atelier d'écriture en ligne
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sujet 09/2021 - clic
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De la colline où a été construite notre maison, depuis des générations nous avons à perte de vue l’océan. Chaque jour l’immensité immuable de celui-ci me laisse perplexe. Plus je l’observe, plus je le découvre.
Mon aïeul avait fait construire sur l’arrière de la maison, face au nord, à la mer infinie, aux vents froids venus du cercle polaire un bow-window assez grand pour y poser une longue-vue sur trépied, une table de travail et son fauteuil où pendant longtemps il avait noté les passages des bateaux grands ou petits, paquebots ou bateaux de pêche. Après lui, son fils et ainsi de fils en fils ou gendre, les cahiers ont continué à se remplir des passages de navires et d’anecdotes les concernant. Chacune de celles-ci étaient le fruit de leur observation. L’imagination n’était pas de mise.
Aujourd’hui ces cahiers, écrits d’une belle écriture cursive aux volutes d’un autre temps, et d’autres à l’écriture plus moderne trônent dans les rayons de notre bibliothèque.
Parfois un historien, un curieux de la marine nous demande de pouvoir les consulter. C’est d’ailleurs souvent le même registre qu’ils souhaitent étudier.
En janvier 1933, le paquebot l’Atlantique en route pour Le Havre prend feu à l’ouest de Guernesey. Pendant des heures le bâtiment dérive vers les côtes anglaises. Mon arrière-grand-père note les feux des remorqueurs arrivant à la rescousse, la cacophonie des secours. Un remorqueur à l’avant, un à l’arrière et chacun tirant en sens inverse. C’est un invraisemblable imbroglio avec au centre un incendie gigantesque en miroir sur l’eau. Puis soudain, au bout de quelques heures un bâtiment de guerre arrive et fait évacuer l’Atlantique sur Cherbourg.
Les journaux de l’époque ont largement écrit sur cet évènement et sur les marins disparus. Pourtant les cahiers de mon aïeul font toujours recette. La minutie des descriptions et la justesse des évènements en font une pièce maîtresse dans l’histoire de cette tragédie marine.
Moi j’aime surtout lire les récits des petits côtiers partis aux aurores, rentrés avant la nuit avec leur pêche que les femmes iront vendre sur le port dès le lendemain. Un pan de vie quotidienne qui met en lumière des gens ordinaires dans une vie ordinaire et dure. Parfois c’est l’échouage de l’un d’eux qu’on peut y lire ou un homme tombé à la mer lors d’une tempête ou encore le bateau qui ne rentrera pas. Aucune mention de son retour dans les cahiers.
Ces évènements qu’on ne lira jamais dans les livres d’histoire qui font pourtant l’histoire d’un pays, d’une région, d’une famille.
L’Entille