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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 17:04

Pierre Beteille

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Monsieur l'curé

Dans sa bible plongé

Doute d'un fait,

Homme d'église presque parfait !

 

Presque, parce que lui

Et la cuisine...

Multiplication des pains !

Son sacristain

Observe sa mine

Depuis la sacristie...

 

Changer l'eau, en vain

Alors le pain en mille... bravo !

Abracadabra pas très catholique

Formule à la Merlin

Que l'bon Dieu n'en sache mot

Ni les grenouilles, diaboliques !

 

 

jill bill

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10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 14:41

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Pas de bol, je suis de corvée aujourd’hui pour faire la tambouille. J’hésite encore entre : une bonne semoule, une purée de carottes, du riz au lait, surtout pas d’épinards, pouah, c’est dégoûtant les épinards. Le seul avantage qu’on a, avec les épinards, c’est que quand on n’aime pas, on peut taper un grand coup dans l’assiette et éclabousser tout le monde. Moi, ça me fait beaucoup rire, hi hi, papa, maman un peu moins. C’est pareil avec la purée, sauf que la purée c’est moins joli comme couleur, c’est fade, ça ne fait pas de jolis dessins comme les épinards ou les carottes. Le plus beau, c’est les mélanges. L’orange et le vert, ça se marie très bien. Surtout sur le carrelage blanc de la cuisine. Un peu moins sur la tapisserie qui est jaune bouton d’or, mais c’est pas mal quand même.
 
Bon, c’est pas tout, mais qu’est-ce que je vais faire à manger ? J’ai déjà la cuillère, c’est un bon début. Et le chapeau ! Bien trop grand pour ma taille ! Qu’est-ce qu’ils ont eu à m’affubler d’un tel couvre-chef ? Et en plus qu’ils n’arrêtaient pas de me dire : souris, bébé, souris, plus tard, tu verras, quand tu retrouveras la photo, tu vas bien rire ; et moi, bêtement, j’ai obéi. Ah, ce que je regrette ! Les adultes ont de ces idées saugrenues ! Comme si je m’intéressais à mon futur. J’aurai juste l’air grotesque, quoi, et quand mes enfants verront ça, ils vont se marrer comme des bossus, je le prévois. De toute manière, dès que j’ai assez d’énergie pour me tenir sur mes jambes et de force dans les poignets pour la déchirer, je la réduirai en miettes, cette satanée photo !!
 
En plus, vous avez vu comment ils m’ont habillé ? Habillé n’est pas le mot d’ailleurs, je dirais plutôt «déguisé», avec aussi ce gros paquet de couches qui me chatouille les jambes et m’oblige à les écarter au maximum. Un vrai supplice. Et cette serviette autour du cou, je vous demande, j’ai l’air d’un cowboy sans costume, sans cheval et sans chapeau. Ou encore de Renaud dans ses années de gloire. Les serviettes à carreaux, ça ne se fait plus du tout, non ? A part peut-être dans quelques auberges typiques alsaciennes, et encore ! Me voilà de mauvaise humeur pour composer mon repas. Voyons…. Entrée : apéritif au lait cru de vache fermière élevée en plein air et nourrie de bonne herbe non traitée. Pas mal. Ensuite… Velouté de petits légumes du jardin relevé d’une fine pointe de crème légère achetée à la biocoop du coin, chers mais bon, disent mes parents qui ne mangent que bio et ne me garnissent que de couches hypoallergéniques respirantes, enduisent mon corps de produits naturels, de liniments oléo-calcaires, de crèmes au calendula et autres noms imprononçables, j’en passe et des meilleures. Je dois être le bébé qui a la peau la plus douce du monde !
 
Mais revenons à nos moutons. Pas de viande pour eux, puisqu’ils sont végétariens. On passe donc tout de suite au dessert. Un bon yaourt à la myrtille, miam miam, ou une crème caramel, pas de compotes de pommes, j’en suis dégoûté tant ils m’en font manger, de ces bonnes pommes non traitées et achetées directement au producteur. Ah, une petite glace vanille-mangue, pas mal, mais au camping, ça m’étonnerait qu’on trouve ça. Allez, c’est déjà un bon début pour un cuisinier en herbe comme moi.
 
Mais pour commencer, il faudrait déjà qu’ils m’extirpent de cet affreuse jatte dans lequel ils m’ont placé, quelle idée saugrenue, on dirait que c’est moi qu’ils ont prévu pour leur repas, on n’est pourtant plus au temps des cannibales, non ?
 

 

Cloclo

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9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 16:51

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

    Un raffut pas possible émanait des cuisines. L’endroit était lugubre, à l’image qu’elle s’était faite bien avant son arrivée. Les résidents étaient pour la plupart de petits lascars, rien de bien inquiétant pour une femme de sa trempe. L’appel du cuistot la sortit de sa rêverie.

- « Madame ! C’est prêt !

Elle s’aventura dans la pièce, ses talons hauts martelant le carrelage froid avec rythme. Soudain plus un bruit. Seul l’écho de sa démarche féline se répercutait entre les murs de la bâtisse.

- Vraiment ? Avez-vous bien suivi toutes mes instructions ? Hm… la couleur semble bonne.

- Ecoutez ma p’tite dame, ici, c’est moi le meilleur chef ! N’avez qu’à voir, tout le monde m’appelle Grand Chef, savez bien, comme le schtroumpf là…

- Hm ? – Dit-elle distraitement, bien plus absorbée par le contenu de la casserole que par la conversation.

- Mais si ! Celui au bonnet rouge ! Rohh laissez tomber. Bref c’est prêt. Jsais pas c’que vous allez faire avec ça ma p’tite dame, mais ça sent rudement fort ! Et cette couleur… c’est pas top !

Ce gars… en plus d’empester la clope à dix kilomètres à la ronde, il était clair qu’aucune lumière ne brillait là-haut, sous sa toque. Mais c’est pour ça qu’elle l’avait choisi, lui. Un bon sous-fifre, un cafard, un insecte, un petit pion. Mais pourquoi un taulard cuistot vous demandez-vous ?! Il fallait un minimum de compétences culinaires, et une personne ni trop bonne, ni trop mauvaise. Elle qui était pourrie jusqu’à la moelle, impossible. Ce gars-là avait montré patte blanche depuis quelques années et était presque devenu un saint parmi les fous.

- Tout travail mérite salaire, finit-elle par dire en dévoilant ses dents blanches dans un large sourire inquiétant. Je vous laisse goûter en premier.

 

    Grand Chef n’était pas couillon au point de ne pas prendre la p’tite dame au sérieux. Elle était clairement inquiétante et maintenant menaçante ? Non non et non, il n’allait pas boire ce truc ! Il en avait vu des films où les goûteurs crevaient toujours ! Résolu à lui avouer le fond de sa pensée, son courage mourut comme neige au soleil face à ce sourire si… flippant.

- Écoutez ma p’tite dame, commença t-il, chez nous on est très galants ! Les dames d’abord ! Puis j’ai fait ça pour vous alors je vous laisse…

- Allons, allons Chef. Vous auriez très bien pu faire une erreur dans la recette, et ma condition est définitivement mauvaise. – Elle tenta de se donner un air fragile.

Chef vacilla devant cette créature toute chétive. Après tout, il n’avait rien mis de douteux là-dedans. Il souleva la casserole, empoigna sa vieille cuillère en bois et approcha la bouillie verte de sa bouche.  L’odeur était infecte. A peine eut-il ingéré quelques gouttes qu’il tomba comme raide mort sur le sol.

- 1…2…3…ça commence à être long…6…7…peut-être que ça n’a pas marché…9…

Soudain, le taulard convulsa, l’écume aux lèvres. Elle se pencha sur son corps pour mieux observer puis rit. Un sourire carnassier déformait ses traits. L’entendez-vous ? Cela donne froid dans le dos. Brrr… le narrateur en a les poils tout hérissés !

Grand Chef était paralysé. Ce qu’il avait bu le rendait muet comme une carpe, lourd comme une roche, et il était là, aux premières loges d’un spectacle qui achèverait de le rendre fou. La belle brune s’empara maladivement de la casserole et avala cul sec le restant de la… de la quoi d’ailleurs ? Qu’est-ce que c’était que ce truc ! Il n’en avait bu que quelques gouttes et était en train de crever ! Était-elle folle ?

Elle convulsa à son tour, toujours sans cesser de rire. Ce son… il s’en rappellera jusqu’à sa mort… peut-être même encore après. Elle se recroquevilla sur elle-même avant d’exploser en un million de particules. C’était déjà délirant en soi, mais quand les particules se regroupèrent, Grand Chef était littéralement en train de se faire dessus ! Sa vue se brouilla tant qu’il ne vit pas ce qui était né cette nuit-là. Il ne vit pas ou… il préféra oublier. Il entendit comme un murmure, comme « sans rancune » puis plus rien.

 

    Grand Chef tenta de raconter son histoire. Tout ce qu’on lui dit fut qu’aucune femme n’était entrée dans l’enceinte de la prison. Il tenta également de prouver ses dires avec la cuisine. Elle était clean, pas de vaisselle en vrac, pas de casserole, pas de cuillère, pas de signe d’explosion, rien. Il fut interné en isolement dans l’aile des grands cas psychiatriques pour le restant de sa peine. Pour longtemps.

Tous les soirs il hurlait comme un aliéné, frappant sa porte et suppliant qu’on le laisse sortir. Il hurlait qu’elle était là, qu’elle allait le tuer. Les gardes n’en pouvaient plus de garder ce timbré jour et nuit. Un matin le silence était pesant. Ouvrant la porte pour vérifier, les gardes trouvèrent une cellule vide. Le béton des murs était lacéré de partout, du sol au plafond. Pas de corps, pas de sang, mais un petit bout de papier coincé dans les gonds de la porte blindée.

 

« Je suis venue récupérer mon cuisinier. Ses talents sont indéniables et il me tiendra désormais compagnie. Désolée pour tout son cirque et tous ses cris, je l’avais un peu… contaminé. Il n’a pas été facile à récupérer ! Dieu merci il ne m’a pas griffé ! Peu importe, là où l’on va il n’aura plus besoin de son… comment appelez-vous ça déjà ? Ah oui ! De son humanité.

                Bien contente de vous rendre timbrés,

                               La méchante p'tite dame !  

 

                                               X   (Et le cuisinier qui tente de signer)

 

 

Tilancia 

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8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 16:44

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Voici ce soir notre menu en cette douce nuit de NOEL

Fais revenir dans ces poêles rutilantes le butin de ta chasse

Quelques poissons pêchés en entrée et en dessert de fête

Des baies que j'ai cueillies au crépuscule de Baudelaire

Nous mangerons avec les doigts une succulente tarte.

Puisqu'on ne veut pas de nous tels que nous sommes

Puisqu'on ne veut pas nous faire une place

Pour dormir, allons nous sur ce grand lit rustique

Couvrons-nous de cette peau sauvage et rallumons

La lumière primitive en attendant l'étoile qui annonce

La naissance du Divin enfant; laissons les Rois-Mages

S'acheminer tranquillement vers la crèche, la galette

Sera sur la table quand l'Epiphanie le deuxième dimanche

Après la nuit glorieuse que nous partagerons comme une offrande

 

Au Solstice d'hiver qui vient et réactive              

Le Soleil noir de la mélancolie nervalienne.

 

 

Laura Vanel-Coytte

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8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 13:52

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

J’ai rajouté un peu de sel dans les repas de ma mère dans mon Aube en Champagne natale

Jamais plus personne ne m’a regardé d’un tel regard désapprobateur lorsque je me resservais

Je suis rentrée tard dans d’autres cuisines puis dans d’autres lits ; j’ai découvert le Champagne

Et ma vie est devenue pétillante à table et au lit ; depuis, j’ai toujours une bouteille au frais

 

Lorsque je suis partie pour mes études à Paris, puis dans la Marne, j’ai rajouté un peu de sel

Dans les soupes que ma mère me préparait pour la semaine, je les réchauffais sur un  réchaud

A gaz en regardant de ma chambre de bonne au sixième étage un tout petit bout de ciel

J’ai découvert les distributeurs de repas et de café pour garder ma tête au clair des mots

 

Lorsque j’ai quitté le centre de ma ville natale pour une commune périphérique mais proche

C’est comme si on m’excluait d’un cercle très privé dont je ne faisais déjà plus partie

Je suis rentrée dans des restaurants et des hôtels, j’ai reconstruit une chambre imaginaire

Avec des morceaux de celle qui n’existait déjà plus depuis mes incursions dans d’autres vies.

 

Lorsque je suis partie pour le Nord, à deux heures environ de ma famille, j’ai gagné     

Le droit à l’oubli presque complet de mon existence : je n’ai eu qu’une visite en cinq ans

Alors que j’avais toujours le droit de passer voir mes grand-mères que j’ai tant aimées

 

J’ai gagné un aussi un paysage de chaleur et de gourmandise qui me plait tant.

 

 

Laura Vanel-Coytte

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 20:01

image Wikipédia

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Prenez :

une dose de bonheur

une pincée de labeur

trois gouttes de sueur

une once de candeur

 

mélangez vivement le tout dans un grand bol et ajoutez :

des brassées d’amour

des moments velours

quelques appels au secours

d’insupportables jours

 

lorsque la composition devient blanchâtre incorporez :

des éclairs de joie

des pertes de foi

de curieux choix

un chemin de croix

 

sans cesser de fouetter versez encore :

des instants privilégiés

un brin de naïveté

des vœux comblés

quelques soucis cachés

 

ensuite épicez avec :

de folles histoires

un gramme de cafard

de petits retards

des tonnes d’espoir

 

malaxez énergiquement tout en saupoudrant  :

une grande confiance

beaucoup de patience

un rien de négligence

des périodes de vacance

 

avec délicatesse ajoutez enfin :

des myriades de rires

des nuits de plaisir

de voluptueux soupirs

des paniers de désirs

 

Chauffez le tout légèrement clic

et après quelques instants

devant vos prunelles ébahies

apparaîtra en filigrane le mot

 

« VIE »

 

Mony

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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 15:49

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Evidemment, c’est encore pour ma pomme !

Madame invite d’un ton suave "venez dîner samedi soir nous pourrons parler vacances (ou ceci, ou cela, les prétextes ne manquent pas) autour d’un bon plat. Oh, sans chichi, bien entendu !"

Bien entendu ! Bien entendu ! Vite dit mais quand elle hésite sur le menu les chichis commencent. "Que penses-tu d’un couscous… ou plutôt d’un savoureux veau marengo ? Mais pourquoi pas une bonne casserole de moules marinières avec des frites maison ? Un plat exotique conviendrait probablement mieux pour la saison ? Un barbecue, bof ! Banal ! Une salade variée c’est trop chiche. Pas envie de sauce trop riche…"

La semaine passe, moi je ne dis rien mais n’en pense pas moins.

"Cause ma belle, ton chéri veille à ta ligne"

Finies les viles flatteries : "Tu es vraiment un as du piano, Mamours"

Fini, plus de Mamours, plus de soliste aux fourneaux. Ma chérie il va falloir revoir ton vocabulaire et ton orthographe, laisser le mam au vestiaire.

Ours, je suis désormais un ours. Plus d’intrus dans ma tanière ! Pas touche à mon miel !

- Je vais faire les courses, as-tu préparé ta liste ? 

- Non, ma chérie, j’ai tous les ingrédients qu’il me faut.

Regard interrogateur contre regard blasé.

- Tu fumes à nouveau ? Et ta barbe ?

- Je ne fume pas, je mégote, c’est tout un art et quoi ma barbe, elle ne te plaît pas ma barbe ?

- Euh…

- Bradt Pitt, tu ne connais pas ?

Là, je l’ai mouchée. Son Bradt si beau avec sa barbe de trois jours elle m’en a assez rabattu les oreilles.

Elle dresse la table et moi, je m’enferme à la cuisine. On va voir ce qu’on va voir.

Fondue au fromage mixé avec brocoli et pommes Granny accumulées au fil des invitations. Bien caoutchouteux le fromage, une vraie merveille colorée en diable par ces trente degrés à l’ombre. Plus écolo, tu meurs !

Pas sûr qu’ils reviennent de sitôt dîner à la maison les "amis" !

 

Mony

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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 11:37

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Fumez en cuisinant

Et la casserole paraît plus légère si vous pouvez fumer

Goutez en fumant

Que ça sent bon quand fumer vous aide à cuisiner

 

En voyant la belle sauce verte et fluorescente

Pensez que la spatule est votre briquet

Soudain votre bouche se mettra à fumer

 

"Ouh! non, non! mettez-moi ça dans l'évier

 

Quand l'âme est folle, le temps s'envole[1]"

 

Non, pas de mégot dans la sauce

                                                                                   

Fumez en travaillant!

 

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 14:31

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Tout est calme, le robinet goutte comme toujours, on devine à voir la tête de mamie Jeanne que l'instant est crucial, fondamental... celui du “premier tour” où le rabattage de la pâte au tiers de sa longueur amorcera une véritable pâte feuilletée ou bien un grand désastre.

Inconscient de l'enjeu, papy Marcel s'éguerzille :”Dis donc beudot! Tu iras fermer le robinet proprement!”

Le beudot c'est moi, mais ce qualificatif tiré du patois local et dont j'ai hérité depuis mes quatre ans - date à laquelle j'ai scié la canne de papi pour m'en faire une épée médiévale - me va comme un gant.

En traînant la jambe, je vais fermer le robinet “proprement” de toutes mes forces.

Moins fort, beudot! Tu vas encore bousiller les joints”.

Moins fort... faudrait savoir ce qu'on veut. A l'entendre, dans cette maison la consommation de joints de robinets est proportionnelle à la durée de mes vacances chez eux.

Le joint c'est cette chose caoutchouteuse qui est au robinet ce qu'est la bonde à la baignoire, ce qu'est l'intervalle aux piquets de clôture et ce qu'était l'indicateur Chaix aux trains qui se croisent... c'est à dire une ignoble torture d'arithmétique que je refuse d'évoquer plus longtemps.

 

Entre le quatrième et le cinquième tour de pâte, mamie Jeanne prend le temps de m'adresser un de ces sourires dont elle a le secret et qui font du beudot le gamin le plus heureux du pays Calaisien.

Il faut dire que Saint-Cal - je dis comme ça parce que ça me plait - est un formidable terrain de jeux pour un parigot même beudot, plus habitué aux quais de Seine bétonnés qu'aux berges bucoliques de l'Anille.

Je sais... bucolique, même en un seul mot ça fait bizarre la première fois, mais on en guérit et je l'aime bien.

Celui qui n'a jamais taquiné la truite ou la perche dans l'Anille ou encore fait une mariennée dans le vieux lavoir les orteils dans l'eau ne peut imaginer à quel point Saint-Cal est bucolique.

C'est aussi le pays des légendes et des histoires “vraies” que papi Marcel a une fâcheuse tendance à déformer.

Il a bien failli me faire croire que la poule du Mans est une bonne grosse noire et qu'elle est élevée exclusivement en batterie dans des camionnettes blanches au bord de la route de Saint-Cal... jusqu'à ce que mamie Jeanne démente en lui faisant les gros yeux :”Je t'en ficherai des poules noires, moi !”

 

La pâtisserie c'est pas son truc à papi Marcel, lui ça serait plutôt l'Histoire avec une grande hache.

Papi, raconte-moi encore le château-fort”... et papi raconte le gros donjon carré, les fossés et la double muraille. Je pige pas tout mais c'est les noms qui m'amusent comme celui du comte Eveille-Chien qui parait-il se levait tôt et puis il y a ce Guillaume que j'aime bien parce que c'est mon prénom; c'est fou ce qu'il y avait déjà comme Guillaume à l'époque, conquérants ou soumis.

Dis papi? Galop romain, c'est parce qu'y montaient à cheval?”

Hum... ça veut dire gaulois en gros, comme Asterix”

 

Ça me parle déjà mieux, par contre y s'embêtaient pas à apprendre le maniement du double décimètre, y se servaient des pieds!

Et construire un château sur une motte de trente pieds de haut, c'est pas un fantasme de pâtissière, ça?

L'Histoire c'est marrant, sauf que les questions qu'on se pose finissent par faire mal à la tête.

 

A chaque tour de pâte, mamie Jeanne y enfonce les doigts - elle dit les dais - pour se rappeler du nombre de tours... c'est à cause des trous dans sa mémoire et quand elle aura marqué six dais ça fera six tours et il sera alors temps de laisser reposer tout ça pour peler les pommes.

Papi Marcel et moi on fait le concours de la peluche et le plus gros tas de pelures c'est toujours le mien. Il dit qu'avec mon beulot de pelures on nourrirait tous les cochons des Biards (pour ceux qui connaissent pas Saint-Cal, les Biards c'est un endroit où tout est bon sauf l'odeur et nous les parigots on s'y connait en odeurs).

Donc papi Marcel s'occupe des granny-smith et moi des golden à cause du chien des voisins que j'aime bien et qui s'appelle pareil. “Deux tiers de golden et un tiers de granny” dit toujours mamie mais je laisse le problème des tiers à papi, j'ai bien assez de soucis avec mes devoirs de vacances.

Epépiner, tailler en morceaux, pourfendre, la bataille fait rage autant que dans les fossés du château où tour à tour - j'aime bien tour à tour, ça fait médiéval - les pillards et les anglais convoitaient la motte.

Les anglais iront même jusqu'à foutre le feu à l'abbaye... papi dit très justement que quand on n'est pas fichu de rouler à droite on fait forcément des conneries.

Ici pour l'heure, pas de carreaux d'arbalète ni de plomb fondu mais une douce odeur de miel en train de mousser dans la cocotte où tomberont bientôt sucre et pommes mélangés.

Faut qu'ça compote” commente mamie Jeanne en se lavant les mains... je sens que le robinet va encore goutter.

Quinze minutes, c'est plus qu'il n'en faut à papi Marcel pour bouter les anglais hors de Saint-Cal et finir son histoire.

Aussitôt j'enchaîne avec une autre : “Papi, raconte-moi celle du pâté aux pommes” et même si la pâtisserie c'est pas son truc, papi Marcel raconte encore la grande épidémie de peste et les bienfaits de notre bonne châtelaine.

 

1630 c'est pas d'hier! Sauf erreur ça doit être un siècle après Marignan et si papi hésite une fois sur deux entre la dysenterie et la peste, on peut dire sans se gourer que ce fut une grosse hécatombe qui a dégommé Saint-Cal aux deux tiers... encore ces foutus tiers!

Dis papi? Pourquoi les notables y s'étaient barrés de la cité en fermant les portes?”

Hum... en interdisant la sortie aux pauvres bougres qui y étaient restés, on pensait stopper la contagion. On appelle ça une quarantaine”

Comme les chiffres et moi ça fait deux je le laisse continuer tandis que des effluves de cannelle mêlées d'un soupçon de vanille envahissent la cuisine.

Difficile de croire que quelques portes auraient suffi à barrer le passage à cette vermine aussi dans la cité barricadée on organisa des processions et on pria beaucoup... je suppose qu'on priait saint Calais - c'est quand même fait pour ça les saints régionaux - et aussi le pape Urbain Huit qui était un pote à Galilée - celui qui faisait tourner la terre - mais autant pisser dans un luth, les gens mouraient toujours.

Le tiers restant de Saint-Cal a dû se serrer la serrure, du moins ceux qui en portaient.

 

Insensible à la “petite” histoire, mamie Jeanne s'est lancée dans la découpe des disques de pâte feuilletée, une tâche qu'elle ne confierait à personne.

Ne cherchez pas ici d'emporte-pièce ou de découpoir, un coutiau pointu bien aiguisé et un bol “à la retourne” suffiront.

Quand papi Marcel évoque la châtelaine, il a les yeux humides comme s'il parlait de son arrière-grand-mère : “ la châtelaine de l'époque fit préparer un énorme brouet, une sorte de pâté fait de farine et de pommes pour les habitants en quarantaine et les sauva ainsi d'une mort certaine”.

Et mamie Jeanne - battant un jaune d'oeuf pour la dorure - de conclure l'histoire : “ ainsi est né le pâté aux pommes!”

Je profite de cet instant de ferveur pour chiper un doigt de compote chaude; mamie Jeanne n'a pas perdu la main et surprend mon larcin : “Alors, voleur? C'est comment?”

C'est trop bon, mamie”

Mamie Jeanne se fiche pas mal des textures, des équilibres et des goûts dont on se gargarise à la télé chez Top Chef. Son alchimie c'est de l'amour dodu et caramélisé, de l'amour fondant comme ses bisous du soir...

 

Barbouiller les bords de chaque cercle, garnir la moitié du disque avec la compote, rabattre l'autre moitié, souder les bords en appuyant avec les dais pour fermer les chaussons... il faut les voir tels deux cordonniers, courbés sur l'ouvrage comme si le reste de leur vie en dépendait.

Le parigot se fait discret et file à la cave là où les chaussons vont aller fraîchir pendant une heure - mamie préfère dire soixante minutes - avant de remonter cuire au four vingt cinq minutes à deux cent degrés... foi de cuisinière en fonte!

Quiconque n'a pas vécu la préparation des chaussons ne peut imaginer l'itinéraire qu'il leur faut parcourir avant de finir dans nos estomacs, sans compter le nombre de fois où le robinet aura goutté.

C'est la seule fois où je suis autorisé à descendre seul à la cave - le sanctuaire de papi Marcel - pour faire de la place aux chaussons. J'en profite pour faire la revue de détail des blonds Jasnières et des Coteaux du Loir jaune d'or alignés comme des soldats dans leurs grandes casernes de métal tendues de toiles d'araignée.

 

Demain c'est dimanche, le premier dimanche de septembre et l'incontournable fête médiévale du chausson aux pommes de Saint-Calais.

Demain on s'arrachera les “sourires” feuilletés de Jeanne, papi Marcel aura la larme à l'oeil au passage de la batterie fanfare et moi un regard toujours suspicieux sur ce tertre féodal de Guillaume que des angliches venus du mauvais côté de la route ont tenté d'investir.

Une fois encore j'éviterai cette question qui a le don d'abougrir les gens d'ici : “Pourquoi on dit chausson aux pommes alors que c'est toujours aux pommes?”

Après tout j'ai beau être un petit-fils de calaisien je suis un étranger, un beudot de parisien même si demain la capitale sera sarthoise et même s'il y a un peu de moi dans ce bel étalage doré et croustillant.

 

Abougrir : énerver

beudot : nigaud

beulot : tas

coutiau : couteau

dais : doigt

éguerziller : hausser le ton

mariennée : sieste

 

 

Vegas sur sarthe

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 13:51

sujet semaines 32 et 33/2017 - clic

Quand le hasard et la faim

Vous jette dans les bras d'une cocotte,

En fonte...

Douteuse, on se confronte

A sa gibelotte

Qui a une tête qui ne vous revient !!

 

On demande les toilettes,

« Suivez les mouches... ! »

Ca vous rappelle un film, lequel,

Avec untel...

Bref, on se trompe et on louche

Sur le cuistot d'opérette !!!

 

Gargote, ma Charlotte

N'allons pas plus loin

Que son lapin

Et vous sa lotte...

 

Une idée chouette...

Avant de partir, ma chère,
Faisons comme dans ce film, qu'il faut qu'on revisionne,

Clic, plus de lumière...

J'entends déjà les jurons de la patronne

Se cassant la margoulette...

 

 

jill bill

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 13:21

Joan Miró - Le carnaval d'Arlequin - clic

sujet semaines 30 et 31/2017 - clic  

Au musée Picasso, la semaine dernière, j'ai vu "Paul en Arlequin", peint par son père.

Picasso a aussi représenté un "Arlequin accoudé" en 1901 en période bleue.

Cézanne peint Arlequin avec Pierrot dans une scène de Mardi-gras; quant au peintre

Florentin Lippi, il accompagne Arlequin de Colombine et je me souviens d'une comptine.

Toujours rococo, ce peintre du dix-huitième siècle abandonne les fresques. Miro surréaliste,

En peignant Arlequin, délaisse  le fauvisme, l'expressionnisme et le cubisme. Comme

Lippi, le peintre de la danse, Degas, donne à Arlequin Colombine comme cavalière.

J'ai pu admirer au Musée d'Art moderne de Paris vendredi dans l'exposition qui le confronte

A l'oeuvre de Balthus et Giacometti, celle de Derain , notamment "Arlequin et Pierrot"

Dans "Pierrot politicien", Arlequin ne semble être qu'un personnage secondaire de Thomas Couture.

Picasso les représente encore tous deux à la terrasse d'un café. André Lhote,

Le théoricien rend hommage à Watteau en peignant un Arlequin cubiste.

 

 

Laura Vanel-Coytte

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 15:49

Joan MiróMélancolique chanteuse - clic

sujet semaines 30 et 31/2017 - clic  

Mélancolique chanteuse des succès d'un passé forcément fantasmé

Joyeuse danseuse qui lève haut les bras en brayant les refrains dépassés

Chanter, c'est comme crier son angoisse mais en ayant l'air enjoué

D'une mélancolique qui cherche à profiter du présent sans tarder.

 

La mélancolique chanteuse veut monter et se prouver  qu'elle peut danser

Sur un fil invisible qui part de ses peurs: revenant comme des vagues iodées

Vers  la plage: nager sur sa musique intérieure, jouer avec l'eau salée

Marcher, courir et  fredonner un air gai pour s'allonger sur le sable enflammé

 

"J'ai la mémoire qui flanche, je m'souviens plus très bien" le musée

Où j'ai vu ce tableau de Miro que ces courbes colorées enchante ma pensée

Ou la ville à visiter pour trouver cette "Mélancolique chanteuse" endiablé

 

Sur la piste surchauffée du bal des pompiers de sa ville dont on l'a rejetée.

 

 

Laura Vanel-Coytte

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 08:18

Salvador Dali - clic - clic

sujet semaines 30 et 31/2017 - clic  

Des centaines d’années qu’il parcourt les mers sans jamais approcher des terres mais ce soir, fatigué et seul, Il est venu me chercher, lui le navire fantôme, perdu corps et âmes en allant guerroyer, je ne sais quel ennemi.
 
Je suis montée à son bord et malgré la tempête, je vogue et vogue encore, ne craignant ni la peur ni la mort. Je me sens bien, la mer me léche les pieds et le vent pousse les voiles vers des horizons lointains. Tout est beau dans l’univers, le ciel, les oiseaux, la mer, éternels mouvements de la vie. Sur ce navire tous mes soucis, toutes mes peurs se séparent de moi et tout doucement sans faire de bruit, la paix s’installe.
 
Elle commence par mes pieds puis doucement mais sûrement, elle monte le long de mes jambes , creuse un petit trou, le temps d’en prendre conscience, dans mon ventre un instant... Puis d’un coup envahit mon cœur de bonheur... Pour finir, elle embrase mon cerveau de mille feux. Dieu que c’est bon... Tout est irréel ici, je suis heureuse. Le temps de réaliser ce qu’il m’arrive, le navire revient sur la plage et me laisse là... abandonnée...
 
Depuis, tous les soirs, je retourne sur la plage et attends... en vain... Il ne viendra plus...
 
Oh ! Toi mon beau navire, tu es parti ailleurs, chercher de nouvelles recrues pour un instant, une éternité. Tu amèneras encore des hommes ou des femmes en quête de guérison en attendant que toi, tu sois en paix.
 
 
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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 16:06

Vladimir Kush - clic et clic 

sujet semaines 30 et 31/2017 - clic  

Il s’était juré qu’aujourd’hui, en pleine possession de ses moyens, et devant un public averti prêt à l’entendre et à l’apprécier, il interprèterait la célèbre suite pour piano intitulée Papillons Op. 2, car cela lui correspondait si bien, lui qui adorait Schumann et sa puissance légère, ses envols éthérés ponctués parfois de notes sonores et frappées comme un grand coup de vent qui viendrait déchirer brusquement l’espace, sans doute pour nous rappeler que la musique n’est pas une succession de sons mièvres, délicats et attendus, mais aussi une affirmation de soi, un désir de l’auteur de surprendre, de déconcerter, de dérouter même parfois son interprète.
 
Cette oeuvre de Schumann, c’était une partie de lui-même, c’était d’abord un bruissement d’ailes, un envol délicat sublimé par l’immensité de la nue, cet effort soutenu de l’insecte pour atteindre des hauteurs infinies, là où tout n’est qu’harmonie et accord. C’était pour lui à la fois le bonheur, la poésie, la plénitude, mais aussi la souffrance, le plaisir de l’effort et de sa récompense. Le papillon à queue avait ouvert grand ses ailes pour plus de nuances, plus de finesse dans la gradation, plus de demi-teintes dans la perception des variations de l’œuvre.
 
Claudio ne sentait plus son être, pas plus que le contact de ce dernier avec le siège en velours noir. Tout son corps s’était tendu en arrière, ses yeux fixaient une hypothétique ligne qui se situait bien au-delà des limites de la salle. Puis, dans la suite d’accords du milieu, après les audacieux arpèges frappés qui la précédaient, il esquissa un sourire que personne ne remarqua, en dehors du personnel resté de ce côté des coulisses. Puis ce fut un long moment d’extase, suivi par une suite d’accords plaqués qu’il avait étudiés tant de fois avant de les interpréter d’une manière aussi mécaniquement parfaite.
 
Ensuite Claudio oublia tout, et même jusqu’à son nom : où il était, qui il était ; son visage s’était brusquement éclairé d’une étrange lumière, son corps s’était détaché de la salle pour aller vivre sa vie de papillon, dans les hautes sphères de la planète. Seules ses deux mains étaient restées là, à leur place, et évoluaient sans lui, au rythme des variations de la pièce, avec ses pleins et ses déliés, ses points d’orgue, ses piqués, ses legato … Lui, de son côté, vivait une autre histoire, aussi jolie, aussi étonnante, mais à mille lieues de cet endroit fermé et rempli de visages inconnus, qui semblaient l’écouter avec tant d’attention.
 
Soudain, la musique avait cessé, le rideau s’était fermé, un tonnerre d’applaudissements avait immédiatement suivi. Puis le rideau tout doucement s’était rouvert. Le piano était toujours là, magnifiquement décoré à l’image d’un gigantesque papillon prêt à s’envoler lui aussi pour le Grand Voyage. Quant à Claudio, il était déjà ailleurs, bien loin des mélodies terriennes, il avait rejoint d’autres musiques, d’autres contrées où le chant des Etres infimes rejoint et dépasse parfois celui des Hommes, en des harmonies si simples et si naturelles qu’elles ne nécessitent ni virtuosité, ni maîtrise ni talent si ce n’est celui du cœur.
 

Schumann Papillons Op. 2 clic

 
 
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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 12:54

Les valeurs personnelles - R. Magritte - clic

sujet semaines 30 et 31/2017 - clic  

Dans le cadre de leurs études, des camarades avaient pour leur professeur eu à faire une enquête auprès de personnes âgées vivant avec le minimum vieillesse. Une étude au croisement de l'économie et de la sociologie du travail et de la redistribution.
Leur travail d'enquête s'appuyait sur un questionnaire détaillé avec des questions à choix multiple puis des questions ouvertes, afin de permettre des comparaisons et des statistiques. Le troisième moment, un entretien libre, était le plus exaltant et le plus difficile.
Quand elles rentraient de ces journées, nous avions pris l'habitude à plusieurs copines de les accueillir à tour de rôle sur le lit d'une de nos chambres qui nous servait de canapé, autour d'un bon thé fumant.
Souvent elles s'effondraient et restaient de longues minutes sans rien dire. Nous respections ce silence dont elles avaient besoin, comme un sas de décompression. 
 
Nous savions qu'ensuite elles parleraient, un besoin pour évacuer tout ce stress qui à l'époque (nous étions dans les années 70) n'était pas encore nommé.
Leur lieu d'enquête était une maison de retraite pour anciens artistes, créée et fonctionnant grâce à quelques autres artistes philanthropes, plus chanceux et/ou meilleurs gestionnaires.
Que l'on se rassure, nos camarades ne nous ont jamais livré de noms. Elles étaient bien entendu tenues de respecter l'anonymat des enquêtés, qu'ils aient ou non connu la célébrité d'ailleurs. 
C'est le troisième moment de l'enquête qui était souvent délicat. Ces vieilles dames (dans le spectacle comme ailleurs, les femmes vivaient déjà en moyenne plus longtemps) n'étaient pas avares de confidences. Pour une fois que l'on s'intéressait à elles, comment ne pas user et abuser de cette écoute inespérée.
Presque toutes avaient connu une gloire durable ou plus éphémère au temps du cinéma muet ou de celui d'avant guerre ou du Music-hall et du Cabaret dans leur âge d'or. Elles avaient toutes eu, à une époque plus ou moins éphémère eu sinon le monde à leurs pieds, du moins le tout Paris.
 
Le fracas brutal de leur chute ou leur déchéance progressive avait souvent fait des ravages.
Nos camarades rentraient lessivés de ces entretiens débordant souvent d'aigreur, de mesquineries envers leurs co-locataires imposées, de hargne envers ceux qu'elles évoquaient en souvenir de leurs jours de stars.
Leur cadre de vie, sans être luxueux (on ne faisait pas alors dans la démesure) leur apportait un confort largement suffisant, tel celui de notre résidence universitaire. A ceci près que leurs appartements (une chambre ou un studio) y était beaucoup plus spacieux que nos 8 m2 réglementaires, sans compter les salons communs (salle de lecture, boudoirs, salle de musique ...)
Non, ce n'était pas leur misère physique qui était pénible, si l'on fait abstraction des marques du temps et des excès sur leur corps. C'était la misère morale et la solitude intérieure de ces femmes qui avaient mené une vie de luxe et l'avaient pour certaines brûlé par les deux bouts.
Le récit de leurs nostalgies et regrets, l'étonnement qu'elles n'avaient rien anticipé, c'était cela qui était éprouvant à entendre.
 
Voire, nous le devinions quelquefois aux récits de nos copines, leur désarroi de voir certains mythes (on employait alors l'expression de monstres sacrés, c'est tout dire) que nous avions admiré à la télévision ou même sur grand écran, ou écouté en disques, s'offrir à leur vue, se livrer en mots dans toute leur décrépitude. Et même sans pudeur ni retenue tant ces vieilles femmes étaient avides d'un public, tant la gloire les avaient submergées sans précaution.
Et puis, au beau milieu de ce spectacle affligeant, qui leur serrait un coeur encore plein des illusions de la jeunesse, une petite vieille pétillante, certes plus souvent second rôle et réduite à jouer les utilités, ne regrettant rien, se délectant de bribes du passé, se satisfaisant de son sort.
"Y a pire, n'est-ce pas ? La solitude, la vraie ....  la misère, la faim ... la rue ..."
leur faisant l'offrande avec générosité de ses souvenirs heureux et du sel de sa vie présente, voire de sa sagesse acquise chèrement.
 
 
En hommage à Jeanne Moreau qui a eu la générosité d'apparaître en vieille dame en maison de retraite et de prêter ainsi son talent à un premier film en 2015,
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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 17:13

             Un soir que les cerisiers étaient en fleurs et que le rossignol chantait, enhardie par la bouteille d'aquavit qu'ils venaient de siphonner sous la tonnelle, Germaine dit à son mari :

- Jules, très cher, ne croyez –vous pas qu'après dix ans d'hymen nous pourrions peut être  laisser tomber nos voiles et nous montrer enfin l'un à l'autre ?

Ils le firent

et c'est ainsi qu'on passa à l'expressionnisme

René Magritte, Francis Bacon et Edward Munch

Emma

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 09:42

La clef des songes - R. Magritte - clic

sujet semaines 30 et 31/2017 - clic  

Je suis une vamp à talons aiguille

Et je te promets la lune.

Perché sur cinq centimètres,

Je t’allume avec mon sourire

Rouge baiser cerise.

Viens voir ma lune,

Moulé dans une robe

Caresse mes formes.

Avec mon caractère lunaire,

Tantôt chatte, tantôt tigresse,

Je te veux et te repousse.

Dans la lune, je te laisse

Par une nuit de pleine lune

 

Voir l’arrière de mes talons aiguilles

 

 

Laura Vanel-Coytte

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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 10:35

La condition humaine - R. Magritte - clic et clic

sujet semaines 30 et 31/2017 - clic  

L’art est une fenêtre

Ouverte sur le monde

Extime et intime

Des paysages

Des autres

Et de nous-mêmes ;

Leurs différences

Et leurs ressemblances.

Des liens qui se tissent

Entre ici  et un ailleurs proche

Et lointain, un horizon infime

Et infini de nature,

De sensations et de culture.

Un autre monde si intense

Compliqué et facile.

Il suffit à cette heure

D’ouvrir la fenêtre. 

 

Laura Vanel-Coytte

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29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 19:47
Gediminas Pranckevičius - clic

sujet semaines 30 et 31/2017 - clic  

-  Les translateurs pour la nage trois sont priés de se rendre sans ultime-atom à la porte d'embaumement violette. Les translateurs pour…
AOUM s'extrait souplement du compartiment d'attente, défroisse d'un geste rapide son combinux puis va déposer son ultime-atom sur le tapis volant. En louvoyant habilement parmi les bans de touristes, elle parvient la première devant le serf-baire de faction à la porte violette. Elle y introduit sa quartpus et finalise les formalités.
 
Nom ?
- JE
- Accole nom ?
- AOUM
- Période de péremption ?
- Deuxième Saturnade de Julius XZP
- Pistil ou étamine ?
- Etamine
- Bien, votre entité est compadiskée. Avant l'embastisage, veuillez vous rendre au binparme et vous immerger totalement. Bonne nage.
 
AOUM sent monter en elle une tension euphorique. Elle tirelise depuis tellement de satures pour s'offrir cette nage ! Enfin, le grand moment est arrivé. Le binparme n'est pas une temporité très agréable, du moins au goût d'AOUM, mais elle suit à la lettre les instructions distillées par MAA TROON, un imposant pistil. Elle plonge dans la cuve d'extraits de fleurs lyophilisées, laisse son entité s'embaumer d'un parfum entêtant et, soulagée d'en finir avec ce cérémonial indispensable, elle cède la place à un autre translateur. Son combinux fluocarisé par le binparme colle au moindre pore de son aura et lui donne un joli teint violine. Déjà, AOUM sent les bienfaits de ce ressourcement dans l'amniose originelle. Son entité est plus compacte, son palpitant plus léger.
 
- Humono JE ?
 
Peu aguerrie aux technologies des nouveaux nages-opérators, elle sursaute en percevant la voix suave qui l'interpelle. Mentalement, elle y répond par l'affirmative et suivant les directives télépathiées elle s'installe à bord du Batis, à dextrio, deuxième allée côté hublot. Rapidement, toutes les places sont occupées par des humonos d'origines diverses : une famille de sanfrais, un couple liendaustra, un groupe de jeunes doises...
AOUM est ravie, elle aime ce brassage d'humonos, cette variété d'entité. A ses côtés, un pistil talri s'est installé. Lui aussi irradie des ondes violines et à leur contact AOUM est transportée de joie.
Le départ est imminent, le Batis vibre doucement, il exécute un quart de tour sur lui-même puis s'enfonce dans le Grandindigo. La voix décompte les étapes : premier sous-mair, deuxième sous-mair et ainsi de suite. Les yeux fixés au hublot, AOUM découvre émerveillée des mones âgées de plusieurs centaines d'années, des étoiles-filaments de toutes les nuances et le plancton composé d'éléments à l'origine des humonos, qui nourrissent encore et toujours des chats-poissons et autres animus.
Une lueur lointaine devient à chaque sous-mair une clarté de plus en plus lumineuse et bientôt la voix annonce : - le Batis entre en @.Bis. Nous avons été ravis de vous compter parmi nos translateurs et nous vous souhaitons un bon séjour à @.Biscyti.
  
@.Biscyti, enfin elle y est ! Son ultime-atom récupéré au passage du tapis volant, AOUM se dirige sans tarder vers le but de sa nage, vers ce lieu tant de fois rêvé et évoqué, le quartier de l'Encan dans le centre-cyti. Comme elle l'espérait, elle y découvre ABÂ, le commiprise délégué par Nepséidon, grand seigneur d'@.bis. Une foule cosmospolite se presse autour de lui attirée par la cédation à l'encan des trésors découverts dans les profondeurs sous-grandindigotes. De tous côtés, des humonos collectors et des @.bicotes férus d'antiquités lancent d'une voix haute des montants que notent les sbires dévoués à ABÂ. Celui-ci, d'un air blasé, clôture l'enchère et une @.bicote visiblement batte de sa chance se voit remettre une amphore d'un étrange vert céladon en échange d'une liée d'humos.
 
AOUM observe les transactions tout en se dirigeant vers les trésors mis à l'encan. Ancre rouillée, bouteilles, statuettes de bronze, pièces de monnaie se suivent à l'infini mais elle n'y prend garde. Son gépéèce intégré à son combilux l'oriente irrésistiblement vers un petit coffret désuet. Intriguée, elle l'ouvre et comprend en une temporité-éclair ce qu'elle attendait de cette nage trois. Surtout, surtout, il lui faut cacher son soleil interne et d'une démarche chaloupée, elle se loigne du coffret. Son palpitant cliquote à un rythme soutenu et son beau teint violine vire au carmin.
 
Ainsi, la légende des JE disait vrai, la médacoration magique, emblême et puissant bénéfe de la famille s'était bien perdue lors d'une nage agitée par un tourbillon sous-grandindigote en des temps lointains. Il est impératif qu'elle regagne sa place parmi les siens. Commence alors pour AOUM une longue sature. Quand vient enfin la présentation du petit coffret, elle interpelle le commiprise ABÂ en lui tendant un parchemin très ancien qu'elle a extrait de son ultime-atom. La foule se tait, intriguée par cette cédure inhabituelle. Après avoir pris connaissance du parchemin testant de l'appartence du coffret à la famille JE, ABÂ s'incline devant AOUM et procède à une cédation en règle au nom de Nepséidon.
 
- Gloire et vie au grand seigneur d'@.bis, grâce à lui et à l'encan, ma famille va retrouver sa dignité.
AOUM a prononcé ces mots de sa belle voix virile. Elle doit à présent rejoindre au plus vite le Batis, l'effet propice du binparme a tendance à se dissiper et les saintômes de la présurateure se font ressentir. Dans quelques saturnes, le temps de remonter tous les sous-mairs, AOUM aura rejoint les siens et, sa mission accomplie, elle pourra enfin envisager de séduire un pistil et de devenir père.
 
 
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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 20:56

Dali, le sommeil - clic

sujet semaines 30 et 31/2017 - clic  

 

Il est encore quelque part

Un pays, ou une histoire,
De coupeurs de tête
Bien drôles de poètes... !
 
Un désert macabre
Qui se nourrit d'aventuriers
Décapités au sabre
A ne rien y gagner
A y perdre la vie
Sans façon, sans pareil
Sur de la fourche à momie
Séchés au soleil... !
 
Salvador, tu n'as pas honte
Me crie ma mère l'Oye
Lire semblable conte
A cauchemarder, ma foi !
 
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