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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 19:40

sujet semaine 21/2017 - clic

Je vais vous conter l’histoire de trois vieilles sorcières. Cela remonte à quelques années maintenant. Un jour, alors qu’elles n’étaient encore que jeunesse frivole et beauté, ces trois-là tombèrent sous le charme du même jeune homme. Galant et charmeur fou à ses heures perdues, ce pauvre malheureux n’avait pas idée qu’un beau jour son passe-temps lui couterait cher. En effet, les jeunes femmes, toutes rivalisant de beauté, étaient du genre peu discrètes, et chacune aimait vanter son amour pour le bellâtre à qui voulait bien l’entendre.

 

Le village n’était malheureusement pas si grand et notre Don Juan fut rapidement démasqué grâce (ou à cause) des ragots qui filaient bon train. Les trois femmes n’étaient pas quelconques, elles avaient en elles ce côté fascinant, sauvage, fatal… S’il avait regardé de plus près, il aurait sans nul doute vu que cet amas de beauté était bien trop excessif pour être réel. Mais l’amour rend aveugle… sa bêtise aussi surement. Le trio se réunit et chacune espérait secrètement que les autres renonceraient. Après de longues heures d’un débat peu constructif, elles décidèrent ensemble d’une punition qui satisferait tout le monde : elles pourraient toutes l’avoir, il pourrait toutes les voir sans problème.

 

La punition s’abattit sur lui un soir que la plus jeune lui donnait rendez-vous près du banc public. C’est devant ce vieux mur de pierres froides et impersonnelles qu’il se fit surprendre et dut rendre des comptes non pas à une, ni deux mais trois sorcières. Pour seule réaction, ce grand gaillard, dans toute sa virilité, fondit en larmes, genoux à terre, pour implorer leur pitié. Mais elles n’étaient pas dupes. Vous les trouvez dures en affaire ? Il fut là même transformé en arbre. Un chêne ? Non, pensez-vous, c’est bien trop noble pour sa petite personne. Non, les femmes optèrent pour un arbre tordu, vicieux, aussi torturé que sa pauvre âme.

 

Le sort, à ce jour, fait toujours effet. Nos trois sorcières se réunissent près de leur victime pour un charivari, ce rendez-vous quotidien, depuis des lustres. Qui sait combien de temps vit une sorcière ? Et que peuvent-elles bien se dire ? Sachez juste qu’elles rigolent beaucoup et qu’elles sont depuis lors bien inséparables. Attendez, celle du milieu semble vouloir vous dire quelque chose ?

« Chut ou attention… »

 

 

Tilancia

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 15:06

sujet semaine 21/2017 - clic

T'as vu Germaine que l'maire y veut plus qu'on clamse à domicile?

Où qu't'as vu jouer ça, la Yolande?

Ben, c'est dans l'journal... l'maire de Laigneville il a signé c'qu'on appelle un arrêté!

Moi j'm'en fiche, j'suis née à Maigneville!

P't'êt ben mais t'as épousé l'Marcel de Laigneville alors t'es concernée, tout comme nous autres

Et les frontières, qu'est-ce que t'en fais des frontières?

Et où qu'elle est la frontière entre Laigneville et Maigneville?

Ben c'est l'fossé que l'Marcel il avait sauté pour venir me marier.

Ah ouais? Il avait pas sauté que l'fossé, vu comme t'étais grosse!!

Arrêtez d'vous chamailler les filles... c'est juste une fèqueniouze

...

Hein? C'est quoi ta fèqueniouze?

C'est un nouveau truc qui vient d'sortir... c'est des chars, des menteries, des trucs à la noix mais c'est en anglais pour faire plus nouveau

Pourtant l'maire de Laigneville c'est pas un fèqueur de niouzes... c'est pas n'importe quel féqueur, c'est l'cousin germain d'la Madeleine!

Ouais sauf que la Madeleine elle a cassé sa pipe la s'maine dernière alors ça risquait pas qu'elle soit arrêtée par son cousin...

En tout cas moi j'veux clamser dans mon lit, çui qu'on avait acheté au Mammouth avec le Dudule pour not' mariage!

T'as encore le lit d'ton mariage, toi? Y doit sacrément êt' défoncé!

Pas tant qu'le tien, la Fernande! Y'a eu qu'un homme dans ma vie et dans mon lit!

Arrêtez d'vous chamailler pour une fèqueniouze, les filles! C'est pas l'maire qui vous traînera dehors par les pieds au moment du dernier soupir...

T'as raison... et pis avant qu'on clamse il a tout l'temps d'arrêter son arrêté.

Ben... comment on fait pour arrêter un arrêté?

La Madeleine elle devait savoir ça, rapport à son cousin germain, mais c'est trop tard pour lui d'mander

Laissez tomber les filles, pisque j'vous dis qu'cest une fèqueniouze!

 

 

Vegas sur sarthe

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 12:30

sujet semaine 21/2017 - clic

Mes deux grand-mères ressemblaient à des grands-mères. Elles appartenaient à une génération où les coiffures, la mode et la photographie faisaient que les femmes n’avaient jamais l’air vraiment jeune.

 

L’une était une dame qui ne ressemblait pas à une grand-mère. Elle se tenait toujours droite malgré le deuil qui avait marqué ses jeunes années et elle s’habillait de couleurs vives. Son arthrose déformant ses mains et ses pieds lui faisait dire que les douleurs faisaient souffrir mais pas mourir. Ses cheveux courts teints étaient toujours impeccablement coiffés. Elle aurait pu s’acheter des vêtements plus chers mais elle faisait de vêtements peu chers un chic qui lui était propre et qu’on jalousait. Avec un physique moyen, on la remarquait malgré tout et après la mort de son mari, elle avait eu plusieurs demandes en mariage. Elle respirait la vie avec son sourire, politesse du désespoir. Avec deux de ses sœurs (fausses jumelles), elle était survivante d’une fratrie de treize enfants. Les trois sœurs s’asseyaient-elles sur un banc pour un charivari ? Je ne sais pas. Je me souviens par contre du charivari qui régnait parfois dans son appartement quand j’étais avec elle : nous dansions, chantions, riions. C’était une grand-mère dans la mesure où elle prenait le temps de m’écouter, de me donner des conseils, m’encourager en disant que j’étais belle et intelligente, sans jamais me juger.

 

Quand elle n’était pas avec sa famille bien qu’elle ait des ami(e)s qui l’appréciait. Je crois qu’elle aimait comme moi s’asseoir sur un banc pour regarder le paysage sans charivari de conversations avec des copines.

 

Mon autre grand-mère ressemblait beaucoup plus à une grand-mère avec ses longs cheveux gris retenus par des pinces, son dos voûté, son teint marqué par toutes les maladies et soucis de santé qu’elle avait eu tout au long de sa vie : tuberculose, pleurésie, deux hanches artificielles, un œil complètement aveugle. etc. Elle marchait avec difficulté et une canne. Elle s’habillait comme une grand-mère avec des couleurs sombres et/ou éteintes. J’ai passé beaucoup de moins avec elle qu’avec l’autre et il n’y a jamais eu de charivari entre nous. Elle était trop mesurée pour avoir elle d’autres éclats que les disputes que provoquait chez une adolescence sa vie trop calme à son goût. A part sa naissance et une partie de sa vie à Paris, elle était depuis longtemps une souris des champs alors que je partageais ailleurs mon goût de la ville. Elle était respectée pour sa spiritualité que je partageais avec elle. On aimait aussi sa bonté et sa générosité. Elle s’asseyait sur son banc devant sa maison après avoir enlevé quelques mauvaises herbes. Des dames venaient pour discuter avec elle. On lui téléphonait beaucoup et elle avait des correspondantes fidèles. J’étais parmi elles. Je lui racontais mes peines de jeune fille loin de mon charivari de flirts.

 

J’ai eu des troisièmes grand-mères avec lesquelles j’aimais me livrer à un charivari de confidences.

 

 

Laura Vanel-Coytte

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 17:00

sujet semaine 21/2017 - clic

Bon, alors les filles, vous devez vous douter pour que je vous ai conviées à notre petit rendez-vous secret, qu'il y a du nouveau!
- Humm...me dis pas que tu as reçu le petit colis...
- Si, Marguerite, je l'ai reçu hier matin et ... devinez...?
- Non?! Tu...
- Si fait ma belle, je m'en suis servie pas plus tard qu'hier soir!
- ....Et?
- Eh bien ma chère Marguerite et ma chère Anémone, je vous annonce que je suis désormais une pauvre veuve éplorée!
- ...
- ... Mais... comme ça...si vite...?
- Quoi! On avait bien dit qu'on le ferait, non? Il avait fini les peintures et réparé la toiture, je ne vois vraiment pas pourquoi j'aurais attendu quelques jours de plus puisque la poudre était arrivée! Faut battre le fer tant qu'il est chaud, mes cocottes, sinon on ne fait jamais rien.
- C'est vrai, tu as raison, Eglantine, mais tout de même, on ne s'attendait pas à tant... d'empressement de ta part...
- Ceci dit, ce qui est fait est fait et n'est plus à faire!
- Exactement! Le plus tôt était le mieux, d'autant plus chères amies, que maintenant, c'est votre tour... qui prend le relai?
- Attends quand même, faut qu'on se fasse à l'idée...Comment ça s'est passé? Ils ne souffrent pas?
- Comme une lettre à la poste, ça s'est passé juste comme ils disent sur la notice: ils mangent, ils vont se coucher et...gros dodo pour toujours tout en douceur! Lol, comme elle dit, ma petite-fille. Hop!
- Hop?
- Hop!
- Bon... Je veux bien essayer...mais...faut peut-être attendre quelques temps, deux morts coup sur coup dans le village, ça pourrait éveiller les soupçons, vous ne pensez pas?
- Non, on en a déjà parlé, je crois au contraire que ces terribles coups du sort fracassant la vie de trois pauvres femmes à si peu d'intervalle seront mis sur le dos de la triste fatalité. Donc, Anémone, tu es d'accord pour passer en second et toi Marguerite, tu fermeras la marche, c'est mieux comme ça car il faudra qu'on te donne un coup de main pour les dosages. C'est comme en pâtisserie: pas assez, c'est pas bon, trop, c'est raté.
- Ah oui, faut pas se tromper...comment tu t'y es prise, toi?
- J'ai fait un couscous Pitiak, il adore (piii-rates!)
- Et toi t'en as pas mangé...
- Ben non, sinon je serais pas là à vous raconter. J'ai dit que j'avais des gaz avec les pois chiches...
- T'aurais pu trouver autre chose, c'est la dernière phrase qu'il aura emportée de toi hi hi hi!
- J'ai mangé des oeufs mimosas et une religieuse au chocolat... j'avais besoin de douceur...
- Tiens, c'est une bonne idée, moi aussi je me ferai un petit truc sympa. Lui il mangera ses tripoux qu'il aime tant et moi j'irai me chercher des macarons chez Patichon, vous les avez goûtés? Une tue-rie!
- Et toi Marguerite?
- J'sais pas trop. Jules c'est un compliqué, son plat préféré c'est la paella, pff! Pas sûre d'avoir envie de cuisiner ce jour-là... surtout qu'en plus, les soirs de paella, il exige que je me déguise en danseuse de flamenco avec les castagnettes et tout le charivari...ça l'excite.
- Ha non, vas pas l'exciter, sur la notice ils spécifient bien: petit dîner dans le calme. Bon, t'as le temps de réfléchir. C'est pas tout ça, mes cocottes, moi faut que je rentre à la maison, que je m'aperçoive qu'il ne se réveille pas, que j'appelle le SAMU et que je me prépare un masque de douleur éperdue... Allez, c'est un mauvais moment à passer, concentrez-vous, les filles, hein. Après on aura plus qu'à attendre les assurances-vie et hop, on s'envole et à nous les jeunes danseurs de tango, les masseurs thaïlandais et les ténébreux siciliens!
- Hop?
- Hopopop!

 

 

Almanito

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 14:32

sujet semaine 21/2017 - clic

Un journée comme une autre, le soleil brille et Hortense en profite pour retrouver ses copines Lucienne et Charlotte assises sur le banc près du mur.

 

Hortense

Avez-vous appris la nouvelle ?

 

Lucienne

Quelle nouvelle ?

 

Hortense

Le maire ne veut plus qu'on meurt dans son village.

 

Charlotte

Comment ça, il ne veut plus ?

 

Hortense

Il dit qu'il n'y a plus de place dans le cimetière.

 

Lucienne

Nous voilà bien, où est ce que l'on doit aller alors ?

 

Hortense

Je ne sais pas, mais moi je reste chez moi. Le maire aura beau râler, je n'irai pas ailleurs et puis où ? Je n'ai plus de famille.

 

Charlotte

Moi, je n'ai pas de famille non plus et je refuse d'aller crever dans un mouroir en ville, non mais ! Il va m'entendre le maire.

 

Hortense

Toute seule, tu n'y feras rien.

 

Charlotte

Qui te dit que je suis seule, vous serez bien avec moi les filles et puis on peut trouver d'autres vieux et on fera comme les jeunes.

 

Lucienne

Les jeunes ?

 

Charlotte

Ben oui quoi, on fera un tel charivari jour et nuit que le maire ne pourra pas faire mieux que nous enterrer dans notre cimetière.

 

Hortense

C'est une bonne idée ça, je vais faire une banderole.

 

Lucienne

Moi, je vais emprunter le porte-voix de mon cousin  syndicaliste dans l'usine qui a fermé l'année dernière. Il a peut-être encore l'engin.

 

Hortense

Moi, je préviens tout le monde de la réunion qui aura lieu demain. C'est bon ?

 

Charlotte

Il n'y a pas de temps à perdre, allons-y.

 

Hortense

Compte sur moi, j'y serai.

 

Lucienne

Moi aussi.

 

Après de longs conciliabules, les pancartes, le boucan jour et nuit pendant un mois, le maire a changé sa position. Hortense, Charlotte et Lucienne pourront, lorsqu'elles seront décédées, être enterrées dans le village.

 

Aimela

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 12:31

sujet semaine 21/2017 - clic

Rituel collectif, leur café philo,

P'tit charivari en mode trio...

 

Village et potins

Assises sur leur popotin

Même si mes vieilles

Les murs ont des oreilles

Casser du sucre est plaisant

A l'ombre, sur ce banc...

 

Et comme un bon confesseur

L'arbre ne dira mot

De tous vos ragots,

Aux alentours et ailleurs...

 

Et patati et patata

Et patata et patati...

Et monsieur l'maire

Et madame Lemaire

Et l'instituteur

Et le facteur

C'lui qui fait des gosses dans l'dos

Au mari marin, sur les flots !

 

Et patati et patata

Et patata et patati

Et ne le répétez pas, je le répète

Madame Pipelette

Tout ceci se doit

De rester entre nous, trois !!

 

Ô promis juré

Madame Babillard...

Jusque dans mon corbillard

J'emporterai madame Caquet

Toutes ces choses, pas catholiques...

Les gens sont si... diaboliques !

 

 

jill bill

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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 18:01

sujet semaine 20/2017 - clic


O  vations tant  attendues

 

R  age, déception l'orgueil en prendrait un coup

 

G  agner coûte que coûte

 

U  nanimité à obtenir

 

E  légance de la tête aux pieds

 

I  cone, idolatrie insensée

 

L  ouanges ou lapidation

 

 

Lady Marianne

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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 06:11

sujet semaine 20/2017 - clic

Regardez les tous ces orgueilleux !

Que des supers mecs avec leurs zooms phalliques, déguisés en pingouin, l’œil rivé sur l'écran...

Savent-ils au moins ce qu'ils traquent ?

 

 

Josette

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 11:18

sujet semaine 20/2017 - clic

Il est  des moments de grâce où le temps semble suspendu par un fil invisible

Qui menace de se rompre si on ne profite pas de ces heures hors norme.

Il y eut pour moi, ma présence au Salon du livre de Paris, en dédicace

Sur le stand de mon éditeur pour présenter et vendre mes livres

 

C’était mon Cannes avec  moins de paparazzi mais mon tapis rouge

Etait bordé exceptionnellement de ma famille de sang, lectrice

Et ma famille de cœur, aimante, fière qui m’a conduite aux portes

De l’orgueil : les allées de la Porte de Versailles comme arc de Triomphe

 

Il y eut d’autres dédicaces avec plus de complices et moins de famille

Mais c’est toujours un moment de grâce de passer derrière la table

Où je me suis souvent tenu lectrice pour voir et vivre les auteurs que j’aime

Plus lectrice que jamais, j’accueillais le lecteur comme un miroir de mon âme

 

Tous les lieux où j’ai pu lire, montrer, dire mes paysages d’âme : lectures publiques

Slams, remise de prix littéraires, salons, sont des paysages d’orgueil pour la lectrice

Amoureuse des auteurs et des paysages littéraires que sont les bibliothèques

Orgueil aussi d’être un instant libraire et malgré tout chaque jour documentaliste.

 

 

Laura Vanel-Coytte

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 15:30

sujet semaine 20/2017 - clic

On aurait dit un peloton d'exécution mais en plus joyeux, ça crépitait de partout!

Ce qui plaisait le plus à Germaine c'étaient tous ces flashs comme on en voit sur la Croisette... enfin, quand on regarde la télé qui filme la Croisette.

Ça avait commencé tôt le matin sur les Champs-Déguisés.

Germaine avait mis son beau tailleur bleu ciel, celui qu'elle avait troqué chez Emmaüs contre notre grille-pain qui grillait trop le pain.

On avait eu la bonne idée de vouloir aller ramasser tout ce crottin que les chevaux laissaient derrière leur cul après le passage du nouveau président.

Pas tellement pour lui éviter d'avoir à faire le ménage après tout le tintouin mais parce qu'on venait juste de refaire notre potager et qu'on avait besoin d'un bon coup de fouet pour les tomates!

A propos de coup de fouet, je dois dire que le service d'ordre est plutôt musclé et que leur taser chatouille pas mal! J'avais le palpitant coupé et Germaine un mal au fondement dont elle se souvient comme de sa première épisiotomie.

 

Germaine a pas eu le temps de remplir son sac à main de crottin – y donnent plus de sacs plastic dans les supermarchés – qu'on nous a aussitôt emmenés manu-militari c'est à dire sous bonne escorte mais on n'a pas eu droit au Véhicule Léger de Reconnaissance et d'Appui parce qu'il n'y avait pas assez de place ou que ça sentait pas très bon; on se doutait aussi qu'on n'irait pas dans la même direction que tout le tintouin pour pas déranger le protocole.

On a eu droit à un panier à salade fermé, c'était pas plus mal puisqu'il s'est mis à pleuvoir un peu – juste des gouttes d'eau, pas des baffes parce que c'était jour d'investiture – jusqu'au commissariat du 8ième.

C'était vachement bien organisé puisqu'on était attendus par le peloton de photographes comme j'ai dit plus haut...

Germaine était aux anges, pas fâchée d'étrenner son beau tailleur malgré la pluie qui le délavait un peu... on devrait se méfier des grandes marques de chez Emmaüs.

Alors par orgueil on a posé comme on a pu sous la mitraille et les flashs pendant que le service d'ordre nous traînait à l'écart.

C'est pour ça qu'on a un air penché sur les photos mais Germaine dit que ça fait plus naturel, moins Sophie Stiqué – je peux pas connaître toutes les Sophie – alors on a acheté tous les exemplaires de Paris-Match ce matin chez notre libraire pour les revendre un bon prix aux voisins de notre quartier.

Ils vont en baver des ronds de chapeau... et nous on nous a promis une citation dans notre casier subsidiaire.

 

 

Vegas sur sarthe

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