atelier d'écriture en ligne
Mon thérapeute est plein d'humour ; j' y suis très attachée, même si parfois je le trouve bizarre. Il se nomme
monsieur Lard alors qu'il est maigre comme un passe-lacet ; je ne sais pas où il va chercher ses concepts mais j'avoue que j'ai un faible pour l'originalité de sa démarche.
Lors de la dernière séance il m'a proposée de me livrer à un petit jeu ; "un jeu d'attachante décontraction" a t-il
dit ...
Mais comment une personne à qui vous confiez vos troubles les plus secrets pour ne pas dire suspects peut-elle vous
proposer une décontraction amusante et ... salissante ?
Je vous explique ; je suis maniaque, extrêmement maniaque et c'est devenu quasiment un handicap de vie. J'ai
développé depuis des années une véritable phobie...
Le problème chez moi c'est que ça prend des proportions inquiétantes, étrangement troublantes car je ne supporte pas
la moindre petite tache. C'est d'ailleurs pour cette raison que je consulte chaque semaine.
Mon thérapeute, probablement lacanien met sans cesse l'accent sur l'accent justement :
- Absence ou présence de circonflexe ? me demande-t-il constamment et il sourit tout seul sur son gros fauteuil
mêlant des suppositions de panique et de flemme pour ma pathologie.
Les thérapeutes parfois sont tellement narcissiques qu'ils s'approprient nos émois pour les détourner en sourires
circonstanciés ou alors se sentent obligés de faire des expériences pour peaufiner leurs recherches théoriques.
Il m'agace, il m'agace ... mais ...
Il a néanmoins réussi à me faire accomplir une chose insensée.
Regardez bien cette photo ; c'est moi !!!
Incroyable, n'est ce pas !!!
Je vous explique.
La semaine dernière, il m'a accompagné dans un atelier.
J'ai revêtu une tunique et un pantalon blanc symboliquement proche de la camisole.
J'ai du détacher mes cheveux, renverser la tête à l'avant et à l'arrière pour me décoiffer totalement puis tremper ma
chevelure devenue hirsute dans différents seaux de peinture acrylique et frotter ma tête contre le mur de haut en bas de droite à gauche.
Une musique de plus en plus rapide accompagnait mes gestes ; c'était terrifiant.
Je devais rester les yeux clos.
De temps à autre, je poussais des petits gémissements.
Était-ce de la honte, de l'angoisse, du plaisir, je ne sais pas très bien.
Toujours est-il que la séance dura une heure ; une sonnerie stridente retentit à la fin du temps écoulé. Il me fit
sortir de la pièce, toujours les yeux fermés, et me dirigea vers une salle de bain ; j'eus le droit de prendre une douche, de me rhabiller et de sortir.
Quelques jours plus tard je reçus ce cliché chic et choc par voix postale et j'avoue que je suis restée bouche
bée.
Je crois que je suis guérie et que je vais sans plus tarder me mettre à la tâche : est-ce l'art ou Lard qui m'attend
au tournant ...
Annick SB