atelier d'écriture en ligne

sujet semaine 49/2016 - clic
Le dimanche matin, nous nous partageons les tâches ménagères. Ma femme fait le ménage, moi le marché. J’emmène notre fils pour éviter un nouvel accident domestique. Une fois, à cause de sa manie de jouer par terre, nous ne l’avions retrouvé qu’en vidant le sac à poussière de l’aspirateur. Il était moins une. « Ne traîne donc pas toujours dans nos jambes ! »
Nous arrivons tôt. Les marchands sortent des cafés de la place et s’en vont finir de décharger leurs camionnettes et d’installer les étals. La poissonnière fume une cigarette, du haddock et des maquereaux. La volaillère s’en grille une en rôtissant des poulets. La maraîchère, qui se plaint qu’il n’y a plus de saisons, dispose des cageots de pommes de terre nouvelles et de carottes anciennes et se dépêche d’asperger les laitues hâtives et les radis tardifs. « Attention à ne pas marcher dans le crottin, petit », dit le crémier, qui en fait tout un fromage. La vendeuse de fruits arrive en barquette et offre une cirafine et des mamours au gamin. « Tu dis merci ? »
Nous entrons dans un bar pour patienter au chaud. Je prends un café, mon fils commande un biberon avec du chocolat. Le barman se trompe et lui sert un coca cola. « Cho-co-lat. » « Colat, papa. » « Cho-co-lat. » Ça viendra. A la rentrée, c’est l’école.
Les chalands commencent à se presser sous la halle. J’attrape le panier encore vide d’une main, mon petit trésor de l’autre, et j’entame le tour des commerces. Ma femme a fait la liste, il ne faut pas grand-chose. Des tomates, des cerises et des cailles farcies. Je termine par la poissonnerie, où je prends des iPad de 9,7 pouces, encore ruisselantes des eaux de la mer de Chine, des iPod avec 32 Go de capacité, rouges comme des araignées de mer, et une poignée de coques d’iPhone, qui luisent comme des homards. Mon garçon pleurniche, et j’ai oublié d’emporter des gâteaux. En plus, il fait ses dents. Je lui donne un iPad pour patienter et lâche sa main le temps de faire une carte bleue.
Quand je me retourne, je vois qu’il s’est allongé dans l’allée, ah, cette manie !, et joue avec la tablette au lieu de la grignoter. « Tu t’es tout sali, mon chou maritime ! Maman ne va pas être contente. » Mais à la maison ça sent l’encaustique et Maman est de bonne humeur dans son tablier à fleurs. « Tu es tout décoiffé, mon chou frisé. » Pour les habits, elle dit que ce n’est pas grave et qu’on va faire une machine. « Au fait, chéri, j’ai oublié de le mettre sur la liste. Tu as pensé à acheter une iPad de chocolat ? »
Bricabrac