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Sujet semaine 50/2016 - clic
C’était bien la vie avant à La Croix-Rousse. Avant ce mois de novembre 1831 où tout a basculé.
Année 1825. J’ai trouvé un métier, je suis « compagnon » d’un canut, salarié à la journée et payé à la tâche. Il me loge chez lui dans un petit coin de l’atelier, où le plafond est haut à cause de la hauteur des métiers à tisser (les bistanclaques). Ma femme est dévideuse et passementière. On ne gagne pas lourd, malgré nos 14 heures par jour, mais c’est mieux qu’être à la rue.
1827. Ma femme a accouché de jumeaux. Nous avons dû changer d’appartement, le maître-canut ne voulant plus nous héberger.
1830. Les affaires baissent, surtout à la morte saison. Nous voici concurrencés par les métiers à tisser, les Jacquard, les soies venues de Chine, du Japon, que sais-je encore. Les enfants grandissent, ma femme a cessé son travail, il faut encore resserrer la ceinture.
10 novembre 1831. Je n’en peux plus de cette vie de misère. Les salaires ont encore baissé, la concurrence nous ôte le pain de la bouche et le gouvernement nous affame en nous refusant l’augmentation d’une paye qu’il trouve bien suffisante !
20 novembre 1831. Demain c’est le grand jour. Les grévistes cueillent par centaines les collègues à leur machine, ceux qui osent encore travailler malgré le mot d’ordre de nos délégués-ouvriers.
21 novembre. La Croix-Rousse est investie. Mais la garde nationale nous fait barrage, trois collègues sont tués. Drapeau noir en tête, nous marchons sur Lyon pour crier notre colère.
22 novembre. Tous les ouvriers se rallient à notre cause pour nous aider à gagner le combat. La garde nationale passe de notre côté.
23 novembre. Malgré notre victoire, aucune mesure concrète ne vient nous redonner l’espoir d’une meilleure vie.
Cette révolte aura fait 100 morts et plus de 200 blessés.
Semaine suivante : je reprends mon travail.
Je suis loin de me douter qu’une deuxième insurrection surviendra en avril 1834 faisant cette fois 300 victimes et que bon nombre de mes amis seront jugés et condamnés pour la plupart à la déportation. J’y échapperai de justesse. Je chercherai un nouvel emploi pour la sécurité de ma famille.
Qui a dit que le travail de la soie était le plus beau des métiers ?