atelier d'écriture en ligne
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sujet 20/2021 - clic
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En ces temps anciens où Frères de la Côte et corsaires se livraient des combats sans merci pour arraisonner les navires de passage, les premiers pour leur profit, les autres soi-disant pour le profit de leur roi, la Isla de la Tortilla était un repaire de flibustiers des plus apprécié, un havre de luxuriance végétale et animale à l’exacte confluence de tous les courants océaniques.
Ces courants ramenaient de tous les points de l’horizon des épaves diverses et variées que la mer recrachait sur le sable fin. Les femmes, les enfants et les hommes condamnés à rester à terre après une blessure de trop étaient devenus habiles exploiter ces fortunes de mer, créant un artisanat local prisé des indigènes avec qui ils cohabitaient, ce qui donna l’idée aux capitaines des bateaux d’embarquer des cargaisons à troquer contre du rhum, des vivres et des armes dans d’autres ports d’escale.
Puis les temps ont changé, mais pas les courants qui ont continué à déverser leurs trésors improbables sur le rivage, dont la plupart, au fil des siècles, alimentaient en grésillant d’étincelles de sel les foyers des cheminées et des cuisinières.
La vie avait doucement évolué sur La Tortilla. L’économie locale avait su préserver son artisanat, le bois flotté ne finissait plus au feu et était habilement transformé en objets d’usage ou décoratifs que les embarcations de passage contribuaient à faire connaître très loin de leur lieu de naissance.
Hélas, il arrivait de plus en plus de déchets sur la côte, et parmi eux de plus en plus de ces choses que les habitants prirent d’abord pour les méduses, certaines translucides, d’autres jaunies par le soleil, avant de s’apercevoir qu’il s’agissait de drôles de chaussures, droite ou gauche, petites ou grandes, qui avaient flotté jusque là, roulées par les flots, poussées par les vents. Ne sachant pas comment les utiliser, puisqu’elles étaient dépareillées, ils en firent un tas qui grandissait au fil des années, et qui se mit, il y a quelques temps, à prendre des couleurs, le transparent ne semblant plus avoir la vogue dans ces lointains où on oublie ses chaussures sur la plage. Parfois il arrivait qu’on reconstitue une paire, mais souvent il aurait fallu aller trop loin dans le monticule pour trouver.
Internet ayant fini, lui aussi par débarquer sur La Tortilla, un autochtone plus imaginatif que les autres lança alors l’idée d’une boutique en ligne pour apparier des sandales orphelines, pour une somme modique, puisque la marchandise ne leur coûtait rien. Un tri drastique, une belle présentation, quelques photos, et le succès fut au rendez-vous !
Ne dit-on pas qu’on finit toujours par trouver chaussure à son pied ?
Le blog de Galet