atelier d'écriture en ligne
Hier matin le facteur m’a tendu une enveloppe au format inhabituel et quelques feuillets publicitaires puis en s’éloignant m’a souhaité une bonne journée. Depuis ce moment, j’ai chaud, j’ai froid, je vogue ici et là, hébété.
Amalia, ma douce cousine Amalia… nous avons eu la chance de vivre une jeunesse merveilleuse…
Toi et ta sœur Pia, moi, mon frère Kristian et notre petite sœur Sonja, si proches qu’il nous semblait être une unique famille tant nos jardins étaient proches et nos mères, sœurs jumelles, interchangeables et attentives à tous. Nos pères, complices et joyeux lurons, n’étaient, quant à eux, jamais en reste pour organiser un pique-nique suivi d’une partie de pêche ou une fête folle dans notre grenier aménagé en mini salle de spectacle.
Passé sainte Lucie et ses bougies, les soirées d’hiver nous retrouvaient agglutinés auprès d’un feu de bois à lire ou à chanter après avoir passé la journée à l’école ou dans les coteaux enneigés.
L’été nous regroupait à l’ombre des arbres pour de joyeux goûters souvent boudés par nos pères qui préféraient se rafraichir d’une ou deux Carlsberg sous la tonnelle du potager.
J’ai chaud, j’ai froid. Une vague odeur de brioche à la cardamone titille mes narines. C’était ton quatre heures préféré… il y a si longtemps que je n’en ai plus dégusté…
Amalia et Lars – Lars et Amalia
Les plus jeunes n’étaient pas dupes. Kristian, par taquinerie ou peut-être par jalousie d’ado boutonneux, avait gravé nos initiales A et L enserrées dans un cœur sur le tronc blanc d’un bouleau.
Amalia, tu étais si jolie sous ta capeline ou ton bonnet de laine. Jolie cheveux au vent et combien attirante.
Quand ta mère nous a surpris, serrés peau contre peau dans la resserre à bois, elle n’a pas prononcé le moindre reproche. Peut-être aurait-il mieux valu ?
Tu as été placée comme nurse dans une famille de diplomate et moi, j'ai été engagé comme matelot sur un cargo. L’un et l’autre nous avons parcouru le monde. Toujours séparément.
Amalia, ma douce Amalia…
Nous ne nous sommes jamais revus.
Björn, ton mari, était finlandais.
Ania, mon épouse, canadienne.
A notre manière nous avons tous quatre été heureux, n’est-ce pas ?
Aujourd’hui, le facteur m’a fait un signe de la main mais ne s’est pas arrêté.
Aujourd’hui, comme hier, j’ai chaud, j’ai froid.
Aujourd’hui, je suis vieux et riche. Riche de souvenirs…
Aujourd’hui, Amalia, un peu de moi te tiendra chaud là où pour toujours tu vas...
Mony
Sujet semaine 31-2015 clic