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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 18:01

 

Allo, allo, Mademoiselle

Qui a bouffé mon chihuahua ?

Monsieur, Monsieur, j’ai regardé

Dedans un bœuf, en son entier

N’ai rien trouvé.

Allo, allo, Mademoiselle

Qui a caché mon pyjama ?

Monsieur, Monsieur, je l’ai trouvé

Entre la poire et l’araignée

Bien digéré.

 

Nounedeb

 

 

sujet semaine 34/2015  - clic

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 17:50

 

Elle rêve de soleil, de chaleur, la chaleur de son pays d’origine…

Combien de degrés fait-il dans cette chambre froide ?

Monsieur Julien a vivement refermé l’énorme porte derrière lui et bientôt la lumière s’est éteinte.

 

Toujours sur le qui-vive, il surveillait le comptoir au travers de la vitre teintée du battant de porte séparant le magasin de l’atelier quand il s’est écrié : file dans la chambre froide, ce doit être des inspecteurs de la sécurité sociale qui viennent d’entrer.

 

Elle, fatiguée, avait déjà enlevé sa charlotte et libéré ses cheveux en cette fin de journée laborieuse. Que n’avait-elle encore cette faible protection sur la tête, elle aurait un peu moins froid…

 

Quelle heure peut-il être ? Sa montre est au fond de son sac caché avec sa veste derrière de grosses boîtes contenant des papiers d’emballage. Pas de traces… c’est le leitmotiv de monsieur Julien. Pas de traces, non existence et pourtant elle est corvéable à souhait et les heures payées chichement s’accumulent !

 

Elle ferme les yeux dans l’obscurité, tente de s’isoler des carcasses d’animaux qui l’entourent. Un frisson de dégoût plus que de froid la secoue longuement. Jamais elle ne s’habituera à l’odeur de mort, jamais.

 

Soleil, où es-tu soleil ?

 

Dehors, il pleut probablement… comme cette saison est tristounette et pourtant ici, loin de la guerre qui sévit dans son pays, elle se sent en sécurité.

 

Depuis combien de temps est-elle enfermée ? Une heure ? Davantage ? Les inspecteurs ont-ils découvert des indices révélant son emploi non déclaré ? Pourquoi monsieur Julien ne vient-il pas la délivrer ? Comment ouvrir cette porte de l’intérieur ? On ne lui a jamais montré…

 

C’est la première fois qu’elle se retrouve dans la chambre froide, la patronne ayant beaucoup insisté auprès de son mari : ici, pas de femme dans ces basses températures, ni elle, ni moi, cela perturbe les cycles ! Peut-être ne faisait-elle que se protéger elle-même contre les exigences du patron ?

 

Ne pas s’asseoir, respirer lentement, s’isoler du milieu hostile, chantonner peut-être ? La vapeur sortant de sa bouche semble la réchauffer un peu, un peu seulement.

Tambouriner, oui, tambouriner jusqu’à épuisement contre cette satanée porte. Qui va m’entendre par pitié ?

 

- Mais… mais… que fais-tu là ?

 

La voix de monsieur Julien semble émerger d’un profond brouillard. Elle se sent transportée, massée, quelqu’un tente de lui faire avaler une boisson forte, elle tousse, s’étouffe et lentement reprend ses esprits.

 

- C’est déjà le matin ! Vous m’avez oubliée ?

 

Plus qu’une question c’est une accusation et monsieur Julien, bourru, se détourne en grommelant : prends ta journée de repos mais sois à l’heure demain matin.

 

Pas d’inspecteurs ? Elle peut garder son boulot ? Comment va-t-elle rentrer chez elle épuisée comme elle l’est ?

Alors, dans un sursaut de survie, un de plus, elle s’en retourne, comme toujours discrète et effacée.

 

Soleil, où es-tu ?

 

Mony

 

 

sujet semaine 34/2015  - clic

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 16:15

 

Jamais je n’aurais pensé un jour poser entre ces deux demi-carcasses, sanguinolentes à souhait, gigantesques, répugnantes au plus haut point, moi qui m’évanouissais encore naguère à la moindre goutte de sang. Mais je n’ai pas eu le choix, la vie est dure, si dure parfois…

Pourtant, je l’avoue, la fiction gore ne me fait pas peur, j’ai eu l’habitude avec mes frères de regarder sans frayeur à la télé, quand nos parents étaient au travail, des Dracula, des Alien et autres zombies, des Alligator, des Blood-bride, l’armée des Ténèbres, Massacre à la tronçonneuse, j’en passe et des meilleures… Mais là, je savais que c’était du cinéma, que l’espace entre moi et l’écran me protégeait de tout danger, que rien ne pouvait m’arriver de grave, sinon risquer un petit cauchemar la nuit suivante. Ici, en revanche, ce n’est plus de la fiction, il y a la proximité, la vue immédiate , l’odeur, O oui, l’odeur insupportable du sang frais, et surtout, surtout, l’évocation encore toute proche de la bête agonisante, de son œil mort mais encore grand ouvert qui semble m’accuser, moi, simple employée des Abattoirs, d’avoir signé personnellement son arrêt de mort.

J’ai accepté ce boulot faute de mieux, parce que le choix est restreint en cette période de vaches maigres (oh mon Dieu, quelle horrible image !!) et qu’il faut bien vivre, et manger, et payer son loyer. Et tout et tout. Mais quel supplice pour moi d’ être entourée toute la journée d'énormes malabars armés de couteaux, de gros-bras qui portent les bêtes sur leur dos comme s’il s’agissait d’un sac de plumes ou d'un nouveau-né chihuahua, qui sont sans états d’âme, qui se racontent des histoires bien grasses tout en poussant de gros rires dantesques ! Et qui se moquent au passage de ma sensibilité de « gonzesse » et de mon attitude de gamine effarouchée.

C’est décidé, demain, je vais trouver le directeur, et je lui donne mon préavis. Je ne peux plus continuer dans ces conditions, même s’il m’a promis une prochaine augmentation. Je trouverai bien une solution transitoire et au besoin, je retournerai chez ma mère. Elle comprendra. Mais jamais plus, au grand jamais, je ne mangerai de la viande, demain j’entame un régime végétarien. Je sais, papa ne sera pas content, mais tant pis, on ne peut pas satisfaire tout le monde, et ce n’est pas ma faute à moi si dans sa famille, ils sont tous bouchers de père en fils…

 

Cloclo

 

 

sujet semaine 34/2015  - clic

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 11:00

personnages en quête d'auteurs

sujet semaine 34
sujet semaine 34
festival "images singulieres" Sète
(auteurs des clichés : Stéphane Lavoué Bieke Depoorter )

 

LE MOT DE LA SEMAINE : CHIHUAHUA

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 16:15
 
Je relis mon poème
Et je me rends compte
Qu'il est plein de rayures
Des mots, des phrases
Rayés avec tant de rage
Des mots  trop tristes
Que je ne veux plus lire:
Morosité, tiédeur, refuge
Mais que mettre à la place?
Je retrouve cette photo de vacances
Et les bons mots me viennent:
Soleil, plaisir, musique.
Alors je raye cette fois mon poème
D'un trait de plume orange
Et je sors sur la plage
Dans cet insouciant paysage
Pour écouter ce vieil homme
Jouer de son orgue
M'asseoir sur ce banc, je respire
Le parfum d'iode et de vanille
Qui flottent autour de mon angoisse
Et m'incitent à mon retour à ma table
De travail à tout écrire en orange:
Des mots de bonheur tranquille
 
 Laura Vanel-Coytte
 
 
sujet semaine 33/2015 - clic  
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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 14:54

 

C’est joli les coquillages !

Jaco les lave soigneusement, les sèche dans un grand drap en éponge puis les étale par ordre décroissant sur l’étagère de sa chambre. Ils lui rappellent son séjour à la mer avec les autres pensionnaires de "l’Arc en ciel"

 

Le matin, la plage était immense et, accompagnés des éducateurs, ils marchaient au bord de l’eau puis la marée montait, montait et la plage rétrécissait.

Jaco a apprécié jouer au ballon sur le sable fin et faire s’élever un cerf-volant dans le ciel. Comme il était fier de lutter contre le vent !

Un jour, le groupe s’était rendu dans un parc d’attraction et Jaco avait, pour la première fois de sa vie, fait un looping sur les montagnes russes. C’était un peu impressionnant mais ce n’est pas ce que Jaco a le plus apprécié durant ses vacances.

 

Il faudra qu’il raconte tout cela à son frère Marcel quand il viendra lui rendre visite.

Comme d'habitude son frère dira peut-être "mais oui, Jaco, je connais tout cela" 

Faut toujours qu’il joue au plus malin, Marcel !

 

De ses gros doigts boudinés Jaco caresse délicatement un coquillage et rigole en douce.

Marcel va être bien surpris et étonné d’apprendre que Jaco est devenu musicien.

Comment s’appelle l’instrument déjà ?

… heu, un orgue de limonade ? Un limon-air ? Un barba-rit.

Jaco a joué un air qu’il connaît bien, c’est donc un limon-air !

Après une dernière caresse il délaisse les coquillages pour ses crayons de couleur, décidé à faire un beau dessin pour Marcel.

 

...un vélo noir, IMMENSE, avec une remorque, puis un gentil monsieur avec une barbe blanche et un chapeau de paille, puis un théâtre installé sur la remorque, puis lui, Jaco, qui tourne la manivelle avec l’autorisation du monsieur, puis la musique qui s’envole du théâtre et, et… c’est difficile de dessiner la musique !

Les notes, c’est comment ? Comme des coquillages ?

Alors Jaco dessine quelques notes-coquillages s’échappant du limon-air.

 

Sûr, ce que Jaco a le plus apprécié pendant ses vacances ce n’est pas le grand huit mais les applaudissements des passants qui ont aimé sa musique.

Marcel  sera épaté, c’est certain !

 

Mony

 

 

sujet semaine 33/2015 - clic  

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 20:06

 

« *En hoe ben je bij ons aan het draaiorgel ?... »

 

*Pour faciliter la compréhension des lecteurs de Miletune, l’aventure suivante est traduite en français…

 

« Et comment en êtes-vous arrivé à l’orgue de barbarie ?... »

 

« Ho, messieurs les journalistes, c’est toute une histoire… »

 

« Vous pouvez nous la conter, en exclusivité, pour notre journal ?... »

 

« Ma mère voulait faire de moi un grand musicien !... Gamin, j’ai soufflé dans des trompettes, dans des cors, des saxos, des hautbois, des harmonicas ! J’ai heurté des cymbales, des triangles, des cloches ! J’ai joué, enfin, j’ai tripoté des violons, des guitares, des cithares, des harpes, des accordéons, des pianos ! J’ai tapé sur des tambours, secoué des maracas, titillé des guimbardes, usé des frottoirs, bousculé des bongos et tout ce qui se percute ! Je n’étais qu’un instrument de sa passion… Elle m’a fait chanter, elle cherchait ma voie… J’étais inscrit dans les cliques, aux métronomes de tout leur tic-tac ! Mais je n’y connais rien en musique ! Ce n’était qu’instruments de torture ; je survivais sous les salves incessantes des tessitures ! Je marchais à la baguette… Hé oui ! Quintette, orchestre, et même les opérettes, elle voulait faire de moi une vedette ! Que dis-je : un maestro brillant digne de la Scala de Milan !...

Et c’était tous ces intenses cours de solfège, et c’était ces pénibles gammes comme d’interminables trames, et c’était encore la déclinaison des arpèges !... Et les ambitus, les blanches, les bémols, les bécarres, les clés, les croches, les dièses, les do, les portées, les temps, les hauteurs, les registres… Ha, j’en ai poussé des soupirs devant ces terribles tablatures...

 

Moi, je voulais cueillir des fleurs multicolores, en faire des bouquets de je t’aime, avec des un peu, beaucoup, passionnément. Je voulais attraper les étoiles filantes et les semer dans les yeux d’une Belle par poignées d’Amour inconditionnel… »

 

« Marijke ! Regarde de ce côté ! Les journalistes sont en plein reportage ! Finis ta glace !... Rapprochons-nous, on sera sur la photo !  On va passer dans le De Telegraaf ! Et c’est qui, cette vedette ?... »

 

« Tu ne l’as pas reconnu avec son canotier, son air jovial et sa barbiche blanche ?... C’est le musico-sportif Otto Matt avec son célèbre Orgeltje !... »

 

« Las de mon incurie musicale, mon père a pris le relais ! Il voulait faire de moi un grand sportif ! J’ai tapé dans des ballons, des ronds, des ovales, des petits, des grands ; des qui rebondissent, des qui s’attrapent dans des filets, des qui tombent dans des petits trous ! J’ai skié dans des vallons, escaladé des montagnes, crapahuté dans des crevasses, usé bien des godasses ! Hockey, patinage, bobsleigh, curling, j’ai tout essayé !

Il m’a jeté dans une piscine ! Vas-y, nage ! Cent mètres ! Deux cents mètres ! Papillon, brasse, dos, crawl ! Vas-y, mon garçon ! Avec toutes ses recommandations, j’ai frisé l’hydrocution…

 

Il m’a poussé sur un stade ! Vas-y, cours ! Cent mètres, deux cents mètres ! J’ai sauté à la perche, en hauteur, en longueur ! J’ai lancé des poids, des disques, des marteaux ! Vas-y, mets tout ton cœur ! Même pas finaliste, j’ai bien failli le laisser au bord de la piste… Il m’a inscrit dans un gymnase ! Cheval d’arçon, barre fixe, parallèles, anneaux, sauts périlleux ! C’est qu’il était pointilleux !...

Il m’a mis des gants en cuir, balancé sur un ring et il m’a dit : boxe ! Ha, le pugilat, quel noble sport… C’est bien, un KO. On entend la musique qu’on n’arrive pas à jouer ; c’est une chanson d’école buissonnière avec plein de bougies allumées comme si c’était un bel anniversaire…

En désespoir de manager, il m’a mis sur un vélo ! Il fallait que je sorte du lot ! Il m’a dit : « Appuie sur les pédales ! Tu vas les bouffer dans l’emballage final !... » Comme Joop Zoetemelk, il voulait me voir gagner le Tour de France mais à la troisième étape, j’ai fini dans l’ambulance !...

 

Moi, je voulais raconter des poèmes aux polders, des litanies à la mer. Nageurs, les échos sur l’onde les auraient murmurés jusqu’à la plage et le vent dans les vagues les aurait repris en chœur. Avec un seul rayon de soleil, je voulais mettre en écriture le moindre de mes soupirs…

 

Mais, entre le sport et la musique, décemment, je ne pouvais pas décevoir mes parents !... Comment joindre les deux en y ajoutant tout le lyrisme ?!... Naturellement, j’ai fait l’acquisition de ce transpositeur ; ça tombait sous le sens !... Il n’est pas beau, mon tricycle : « Orgue de Barbarie » ? Enfin, j’ai écrit tous mes poèmes sur des livres d’orgue. J’ai les cartons, les poinçons, la perforatrice !... Vous voulez écouter ?... »

 

« Nous sommes là pour cela… » répondirent les journalistes mélomanes en manoeuvrant leurs meilleurs magnétophones…

 

« Marijke ! Regarde ! Il va jouer de son instrument ! Vite, finissons nos glaces ! Allez, tournez la manivelle, Otto Matt ! Sur la photo, on écoutera l’exercice de vos mélodies poétiques !... »

 

Pascal

 

 

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 18:35

 

A Knokke-le-Zoute

A l’endroit, à l’envers

Tourne la manivelle

Et c’est le bal du comte d’Orgel

Pas de rayures, pas de ratures

A Knokke-le-Zoute

A l’endroit, à l’envers

Tourne pédale

Et on se perd dans le dédale

Des touffes d’oyats sous le ciel bas

A Knokke-le-Zoute

Pas de ratures, pas de rayures

Les pneus sont lisses

Les yeux se plissent

L’orgue de Barbarie joue sa musique

A l’endroit à l’envers…

 

Nounedeb

 

 

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 12:10
 
L'orgue de Barbarie est un instrument de la famille Tuyaux-de-poêle ou automatophones, astucieux croisement d'auto (ou caisse), de tomate et de francophone.
Le croisement peut se fait aussi avec un germanophone, un hispanophone, un néerlandophone ou n'importe quel trucophone, tout dépend de la nationalité du facteur qui construit l'orgue.
Quel que soit le facteur ou la factrice, l'orgue possède une boîte à vent, une boîte arrière, des soupapes, une grenouille-tomate (Dyscophus antongilii), une manivelle (pour démarrer) et des tuyaux (ou pots d'échappement), le tout reposant sur un sommier (ou chassis) bien utile pour le joueur d'orgue fatigué.
Une fois rodées, les soupapes sont attirées par leurs sièges, comme le joueur.
Les tuyaux sont en bois de chêne ou d'érable car si c'était un peuplier on obtiendrait des tuyaux tordus.
Si le tuyau est fermé, on l'appelle bourdon mais si le tuyau est ouvert on le peindra d'une autre couleur, comme le vélo du facteur qui peut être utilisé pour transporter l'orgue de Barbarie et véhiculer la chanson populaire faite de tous petits riens et qui s'en va et qui revient.
 
A l'arrière, la boîte arrière contient du carton perforé plié en zig-zag.
Le pliage des cartons est un métier de précision exercé par des ouvriers japonais: les origami (de ori, “plier” et kami, “carton”). Parmi eux on trouve des origamizig et des origamizag.
A l'avant, la boîte à vent contient du vent.
Lorsqu'il n'y a plus de vent, on actionne un soufflet pour remplir la boîte à vent, mais pendant le remplissage l'orgue ne joue pas d'air; on a coutume de dire: Soufflet n'est pas jouer.
La boîte à vent est pleine de vent lorsque la grenouille-tomate atteint le dernier barreau de l'échelle de Beaufort.
Un bon joueur d'orgue de Barbarie ne manque pas d'air.
Le joueur tape d'abord le carton en zig, puis il tape le carton en zag, puis à nouveau le carton en zig jusqu'à la fin des cartons.
La fin des cartons signifie la fin du morceau même s'il reste encore du vent dans la boîte à vent.
Une rayure sur le carton en zag ou sur le carton en zig provoque un canard, le fameux canard de Barbarie, reconnaissable à son Couac caractéristique: Curandero pour un hispanophone, Quacksalber pour un germanophone, Kwakzalver pour un néerlandophone et Cauoc pour un trucophone.
Plus le carton est perforé et plus il produit de sons, sauf s'il est trop perforé au point qu'il n'y ait plus de carton; dans ce cas il n'y a plus de son.
Tout l'art de l'orgue de Barbarie consiste à produire un maximum de sons, on appelle ça faire un carton.
Les grandes orgues de Barbarie - au pluriel pour les femelles mais singulier pour les mâles, ce qui est très singulier - créées au XVIIème siècle s'appellent des limonaires.
Les limonaires fonctionnent au jus de citron, à l'eau gazeuse (ou pas) et au sucre; ils distillent des airs sirupeux comme Vivaldi, Clayderman, Jeanpasse et Desmeilleurs.
Les premiers joueurs d'orgue de Barbarie étaient vikings et rouges comme Erik le rouge ou Sonja la rouge.
La confrérie des Joueurs-d'Orgue-en-Verlan pratiquaient le retour de manivelle.
Avant qu'il ne disparaisse, l'orgue de Barbarie gagne à être connu autant que l'orque de Barbara qui n' a rien à voir même si elle évolue aussi en zig-zag.
 
 
A venir: L'histoire du cervelas, astucieux croisement de cervelle de boeuf (ervelatwurst en allemand) et de matelas à sommier Renaissance.
 
Vegas sur sarthe
 
 
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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 14:30

 

Dans le port d'Amsterdam

Y'a des marins qui chantent...

Dans les rue de Hollande,
Des vélos qui pédalent...

Et le touriste perdu en arrête un, car il tourne et vire depuis une demi-heure cherchant désespérément le chemin de la plage. Il demande la mer, la mè-reu, ondulant de la main et entonnant la chanson de Trenet.
Ah ? Lala lalalala lala... Draaiorgel ?
Non ! La meeeeer
Ah, ja, Draaiorgel !
Qu'est-ce que ce mot qui sonne comme des rayures sur un vieux vinyl ?
Le touriste dit « dank» et continue sa marche un peu dépité... se disant qu'en suivant les mouettes il arrivera bien à bon port. Quoi que les mouettes on en voit à Paris... C'est que le touriste n'est pas aventurier, il aime bien quand tout est balisé...
Quelques notes rondes et harmonieuses lui accrochent l'oreille et le long de la dune, il aperçoit un instrument baroque qui l'attire irrésistiblement. Un petit groupe l'écoute, un grand contentement se lit sur leur visage, certains mangent une glace, les enfants dansent et chahutent. Une scène joyeuse qui lui ferait presque oublier la dune qui s'étend là, tout près... Le touriste se joint au groupe, amusé par l'étrange équipage, un bel orgue de barbarie remorqué par un vélo, on ne pouvait s'attendre à moins dans le pays de la bicyclette. L'organiste souriant régale les passants de chansons universellement connues et le touriste se dit que décidément... les vacances ça a du bon !

 

Cathycat  

 

 

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 13:50

 

Petit enfant déjà, on le surnommait Till Eulenspiegel, à cause de sa bonne humeur et de sa propension à faire des blagues, à glisser par exemple des peaux de bananes sous les pieds du pauvre pépé Helmuth qui s’en était sorti, heureusement pour lui, juste avec une entorse. Ou à jeter le Katz Joseph dans la baignoire débordant de mousse. Heureusement, le chat avait bondi à temps en laissant derrière lui un superbe et sinueux couloir de mousse immaculée qui n’avait fait rire personne à part lui. Un autre jour, au cours de peinture, il avait eu la bonne idée de transformer le tee-shirt à rayures de son petit voisin de table en superbe pull à carreaux rouge et jaune flashy du plus bel effet. Il avait fallu remplacer le vêtement gâché et sa mère, en l’absence du père, lui avait administré une sévère et mâle correction.


En grandissant, malgré son caractère enjoué qui lui valut bien des déboires, les parents de Till s’aperçurent qu’il avait une bonne oreille musicale et l’envoyèrent chez le meilleur professeur d’orgue de la ville. On disait même que c’était un ancêtre du célèbre compositeur Hammerschmitt, dont les chaconnes se jouaient encore près de 100 ans plus tard dans sa Saxe natale. Cela canalisa un peu son énergie et l’obligea à se concentrer sur son solfège et sur la bonne coordination de ses deux mains. Sans compter le rôle des pieds qu’il fallut ajouter au reste et qui lui donna bien des soucis, ayant hérité des courtes jambes et des petits pieds de sa mère.

10 ans plus tard, il avait quitté l’école, sans un bagage en poche, puis abandonné la musique, trop sérieuse pour sa nature imaginative et vagabonde. Et c’est ainsi qu’il se retrouva tel un bohème à errer sur les routes, de village en village, de chemin en chemin, pour égrener ces airs à trous que tout le monde reprenait en chœur avec lui. La préférée de toutes était bien sûr Der sommer ist da, un hymne à l’été que tous, petits et grands, connaissaient sur le bout des doigts.

Tra ri ra
Der Sommer der ist da
Wir woll'n hinaus im Garten,
und bei der Sonne warten ;
Ja ja ja
der Sommer der ist da !


Il y avait bien sûr tous les airs classiques dont l’Allemagne a le secret et le beau Danube Bleu comptait parmi les plus demandés. Il avait même fallu refaire une copie de la bande, tant les trous de la partition étaient usés.

Till vivait chichement, pour ne pas dire misérablement de son orgue de Barbarie jusqu’au jour où il eut cette idée de génie : adjoindre sur la partie gauche de l’orgue un petit compartiment réfrigéré où il pourrait stocker en été un assortiment de glaces et de parfums divers auquel il ajouterait une boîte de cônes en pâte à gaufres et un appareil pour façonner les boules. Till avait tant d’imagination que ce fut pour lui un jeu de réaliser ce projet.

Depuis, les badauds se régalent doublement en profitant à la fois de ses bonnes glaces et de la douce musique de son orgue, dont ils n’ont de cesse de le féliciter. Son invention lui valut d’ailleurs le premier prix, équivalent allemand de notre célèbre concours Lépine. Alors, si vous vous promenez du côté de la Saxe, dans les campagnes verdoyantes du côté de Dresden ou de Leipzig, je suis sûre que vous le rencontrerez et surtout, si vous le voyez, demandez-lui l’origine un peu coquine de son surnom : connaissant son esprit leste et farceur, je suis sûre qu’il se fera un plaisir de vous la dévoiler.

 

Cloclo

 

 

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 13:48
 
Moi je joue du piano
disait l'un
moi le joue du violon
disait l'autre
moi de la harpe moi du banjo
moi du violoncelle
moi du biniou... moi de la flûte
et moi de la crécelle
Et les uns les autres parlaient parlaient
parlaient de ce qu'ils jouaient.
On n'entendait pas la musique
tout le monde parlait
parlait parlait
personne ne jouait

 

mais dans un coin un homme se taisait:
"et de quel instrument jouez-vous monsieur
qui vous taisez et qui ne dites rien?"
lui demandèrent les musiciens.
"Moi je joue de l'orgue de Barbarie..." 
(Paroles de L'orgue De Barbarie - Frères Jacques) ) clic
 

 

Pour les grands et les petits
Sur les places ou sur les plages messieurs dames
Je vous apporte du soleil plein le cœur

 

Quand dans la vie vous avez peur
Avec moi, point de drames
Je tourne la manivelle
Pour que les anges gardent leurs ailes
Mon appareil n'a pas de tiques
Ni même de sons chaotiques
Je l'ai bien arrangé
Afin que tous dansent sur mes airs allégés
 
Dansez, dansez, il fait si beau
Chantez, chantez de plus en plus haut
Je suis là pour apporter le bonheur
Au son de mon orgue de barbarie
Et si cela vous sied
Une petite pièce dans mon chapeau s'il vous plaît.
 
aimela
 
 
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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 12:15

 

T'orgeltje, le p'tit orgue,

Plus gai qu'une morgue,

Monté sur bicyclette
Voyage à la force des gambettes
Egaye toute la côte
Et ses hôtes
D'un été
Pas bien pressés...

Son « gondolier » à chapeau
Même si sans pull à rayures
Déroule la romance pour vous
Et au tronc, ces mots,
Connus de tous c'est sûr...
Dank u, merci, thank you,
A vo't bon coeur
Une pièce m'amzelle
M'dame ou m'sieur
Fera le bonheur
De l'homme à la manivelle
Qui oeuvre sous ces cieux...

T'orgeltje, le p'tit orgue
Plus gai qu'une morgue
Son maître sourit opiniâtre
Derrière son minuscule théâtre
Par passion
Ou par obligation
Canotier sur le crâne
Sa bicyclette pour âne...
Ce quidam et ses mélodies
Plus anciennes que lui
Distrait la sobre digue
Et ses passants qui lentement naviguent...

jill bill

 

 

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 11:00
sujet semaine 33

LE MOT DE LA SEMAINE EST : RAYURES

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 11:37

 

- toc toc toc allez viens ma puce, ne fais pas ta mauvaise tête.
Tes cousins vont encore te traiter de chameau. Viens ...
Nous goûtons tous au jardin sous le pommier.

 

- J'veux pas y a des guêpes.
 

- oncle machin y a accroché une balançoire
 

- J'aime pas oncle machin. Je suis sûre que c'est lui qui toque à ma porte
 

- il ne te veut pas de mal, juste te faire sauter sur ses genoux, tu sais
 

- et on va chanter à dada sur mon bidet ?
 

- Si tu veux et puis hali, halo, et vive le chameau*
 

- Oh non, non, non ! je ne veux pas faire des arpèges avec son instrument
 

- ...
 

- Sérieux, laissez-moi tranquille, je suis trop grande pour jouer aux jeux de petits et trop petite pour les jeux de grands.
 

- ...
 

- et j'ai le droit de dire Non.

* Le chameau, chanson enfantine, popularisée par Les quatre barbus dans les années 1950 -
 clic

 

 

Jeanne Fadosi

 

 

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 20:15

 

J’avais 20 ans, je voyageais avec ma tante et ma cousine. Cette année-là, on avait choisi la Tunisie. La tata, c’était une instit curieuse de tout, qui connaissait sa géographie sur le bout des ongles, ici le Rif, là-bas le chott el Jerid, vaste plaine de sel… Rien n’échappait à ses connaissances, elle savait tout nommer, chaque montagne, chaque désert, chaque monument, elle avait son wikipedia dans sa tête. Mirages, puits au seau tiré par un chameau déplumé qui tient par miracle sur ses gambettes… alla alla y a baba, sidi mansour y a baba… Des heures d’autocar pourri qui tombe en panne à la première montée un peu chaotique. Qu’importe, le reste du voyage se fera à pied, 40° dehors, le couscous, ça se mérite, hein donc ? On arrive en nage, la cousine fait un malaise, trop de soleil, on l’humecte, on la tapote, on la gifle, ça va, on peut reprendre la route.


Visites incontournables, troglodytes où une famille fait semblant d’habiter là pour bluffer le touriste, la matrone tourne le grain, les enfants baillent, le touriste est ravi. Amphithéâtres somptueux, mosquées, oasis où le tour en chameau vaut son pesant de cacahuètes. Quand le chameau s’agenouille, la tante pique une tête en avant, j’appuie sur le déclencheur, c’est dans la boîte, on va bien se marrer au retour. Le soir, à l’hôtel 4 étoiles (classement local), une bonne crème pour les rougeurs fessières, demain, ça ira mieux. Retour au bus, alla alla y a baba…

On chante, les arpèges montent et descendent au rythme des cahots… Les touristes du fond sont livides, il faut s’arrêter tous les km pour soulager leur ventre…Le guide est excédé, quand on ne supporte pas la chaleur, on ne vient pas ici, on va en Norvège Le montant de mes lunettes a fondu, il faudra en racheter, qu’importe. Le Tunisien est généreux, il me tend un tam tam, un gris gris, une main de fatma, la vie est belle, les nuits sont torrides, le Tunisien est chaud, il est sensible à la beauté française qui lui renouvelle son lot de filles chaque semaine.

Le guide débite inlassablement ses explications, en français et en allemand. Mais la traduction n’est pas la même. Quand il traduit en allemand, il en profite pour dire tout le mal qu’il pense des Français. Je comprends à moitié, mais je me moufte pas, je ne veux pas avoir d’ennuis. Le soir, nos deux célibataires du fond du bus, si sages la journée, s’envoient en l’air avec des jeunes gens du cru rencontrés à chaque étape. Elles rentrent juste à l’heure du départ, vers 7 heures du matin, et dorment toute la matinée dans le bus. La vie est belle. On visite des usines où des filles de 12 ans tissent inlassablement de superbes tapis 15 heures par jour. L’une d’elle me tend son adresse. On verra ce qu’on peut faire au retour. On se gave de pastèques, je les vomis le dernier jour, je n’en mangerai plus une seule de ma vie. On a acheté des tenues locales, avec le voile et tout et tout. Le soir, sur le balcon, on se met de la musique berbère et on danse au rythme des bongos. C’est tata qui se débrouille le mieux en danse du ventre, on dirait qu’elle a fait ça toute sa vie. Sa fille, la coquine, filme la scène, il m’arrive encore de tirer la bobine de la boîte où il est écrit : Tunisie juillet 1972… et de me repasser sur mon vieux projecteur Kodak les folles vacances en Tunisie.

Aéroport de Tunis, mon guide a la larme à l’œil, il promet de m’écrire, mais j’attends encore sa carte postale. Qui sait un jour, elle aura fait le tour du monde et m’arrivera avec ses arrière-goûts de jasmin, de lauriers et de fleurs odorantes, rescapées de mes 20 ans et de mes chères vieilles vacances tunisiennes.

Alla alla y a baba sidi mansour…

 

Cloclo

 

 

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 18:12
 
Je me voyais à l'ombre des grands acacias
ou au fond d'un canyon où les chameaux blatèrent
là où l'ocre des grès dessine des cratères
mais c'était sans compter sur cette Laetitia...
 
Elle qui ne jurait que par son Ibiza
ses boîtes surchauffées, sa musique electro
on s'était retrouvés à l'entrée du métro
moi Gore-Tex et rangers, et elle en camisa.
 
Nous avons bivouaqué à Denfert-Rochereau
ça sentait le mouflon, l'urine de taureau
un paumé de la nuit jouait fortissimo
 
Elle m'a dit «Ziva, j'attends David Guetta»
sa jupe était vulgaire et frisait l'attentat
La vie est un désert où la femme est chameau.
 
Vegas sur sarthe
 
 
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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 06:44

 

Récemment, j’étais invité à un apéritif dînatoire organisé par l’ami d’une amie, grande copine avec une autre amie ; aussi, comme j’étais l’ami de cette amie, je me suis retrouvé au milieu de cette faune pseudo-aisée d’amis racontant ses vacances avec une certaine véhémence de tour-opérateur…

 

De nos jours, pour faire chic, il faut aller loin ; si vous n’avez pas pris l’avion et toutes ses emmerdes de la douane, des transits et des bagages, si vous avez moins de quatre heures de décalage horaire avec la France, si vous connaissez la langue du pays dans lequel vous allez, ce n’est même pas la peine de raconter vos souvenirs : on s’en fout ! Il faut du dé-pa-y-se-ment !...

 

Autour de la table, en piquant dans les plats, la plupart des invités y allaient de leur voyage avec encore une certaine retenue pudique ; ils vantaient leurs paysages, leurs hôtels, leurs repas, leur exil organisé de « Havas Voyages », avec des superlatifs de couchers de soleil et des métaphores bien rodées… Comment pouvais-je expliquer à ces « amis » que, pendant les vacances, j’avais pêché la truite à cinq minutes de chez moi ; que certaines d’entre elles s’étaient laissé caresser le ventre avant que je les remette dans leur rivière ; que par un tour de magie de dame Nature, chaque soir, son crépuscule semait ses étoiles dans l’onde paresseuse… Je n’eus pas à m’exprimer ; le couple à côté de moi, surtout la dame, prit d’autorité la parole avec une exaltation de forcené…

Eux, c’était l’Afrique du Nord… Je me demandais bien de qui ils étaient les amis, ceux-là… Enfin, lui, c’était plutôt le faire-valoir, la carte bleue, le porteur de bagages, pendant l’émancipation touristique de sa chère et tendre. Tant qu’elle le laissait picoler sa bière ou un petit whiskey de temps en temps, il ne regimbait pas ; c’était sa dose de chameau, il était bien dressé…

 

Dixit madame, c’est bien simple ! Depuis qu’ils sont revenus de leurs vacances, ils ne s’assoient plus que sur des poufs, ils boivent du thé à la menthe et fument le narghilé !... Parfois, son bonhomme essayait bien d’en placer une mais, d’un œil sévère, elle le renvoyait au fond de son verre… Ils ont ramené une véritable rose des vents « made in China », un couscoussier en inox de Tolède qu’ils ont marchandé au moins deux heures, un mezoued (instrument de musique) à arpèges cruciformes, un immense plat ciselé en tôle massive ! Même qu’ils ont failli le laisser à l’aéroport, tellement il ne rentrait pas dans l’avion ! Ils en riaient bêtement, les deux touristes basanés de frais ; ils en riaient comme s’ils voulaient engendrer une hilarité communicative dans les rangs de leurs auditeurs… A la fin de chaque phrase, elle balançait des « Inchallah » pour donner de l’ampleur à sa diatribe…

Sous les encouragements pharisiens des convives, elle a raconté le moment fort, l’apothéose, le feu d’artifice de son voyage ; elle n’attendait que ça… Je me disais que les amis de mes amis n’étaient pas forcément mes amis…

 

A mesure des apéritifs, des rires et des confidences de coin de table, l’hypocrisie s’estompait au profit d’une sincérité beaucoup plus terre-à-terre ; les langues se déliaient… Les amis s’humanisaient… Le patelin visité n’était franchement pas terrible, la bouffe locale, c’était de la merde et le pays n’était habité que par des myriades de mendiants siégeant autour de leur hôtel… Sans parler de la turista, des moustiques gros comme des canadairs et de la pollution de l’air !... La clim ? C’était seulement sur le dépliant !... L’ascenseur ? Un projet !... La piscine ? En travaux !... L’aventure à cinq mille euros, l’égarement tarifé, c’était un véritable fiasco…

 

Ho oui, ils étaient empreints, les deux touristes chamailleurs ! Quand il voulait expliquer un frémissement de dune du Sahara, aussi sec, la mégère répliquait avec une recette de tajine aux fines herbes (elle était peut-être provençale), des makrouds au parmesan (ou d’origine italienne), des mermez à la viande d’agneau et à la bière (ou belge) !... Quand il s’essayait en parlant de la topographie, de la Medjerda et de l’Atlas, elle ripostait à coups de figuiers de Barbarie et de palmiers-dattiers !... Elle racontait si bien…

L’alcool aidant, on les voyait, ses bestiaux, en train de se rafraîchir ! Elle n’oubliait rien !... Les ombres, les couleurs, la clarté, la chaleur, les rochers, c’était dans sa carte postale ! C’était comme si elle avait tout appris par cœur ! Entre deux paysages et deux coupes de champagne, elle réclamait des loukoums…à la sauce anglaise !...

 

« Ha, si vous aviez vu tous ces dromadaires en train de brouter l’oued et de s’abreuver de concert au sel du désert… Inchallah… »

 

« C’est le contraire !... » cria son mari pendant qu’elle reprenait sa respiration de harpie…

 

Elle se retourna vers lui et le considéra dédaigneusement comme une vulgaire brute, un ignare complètement inculte aux choses des licences poétiques… Pendant les grimaces de sa Douce, il avait pu glisser :

 

« Rendez-vous compte ! Des vrais dromadaires sauvages de type Ourdaoui Tataouine ! Quatre suspensions indépendantes !... Deux cents kilomètres d’autonomie !... Des véritables formules un du désert ! Ça consomme rien, ces bestioles !... »

 

« C’est pas comme toi !... »

 

A l’hôtel, ils avaient réclamé un guide local, un pur produit du terroir qui, pour quelques dinars, était capable de leur faire découvrir toutes les richesses cachées du pays…

 

« Là-bas, le berbère est facétieux ! Après cette visite féerique, il voulait nous vendre trois sacs de mirages, un baril de poudre de crotale, deux arpents d’oasis, un bracelet d’or dur, des perles de rosée du matin, un brick de Chorba (soupe) de chez Al Alouche !... Comme j’étais tombée amoureuse du pays et me trouvant belle, il voulait même m’échanger contre une douzaine de chameaux !... »

 

Tout à coup, du fond de la table, un pince-sans-rire bien caché cria :

 

« Douze chameaux, pour une chamelle, c’est cher payé !... »

 

Mais non, ce n’était pas moi… Ce à quoi, le mari, inapte en marchandage de bazar mais complètement soûl, répliqua doctement en levant son verre à l’assemblée :

 

« Moi, je l’aurais donnée pour rien !... »

 

Lui, c’est devenu un ami…

 

Pascal

 

 

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 12:14

  

Te souviens-tu 

des longues caravanes de dromadaires

 qui au loin rejoignaient les sources d’eau pas très claire ?

De ces enfants qui accouraient bidon à la main vers notre 4/4

pour qu’on les emmène chercher l’eau ?

Entre les enchevêtrements de roches labyrinthiques de grès érodées

par le vent et le sable du désert,

te souviens-tu du spectacle extraordinaire de ces centaines de dromadaires venant

s’abreuver et se baigner tels des vacanciers ?

 

Oui, doux mélange de souvenirs, mais…il y a si longtemps !

Je nous revois main dans la main dans ce désert immense

Le jour où ensemble nous avons entendu le chant des dunes.

Notre guide nous avait parlé des djinns qui rôdent dans le désert

 et surveillent les visiteurs.

Mais nous, nous savions que nous vivions un moment magique.

Ce son extraordinaire fait d’arpèges successifs en harmonie

A fait monter en nous tant d’émotion

Que, dans l’instant, nous avons pensé que notre amour

 n’aurait aucun grain de sable pour bloquer ses rouages.

Notre vie ne serait que dunes de sable à gravir

Pour encore et encore libérer le chant de vie…

 

Aujourd’hui, les voyages touristiques à destination du Tchad (Tibesti, Borkou, Ennedi…) sont formellement déconseillés.

Aujourd’hui, certains veulent tout effacer, même les rêves.

 

Jamadrou

 

 

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 06:00
 
Décor tassilien qu'ils disaient... immensité des paysages, donjons, aiguilles et arches de pierre, dunes gigantesques: c'est moins beau que sur le dépliant mais au moins ça change du décor francilien, stations RER bondées et trains jamais à l'heure!
Si je ne sais toujours pas comment ils ont fait venir tout ce sable, j'ai appris que le dromadaire n'est qu'un demi-chameau et qu'il blatère alors que notre guide déblatère...
Ici leur RER c'est des caravanes mais beaucoup plus longues et moins rapides que chez nous, quoique. Les conducteurs sont noirs, des Toubous qui ne parlent pas comme nous mais les dromadaires ont l'air de les comprendre, c'est déjà ça.
J'ai compris pourquoi on appelle ces bestioles les vaisseaux du désert... ça fout vraiment la gerbe au bout d'un moment.
Un des touristes dit en rigolant qu'il faut jamais manger épicé en même temps; je vois pas ce qu'il y a de drôle.
Chez les Toubous, il y a les Téda qui parlent le tédaga et les Daza qui parlent le dazaga, un peu comme les équipes de Kho Lanta mais en plus noires.
La capitale de la région de l'Ennedi s'appelle Fada. On connait la bande de Gaza au Proche-Orient mais moins connue est la bande de Fada.
Notre guide est blanche pour qu'on la repère de loin et qu'on la comprenne mieux malgré son fort accent alsacien. Elle est intarrisable sur les oueds qui eux peuvent s'assècher quand elle parle trop longtemps.
Quand elle a fini de parler c'est à dire au soleil couchant on va dormir au bi-vouac: un grand vouac pour notre groupe et un plus petit vouac pour la guide et le pisteur qui boit toutes ses paroles.
Au bi-vouac, un musicien local nous joue de la harpe à douze cordes; on appelle ça jouer de la harpège.
 
Le matin, notre guide a la voix claire; sûr qu'elle prend quelque chose pendant la nuit, mais pas du thé.
Nous on boit du thé, rien que du thé... vert pour les hommes et rouge pour les femmes. Ne me demandez pas pourquoi. J'ai essayé le thé des femmes, c'est pareil ! On pisse autant...
Il faut dire aussi qu'on est quatre vingt dans notre groupe, une vraie méharée humaine.
Pour nos besoins courants on s'isole derrière les dunes mais les feuilles d'acacia sont rares, alors on tire au sort... plus exactement on tire au short.
 
Contrairement aux nôtres qui nous font paître, les femmes d'ici font paître les troupeaux de chèvre pendant que les chameliers jouent aux dames avec des crottes de chameau. Je vous jure que c'est vrai, par contre pour faire une dame c'est comme chez nous, ils empilent deux crottes.
Leurs femmes ont des cheveux très longs qui leur permettent de s'asseoir sur des nattes, par contre les hommes qui ont les cheveux courts mangent à part et sur rien.
Les Toubou vivent aussi du commerce de dattes, les meilleures étant de décembre à mars.
Ils ne cultivent pas le latex, ce qui n'empêche pas le Tchad de s'étirer sur plus de deux mille kilomètres.
 
Aujourd'hui on a visité le Grand Canyon de Béchiké et ses crocodiles du désert. Moi je voyais ça ailleurs... le Grand Canyon, mais c'est bien imité quand même, tout comme leurs peintures rupestres de Mandiguili-guili façon Lascaux.
Ici le vent a sculpté des statues de grès ou de force: ils appellent ça les rosions.
 
Ici, on pourrait croire que c'est le désert mais c'est tout sauf le désert; il y a une circulation dingue de camions très chargés qui roulent en zigzag pour éviter les mines qui restent enfouies depuis la dernière guerre civile.
Nous on roule tout droit et en quatre-à-quatre parce qu'on doit rentrer daredare pour pas rater l'avion à l'aérodrome de Faya-Largeau.
Bon, c'est pas le tout mais je dois aller boucler mon sac et mon casque lourd.
 
Vegas sur sarthe
 
 
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