atelier d'écriture en ligne
Pour l’oiseau que je suis, je laisserai ici… ces quelques plumes.
Dans la salle d’attente, pour la énième fois, je relisais mon horoscope sur un Paris Match d’infortune. ‘Tain, moi, j’suis Cancer… Tu parles d’une superbe carte de visite !... A quelques jours près, j’étais Gémeaux !... Mais non, j’suis Cancer !... Les saloperies, c’est toujours pour moi !... Mais tous les thèmes astraux des journaux de cette table sont unanimes !... Cancer : c’est la merde…
Moi, je me serais bien vu Balance ; j’aurais mis tout mon poids, celui qu’il me reste, sur le bon plateau et, en cas d’erreur, je serais reparti de l’autre côté !... C’est bien aussi de ne pas savoir ce qu’on veut !... On laisse aux autres le pouvoir des grandes décisions et on les engueule quand on n’est pas content de son sort !... Balance, c’est le cul entre deux chaises, c’est se dire qu’on serait mieux ailleurs, mais qu’on supporte le quotidien par l’habitude de l’aiguille cherchant vainement un équilibre précaire. Balance, c’est sans opinion, c’est sans avenir, c’est sans vœu à exaucer…
Aztèque, chinois, tibétain, mais tous les horoscopes sont formels !... T’es Cancer, t’es Cancer jusqu’à l’os, mon petit !... Faudra te faire à tes reliquats de vie et à ton sacerdoce, faudra te plier aux exigences couperet de ton signe potence ; t’es enfermé dans le bocal, à toi d’accepter ses affres zodiacales…
Non !... Taureau !... Taureau, on défonce les portes ouvertes !... On baisse la tête, on rue, on brocarde, on guerroie, on tue et on réfléchit après !... Taureau dans l’arène de la Vie, sans la corrida, sans les banderilles mais avec l’éventail !... C’est conquérant, un Taureau, ça laisse des traces de rage sur le sable et dans les esprits, ça esquinte et ça pleure sur des plaies ineffaçables, ça rumine des vengeances, ça décompte les pétales des fleurs en s’arrêtant toujours sur : « à la folie », ça fait trembler le sol pour croire reprendre encore une fois… Arcole…
Mais non !... J’suis Cancer, premier des cons !... décan !... Mais ma mère aurait dû pousser plus fort !... Oui, je me serais bien vu Gémeaux !...
Gémeaux, double face, docteur Jekyll et mister Hyde, dans le même bonhomme, dans la même cuirasse ! Gémeaux le magnifique, Gémeaux le magnanime, Gémeaux le preux, celui défendant la veuve et l’orphelin, celui combattant ses chimères, ses tentations, à grands coups de croisades et d’exaltation ! J’aurais été un chevalier de l’absurde, rêveur, idéaliste, irraisonné, justicier autoproclamé : Don Quichotte, quoi !... Le singulier de Gémeaux, c’est quoi ?... C’est… j’ai mal ?...
Mais non, j’suis Cancer, Cancer affublé de mes faiblesses, de mes souvenirs, de mes tristesses, de mes délires !... J’suis Cancer, enfermé dans ma carapace, victime de la maladie du même nom et l’on me croise de loin pour éviter la contagion…
Lion !... Je voulais être Lion, celui à grandes griffes !... Superbe et généreux, extravagant et beau, noble et courageux !... J’aurais coiffé ma crinière dans l’onde des plus grandes rivières !... J’aurais été président de la République pour veiller sur tout ce tas d’imbéciles mélancoliques ; à force de mauvais « je t’aime », j’aurais créé mon triste harem !... J’aurais été un prestidigitateur pour balancer ma poudre aux yeux à tous mes électeurs…
Non !... Vierge !... J’me serais baladé avec une auréole d’église et on aurait cru à toutes mes balourdises !... J’aurais cultivé l’imposture, la pureté et la souillure avec les mêmes sourires d’opportunité !... Vierge, à chaque fois, pour tout recommencer dans la blancheur, l’innocence et l’authenticité !... J’aurais chassé mes démons avec mes armes de candeur et apprivoisé des jupons avec des faiblesses de Seigneur…
Sagittaire !... Sagittaire pour entretenir les mystères !... J’aurais conquis des cœurs à larmes blanches et des corps à la fraîche sueur !... J’aurais mis le feu à la neige de décembre, j’aurais inondé tous les pores de plaisir avec des incessantes caresses d’antichambre, j’aurais tué mes souvenirs sur le tranchant de leurs intarissables soupirs !... J’aurais noyé mes démons en laissant promener ma main sous leurs jupons…
Mais non !... Je n’suis qu’un Cancer !... Je n’suis qu’un insipide soupirant aux sensations trop souvent souveraines !... Je n’suis qu’un démon en cage de ne pas être aimé par cette gamine au trop jeune âge !... J’suis Cancer qui ne sert à rien, j’suis Cancer rongé jusqu’à l’âme, jusqu’à la trame, jusqu’au mélodrame…
Poisson !... Je voulais être Poisson, Poisson sans arrêt, sans arête, sans armistice, sans Artémise, sans armure, pour naviguer entre deux eaux, même les plus troubles, en sous-marin, dans la simili-liberté d’un aquarium malin, aux faux décors de méditerranée, aux vrais rochers naufrageurs de sirènes, aux algues échevelées, schizophrènes, aux succions de coquillages de carène et aux passions fumigènes…
Scorpion !... Pourquoi pas Scorpion à l’âme revancharde !... Celui qui blesse en laissant son écharde, celui qui appelle la camarde avec ses chansons geignardes !... Celui qui ne craint que l’aube blafarde et les décorations pendardes…
Mais je n’ suis qu’un Cancer en déconfiture, un Cancer sans envergure, un Cancer sans augures... Capricorne, Bélier, Verseau, ascendant sain, enfin, un machin d’avenir, avec une feuille de route encore viable, n’importe quoi, je prenais !...
Saturne était en visite chez Jupiter, la Lune s’offrait le luxe de briller dans le soleil… C’est ce que m’expliquait en substance l’oncologue éminent quand il a déchiffré le pénible zodiaque de mon analyse de sang…
Pascal.