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atelier d'écriture en ligne

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La Rue Cognacq-Jay. Pascal

 

 « Attention !... On prend l’antenne dans quelques secondes !.... »

 

« Trois, deux, un, zéro… »

 

« Bonsoir mesdames et messieurs, bonsoir les mélomanes avertis, bonsoir les enfants… Nous sommes en direct et, ce soir, nous allons vous emmener découvrir de nouvelles contrées musicales, ces intonations forcément particulières, celles cachées derrière des frontières lointaines et nous vous garantissons un dépaysement total. Pour cette unique représentation mondiale donnée par le grand maître tibétain « Chan Kar Ravi », nous avons planté nos caméras dans l’église abbatiale de Saint Locdu l’Ermitage, aux confins du Bas Jura oriental.

Pour être certains de ne rien vous faire manquer, nous avons installé trois caméras fixes et deux caméras mobiles qui surprendront les plus petits détails du concert.

La mise en scène, toujours impeccable, est supervisée par monsieur Karil Setouferre. Au chapitre des lumières, nous retrouvons nos spécialistes habituels : Alfred Néon et Alain Candessance. L’éclairage étant assuré par toute une batterie de luminaires de nouvelle génération que gère à la perfection notre bienveillante équipe technique.

Et vous les avez reconnus, entre tous, bien sûr. Les décors sont de Roger Harth et les costumes sont de Donald Cardwell. Vous remarquerez aussi l’austérité du site et le dépouillement dûs à l’œuvre majeure qui va être interprétée dans quelques instants sous nos yeux… Quoi ?... Comment ?... Ha… on me demande de rendre l’antenne pour un court instant publicitaire !... Cher public attentif, nous serons de retour dans quelques minutes pour l’ouverture de cette étonnante sonate, œuvre majestueuse, s’il en est, du grand maître international « Chan Kar Ravi »… A vous, la Rue Cognacq-Jay…

 

Ho, punaise, ça caille sous les arcades de cette vieille église !... J’ai les pieds gelés !... T’as un remontant, un petit tord-boyaux de derrière les fagots ?... Regarde !... Les Saints sont glacés dans leurs vitraux, ils sont collés au bleu indigo et l’auréole falote est leur véritable brouillard !... Tu parles, le seul chauffage dans cette église, ce sont les quelques cierges allumés !... La direction de la chaîne ne m’a pas fait de cadeau avec cette œuvre lyrique, c’est ma première retransmission en direct… Passe-moi la fiole… »

 

« Trois, deux, un… »

 

« Chers téléspectateurs, nous voici de retour en direct dans cette fameuse église médiévale rustique où les sons sont… somptueux… Dans quelques instants, nous allons assister, ensemble, à cette unique et grandiose représentation venue d’outre…, de très loin, avec l’excellentissime, le bien nommé, le grand maître « Chan Kar Ravi » qui a fui  son pays pour ne plus vivre sous l’intolérable joug de l’oppresseur chinois mais… mais on me signale, dans mon casque made in Taiwan, une rupture du faisceau électrique due à une modulo fréquence watt métrique à injonction insonore biphasée latérale… Toutes nos équipes de dépannage sont à pied d’œuvre pour tout remettre en place… Sur vos petits écrans, je vous propose donc notre interlude rébus ; allez, en avant pour le petit train !... A vous, la Rue Cognacq-Jay !... »

 

Je me suis paumé trois fois avant de trouver ce bled pourri !... Il n’est même pas indiqué  sur nos cartes Michelin !... Faut des bottes pour pas s’enfoncer ici !... Passe-moi encore un coup de remontant, un coup de gnole ou autre chose, juste pour me réchauffer les boyaux !... T’as mangé, toi ?... Moi ?... Rien !... Même pas un bistrot d’ouvert, un vrai désert, ce patelin !.... Passe un coup à boire !... »

 

« Trois, deux, un… »

 

« Rebonsoir mesdames et mes… demoiselles !... Oui, les messieurs aussi…

Les gars du terrain ont réparé le bastringue et tout a l’air de fonctionner correctement !... Vous avez trouvé le rébus ?!... Il était coton, celui-là, hein ?!... Bon, si tout va bien et s’il neige pas ce soir, on va avoir droit à la p’tite sonate du bonhomme ! Il est pas gros, mais il paraît qu’il touche sa bille, le beau bonze !... L’a fait ses études dans les plus grandes lamaseries du pays, le loustic !... Tu penses bien !... En solo, dans ses hautes églises himalayennes, il fait pleurer son Bouddha !... Si c’est pas du talent ça, je n’y comprends plus rien !... Quoi ?... Comment ?... On me signale, dans mon casque intégral, des interférences dues à un orage au-dessus de la capitale !... Ben alors, je rends l’antenne : à vous les studios de la Rue Cognacq-Jay, mais n’ayez crainte, public chéri, on va la reprendre !...

 

‘Tain, plein le cul de ces reportages à la con !... Sont même pas capables de nous donner l’antenne une heure pour la moindre musiquette !... Ils la gardent comme si elle était à eux !... Envoie la gnole !... T’as vu ?!... Il reste stoïque, le musico, il va chercher loin ses partitions, tout au fond de son âme !... On dirait une photo, papier glacé, tellement il doit se cailler les miches !... Il doit avoir son thermostat intérieur réglé à fond pour ne pas glaglater !... T’as vu son piaf ?... Il paraît que c’est son diapason !... Il lui refile le la quand il le siffle !... Passe-moi un coup à boire, que je siffle aussi… »

 

« Trois, deux, un… »

 

« Bonsoir again, m’ssieurs, dames ; faut être bien courageux pour glander encore devant votre télé !... Bon, je résume pour ceux qui n’étaient pas là… Y’a un gugusse qui va nous entonner une chanson de son patelin lointain ; avec son violoncelle à trois vitesses, il paraît qu’il peut dérider même notre bon Dieu !... Oui, il est « the first class in the world » !... Mais il doit être un peu engourdi à cette heure tardive, le bonzman ; il tient la pause comme un manutentionnaire de chez Renault en piquet de grève devant son usine à accessoires !... Il doit avoir aussi une tonne de revendications au bout de sa chansonnette, le transfuge !... Mais… mais qui me parle si fort dans le fond de mon casque high tech ?!... Je suis en pleine retransmission, merde !... Oui, c’est les caïds de la Rue Cognacq-Jay ?... Je bosse, moi, j’ai un reportage sous le coude !... Quoi ?... Comment ?... Vous allez encore nous faire chier avec vos pubs de merde ?... Faut rendre l’antenne ?!... Ben, prenez-la !... Excusez, cher public conciliant : vous savez, ce sont les aléas du direct !... Les gros bonnets de Cognacq-Jay balancent leurs pubs, faut comprendre, c’est ça qui nous fait bouffer aussi !... Faut pas l’oublier !... Allez, à plus !...

 

Envoie la gnole !... Il me fait de la peine, le loulou de Poméranie, avec son instrument !... Il devrait y foutre le feu pour se réchauffer ou se pendre avec les cordes !... T’as vu ?... Il se déride envers et contre tout, dans sa Ford intérieure : il a du ressort, le bonze bi latte… Il arrive encore à sourire nonobstant toutes les emmerdes accumulées du moment. Tu parles, par rapport à chez lui, ce doit être de la rigolade tous nos gentils contretemps de pacotille !... Là-bas, les tortionnaires les coupent en deux juste quand ils éternuent en tibétain !... Dans ces contrées, il paraît que t’as plus intérêt à naître vautour que moine : tu vis plus longtemps !... Vaut mieux monter au Ciel avec des ailes qu’avec des ad patres !... Merde, envoie la bouteille, je commence juste à me réchauffer !... Tu crois qu’il picole, le bonze musicologue ?... Et si on allait lui refiler une bonne rasade pour lui expliquer l’hospitalité vraie de notre pays ?... Il sera peut-être ravi, not… Chan Kar !... »

 

« Trois, deux, un… »

 

Hé oui… c’est nous !... Bonz…oir, chers télé… tateurs !... Tout le personnel de la télé est en place pour vous raconter… quoi déjà ?... Ha oui, de la zique !...  Z’avez de la chance, on n’est pas en grève, ce soir !... Ha, ha !... Quoi, ta gueule ?... On est à l’antenne ?!... Et alors, je t’emmerde !... Et la liberté d’expression ?!... Y’a un pov type, un étranger pas d’ici, qui va jouer un morceau de sa musique que personne comprend. Il doit être congelé à cette heure de glaçon, le croque-notes !... L’est frigorifié, le bonhomme n’est pas laid !... Pourtant, il est courageux, le preux !... Il s’est figé sur son outil comme une froide neige persistante de mi avril !... Donne vite des sous à son moineau pour qu’il s’achète des graines, toi !... Quoi ?... Comment ?... La Rue Cognacq, trois… étoiles ?... Vous voulez reprendre l’antenne ?!... Hé ben, prenez-la, foutez-la où je pense et faites l’avion avec jusqu’en… Népalie !... Désolé… tateurs !... Je dégueule l’antenne non, je rends l’antenne !... A vous… les studios !… Nous, on va trinquer avec le… Dalaï-lama… »

 

Pascal.

 

 

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J
<br /> Comme dit Emma cela ne nous rajeunit pas. le rébus, le petit train d'interlude, voire la mire quand plus d'autre signal ne passait ... et en toile de fond, l'habitude de la petite goutte ...<br />
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E
<br /> tu sembles en connaitre un bout sur les milieux du spectacle et des  médias, Cognac Jay, ça ne nous rajeunit pas !!!!<br />
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M
<br /> La rue Cognacq - Jay, toute une époque et avouons-le un nom qui pousse à picoler.<br /> <br /> <br /> Merci Pascal de tenir si agréablement l'antenne en ces temps de grands silences.<br />
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