atelier d'écriture en ligne

sujet 10/2018 - clic
Je n'avais gardé que la maison de Cape Cod, cette maison de famille noyée dans un océan de verdure et de prairies entre dunes et marais, le "bateau" comme nous l'appelions à l'époque avec son bardage délavé et ses moulures anciennes.
Elle était trop grande pour moi seule mais je m'y étais toujours sentie bien, aussi loin que je pouvais remonter dans mes souvenirs d'enfance.
D'origine portoricaine, la famille d'Hector avait migré sur nos terres depuis des décennies et si le gamin que j'avais connu était devenu un homme un peu bourru, il s'était pris d'affection pour Diana ma chienne colley et cette complicité nous avait vite rapprochés.
Il avait fort à faire sur le domaine mais s'accordait du temps pour jouer avec Diana après sa journée de travail.
S'il parlait peu ses yeux en disaient beaucoup, un regard aussi doux que ses mains étaient rugueuses et j'aimais ça.
Je suspendais alors l'écriture de mon roman et descendais les rejoindre sur le seuil au soleil couchant.
Quand Diana commençait à se lasser du jeu, je montais le coeur battant dans ce qui était resté ma chambre de jeune fille où Hector me rejoignait pour faire l'amour.
Je ne saurais dire exactement comment c'était arrivé ni pourquoi à cinquante cinq ans j'avais autant besoin de sexe, toujours est-il que je ne vivais plus que dans l'attente de ces orgasmes qui nous laissaient pantelants sur le lit dévasté dans les doux reflets du crépuscule et les parfums d'herbe surchauffée...
Mon roman avançait bien et j'y mettais autant de fougue que dans nos étreintes; je retrouvais l'enthousiasme de mes vingt ans et cette folie qui m'avait quittée après mon mariage.
"J'avais fait du thé" grommela Hector en m'enlaçant un peu brusquement.
Hector faisant du thé, c'était irréel... tout me semblait irréel sauf cette brutalité feinte et ces rudes mains de paysan qui déferlaient sur ma gorge, mes seins, mes hanches, comme les vagues atlantiques qu'on aurait du entendre s'il n'y avait eu mes plaintes et son râle puissant.
Je réalisais qu'il y avait urgence à s'aimer et c'est cette urgence qui me tordait le ventre et empourprait mon visage chaque soir.
Hector avait promis de m'emmener cet hiver voir la parade nuptiale des baleines à bosse dans les eaux chaudes au large de Provincetown; la compétition des mâles y était parait-il des plus intenses et ces exhibitions tapageuses m'excitaient comme une gamine.
J'avais de nouveau vingt ans et il y avait urgence.
(lire les suites Les baleines à bosse clic et Anna clic)
Le blog de Vegas sur sarthe - clic