais du nez et je m’étais fait déchirer mon blouson ! C’est sûr, mon père allait me tuer : un blouson tout neuf ! J’osais plus rentrer chez moi ! C’est Lili qui m’avait soigné ; tu parles, avec ces blessures de guerre, j’étais devenu son héros. J’ai encore le souvenir du grand rideau à rubans tricolores de la porte qui flottait au vent de notre victoire. C’est Marcel qui avait payé sa tournée ! Ce jour-là, on avait tous quelque chose en commun avec notre Monument aux Morts…

 

Ha, on en a tiré, des plans de comète, devant ce jukebox. Il y avait des chansons en anglais, des chansons venues de Paris et même de l’Amérique !

Paul voulait faire partie des musiciens d’un orchestre de rock ; Jeannot n’avait que son CAP de boulanger dans la tête. Et Pierre ? Tu te souviens de Pierre ?... Il voulait monter à Paris avec sa mob ! Porte-drapeau, il voulait défiler sur les Champs-Élysées ! Et toi ! Parce que tu ne chantais pas trop mal, tu te voyais déjà à Bobino, tout en haut de l’affiche ! Tu connaissais par cœur tout le répertoire d’Aznavour ! Avec ta mèche plaquée sur le front, ta moustache naissante et tes sourires de communiant, tu pensais qu’on te donnerait le micro sans confession !... Toi, tu voulais tellement faire des chansons ! Débrouillard, tu as eu ton permis de conduire avant nous tous… Moi, j’avais des idées d’ailleurs, des idées de tour du monde sur un bateau à voile…

 

Et cette chatte, rappelle-toi ! Quand on mettait la pièce dans la fente, elle balançait des coups de patte adroits sur nos mains ! Ha, ha, combien de pièces sont allées rouler sous le jukebox ?!... Tu te souviens ?... Et puis, un jour, l’appareil a cessé de fonctionner ; quand on s’en approchait, on entendait plein de petits miaous… Par je ne sais quelle magie, la chatte avait fait ses petits au milieu de la machinerie et des disques ! Mais comment elle s’appelait, cette chatte ?... Il n’y a que toi qui pouvais la caresser !...

 

Un jour, Lili m’a entraîné derrière le Bar Tabac ou bien c’est moi, je ne sais plus ; je crois bien qu’on avait eu l’idée en même temps. Dans ses yeux, je voyais la mer et ses sourires me bronzaient le cœur ; depuis le temps qu’on se donnait la main et qu’on  faisait les fous, on s’est enfin embrassés. J’ai encore le goût du bonbon de sa bouche sur les lèvres…

Mais arrête de pleurer comme cela, mon Ami ! Cela te fait mal, d’une douce douleur, d’entendre remuer nos chers souvenirs ? N’attends pas que les infirmières te dorlotent ; elles ont d’autres chaises roulantes à balader !...  

 

Que sont devenus les autres ?... Nanard est gardien de prison ; avant, il gardait pour ne pas que ça rentre, maintenant, il surveille pour ne pas que ça sorte… Paul est flûtiste au Conservatoire de Lyon ; Jeannot a repris la boulangerie de son père ; Pierre a été réformé du Service Militaire à cause de ses pieds plats ; il porte quand même un uniforme ; il est steward à l’Hôtel Ritz. Il fait aussi des courses de vélo, le dimanche…  

Moi, l’écorché vif de la bande, je suis parti faire le tour du monde ; pourtant, je ne vous ai jamais oubliés. Longtemps, j’ai gardé nos chansons de jukebox comme les meilleurs refrains à l’adversité lointaine. Je suis allé voir où le soleil se couchait. Bien vite, je me suis aperçu que le bleu des grands Océans n’était pas aussi envoûtant que celui des prunelles de Lili ; les parfums sauvages du bout du monde n’avaient pas les humeurs enivrantes de son haleine fruitée ; les paysages, même les plus magnifiques, n’avaient pas l’ampleur de ses sourires énamourés…  

 

Pendant que j’étais si loin, toi, de retour de boîte, tu t’es endormi ; il y a eu ce terrible  accident de bagnole ; Lili était sur la banquette, derrière. Tous ces tonneaux de petit matin, elle n’a pas supporté ; elle est morte sur le coup. Il paraît qu’il y avait du monde à son enterrement ; même ceux de Saint-Locdu-sur-Rimandoule étaient là ; ils pleuraient aussi fort que ceux de notre bande. C’est Nanard qui m’a raconté…

Toi, tu es resté dans ce coma interminable, quelques-unes de tes vertèbres sont en miettes et, aujourd’hui, tu gis dans cette chaise roulante. Les toubibs disent que ta mémoire s’est effacée et, moi, tous les jours, je viens te parler pour la réveiller ; il paraît que c’est bon pour ta thérapie… Mais arrête de pleurer, mon Ami !... Allez !... Parle, dis quelque chose !... Fais un effort !... Quoi ?... Comment ?... »

 

« Go… mi… na… »

 

 

Pascal.

Gomina.   Pascal

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 19:16

 

Pour chanter comme Elvis, se passer sur le poil

Du gasoil,

Ça vaut la gomina.

C’est extra.

Puis se gargariser avec du Mobiloil

En chantant un mantra.

Comme le double échappement d’une grosse moto

Votre voix sortira, c’est sûr, en stéréo.

Le gosier lubrifié, à vous les vocalises,

Et que les verres se brisent !

 

 

Nounedeb

Karaoké.   Nounedeb

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 17:12

 

- Tu viens avec nous au Memling? demande l'Oncle, le nouveau, celui qui est tout maigre et a ses cheveux blonds enroulés en saucisse au-dessus du crâne.

 

Au Memling? la petite ne sait pas de quoi il s'agit - est-ce loin? iront-ils en voiture? qu'est-ce qu'on va y faire? - mais elle met sa main confiante dans celle de l'Oncle, et les voilà partis, la Tantine dans sa robe turquoise avec la jupe bouffante, et l'Oncle, avec sa saucisse de gomina sur la tête.

 

***

La suite de l'histoire, la voici...

 

***

Chère Tantine

L'Oncle et toi faites partie de mes plus anciens souvenirs, et des plus forts.

- Tu viens avec nous? m'a demandé celui dont on venait de m'apprendre qu'à partir de ce jour-là, je devais l'appeler l'Oncle.

Pour toute réponse, je lui ai tendu la main. J'avais déjà confiance.

Je me vois encore, à cinq ans à peine, assise à votre table au Café Memling. La musique y était tellement différente de celle que j'entendais à la maison. Tout y était différent et mystérieux. A commencer par la fascinante collection de porte-clés accrochés au-dessus du comptoir et ce gros appareil que l'Oncle appelait un juke-box.

- Tu veux un coca? m'a-t-il proposé.

Je ne savais même pas ce que c'était mais j'ai fait oui de la tête.

- Avec une paille?

J'ai tout de suite aimé l'Oncle. Il n'avait que de bonnes idées Cool

La boisson avait une couleur et une odeur bizarres - je ne connaissais que l'eau et la limonade jaune - mais je l'ai tout de même bue. A petites gorgées espacées, comme il sied à une enfant bien élevée. Juste un peu inquiète quand la paille a fait des gargouillis étranges au moment où la petite bouteille était vide. Mais personne ne semblait l'avoir remarqué.

Le coca au Memling, de préférence avec une paille, est devenu un rituel comme les aiment les enfants. Y compris les gargouillis.

J'ai aussi un souvenir du jour de votre mariage. Un seul. J'ai vu pleurer ma Tantine et j'ai voulu la consoler. Mais on m'en a empêchée, pensant à tort que ce n'était pas l'affaire d'une petite fille de cinq ans.

Pourtant, nous nous serions comprises. Tu n'avais que vingt ans et nous avions la même peine: nous venions de perdre un homme que nous adorions, ton père, mon grand-père.

Aujourd'hui l'Oncle et toi fêtez vos noces d'or. Voilà cinquante ans que je vous serre contre mon cœur.

 

 

Adrienne

Yeah yeah yeah !   Adrienne

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 15:48
 
Boîte à musique de forme variable, sa forme la plus courante possède plusieurs coins (coins se dit pièces de monnaie en français).
Le juke-box est un meuble imposant et imposé à 19.6% tout comme le flipper, le baby-foot et le jeu de fléchettes.
La boîte à coins s'appelle une tirelire ou piège-à-cons.
Quand le piège-à-cons est plein on le vide et quand il est vide on le plaint.
On trouve des modèles sans trait d'union ou avec trait d'union comme le juke-box et aussi le baby-foot dont les coins s'appellent corners pour éviter toute confusion.
Sans sa box, le jukebox n'est rien car juke ne veut rien dire et ceux qui ont cherché juke n'ont trouvé que joke, June ou Luke.
En cherchant mieux on trouve Jook qui veut dire danse en afro-américain: la boîte à danser était née !
 
Appelé aussi boîte à rêves, le jukebox permet aux filles-aux-yeux-menthe-à-l'eau d'espérer faire un bout d'essai à la fameuse Century Fox qui rime exprès avec jukebox.
Les filles avec d'autres yeux ne riment à rien.
Le moteur du jukebox carbure au rock'n roll, à la country, au swing ou au slow qui est fourni sous forme de soucoupes de taille variable.
Le rock'n roll - sans trait d'union mais avec apostrophe - est le carburant le plus efficace pour dégripper rapidement axes, cames et engrenages.
Les soucoupes horizontales qui tournent à 78 tours par minute (rock) seront remplacées plus tard par des soucoupes verticales qui ne tourneront plus qu'à 45 tours par minute (slow) jusqu'à leur déclin dans les années 80 (zéro tour par minute), mais rien n'oblige à écouter plus d'une minute.
Horizontale ou verticale, la soucoupe peut jouer du Beach Boys, du Elvis Presley, du Ray Charles, du Dario Moreno ou du Adamo selon qu'on est chanceux ou pas avec le clavier de sélection.
A titre d'essai nous avons sélectionné C5 qui a donné: Alice Dona - Quelques cerises sur mon gâteau – et qui se passe de tout commentaire.
Le coût des soucoupes des vedettes est le plus souvent amorti en 3 mois grâce à l'engouement de la clientèle et à un astucieux système de suspension en caoutchouc.
 
En 1959 arrivera la stéréophonie qui permet enfin d'écouter avec ses deux oreilles contrairement au téléphone. A cet effet le jukebox comporte deux enceintes qu'il est recommandé d'écouter à bonne distance - même perdue dans sa mégalo - sous peine de “tomber enceinte” selon l'expression surannée nommée aussi effet gomina.
L'effet gomina a des yeux noirs, agressifs, couleur de trottoir et qui font tomber le charme au bout d'un moment.
L'amplificateur du jukebox fonctionne avec des tubes sans néons tandis que l'éclairage du jukebox rose-fuschia ou jaune-citron fonctionne avec des tubes remplis de liquide à bulles et les soucoupes avec des tubes des années 60.
Les tubes des années 60 comme les tubes actuels fonctionnent en 110 volts aux Etats-Unis et en 220 volts en Europe, ce qui fera dire à Corneille que la valeur n'a rien à voir avec le nombre des années.
 
A venir: Le baby-foot pour les Nuls
 
 
Vegas sur sarthe
Le jukebox pour les Nuls.   Vegas sur sarthe

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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 01:13

 

Blouson de cuir au col relevé, santiags de rigueur, banane passée à la gomina, Fonzy vient d’entrer dans le bar. Un coup d’œil sur la salle et il s’installe au zinc.
Elle est là devant le juke box, elle se trémousse en écoutant le King et « love me tender ». Fonzy aimerait l’emmener sur sa moto, l’imagine accrochée à sa taille, son corps contre le sien, sentir sa chaleur. Ils s’arrêteraient sur la colline où un banc contemple l’horizon et de là ils regarderaient ensemble leur avenir, donneraient vie à leurs futurs enfants, à leur home sweet home. Ils construiraient leur vie à deux…..
Il allume une blonde, commande un verre, fait des ronds de fumée, observe la belle qui est toujours accrochée à la machine. Elle remet une pièce dans la boîte et swingue sur les Platters. « Only you ». C’est certainement un message. Fonzy vide son diabolo menthe, écrase sa clope, se lève. A son tour, il se poste devant le juke boxe. Fait semblant de s’intéresser aux titres dans la machine. La jeune fille continue à danser. Fonzy tourne la tête vers elle. Un coup de poing dans le plexus. Sans un mot, il sort laissant derrière lui les lambeaux de ses illusions.
Francis enfourche sa mobylette, un soleil sur la roue arrière, « I’m a poor lonesome cowboy ». Maman l’attend pour le dîner.

 

 

Altifolia

Happy days.   Altifolia

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