atelier d'écriture en ligne
Je t’aime. La portée ouverte tambourine, martèle et grave ces deux mots à tous les temps, même aux plus mauvais… Et ces deux notes délivrées se font arpèges sur la gamme de mes sensations toujours renouvelées. Deux petites notes en bémol, en dièse, en majeur et tellement diminuées, s’évadent dans l’unisson sans bien savoir si elles seront la mélodie de tes lèvres... Tous mes instruments sans percussion, attendent pour s’accorder à ton diapason mais, jamais, tu ne me donnes ton la…
Deux petites notes sans abri, sans ut, en mineure, au fond de mes refrains. Elles tentent bien sûr de colporter leurs espoirs vers tes oreilles bouclées… Elles osent quand même et se rapprochent trop prés de ta surdité ambiante. Deux douces petites notes qui volent au vent de tes silences ravageurs, pendues sur un fil et qui ne sèchent jamais…
Je t’aime et leur clé tombe au sol parce que ta serrure est fermée de l’intérieur. La pluie s’amuse à tous les tons et les petites notes se cachent sous tes éclairs et tremblent à ton tonnerre. Tous les orages ont une fin ?... Ces deux notes, je peux les chanter, les crier, les pleurer, les prier mais je n’ai pas la bonne partition et tu ne les entends pas. Je peux les murmurer si prés de ton oreille que tu sentirais un frisson dévaler ton épaule, au galop de ton émotion sauvage… Deux petites notes, libres de vouloir s’accrocher, s’emprisonner et s’harmoniser à un de tes sourires dévastateurs, à ta baguette magique, pour mon orchestre intime…
Alors, la mi, pour toi simplement… ? Et pour toujours, puisque c’est ton désir de me fuir avec tes blancs silencieux. C’est pour ça que ces notes, je les entends si bien. Rien n’est écrit sur ta gamme, c’est le vide sidéral, do ré est la chanson mais elle ne brille pas. Où sont les cuivres, les cornes et les buccins à cinq balles… ?
Les instruments magiques pour la symphonie de ta vie se taisent et mes deux notes viennent te titiller de loin. Je sais que tu fais semblant de ne rien entendre, que tu n’es pas sourde à mes appels, à mes signaux sonores et répétés… Si fa cils pour toi de les peindre et d’en faire deux papillons noirs pour affoler mes notes et les désordonner pour un de tes regards bleus coupants… La sans sol pour me poser, je tombe dans tes abysses admirés encore une fois. La, je plane comme un plongeon qui n’en finit pas, où je redessine dans l’azur des profondeurs, toutes les figures d’un dauphin sauvage et heureux, libre de se crocher dans tes cinq fils pour faire ce que tu veux entendre...
Et ces deux petites notes viennent encore se poser au coin de tes lèvres dans la douceur.
Tu peux souffler dessus, elles chantent encore plus fort, difficile pour la ré. On n’arrête pas un cœur qui transpire dans la fosse quand le rideau se lève... Quand l’orchestre brutalise dans l’harmonie sublime tous les instruments accordés pour un final en apothéose, deux petites notes redondantes viennent survoler l’auditoire conquis pour dire simplement : Je t’aime.
Mi ré dans le lac parfait de tes yeux, je ne vois que l’Amour que je ne peux pas te donner.
Quelques larmes sacrifiées facilement, viennent offenser l’onde timide. Elle s’arrondit en vagues éphémères et navrées… Fa, d’aise en malaises et si, lancent leurs appels de détresse mais se côtoient bientôt au cimetière des arlequins blessés…
Si sous le sol, je peux m’étendre pour ne plus rien attendre, je veux bien alors, me reposer et tuer mes : je t’aime ? Jamais… Do naît encore et mi sourit à l’avenir étoilé…
Tu veux bien chanter avec moi ? Juste deux petites notes qui voudraient se pendre à tes lèvres, deux petites notes qui voudraient t’embrasser, mi mi…
Là, si tu voulais rouler au sol, je ferais sur ton corps, toutes les gammes de tes sensations les plus folles, je troublerais ta vision de la musique et tu n’entendrais plus tes regards. Si mille baisers ne suffisent pas pour coller sur ton corps mes : Je t’aime, je boirai les mers et les océans pour t’offrir ma salive en draps de sel...
La Fable de nos Amours se dessinera de rires et de soupirs, nous inventerons la légende des Amants à l’oreille musicale pour ces deux petites notes si bleues... Et si falaises nous séparent aujourd’hui et sans doute, demain et les autres jours, jusqu’à la grande nuit, tant pis. Je peux rêver à Outrance. Ce pays est sans frontière…
Deux si, deux la, tout ce tralala, si le sol se dérobe, si le Bonheur me fuit, si dorénavant, je dois taire mon cœur de ces arpèges pourtant si nobles et si purs, je sais que nos accords ne seront jamais majeurs.
C’est ma chance et mon malheur d’avoir appris à te soupirer mes je t’aime, sans te faire trembler, sans te désemparer de ta gamme balisée par des notes sécurisées, apprises au solfège de tes certitudes...
Solitaire, parce que solide en surface, je peux te miser au jeu de ma séduction, faire briller mes cheveux blancs pour te laisser croire à ma sagesse mais je ne serai jamais sage. Et je ne serai pas ton héros. La fable ne s’écrira pas, par manque de tempo... Par manque d’audace et de hardiesse... La mine défaite, en fa dièse, c'est-à-dire au sous sol, il est bien tard mon Amour, il est temps de faire do do...
Garde prisonnière la clé, ne l’égare pas au sol, je peux la prendre, facilement. Je connais mes deux petites notes sur le bout du cœur... Je les ai tellement posées sur toutes ces feuilles, bien en rang, dans le désordre de ma déraison. Je t’aime.
Pascal.