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atelier d'écriture en ligne

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L’autel des livres. Pascal

 

Récemment, en Hollande, j’ai eu l’occasion de visiter la bibliothèque de Zwolle. Depuis Bagga, (banlieue de la ville) l’agence de voyages avait collé à mes basques, un guide ; non, ce n’était pas Nathalie, c’était l’incontournable Ruth…

Un lieu de culte, devenu un lieu de culture, la Célébration au service de la Connaissance, tout cela ne me semblait pas très chrétien… Alors, dans le port d’Amsterdam, ils mettent des marins qui boivent et dans leurs églises, des architectes qui conçoivent...  

 

L’espace d’Absolution reconverti en un vaste domaine de lecture, bien loin des Saintes Ecritures, était pris d’assaut. C’était plein de mécréants à l’intérieur ! Ils chinaient partout comme des vulgaires voyeurs ! Et que je t’écarte deux reliures, et que je te déplie un vieux bouquin, et que je te relis une quatrième de couverture avec un aplomb de conquérant ! Balzac, Musset, Sand, Giono, réunis ici en conclave et traduits en batave ! Adieu, les alexandrins, les bons mots, les chatteries, le lyrisme !...

 

Malgré les peintures récentes et les boiseries modernes, il planait dans la nef des parfums de cierges de Pâques. Les visiteurs ne sentaient rien ; ils avaient tous le nez dans les pages et la tête dans les voûtes. C’était donc ça, le Grand Schisme…

Mais quelle était donc la relation sublime entre les livres et les églises ? La Lumière à la portée du troupeau ?  Le silence ? Le recueillement ? La solennité ?  Détail amusant : les gens parlaient deux fois plus doucement… On entendait seulement le froissement des pages tournées et c’était des envols d’anges affolés dans les arcades. Quand ils payaient leur achat à la caisse, c’était comme s’ils donnaient à la corbeille de la quête…

 

Ma guide zwollandaise, investie de sa mission divine, me serrait de près comme si j’allais lui piquer un bouquin. Avec ses galons filasse sur ses épaulettes, elle se le jouait grosse légume… « Hé, miss *Mata Hari, vous n’avez donc pas fini de m’espionner ?!... Je n’y comprends rien à tout votre baratin néerlandais !... Même les images pieuses de vos recettes de cuisine me donnent envie de jeûner !... » Il fallait voir son sourire de *Gelvude Speculaas ; au fond de sa bouche, on apercevait même une ou deux molaires en réparation… « Et les cartes postales ?... » « Sur la gauche, *meneer… » « Et les plans de la ville ?... » « Sur la droite, meneer… » Avec son accent à couper au couteau, elle était incollable, ma Ruth nationale… « Et les rosaires ?... » Avec un chapelet de gros mots d’autochtone et des *christenhond à répétition, elle chercha la traduction dans son petit dictionnaire…

 

Une bibliothèque, c’est un hall de gare et les livres, ce sont les tickets de départ. De temps en temps, il passe un chef de convoi ; sa casquette étoilée annonce un voyage sidéral… Un livre, c’est une étoile. Quand on le tient dans la main, en pleine lecture, on est en relation directe avec son monde. Victor Hugo, c’est une constellation ! Jules Vernes, c’est un météore ! Balzac, un signe du zodiaque ! *BHL, un trou noir… Une bibliothèque, c’est un firmament et quand on lit un livre, on a la tête dans les étoiles…

 

Dans une église, c’est pareil. Le temps d’une petite prière à l’endroit, on a une vue imprenable sur le Paradis et toutes ses douceurs. On a quelques frissons de Bénédiction et on repart dans le monde tout gonflé d’une atmosphère salvatrice jusqu’au… prochain péché. Aujourd’hui, les gens ne savent plus prier ; leurs prières sont des réclamations égoïstes à Dieu et quand un gamin se tue dans un accident de bagnole ou qu’il se noie dans une piscine, c’est forcément de sa faute ! Ce n’est tout de même pas lui qui conduisait la voiture et s’il marchait sur l’eau, il n’a pas construit la piscine, merde !...  

Pleutres, les gens demandent à Dieu ce qu’ils n’osent pas s’avouer. Il est devenu l’épouvantail de service. Quand tout va bien, on ne le connaît plus et quand tout va mal, on le balance en première ligne…

 

En grattant sa moustache blonde, ma Batave aux seins doux cherchait à percer mes mystères d’apôtre défroqué…

 

Ici, les atlas étaient derrière les glaces, les livres de guerre, à côté du reliquaire ; dans le tabernacle, c’était le livre sacerdotal et sous les grands orgues, on avait les éditions musicales ! Vous cherchez le crucifix ? Derrière la pile des Astérix ! Les clochettes pour l’Elévation ? Du côté des livres de science-fiction ! Et les livres de messe ? Ils sont entre les bouquins sur Jaurès et des œuvres de fesses ! Les auteurs athées avaient pris de la hauteur. Par ici, les libertins, par là, les voltairiens ! Saint Jean l’Evangéliste, le patron des libraires, y reconnaîtra les siens… Imaginez, posés ici dans un ordre emmêlé, le Kamasoutra en trente-deux volumes, les œuvres érotiques d’*Elisabeth Vanasse, du marquis de Sade, de Guy de Maupassant ?...  Il y avait  de quoi foutre le feu à toute la bibliothèque ! Pour chasser mes démons, j’ai réclamé la Bible ; elle était indisponible, en rupture, chez Stock… Espiègle, je cherchais des livres sur les Guerres de Religion… Dans un coin de l’église, il y avait une grande table, des verres et des assiettes. Tout le matériel de Cène, me suis-je dit…  

 

Soudain, il m’est venu une question essentielle… Est-ce qu’on peut prier Dieu dans une bibliothèque et lire dans une église ?... Dieu, il s’en fout. Lui, il est partout puisqu’on le trimballe en permanence avec nous. Il n’y a qu’à fermer les yeux pour mieux le voir. Cette église, elle doit être remplie de vrais livres d’Amour. Le soir, à la lueur des vitraux en flammes, toutes les étagères doivent scintiller de ferveur, tous les rayonnages doivent chatoyer d’auras passionnelles, tous les tréteaux remplis de bouquins doivent danser des valses pétillantes. Roméo rejoint Juliette, Tristan donne la main à Iseult, Bonny embrasse encore Clyde, Persée charme Andromède et, naturellement, Adam surveille Eve…

 

« Dieu, t’es là ?... » ne puis-je m’empêcher de crier au Ciel de l’église…  « Tous les jours, meneer, de neuf heures à dix-huit heures, sauf le dimanche… » répondit mon cerbère à triple menton. A la sortie du bâtiment, il n’y eut pas de miracle. Quand, miséricordieux, je voulus embrasser cette preuse coquette, pour la remercier de sa causette, elle a promptement tourné la tête. Tant pis pour elle. Je voulais l’emmener manger des frites chez l’Eugen ; avec quelques bières, à la place des vieux trams incolores, j’aurais peut-être vu des étoiles, dans ses yeux bleu-Mer du Nord. Au retour, avec quelques florins, j’ai planté Ruth à Bagga…

 

 

Pascal.

 

 

*Mata Hari : Véritable hollandaise 1876-1917       

*Meneer : Monsieur     

*Gelvude Speculaas : Pâtisserie hollandaise       

*Christenhond : Chien de chrétien

*Elisabeth Vanasse : Ecrivaine de livres érotiques    

*BHL : Bernard Henri Lévy

 

 

sujet semaine 36/2015  - clic

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R
Quel roman, si beau que pendant une demi heure j'ai oublié la douleur de ma molaire! chef d'oeuvre médical, ou illusion d'optique comme nous le propose cette nef égarée en toiture de gare, ou encore en hôtel où des trains impossibles déversent leur marchandise et leur public. Jeu sur la lumière et jeu du sacrifice qui permet de monter les marches, volontairement placées au centre des allées, orientées vers les sphères inaccessibles, pleines de rêves ou issues des rêves. Et pour oublier la mort qui pousse à se hisser toujours plus haut, on a éclairé les arcs pensifs...ça y est, j'ai fini: ma molaire se rappelle à la pensée...
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P
Je n'ai pas tout compris mais ça doit être bien; les rages dehors valent bien les rages de dent. ;-)
M
En Hollande, on dispute le terrain à la mer et on utilise judicieusement tous les lieux.<br /> J'ai des doutes qu'on y lise beaucoup Giono ou Sartre mais ce qui est certain, c'est que le florin est relégué aux oubliettes depuis le passage à l'euro:)
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P
Merci Mony pour ces informations si légitimes...