atelier d'écriture en ligne
porté par un vent qui l’éloigne des côtes,
l’esquif s’enfonce aux confins
des paquets gluants et glacés s’agrippent aux rafales
embruns incandescents
l’acier gémit et résiste
il s’est amarré de cordes au bastingage
ce pénis de pierre accouché de la roche
son œil jaunâtre qui balaie le déchaînement
comme un doigt de tempête
farouche et avide
les planches se déchirent
et voilà la terre
ce crayon de granit à la mine balbutiante
le flot est prétentieux
il gravit de l’intérieur ce pieu comme un défi
et le vent qui s’acharne, fait trembler l’édifice
le phare est vide
certainement les fantômes
qui veillent sur le verre et l’état de l’éclat
cette peau liquide n’en finit pas de remuer
l’orage qui scintille aux frontières des paupières
il observe, il scrute
les mois qui passent
sculptent à ses joues d’autres chemins
cette nuit-là était autre
fragments de roulis
écailles mouvantes qui se dessinent
la mer accouche
les yeux rongés de sel, rouges comme la veine
juste guetter la brillance ponctuelle
du faisceau aveugle
figé d’errances projetées
il l’espère s’approcher, crever l’ombre, dévoiler sa présence
écorce tremblante qui balbutie aux jugements
parfois aux replis de l’étoffe
la vague qui suinte, relents de poissons oubliés
écrasés sous la botte d’éphémères voyageurs
elle s’esquisse si fragile si furtive
transparente aux tourmentes
et lui qui tend les mains
encore la nuit à cogner la roche
à rêver d’impossibles courbes
si lentes et sereines
elle va venir, c’est sur…
cette bave d’écume au repli d’une lèvre
des souvenirs balancés, ressac d’amertume
il descend titubant, ce lancinement de marches
elle a gravi le derme
une main habillée de terre et d’eau
cette boue qui le dévore et le ronge
il chancelle sous le déferlement
il l’attend depuis si longtemps, viens…
une silhouette diaphane
comme sous le trait d’un peintre halluciné,
se dessine habillée de brume et d’écharpes nacrées
elle est là, c’est sur…
toute trempée et déjà ses cheveux qui volent
derrière lui ce trait de roc
la houle gueule, le froid en guenilles
sa peau rêvée jusqu’aux frissons
filets de vents, coraux cristallins et salés
l’écume tâtonne, les éléments forniquent
c’est elle c’est sûr…
Daniel