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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 16:28
Je vous parle.   Laura Vanel-Coytte

Sujet semaine 04/2016 - clic

 

Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître

Un temps où les femmes
S'habillaient pour aller boire
Un milk- shake bistrot du coin

Je vous parle d'un lieu
Que vous reconnaîtrez peut-
Etre : un lieu où des vieilles jumelles

Portent les mêmes vêtements
Et parlent de tout en sirotant
De la bière le dimanche après-midi

Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître

Il y avait des disques vinyles
Dans les juke-box à pièces
Et nous dansions des slows

Je vous parle d'un lieu
Que j'ai un jour connu, un lieu
Que je voudrais revoir
 
 
Laura Vanel-Coytte
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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 17:35
Désespérides.   Almanito

Sujet semaine 04/2016 - clic

 

-Ha zut, y en a un qui nous prend en photo, là, regarde dehors...
-Tu m'étonnes, avec la tronche qu'on a, plus les léopards, on attire le regard, tu penses! Haha! souris donc, il va nous mettre sur son facebook. La photo du jour: deux vieilles en goguette pour le prix d'une, ça va faire marrer du monde.
-On va se faire tuer par ta fille sur ce coup là... Déjà la dernière fois...
Laisse donc Marianne là où elle est. La pauvre fille est née avec un manche à balai coincé quelque part et c'est pas de moi qu'elle le tient.
-Elle est gentille, ta fille...
-J'te crois qu'elle est gentille de nous avoir enfermées dans cette maison de vieux! Ca, c'est vraiment très charitable de sa part, pour quelqu'un qui est tout le temps fourrée dans les églises!
-Tu parles mal, Gertrude, arrête!
-Je cause comme je veux quand je suis en pétard! Dis donc voir un peu, on gênait madame quand elle recevait du monde dans sa grande villa! Elle avait honte de nous, oui, quand elle recevait les relations d'affaires de son énarque de mari. Un énarque, non mais je t'en donnerait, moi, des énarques! Pff...je l'ai pas élevée comme ça, cette gosse, je ne sais pas ce qui c'est passé pour qu'elle tourne mal...
-Quand même, elle a une jolie vie confortable, une belle maison, un bateau, une...
-Elle est tellement pétée de fric qu'elle ne sait plus d'où elle vient et qu'elle colle sa mère et sa tante dans une prison pour vieux. Voilà à quoi ça lui sert d'être devenue une grande dâme.
-Ouais, t'as pas tort non plus, mais ça n'empêche qu'on va encore se faire engueuler et peut-être même se faire virer des Désespérides, comme on l'a été de la pension des Lilas Mauves et des Jardins des Ephémères...
-Et alors? Quand on aura écumé tous les mouroirs du coins, elle sera bien obligée de nous reprendre chez elle... T'as peur de quoi, d'abord? D'être privée de compote pendant une semaine? T'as envie, toi, de finir ta vie avec du personnel qui te parle comme si tu étais neuneu sous prétexte que tu es vieille? T'as envie de jouer aux petits chevaux dans la salle commune, d'assister tous les jeudis à leurs animations pour débilos, de bouffer du flan ou du riz au lait les jours de fête en buvant du champomy? Pis dis donc, à chaque fois qu'on fait un coup, t'es pas la dernière à rigoler, hein!
-Ca, c'est vrai. C'est rétro-actif, chez moi, la culpabilité... Mais j'avoue que ça m'a fait plaisir, ce matin, de reprendre le volant... Rhooo, la tête du facteur dans le rétroviseur quand il a vu sa camionnette filer sous son nez!!! Jouissif, c'était jouissif!!!
-Ouais, n'empêche, t'as un peu perdu la main, parce que le platane en a pris un coup et le parechocs aussi... On va être obligées de rentrer en taxi ce soir...à moins qu'on se dégote un chevalier servant pour nous ramener...
-Hum... J'y crois pas trop. T'as vu la dégaine qu'on a? T'as poussé le bouchon un peu loin, on a l'air de deux vieilles...
-Putes. Aies pas peur des mots, vont pas te manger. On se reprend un truc, j'ai soif! Garçon! ...On continue au whisky pour les milk-shakes, merci. .... Pis tiens, non, apportez-nous plutôt un plateau de fruits de mer avec un petit muscadet bien frais. Faut qu'on reprenne des forces pour aller danser à la Coupole après...
....On va pas se priver, hein, c'est Marianne qui régale!

 

 

Almanito

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 17:00
La vie par procuration.   Clémence

Sujet semaine 04/2016 - clic

 

Elle mit au monde des jumelles. Elle organisa sa vie afin que nul autre qu'elle ne le sache.

 

Toute la vie ne fut que cloison.

Aujourd'hui encore, les jumelles se demandent comment leur mère avait pu réussir ce défi fou.

Faire comme si elle n'étaient « qu'une ».

 

Elle les promenait un jour sur deux.

Elle allaient à l'école un jour sur deux.

Elles participaient aux sports et loisirs un jour sur deux.

Elles trompaient  professeurs et  amis.

Elles sortaient un samedi sur deux.

Elles se partageaient perpétuellement le temps et l'espace.

 

Plus tard, elles organisèrent pareillement leur vie d'adulte.

Elles travaillaient un jour sur deux.

Elles  se reposaient un jour sur deux.

Elles vivaient par procuration un jour sur deux.

 

Un jour pourtant, une idée saugrenue les frappa toutes les deux en même temps.

Il fallait impérativement quitter le doux nid de la division partage, et s'évader vers la multiplication.

 

Deux fois plus de vie, de travail, de vacances, de rencontres, de loisirs…

Une gageure qu'elles mirent de longues années à mettre sur pied.

 

Il ne fallait en rien choquer leur entourage. Cela ne se faisait pas dans leur monde.

 

A chacune de leur sortie, l'une comme l'autre prenait soin à se trouver près des grandes baies vitrées.

L'une comme l'autre atteignit l'extase lorsque les magasins et lieux de rencontres se dotèrent de miroirs multiples et géants.

Bientôt, leur entourage prit l'habitude d'en voir « deux » déguster un milk-shake, un sorbet ou une glace à la fraise.

 

Arriva enfin le jour.

Celui où elles n'eurent plus besoin de vitre ou de miroir.

Celui où, jumelles, elles voyaient et vivaient la vie à deux.

 

 

Clémence

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 19:00
Deux Red Velvet, please.   Vegas sur sarthe

Sujet semaine 04/2016 - clic

 
“Qu'est-ce qu'y foutent? Y devraient être là depuis une demi-heure”
“T'inquiètes pas Shirley, y viendront c'est certain... recommande plutôt deux Red Velvet!”
“T'es sûre que tu leur as donné la bonne adresse, Pam?”
“Y'a qu'un Steak 'n Shake sur Las Vegas Boulevard à l'angle de Silverado Ranch! Si y trouvent pas c'est qu'y nous méritent pas!”
“Brenda!! Tu nous remets deux Red Velvet, please! Et mets nous double dose de vanille”
 
“Tu crois pas qu'on devrait s'calmer sur les milkshakes... on rentrera bientôt plus dans nos tailleurs”
“Jusque là c'est plutôt nos tailleurs qui nous rentrent dedans, non?”
“Comprends pas...”
“Nos tailleurs! Philip et Darryl, y sont bien tailleurs, non?”
“Euh... y sont découpeurs au Cirque du Soleil”
“Ouais, c'est pareil... au final c'est quand même bien eux qui nous rentrent dedans”
“Parle pour toi, espèce de cougar! Avec moi, Darryl est prévenant, délicat et il n'a que de bonnes manières”
“Ouais ben moi j'ai plus d'temps à perdre avec les bonnes manières. Faut qu'ça saute”
“Tu viendras pas t'plaindre quand t'auras déboité une fois d'plus ta prothèse de hanche”
“Tu vois, y'aurait pas cet extrait d'vanille dans le Red Velvet, je crois bien que j'm'en lasserais”
“Et ton Philip, il est pas lassé de tes excentricités? T'as d'la chance qu'on soit soeurs sinon j'aurais choisi autre chose que d'la panthère pour ce soir”
“Ah ce Red Velvet c'est à s'en taper le cul par terre!”
“Ouais ben évite aussi d'faire ça. Déjà que tout l'monde nous regarde”
“T'inquiètes pas! Ici c'est Vegas et tu sais c'qu'on dit: Tout ce qui s'passe à Vegas reste à Vegas”
 
“Tiens c'est pas eux qu'arrivent, là?”
“T'es vraiment bigleuse Shirley, ceux-là sont vieux!”
“Vieux comment? Plus vieux que les nôtres?”
“En tout cas y z'ont plus l'âge de frétiller pour d'la panthère... y nous ont même pas décalquées... attends que j'les allume un peu”
“Déconne pas Pamela, si les nôtres arrivent”
“Pas d'souci Shirley, les nôtres sont autant bigleux sinon plus! Faudra qu'tu t'fasses à l'idée qu'on a tous perdu des dixièmes à force de faire la fête dans cette ville”
“Si nos découpeurs sont bigleux, les costumes du Cirque du Soleil doivent pas être terribles!”
“C'est pas grave, c'est des spectacles qui remuent beaucoup”
“Voilà! T'es contente de toi, Pam? Ces deux types viennent tout droit vers notre table!”
“Et alors? Ca te dirait pas d'assister à une bonne vieille bagarre comme dans les westerns d'autrefois?”
 
“Salut les poupées... nous c'est Pablo et Miguel”
“Merde, Pamela... on est tombées sur des mexicains”
“Et alors, c'est pas interdit d'enchaîner avec des Texas Téquila milkshakes, non?”
“Euh... ça fait pas un peu trop de...”
“De quoi? De mecs?”
“Non... de milkshakes”
 
 
Vegas sur sarthe
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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 17:27
Mais, où sont les jumelles ?   Jamadrou

Sujet semaine 04/2016 - clic

 

Derrière la vitre devinez ce qu'il y a ?
Derrière la vitre, devinez ce qu'il y a ?
Il y a deux dames, deux très vieilles dames,
Vieilles dames, très vieilles dames derrière la vitre là.

Et la lon la, lon lère et la lon la lon la.
Et la lon la, lon lère et la lon la.

Et près des dames, devinez ce qu'il y a ?
Et près des dames, devinez ce qu'il y a ?
Il y a deux étuis, les plus beaux des étuis,
Étuis roses lilas, près des deux dames là-bas
Deux dames, très vieilles dames  derrière la vitre juste là.

Et la lon la, lon lère et la lon la lon la.
Et la lon la, lon lère et la lon la.

Et dans chaque étui, devinez ce qu'il y a ?
Et dans chaque étui, devinez ce qu'il y a ?
Il y  a une paire, la plus belle des paires,

Paire de jumelles dans un étui rose lilas

Pour des jumelles vieilles dames, derrière la vitre juste là.

 

Et la lon la, lon lère et la lon la lon la.
Et la lon la, lon lère et la lon la.

 

Au juste,  derrière la vitre,  savez-vous  combien de paires de jumelles il y a ?

 

Si le compte est bon, vous gagnerez  un milk-shake rose bonbon !

 

 

Jamadrou

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 17:23
Appâts rances.   Cloclo

Sujet semaine 04/2016 - clic

 

Regarde Emmy, voici ce vieux John qui nous salue derrière la vitre. Mon Dieu comme il a changé ! Tu ne trouves pas ? Tu croyais qu’il était mort ! Ben tu vois, on dirait que non, mais m’est avis qu’il ne passera pas l’hiver quand même. Surtout avec le froid qu’il fait en ce moment !

Tu te souviens du bel homme que c’était, le John, on s’était même crêpé le chignon pour lui. Sans blague, au propre, pas au figuré, tu te rappelles nos rivalités, ah ce qu’on s’est détestées toutes les deux à cette époque. Non, tu ne te souviens de rien ? Même que j’avais arraché par colère une touffe de ta belle crinière blonde, celle que je t’enviais tant, parce que tu avais de beaux cheveux souples et ondulés, et que les miens ne frisaient pas. Ah, ce ne serait pas une touffe de ta chevelure, que je t’arracherais à présent, ce serait la perruque tout entière, tu me diras, ce serait plus facile.

Hi, hi, tu ne ris pas ? C’est parce que je parle de ta perruque ? Mais tout le monde la voit, ta perruque, tout le monde le devine, que ce n’est pas naturel. Blague à part, elle te va bien, cette perruque, aïe, cesse de me donner des coups dès que je prononce le mot perruque, aïe, mais voilà qu’elle recommence, la tigresse ! Mais non, ça ne se voit pas, avec le chapeau, ça t’encadre bien le visage, ça fait ressortir tes yeux d’habitude un peu… non, pas globuleux, ce n’est pas ce que je voulais dire, comment m’exprimer…naturellement écarquillés, c’est ce qui faisait ton charme, autrefois… Évidemment, à présent…

Je suis vache ? Mais non, je constate juste l’emprise du temps sur nos silhouettes autrefois si effilées, si parfaitement galbées, si…

Tu attends ton milk shake ? C’est bon, il va venir, ne fais pas diversion, y a pas le feu au St-Laurent, tu détestes surtout que je te parle du bon vieux temps, c’est ça Emmy ? Tu n’aimes pas qu’on te rappelle que tu as vieilli plus vite et moins bien que moi, et que c’est à moi, et à moi seule que ce brave John a fait un petit signe d’amitié tout à l’heure… Non, non, j’ai bien vu que c’était DANS MA DIRECTION qu’il posait son regard. Emmy, cesse tes enfantillages, c’est pas parce qu’on est habillées de la même manière (encore une de tes exigences que je trouve pour ma part ridicules) que l’on se ressemble forcément et que nous avons des affinités communes.

Je vais te le dire tout cru : ces peaux de léopard sont tout simplement hideuses, ma pauvre fille, je n’osais pas te l’avouer jusqu’à présent pour ne pas te faire de peine, tu es si sensible ! (Ah ! Bon, la voilà qui chiale maintenant) mais j’ai décidé de te dire enfin la vérité, je ne supporte plus ces accoutrements d’un autre âge. Demain, tu t’habilles comme bon te semble, tu remets ta peau de bête si ça te chante, peu me chaut, et moi je m’habille moderne, in the wind, à la mode de 2016, si tu vois ce que je veux dire.

Tiens, mais on dirait qu’il est revenu, ce cher et brave John, coucou, John, attendez, je sors, je sens qu’on a encore beaucoup de choses à se dire, tous les deux…

 

 

Cloclo

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 14:30
Mère et fille, toujours fidèles.*   JaclynO'léum

Sujet semaine 04/2016 - clic

 

- Maman ; réveille-toi ! C’est pour la photo !

- Mmmmmm , fatiguée.

- Je te dis que c’est pour la photo ! Essuie les gouttes de milkshake sur ton manteau.

- Photo, où ça photo.

- Là, de l’autre côté de la vitre.

- Hou, hou monsieur le photographe. C’est nous ! Tu crois qu’il nous a reconnues ?

- Bien sûr. C’est bien pour ça qu’on est encore venues cette année.

 

*Madame X . et sa fille, fidèles d’entre les fidèles, viennent tous les ans à Cannes pour le Festival International du Film  et le Festival de performance d’acteurs.

Figures incontournables de ces deux évènements, elles déambulant sur la Croisette, toujours vétues de fausse panthère, l’une comme l’autre.

La mère ayant raté sa carrière de comédienne, espérait que sa fille trouverait là un tremplin pour réussir dans le cinéma.

 

PS : Ces personnes existent, ou ont vraiment existé. Cette photo m’y a fait penser.

 

 

JaclynO'Léum

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 13:01
Les jumelles...   Jill Bill

Sujet semaine 04/2016 - clic

 

La vie les a fait naître
Par paire, identiques...
C'est par une fenêtre
Que dans la même tunique
Faux léopard
De chez Kiabi
Qu'on peut les voir
Attablées le midi
A la « Bonne Heure »
Bistrot à la française
Sourire ravageur
Rouge à lèvre fraise
Sac à main rose panthère
Perruque de carnaval
Vedettes à leur manière
Dans leur quartier viscéral...
Apéritif et menu à la carte
Milk-shake ou banana split
Avant qu'elles ne repartent
Bras dessus bras dessous, pas bien vite,
Pour leurs 4 murs peints
De la rue du Congo
Qui sur elles a déteint
C'est juste un peu rigolo...

 

 

jill bill 

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 12:00

-

Sujet semaine 04 - 2016

source image : wikipédia

 

LE MOT A PLACER EST : MILK-SHAKE 

 

 

Bonne semaine !

 

Mil et une

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 08:05
Le train.   Almanito

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet de janvier 2011 - clic

 

 

Tout avait donc commencé dans un train.

J'avais voulu remonter le temps, connaitre le tout début de l'aventure et j'étais arrivée dans un compartiment où seule une dame, paisible et élégante, lisait près d'une fenêtre.
J'avais certes fait quelques incursions furtives dans ce train qui jamais ne s'arrête ni en gare ni en rase campagne, et plusieurs fois une voix m'avait gentiment appelée: "viens, mais viens donc..."
C'est que les trains m'intimident.
J'avais longtemps hésité. et puis un jour, je l'avais attrapé en marche.

Beaucoup de monde dans ce train, finalement. Des dames, des messieurs, des jeunes, des moins jeunes, des personnes sérieuses comme la dame qui lisait dans son coin, d'autres qui rigolaient dans leur barbe, des tristes, des décontractés, des poètes, des bohèmes.... je considérais, perplexe, cette assemblée hétéroclite. Perplexe car on m'avait informée de la présence parmi ces personnes de prime abord plutôt sympathiques, de 40 voleurs.
40?! 40 voleurs?!!! C'était énorme en proportion des voyageurs présents. Il était donc évident que parmi eux, se cachaient des personnes peu recommandables, la meilleure planque étant pour eux de se fondre dans la foule pour passer inaperçus.
J'allais devoir rester sur le qui-vive en permanence, situation peu agréable. Je commençais à rassembler mes affaires, glissais mon argent dans des poches secrètes, et plusieurs fois par jour, je refaisais l'inventaire de mes petit effets personnels, brosse à dents, dent de loup, loupiotte, otarie, riz sauvage, agenda, dame-jeanne, plus un arc et un briquet, bref le matériel incontournable de la parfaite aventurière des temps modernes et ferroviaires.
Au bout de plusieurs jours, constatant que rien ne m'avait été soustrait et que personne ne semblait se plaindre d'une éventuelle disparition, je posais la question à l'un des voyageurs dont le sérieux et l'âge avancé m'inspirait à peu près confiance.
Comment ma chère, s'exclama t-il en riant, vous n'êtes pas au courant? Ne craignez rien, vous pouvez laisser grand ouvert votre sac à dos, rien ne vous sera volé. Ha, ha, ha, c'est donc cela qui vous inquiétait tant, c'est donc cet état de méfiance permanent qui vous prête ce teint jaune? Soyez sans crainte, vous ne risquez rien. Sur ce, il m'offrit de partager un cornet de frites froides et une partie d'osselets que j'acceptai avec reconnaissance.
Par contre, ma chère poursuivit-il alors qu'il rattrapait comme par magie la totalité des osselets sur le dos de sa main (j'avais l'impression désagréable qu'il se foutait un peu de moi avec ses belles manières et ses "ma chère" à chaque tour de phrases) savez-vous ce que deviennent vos textes?
Non, je l'ignorais. Je lui dis que j'en avais quelques uns que je gardais sous le coude, ne les jugeant pas fameux. Il ouvrit alors une boîte plate que je n'avais jamais vue. Sur un écran, défilaient de belles histoires, des récits passionnants, des contes, des poèmes... D'un geste inconscient je cherchai mon cahier à spirale dans mon sac et constatai avec stupeur qu'il avait disparu.... Vos textes seront publiés dans un instant, fit l'homme que mon geste avait fait sourire un peu ironiquement.
La panique s'empara de moi, un ruisseau de sueur froide s'écoula entre mes omoplates. on allait entendre l'alarme hurler, le train allait freiner brusquement puis stopper. J'allais être éjectée sans pitié avec mon cahier à spirale pour me retrouver toute seule dans le désert au milieu des coyotes et des cactus et le rire des 40 voleurs retentiraient longtemps dans mes orei..............

 

HO! Mais qu'est ce tu fais? Tu rêves ou quoi? On n'a pas idée de faire un tel boucan, tu as réveillé tout l'immeuble avec des cris!... Ho! Mais réveille-toi bon sang! C'est les frites, faut pas manger de frites le soir, j' te l'avais bien dit!

 

OUF! Merci  aux 40 voleurs...:)

 

 

Almanito

 

 

sujet semaines 02 et 03/2016 - clic 

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 19:00
Pointes.   Jeanne Fadosi

(réédition)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet semaine 16:2014 - clic

 

 

 

Ô
Rage
Illusoire
Adolescence
Nihiliste danse
Naïve en noir
Émouvante
Otage
Rêveuse
Ici-bas
Aux
Nonnes
Nubiles
Encagées
Ordre
Rageur
Ironie
Non
No
El
!
!


 

Jeanne Fadosi

 

 

sujet semaines 02 et 03/2016 - clic 

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 14:07
Les déménageurs.   Pascal

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet du 01 au 15:02:2011 - clic 

 

 

 

Les déménageurs sont arrivés…

 

Ils étaient discrets dans la manutention de mes meubles anciens et c’est à peine s’ils m’ont salué quand ils sont parvenus ensemble à l’étage. On aurait dit une équipe de fourmis zélées rompues à tous les exercices de chambardement ! C’était un ballet  étrange avec une grande corrélation de décombrement efficace ! Je ne me souviens même plus s’ils ont sonné avant d’investir l’appartement !

 

Tout était bien huilé comme une horlogerie de précision, dans un canton helvète, un jour ordinaire de semaine... Chacun participait à sa mission sans dire un mot. Ils se croisaient sans jamais se gêner, comme s’ils avaient déjà déménagé dix mille fois tout mon mobilier ! Oui, des parfaits emboîtements d’engrenage, au centième près ! Enfin, au troisième étage… 

 

C’était des grands professionnels de l’escamotage !

 

J’ai pensé qu’ils étaient beaucoup trop car je ne reconnaissais jamais le même visage au retour de leur voyage vers le camion de transport. Ils empruntaient l’escalier avec une sorte de douceur planante pour le rendre aussi vite…  

 

La cuisine et son équipement se sont vidés puis ils ont investi le salon avec la même prestance. Le canapé, la télé, la table basse, le buffet, la pendule d’argent, les tableaux, tout partait dans une insolente aisance. La salle à manger s’est évaporée aussi vite ! Tout était orchestré avec une minutie instrumentée aux accords parfaits ! Mes cartons emballés traversaient le couloir comme un butin de détrousseurs de caravaniers ! Le fauteuil ancien, le guéridon, le semainier, mon globe terrestre en forme de bar dégageaient les lieux comme poussés par une grande vague mystérieuse. C’était un manège d’apprenti sorcier ! Une formule magique de Merlin ! Une prouesse de prestidigitateur !

 

« Mon lit ! Pas mon lit ! Pas encore… »

 

Ils sont passés à l’autre chambre et ils l’ont débarrassée, ils l’ont soufflée comme un fétu de paille vers la sortie ! Ho, cela n’avait pris que quelques secondes !

J’avais préparé une cafetière mais ils l’avaient embarquée ! Des effluves d’arabica flottaient dans les pièces vides !...

 

Ils ont soulevé l’armoire de ma chambre comme si le chêne s’était allégé en balsa et comme si le bureau centenaire avait le poids d’une collecte de liège, un jour de démasclage ! Hé oui ! Ils ont chargé mon lit malgré mes plaintes et mes remontrances, mes suppliques et mes admonestations ! Je me suis accroché aux oreillers… Je revois encore les draps et les couvertures flotter, aux courants d’air de leur empressement, dans le couloir de bataille...

 

Puis, ils ont commencé à enlever les ampoules ! Ils débranchaient les prises de courant, celles accrochées aux murs !

 

« Pas le compteur, c’est à l’EDF !... »

 

Ils tiraient sur les fils électriques et ils les rembobinaient selon leurs couleurs ! J’ai encore le bruit de tout cet écheveau glissant dans les conduits comme des fréquences harmoniques gênantes !

Ils démontaient les robinets ! Ils ont embarqué la baignoire et le bidet ! Même le lavabo !

 

« Mais non ! Mais non, cela ne se peut pas ! »

 

Ils ont enroulé les tuyaux en cuivre, récupéré les fixations, les conduits d’évacuation ! La ventilation !

 

« Hé les gars ?!... Déconnez pas ! Ce n’est pas à moi !... »

 

Voilà ! Ils s’attaquaient au carrelage ! Avec toutes les précautions nécessaires, ils descellaient les carreaux un par un et prestement, ils les empilaient sur des palettes !

 

« Mais non !... Mais non, pas la faïence !... » 

 

Ils avaient ôté les radiateurs avec la même dextérité obstinée et la même circonspection prosélytique dans toutes les pièces !

 

« Mais arrêtez ! Arrêtez !... Comment vais-je faire l’état des lieux ?... »

 

Voilà qu’ils dégondaient les portes et les fenêtres !

 

« Mais non ! Mais non ! Pas la rambarde du balcon ! Et ma caution ?!... »

 

Ils ont commencé à décoller méthodiquement toutes les tapisseries de l’appartement ! C’était des experts en la matière !

 

« Mais non ! Pas les wc !... Mais non ! Pas le cumulus !... »

 

Quand je me suis retrouvé dans le couloir, caché dans mon lit, ils grattaient les plafonds, ils tiraient sur les plinthes, ils détachaient les agglos et les moellons ! Je voyais déjà la carcasse du toit avec ses poutres enchevêtrées ! Méthodiquement, ils enlevaient les tuiles, les gouttières, les chéneaux, les cheminées, les antennes de télé !

 

« Mais non, les gars !... Mais non… »

 

On voyait le ciel !

 

« Au secours !... Mais je dois rendre l’appartement !... »

 

Ils étaient déterminés… Ils nous ont transbahutés  dans les escaliers, mon lit et moi, et je voyais des colonnes ininterrompues d’ouvriers déménageurs à l’assaut de l’appartement ! Ils avaient démonté l’ascenseur et ses câbles ! Toute la machinerie, les tableaux électriques et même le grand paillasson de l’entrée avait disparu !

 

« Mais non, les gars ! Pas les boîtes aux lettres !... »

 

Quand je me suis retrouvé devant le camion de déménagement, ils avaient démonté la moitié de mon immeuble ! Tous les autres locataires étaient soigneusement rangés dans des autobus ! Ils avaient l’air un peu ahuris mais personne ne se plaignait ! Intéressés, ils regardaient le démontage scrupuleux comme des spectateurs impressionnés par cette prestation hors du commun !

 

« Mais non les gars !... Pas mes voisins… »

 

Bientôt, il ne resta qu’un grand champ de fleur ! Oui, une sorte de jardin originel comme on peut se l’imaginer dans ses rêves de catéchisme …  Une petite cascade ruisselait dans l’ombre d’un chêne encore vert ou bien, c’était un pommier… Mais qui sont ces deux promeneurs, à peine vêtus de feuilles de vigne, avec ces bouches en cœur ? Et ce serpent, pourquoi siffle-il si fort ! Arrêtez ce bruit désagréable ! C’est insupportable !...

 

« Quand j’ai signé le devis du bail, rien ne stipulait cette clause de Paradis !... »

 

La blanche ribambelle des ouvriers ailés terminait son office comme une équipe ayant réussi brillamment son contrat dans les délais…

 

« Mais, c’est les chantiers de l’extrême, alors ?!... »

 

« Nous ? On nous a dit de déménager cette adresse, on déménage… »

 

« Mais à qui je rends les clés ?... »

 

On sonnait à la porte… C’était ce fameux bruit intenable...  Je me suis levé prestement.

C’était les déménageurs… Ils étaient discrets dans le maniement de mes meubles anciens et…

 

 

Pascal.

 

 

sujet semaines 02 et 03/2016 - clic 

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 15:59
Pas une larme...   Clémence

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet semaine 52:2014 - clic

 

 

 

- C’est  pas possible, tu enterres tes parents et tu ne verses pas une larme !

- C’est mon problème, cela ne te regarde pas.

- Si, ça me regarde, tu es égoïste, tu n’aimes pas les gens, tu n’aimes que toi !

- Mais non, c’est encore ta manière de me voir, de me juger…de vouloir imposer ta manière d’être !

- T’es vraiment cinglée, quand on enterre ses parents, on pleure, décidément, tu ne fais rien comme tout le monde !

- Tout le monde, la belle affaire…

- Ca y est, Madame recommence…

- Baisse le ton, s’il te plaît…. 

 

Elle tourna les talons, plantant devant le trou, le peu de famille qui lui restait, quelques amis, de vagues connaissances, les fleurs et le curé.

Non, elle n’était vraiment pas comme tout le monde, et alors…

Elle sentait la colère monter. Elle savait qu’ « Il » la provoquait, que c’était sa façon de pouvoir libérer ses propres démons. Mais cette fois, Il n’y parviendrait pas. Ni cette fois, ni jamais plus d’ailleurs.

 

Le vent  lui rougissait les yeux. Elle releva le col de son manteau noir. Elle ajusta la poignée de son sac sur l'épaule. Elle releva une mèche brune filetée de gris.

Elle n'était pas comme tout le monde, elle ne pleurait pas quand les autres pleuraient et elle s'habillait en noir. Qu’allait-on lui reprocher encore ?

 

Elle arriva près de sa voiture. Elle se mit à siffler car elle ne savait plus chanter. Une intervention avait endommagé ses cordes vocales.

 

Une heure plus tard, elle était arrivée devant « leur » maison. Ne plus réfléchir. 

Son grand sac de voyage et une valise recueillirent l'essentiel de sa vie.

Ne pas se retourner, ne pas verser de larmes.

 

Au volant, elle se faisait son cinéma et riait en à ce qu’ « il » ferait, ce qu' « Il » dirait. Que c’est encore un de ses coups de tête, un coup de ses folies cycliques, qu’elle reviendrait, que tout serait comme avant.

Aujourd'hui, ce scénario l'épuisait:

- lui : un verre de trop, des  phrases assassines,

- elle :  des paroles apaisantes,

- lui, les rugissements de la colère. Imparable.

- lui : les excuses, un cadeau et le droit, pensait-Il de recommencer et d'oser aller encore plus loin.

 

Elle se concentra sur la route, fit très attention à ces virages en épingle à cheveux. Elle vit le panneau « Lyon - autoroute du Soleil »

 

Lyon déjà ! Pas de souci.

Orange. Elle quitta l'autoroute pour se rendre à Gordes. Elle s'arrêta chez Max. Elle lui dit combien elle était désolée, mais vraiment, elle ne se voyait pas finir sa vie avec lui.

Avignon, La Sainte-Victoire, Nice, Menton, Pise, Florence….

 

Elle savait que sa maison l'attendait quelque part, dans un village de Toscane.

 

La route bordée de cyprès la mena au sommet de la colline, le ciel enflammait les brumes.

 

Terre ocre, oliviers et vignes. Je suis chez moi, enfin….

 

San Quirico d’Orcia

 

2006-04-14

 

 

Clémence

 

 

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 15:36
La poison.   Almanito

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet du 01 au 15:10:2012 - clic 

 

 

Elle avait beaucoup insisté, mon amie Madame S., m'avait cousu de fil blanc toute une légende: "pauvre petite bête trouvée dans le maquis, si craquante..." non, bien sûr, elle, Madame S., ne pouvait pas la prendre, pour un tas de bonnes raisons et d'ailleurs, c'était une évidence:" ça manquait de chat chez moi". Deux chiens et pas de chat? Quel hérésie! Quelqu'un a dit que l'être humain pour son équilibre a besoin d'un chien pour lui dire combien il est beau, fort et intelligent et d'un chat pour lui faire comprendre exactement le contraire. Le croirez-vous? Il s'avère que le chat est plus convainquant que le chien...

 

Quoi qu'il en soit, c'était vrai, la chose était très mignonne et si petite qu'elle tenait dans la main. D'un commun accord, nous l'appelâmes Albert, prénom flatteur que portaient Einstein et mon grand-père ainsi qu'un tas de gens très bien, auquel nous rajoutâmes madame lorsqu'Albert le chat se révéla être une femelle.

Cocteau préférait les chats aux chiens car" il n'existe pas de chat policier". Erreur. Madame Albert, dès les premiers jours, organisa l'occupation des sols à sa façon, annexa à sa guise les meilleurs coussins, confisqua les balles et affirma son autorité à coups de baffes sur les truffes innocentes des chiens béats d'admiration. Sa caisse de litière s'y trouvant, l'accès de la salle de bain leur fut interdit, de même que l'approche de la table aux heures des repas. Il lui suffisait d'un regard pour que les deux nigauds obtempèrent. J'admirais cette autorité naturelle si efficace que jamais je n'avais obtenue en plusieurs années de patiente éducation toute en douceur.
Elle organisa sa vie en introduisant la zizanie dans la mienne, la liste de ses exactions remplirait un blog. Je me demandais parfois, s'il n'y avait pas un mode de communication télépathique entre Madame S., volontiers facétieuse à ses heures, et cette créature en perpétuelle effervescence, mais l'une et l'autre m'affirmant le contraire avec véhémence, je ne peux que les croire...

 

J'avais imaginé qu'au fil des ans, le tempérament fougueux de cette diablesse, j'ose le mot car il faut appeler un chat un chat, n'est ce pas, allait s'adoucir et qu'enfin, je la verrais un jour venir se blottir contre moi, les yeux mi-clos en ronronnant gentiment. Je songeais à Colette, à Léautaud, à Brassens, je rêvais d'un chat d'écrivain. Que nenni, madame Albert se fout éperdument de mes notes, envoie ma gomme rebondir sur le sol et grignote mes crayons, se cache sous mes feuilles de papier, me renvoyant par sa conduite cruelle et insolente à la triste vérité...
J'ai bien compris, allez, jamais elle n'acceptera de m'aider, de m'inspirer quelques belles envolées romantiques en prenant la pose, mystique, au coin de la fenêtre sous un clair de lune d'été. Non, madame Albert n'est pas une contemplative, madame Albert fait dans le concret, le palpable, le tangible et ne vous y trompez pas, si d'aventure un jour vous l'entendez ronronner, proche de l'extase, c'est qu'elle mange!

 

 

Almanito

 

 

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 15:25
Vincent ?   Clémence

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet du 01 au 15:04:2011 - clic

 

 

 

Chaque été, c'est mon rituel . Presque une obsession. Je dois y aller...

 

Au coeur du Var, blotti entre les oliveraies et les chênes verts , un havre de paix respire doucement. J'aime m'y promener, me trébucher sur les vieilles pierres, m'asseoir sur les margelles, rêver, écouter les mille bruissements  et attendre.

Attendre la voix limpide qui résonnera presque à l'infini sous la voûte romane.

 

Le soleil d'été va bientôt laisser sa place aux rayons cuivrés. Les vignes vont se colorer d'or et de pourpre. 

Il est temps. Je jette un lainage sur les épaules. La route enlace les collines.

 

J'arrive, je souris. L'abbaye du Thoronet est plus belle que jamais.

 

- Vincent ?

- Ja…

- Vincent, hoe gaat het met u ?

- Half en half…

- Komt…

 

Vincent est devant moi . Pâle, blême.

Il faut que je vous parle de Vincent. Je ne comprends pas pourquoi il se trouve là, à cet instant.

Et pourtant, nous prenons le temps de nous asseoir et de bavarder.

Il me raconte  sa vie, ses tourments.

Il me raconte la nuit étoilée, le café, les iris, les champs de tournesols, sa maison jaune et  sa chambre.

Il parle à coups de pinceaux, à coup de regrets, à coups de colère.

 

- Pourquoi as-tu fais cela, Vincent ? Pourquoi ?

Vincent tourne vers moi ses yeux clairs, son visage blême. Le bandage se défait un peu...

- Ik ben niet Vincent…

- Tu n'es pas Vincent ? Mais qui es-tu ?

 

Je suis un acteur, un acteur hollandais. Je sais, je lui ressemble beaucoup….

Je tourne « A home for Vincent ».

 

 

Clémence

 

 

Commission du film du Var.

«A home for Vincent»

: TV Film Pays-Bas : Tournage à l’abbaye du Thoronet, Entrecasteaux, Besse sur

Issole - Provence Verte. Tournage mi-septembre 2012 (Film sur Van Gogh)

(clic)

 

 

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 10:42
Elle tricote.   Mony

(réédition)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet du 01 au 15:06:2011 - clic

 

 

 

Elle tricote le fil du temps

Un jour à l’endroit

Un jour à l’envers

Un autre en attente

Et glisse la maille

 

Elle tricote le fil du temps

Croise diminue augmente

Jetés points mousse ou

Escargots garnissent les rangs

Et ajoute la maille

 

Elle tricote le fil du temps

Mais s’offre en dentelle

A dix heures à quatre

Ou à vingt c’est selon

De suivre le fil des mots

 

Elle tricote le fil du temps

Savoure celui des vocables

Partage échange

Un mot à l’endroit

Un mot à l’envers

Et passe passe le temps

 

 

Mony

 

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 20:00
 La Petite Sirène.   Pascal

(inédit)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet semaine 52:2013 - clic

 

 

Nous faisions relâche à Copenhague. Comme à la parade, notre bateau, décoré de tous les meilleurs fanions des timoniers, avait fait une entrée fracassante dans le port. Pour nous recevoir avec le cérémonial protocolaire, ils avaient sorti la fanfare du dimanche, le tapis rouge, les majorettes. Toutes les sommités du coin s’étaient retrouvées sur la plage arrière en train de lever leurs coupes de champagne de France avec des tonnes d’hypocrites révérences. A dix-sept heures, nous autres, les permissionnaires, nous avions foulé le sol du Danemark comme des conquérants de marque. Nous nous étions égayés dans la ville, à la recherche de cartes postales, de quelques véhémentes vestales et d’alcools forts, dignes de baptiser cette escale…

 

J’avais bu de la bière, goûté à la *platte, aux *frikadelles, au *brunch, au *risalamande, visité des fumeries de poissons, arpenté des couloirs du château de Rosenborg, rebu de la bière, tenté le cocktail « Copenhague » une recette à base de Genièvre Bols hollandais, de jus de citron vert, de liqueur de cerise, de sirop de sucre et d’angustura, j’avais vu quatre bassets artilleurs en affaire avec une belle danoise tarifée. C’est vrai qu’elles sont belles, les femmes, ici. Le froid, ça conserve. Moi, pour conserver un peu de chaleur, j’avais rerebu de la bière, trop, peut-être...

 

Vers quatre ou cinq heures du matin, je cherchais mon bateau… J’errais sur les quais déserts, me demandant si je n’avais pas loupé l’appareillage. Et si les douaniers autochtones avaient bêtement confisqué notre escorteur d’escadre ?... Et s’ils l’avaient déplacé pour l’enfermer dans un musée ?... Merde ! Un bateau de guerre aux mains de l’ennemi ! Mais c’est plein de vikings ici ! Quelle idée aussi d’aller se jeter dans la gueule du loup !… Si cela se trouve, tous les officiers et l’équipage étaient enfermés dans le château d’Amalienborg, le palais rococo ! J’étais le seul rescapé et je décidai d’aller les délivrer…

 

Tout à coup, dans la pénombre, j’aperçus une forme accroupie sur un rocher d’interlude. La Petite Sirène ! La lune danoise l’éclairait avec des reflets argentés ; pourtant nue, les perpétuels scintillements de la mer avaient sur elle des effets de parures princières aussi grandioses qu’éphémères.

Quand j’étais tout gamin, on m’en avait parlé dans les livres des contes d’Andersen mais je ne la cherchais pas vraiment ou, plutôt, si je la cherchais depuis toujours, je ne voulais pas franchement la rencontrer. Pourtant, le Hasard organise toujours les plus belles collisions et quel marin, digne de ce nom, n’a jamais espéré un jour se faire bercer par une chanson de sirène… Moi, j’aime bien les légendes avec leur part de rêverie, d’enchantement, de fantaisie ; c’est un pied de nez à la factualité désolante avec ses tristes faits divers où même l’atroce devient banalité affligeante. Et puis, à cinq heures du matin, tout devient réel…

 

« Alors, c’est toi, la Petite Sirène ?... C’est toi qu’on voit dans les livres ?... Je suis content de faire ta connaissance ; si tu savais comme j’espérais te retrouver, un jour. Il y en a pour qui c’est : l’Everest, les temples d’Angkor, les pyramides d’Egypte ; pour d’autres, c’est l’Amérique, c’est Byzance, c’est la Tour Eiffel et moi : c’est toi…

Je t’ai cherchée dans l’écume des rochers, du côté du Cap Horn ; en croisant au large du Cap de Bonne-Espérance, j’ai cru te voir mais c’était le souffle d’un cachalot qui s’irisait dans les couleurs du soir ! Tu vas rire !... Pendant une terrible tempête tropicale, le vent soufflait si fort dans la mâture que j’ai pensé qu’une troupe de sirènes chantait le grand air des Abysses !... Dans la Mer des Sargasses, à fleur d’eau, les laminaires multicolores étaient comme une grande fête foraine ! Forcément, tu devais t’y amuser !... En mer de Chine, en quête de la perle rare, je te cherchais dans chacun des écrins de jade ; dans l’Océan Indien, te baignant entre les racines des palétuviers rouges ; dans le calme bleuté de l’Océan Pacifique, j’aurais pu détecter le moindre de tes soupirs !...  

 

Comment se fait-il que tu aies échoué ici ?... C’est un coupe-gorge, c’est moche, ça pue et c’est plein d’étrangers !... Ils t’ont clouée comme notre Jésus, ces païens ?... Ils t’ont enchâssée dans la roche comme une vulgaire statue de promenade ?... Ils t’ont fondue dans l’airain dans ta posture de silencieuse ?... Ils t’ont boulonnée sur ce maudit socle en granit ? Ce sont ces vulgaires quatre écrous qui t’emprisonnent ?... Ne bouge pas ! Je suis un vieux quartier-maître chef de la chaufferie arrière ! J’ai toujours une ou deux clés sur moi pour si des fois !... Ecoute !... Ecoute !... Tu les entends ?...Elles brinquebalent avec mes bières !... Tu en veux une ? Choisis ! Dans une poche, j’ai de la Tuborg ; dans l’autre, c’est de la Faxe. De temps en temps, je m’en envoie une gorgée pour conserver la bonne pression dans ma chaudière… Toi, tu connais l’ivresse des profondeurs ; moi, c’est plutôt celle des bas-fonds… Dis, tu n’aurais pas vu passer un escorteur d’escadre, un bateau avec deux cheminées et hérissé de plein de canons ?... Ou alors, une troupe de vikings avec deux cent trente hommes d’équipage prisonniers dans des chaînes ?...

 

J’ai lu dans des brochures qu’on t’avait coupé la tête et même plusieurs fois ; au fil des ans, des malins t’ont arrosé de peinture, d’essence et d’excréments ; ils t’ont décorée d’algues et de mauvais vêtements ; Ils t’ont dynamitée, affublée d’une burka, d’un godemiché ; ils t’ont oint d’huile de vidange, ils t’ont amputée d’un bras, ils t’ont saccagée, traitée comme une sorcière, ils te crachent dessus, ils te méprisent, ils te jalousent ! Ces cons, ils t’ont baptisée à la pisse, à la vinasse, au vomi ! Ils viennent te tripoter avec leurs mains sales ; ils déboutonnent leur braguette devant ton visage et toi, tu restes là comme si tu étais au-dessus de toutes ces misères humaines ! Imperturbable, tu souris à l’Eternité, nonobstant toutes ces viles dépravations ! Tu rends en bienveillance paisible ce qu’on te donne en méchante hostilité !... Tiens, prends ma vareuse pour mettre sur tes épaules…

 

Dis, il ne te prend jamais l’envie de rejoindre le large ?... Tu dois bien connaître des îles paradisiaques où tu pourrais te reposer enfin !... Tu sais, des îles avec des oiseaux multicolores, avec des plages de sable immaculé, avec des ressacs comme des caresses d’amant, des cocotiers qui laissent flirter leurs palmes avec les alizés, des couchers de soleil extraordinaires à faire oublier la journée !...  

 

Les humains, c’est que des tas de cons ; ils sont le véritable enfer sur cette terre. Ils détruisent ce qu’ils ne comprennent pas. Les humains, c’est la plus grave maladie de la Nature. En naviguant, tu pourrais t’engluer dans des champs d’hydrocarbures, tu pourrais te retrouver prisonnière dans des filets dérivants, t’étouffer dans des sacs plastiques ou t’empoisonner avec des produits chimiques. Si tu savais… Plein de poissons ont disparu de nos mers ; on ne compte plus les baleines que par leur absence ; les courants océaniques n’ont plus d’exigences planctoniques ; les grands glaçons de la banquise n’arrêtent plus de se jeter à la mer ! C’est peut-être pour cela que tu restes figée sur ton rocher. Tu as peur des aléas du voyage…

 

Tu ne veux pas que je t’emmène ? Je vais te rendre la Liberté ! Je vais te planquer dans ma vareuse et, à bord, je te cacherai dans mon caisson ! Bientôt, on part pour les Antilles ; je sais l’eau si bleue qu’on voit les étoiles de mer organisées en constellations extraordinaires !... Attends, ne bouge pas, je vais chercher mon bateau et son équipage ; promis, je reviens… »

 

Je me suis réveillé dans mon hamac avec une gueule de bois digne des grands mâts de l’Esméralda. J’avais l’impression de mâcher du sable et ma langue me restait collée au palais comme une soudure indéfectible. Instinctivement, j’ai fouillé mes poches pour retrouver une bière et rallumer ma chaudière intérieure. J’avais quelques bribes de souvenirs et un mal de tête intenable ; tout se mélangeait dans un désordre nébuleux… Tout à coup, au bout des doigts, j’ai senti la préhension de gros écrous froids : quatre gros écrous hexagonaux, aux pas de vis coupants comme des lames de pirates… Je n’ai pas osé ouvrir mon caisson…

 

 

Pascal.

 

* Spécialités danoises

 

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 17:06
Le chaos n'est pas la mort.   Aimela

(réédition)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet semaine 08:2013 - clic

 

 

Les tons sont neutres dans cette toile, aucune violence qui pourrait faire fuir le visiteur vers la sortie et pourtant il y a quelque chose d'étrange, ce village aux maisons tordues me tend les bras m'invitant ainsi à entrer dans le tableau. Un regard à droite, à gauche, personne. Je prends un tabouret, l'approche du mur et doucement j'enjambe le cadre et me promène à travers ces maisons de travers. J'aime ces formes, ces matières. Bizarrement, j'ai l'impression d'être chez moi dans cette ville zigzag, rien de droit, tout à l'air de tenir par un fil invisible, il suffirait d'un grain de sable cassant le fil et c'est le chaos. En principe le chaos fait peur. Le chaos c'est la fin, le chaos c'est la mort...


Aucune mort ici qu'elle soit de la matière ou des pensées. Tout au contraire, la pensée est pleine, entière, libre et si elle semble attachée au sol, elle ondule au gré du vent. Elle m'amène par la main loin du monde droit et froid tel que je le connais, c'est le monde réel qui est chaos pas celui de ce tableau. 

 

Cette toile est un refuge où j'aimerais rester mais il me faut partir, il n'y a aucun endroit où faire mes courses pour manger...

 

 

Aimela

 

 

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 14:36
Ouatmore.   Vegas sur sarthe

(réédition)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet du 01 au 15:05:2011 - clic

 

 

"Refile-nous un calva, Marcel, ce drame m'a coupé les pattes"
"On en a rien à foutre mon vieux, personne connaissait ce type dans l'canton"
"Quand même Marcel... ça fait des semaines qu'y sortait d'chez lui sans jamais un pli à son falzard, et vlan !!"
"Ben ouais, c'est la vie mon vieux: t'as tout pour être peinard, une belle gueule, du boulot et pis vlan! y a un piano qui t'arrive sur la tronche sans que t'aies l'temps de voir la marque"
"Ouais, c'est fort de caoua! Un putain d'bastringue qu'on saura même pas qui l'a balancé... savait pas le gonze qu'y faut pas sortir dans la rue le jour du ramassage des encombrants... en plus avec des tongs! Pourquoi il avait des tongs?"
"Mon vieux, à c't'heure les gens ont plus l'courage de descendre leurs merdes et c'est comme ça qu'les pépins arrivent..."
"J'crois bien que c'était un Yamaha"
"T'es pas bien mon vieux, tu fais plus la différence entre un piano et une scotaire !"
"Un bastringue ou une scotaire ça change quoi, il est dessous à c't'heure! Bon sang, remets moi un calva Marcel"
"Tu devrais arrêter ça mon vieux"
"Tu sais bien qu'y a qu'la pomme pour me remonter le moral, Marcel"
"Non. J'veux dire que tu devrais arrêter d'regarder la télé"
"Ca m'revient Marcel ! C'était un Ouatelse! Même que c'est l'dernier truc qu'il a eu l'temps de dire !"
"Tu t'fais du mal mon vieux »
« Non, attends ça m'revient. C'était un Ouatmore ! »
« Oublie tout ça et rentre chez toi avant qu'la Fernande te passe une avoinée"
"T'as p't'être raison, la marque du bastringue on s'en fout... y a qu'les pétomanes qui s'préoccupent ça. Y a finalement qu'un truc qui m'intéresse dans l'caoua c'est c'qui le pousse après. Tiens, remets en un p'tit dernier"
“Des mélomanes mon vieux, pas des pétomanes...”
“Remets ça quand même, Marcel”
 
 
Vegas sur sarthe
 
 
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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 14:20
Le 122.   Cloclo

(réédition)

"Spécial cinquième anniversaire" d'après le sujet semaine 01:2015 - clic 

 

 

 

Merde, avec ses embrouilles, il a failli me faire louper le 122, ce pingouin, c'est pas qu'il est meilleur que les autres, le 122, ni plus ancien ni plus neuf, juste un bon vieux bus comme je les aime. J'suis sûre qu'il l'a fait exprès, cet escogriffe, y sait que j'y suis affectivement attachée, que j'y ai tant de souvenirs, mais il est tellement jaloux !

J'aurais bien pris le 126, mais ça va me rallonger, il va me faire faire un détour et je risque d'arriver en retard à mon rancard. On passe par tous les lotissements et sous - lotissements, lieux dits et non dits, il fait tous les arrêts, y s'arrête même quand y a personne pour monter... Le Louis, je l'ai toujours dit, y conduit à l'aveugle, et que je te parle à droite, et je te parle à gauche, une vraie pipelette, pire qu'une gonzesse. Smac, smac, un bisou par ci, un bisou par là, c'est tout juste s'il n'embrasse pas toutes les voyageuses qui montent dans son engin. Un jour, je ferai un papier à la société des transports, c'est sûr, pour abus de biens publics.

L'accolade ? Moi, j'ai refusé tout net, j'ai dit : je ne mange pas de ce pain là, il a répondu, le Louis : mais c'est du pain tout frais, pas de la veille ! Tout le bus a rigolé. Sauf moi. J'ai été m'asseoir au fond, avec les jeunes, les jeunes, y s'poussaient du coude. T'as vu, elle fait sa mijaurée. Mijaurée vous-mêmes, que j'ai dit, c'est pas à mon âge que je vais commencer à relécher les chauffeurs de bus. Ils ont encore éclaté puis ont mis leur musique à fond. Quand j'ai protesté, ils ont dit : bien fait pour toi, t'avais qu'à t'installer devant, le fond du bus, c'est pour les jeunes, places réservées, touche pas à mon sac, ou à mes pieds, ils ont payé leur place.


Mon oeil, qu'il a payé sa place, son sac ! Non seulement les jeunes squattent le fond du bus, mais ils utilisent deux sièges, un pour eux, un autre pour leurs impedimenta. C'est quoi c'te bête, m'a demandé le grand roux avec ses taches sur le nez. Ben, les bagages des soldats romains, j'ai répondu. C'est sûr, vous autres, vous préférez faire le guignol dans les bus plutôt que vot' service militaire ! Ca vous f'rait pourtant pas d'mal ! Des romains, depuis l'temps qu'je prends l'bus, qu'il répond, le Poil de Carotte, j'en ai pas vu la queue d'un. Et ils se sont encore fendu la pipe.


Les jeunes, j'en reviens pas, ils s'amusent tout le temps du voyage à s'envoyer des textos d'une place à l'autre, et à se répondre, et à se re-répondre, ou ils se prennent en photo et se les échangent en riant comme des baleines. Que c'est con, la jeunesse, tout de même ! Un dernier m'a dit, allez, ça va, reste là, on te calcule, j'ai pas bien compris ce qu'il voulait dire...

Le 122, mon bus à moi, est pourtant chargé de tant de souvenirs ! C'est là que j'ai fait la rencontre de Jojo, il y a dix ans. Il était seul sur son siège et il avait l'air si triste, il m'aurait arraché des larmes. J'ai dit : puis-je me permettre ? Et je me suis installée en face de lui, à l'envers. Il me regardait de ses beaux yeux de chien battu, c'était très romantique. Ah ! Mon dieu, quel voyage, mon Jojo m'envoyait des oeillades de plus en plus langoureuses, et moi, au lieu de sourire, je me tenais le ventre, j'avais de plus en plus mal au coeur. Et cet imbécile de Louis qui appuyait sur le champignon dans les nids de poule sous prétexte qu'on avait trois minutes de retard et que sa chérie l'attendait au terminus !

Dans un grand élan d'empathie, Jojo m'a susurré : vous allez bien, madame ? J'étais pâle comme la mort, les virages et la choucroute de midi ne passaient pas, j'ai vomi sur le trottoir en arrivant en ville. Jojo m'a emmenée au bistrot le plus proche, il a commandé une verveine et on ne s'est plus quittés pendant dix ans.

Ah ! ce 122, c'est là aussi que j'ai fait la connaissance de cet abruti, je veux dire Lulu, mon mec actuel, j'étais assise à l'envers, encore une fois, et lui sur un siège d'appoint, là où l'on s'installe quand il n'y a plus d'autre place. Je l'ai tout de suite remarqué, à cause de son look improbable. J'aurais dû me méfier, un gars qui porte des chaussures fermées sans chaussettes en plein mois de mai. Je pensais : ça doit cocotter sec, là dedans ! Non, vraiment, rien d'attirant chez lui, et puis, c'est quand le pirate du bus est monté à l'arrêt bienvenue en criant : les mains en l'air ! en nous menaçant de son arme, que nos destins se sont scellés.

Comme j'étais plus en avant dans le bus, j'ai voulu fuir, et dans ma fuite, je me suis retrouvée... dans les bras de Lulu. Qui m'a protégée aussi bien qu'il a pu. J'étais verte, le chauffeur décomposé, on s'est arrêtés sur le côté, mais le pirate a eu une seconde d'inattention, et Lulu, n'écoutant que son courage, en a profité pour le ceinturer et le neutraliser.

Je n'ai pas pu faire moins, le soir même, pour remercier mon sauveur, que de lui offrir ma maison et mon lit...C'est le lendemain, en ouvrant le journal, que j'ai appris que l'arme n'était qu'un simple jouet de plastique. Lulu, lui, l'avait deviné tout de suite, vu qu'il est vendeur chez king jouets et que c'est lui-même qui l'avait vendu au pirate, la veille... ce que je n'ai su qu'après ! J'aurais bien voulu le virer, ce fanfaron, cet immonde olibrius, mais le mal était fait, alors, par pitié, je l'ai gardé.

Et dire que j'ai failli louper le 122 par sa faute ! Avec un peu de chance, et si Louis ne fait pas trop de salamalecs et de gringue à ces dames, j'arriverai à temps tout à l'heure pour mon rancard, le petit blond du fond du bus, celui qui me calculait si fort l'autre jour, a proposé de me revoir, j'ai l'impression que ça va bien le faire entre nous, pour peu qu'il accepte de retirer cet affreux piercing qui lui déforme un peu le nez, je sens qu'on va bien s'entendre tous les deux...

 

 

Cloclo

 

 

sujet semaines 02 et 03/2016 - clic 

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