atelier d'écriture en ligne

sujet 12/2018 - clic
Et voilà, c’est reparti pour un tour !
J’en arrive à prendre en grippe ces dîners de famille auxquels ma mère nous convie deux ou trois fois par année.
- Tu exagères, me dit Lou, ma compagne, ta mère est une fine cuisinière et ton père un amateur de vin professionnel.
Je ne relève pas l’amateur professionnel, après tout à chacun ses marottes langagières. Ma sœur et sa tarte Tintin (régression ou besoin de se rendre intéressante aux yeux de notre mère, spécialiste de la tatin au dessert ?), la tante Marie et son indétrônable boîte de praniles de chez Faure (serait-elle dyslexique ?) mais le summum c’est l’oncle Jacques qui le détient avec son "Sous les pavés, la plage. Moi, mon p’tit, j’ai fait mai 68" odyssée qu’il réussit à placer à n’importe quel bout de phrase. Quand j’étais môme cela passait à la rigueur les barricades et les pavés descellés, les CRS et les fumigènes…
Mais là, j’avoue, je sature !
Pour compléter le tableau il ne cesse de dénigrer tout ce que j’entreprends : "Ah ! bon, tu vis de tes gribouillages à présent. Et ce n’est pas interdit de barbouiller sur les murs"
Il n’a aucun goût artistique et il entend m’imposer ses vues, limitées, il faut bien l’avouer.
Que je gagne confortablement ma vie, que je sois un artiste reconnu dans le milieu du graff ne peut effleurer son esprit borné, que l’on me paie pour réaliser une fresque géante ou décorer une entrée de musée lui fait dire que de son temps on proclamait "l’art c’est de la merde"
Il vient de remettre le sujet autour de la table. Mon père, comme par hasard, a quitté l’assemblée pour aller chercher une bouteille de derrière les fagots. Quels fagots ? Je n’en ai jamais vu à la maison et ma mère a levé les yeux au ciel. Pour une fois ne pourrait-elle pas fermer le bec de son frère et prendre ma défense ?
Lou m’a envoyé son coude dans les côtes pour que je contienne ma rage ce que j’ai réussi à faire non sans glisser innocemment "bah ! sous les pavés la plage et puis il est interdit d’interdire" ce qui a eu pour effet de faire hocher la tête à oncle Jacques et à lui faire perdre le fil de sa diatribe.
Petite vengeance, avant-goût de ce qui l’attend quand il se retrouvera devant son garage.
Jacques, Marcel de son deuxième prénom, y découvrira tracé de ma plus belle bombe "J’emmerde mon oncle Marcel"
Se doutera-t-il que le tag lui est destiné ?
Allez, je reprendrais bien volontiers un bon morceau de tarte tatin, moi !
Santé, Jacques-Marcel !
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