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atelier d'écriture en ligne

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De la grappe à la cave de garde. Jeanne Fadosi

De la grappe à la cave de garde.   Jeanne Fadosi

sujet semaine 39/2016 - clic

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Il avait fallu plusieurs longues années de soins pour épierrer et assainir le sol. Quelques années de patience encore, des plants aux fruits.
Chaque année ensuite, tout au long des jours, les pieds étaient choyés et les mystères du ciel scrutés entre angoisse et espoir selon ses turbulences.
Il avait fallu une semaine à cueillir les grappes prometteuses, à fouler à pieds nus les grains ronds énivrants, déjà.
D'autres gestes quasi rituels pendant le temps des cuves.

Ici chez nous, loin de là-bas, le temps fébrile d'attente, entre le passage annuel du visiteur, devenu ami au fil d'une longue habitude, et l'arrivée des barriques commandées
Calmer encore l'impatience des petits et des grands avant la mise en bouteille.
Croiser les doigts pour qu'un temps frais et sec soit de la partie.

Ce jour-là était bien plus qu'une réunion de famille laborieuse ! Une cérémonie payenne joyeuse, emplie de rires autant qu'une ruche active.
Les bouteilles soigneusement lavées et séchées au soleil, miroitant sur leur if de ferraille.
La canelle bien étanche, emplir au goulot sans rien perdre du précieux nectar ; Laisser la juste distance entre liquide et base du bouchon. C'était l'affaire des plus grands !
Sans hésiter, d'un geste net et franc, enfoncer droit le bouchon de liège. Etape délicate et cruciale dont dépendait la qualité de la garde du vin. Corvée réservée aux plus adroits, que je me fis un point d'honneur d'égaler pour accomplir ce qui me semblait être un privilège, en dépit de mon jeune âge.
Badigeonner l'étiquette de colle à l'amidon, ne pas la coller de travers, ni trop haut, ni trop bas.
Enfin, délicatement poser la coiffe et la collerette d'étain.
Cadence soutenue et bien synchronisée, rythmée par des chansons.
Interrompue soudain par un juron quand un geste de la chaîne humaine défaillait, en rompant l'harmonie, bouchon de travers, giclée mousseuse entre goulot et canelle mal refermée ; ou trop tard, ...
Fou rires ...

Récompense de la collation et le droit, enfin, pour les grands, de goûter à la dernière bouteille, forcément incomplète. ... juste un doigt pour la petite ! (maman disait un dé à coudre)

Les oublier encore, plusieurs années souvent, dans le frais idéal du caveau bien conçu.
Rares les initiés au secret jaloux de son astucieuse serrure.

 

 

Jeanne Fadosi

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X
Plaisir de voir pousser<br /> Plaisir de faire<br /> Plaisir de déguster<br /> Que de plaisirs que rien ne saurait remplacer
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V
Savoureuse description d'un cérémonial ancestral.<br /> Chez moi on collait les étiquettes au lait... pour le plus grand plaisir des chats :)
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A
Très belle évocation de cette noble activité, aussi symbolique que la fabrication du pain.
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C
Tout un art, de la préparation du sol à la mise en bouteille et tout un art aussi de savoir aussi bien nous en retranscrire, avec âme et poésie, toutes les étapes. Chloé
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L
Merci pour ce délicieux souvenir, des images d'un précieux "vécu".
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J
Un travail en famille, que dis-je une pièce de théâtre sur le thème de la vigne... ;-)
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