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atelier d'écriture en ligne

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Saint Valentin. Pascal

 

        Mon Amour, pour toi je voulais un bouquet merveilleux. J’ai parcouru la campagne, traversé les champs sauvages où les fleurs s’ébattent sans la crainte d’une faux découpante. Si tu avais vu les longs mouvements ondulatoires et revenants des *verdoyances successives s’enroulant dans les talus aux rythmes caressants des fluctuations venteuses... Je courais dans la vague incessante, soutenu par des perpétuels effluves capricieux d’herbe fraîche, transporté par tous ces confus affolements organisés au concert d’ablutions harmoniques musicales uniques. J’étais soulevé sur des obreptices sensations réellement capiteuses, flottant sur la symphonie audacieuse des candides parfums libérés.

 

Dans l’élan arachnéen de ma démarche emballée, je flattais les pétales découverts et les corolles offertes au bout de mes doigts brillants de poudre d’or. Une troupe de coquelicots séjournait en rouge convalescent, blessés par l’éclatement soudain d’autres bourgeons plus vifs et plus charnus sur leurs nombreuses tiges graciles enlacées. C’était une imposante plantation farouche et envahissante occupant en rangs serrés le talus en conquérante assidue.

Le vermeil des pétales éclatés gouttait sur l’herbe tendre comme une offrande, un sacrifice, un culte consenti à la gloire éphémère, à leur émancipation primesautière. C’était une révolte passive, calme et rougissante, un incandescent imbroglio harmonieux dissipant ses nuances frivoles et révolutionnaires au doux tourment des impressions empourprées du champ, un massif corallin agité par les convulsions droguées des vagues montantes dans les vibrations métissées des fleurs vivantes.

Les coquets coquelicots délicats s’ébattaient courtoisement aux chansons troublées de leur propre audition picturale mouvementée, estampillée dans la champêtre harmonie inaugurale de l’instant passant.

Mouvante, la flaque de sang végétale s’empreignait au sol, comme un lac entreprenant, une marée étale, entre les premiers bleuets affleurant cette démonstration victorieuse du printemps. Ce bleu indigo se délayait sans réellement se mélanger aux coquelicots. Il gardait sa couleur naturelle comme un drapeau pastel d’une autre contrée paysagère presque virtuelle. Moins voyants, plus brillants, ils ponctuaient le champ idyllique avec d’autres signalements olfactifs plus chétifs. J’avais l’impression illusoire de créer le parfum fragile qu’ils exhalaient en bleus au cœur si près de mes émotions romantiques exacerbées...

Et ces centaurées couraient, immobiles, en mimant des escalades de vallons accueillants et des dégringolades de talus frissonnants trop émus d’être parcourus par ces attroupements bleuissants. Tous les duels enfiévrés de territoires colorés, toutes ces joutes inextricables au précepte éternel de la nouvelle saison réveillée se mélangeaient pourtant dans d’autres couleurs plus insaisissables, plus éphémères et plus magiciennes.

 

Les fleurs croisaient le vert et il naissait des myriades d’étincelles enflammées en paillettes aurifères au pied de leurs tiges embarrassées, plantées sur leur parterre. J’ai pensé à des écus lancés au ciel comme des rançons d’une gloire passagère, des oboles de fin de messe jetées dans une corbeille quémandeuse ou encore à des pépites surgies de la terre, attirées par ces rassemblements versicolores... C’était des boutons d’or…

Ils se distribuaient intégralement à la vue des jeunes assaillants soudoyés en s’affirmant dans la couleur ensoleillée, en se partageant comme des butins déjà butinés par des abeilles précoces et en multipliant la richesse champêtre dans d’infinies collusions truculentes.

Les troupeaux de nuages insistants, passants ou pressés décoloraient toutes ces pigmentations allumeuses dans des dégradés impressionnants. Les ombres fugitives se poursuivaient dans le champ conquis en taisant momentanément les lumières florissantes projetées ou en ravivant des enluminures mordorées dans des perspectives d’animations bariolées.

 

Les reliefs vallonnés étaient changeants. Pourchassés, tantôt bleu de grande marée, tantôt rouge vif sertis d’or et pliant dans des révérencieuses postures apprivoisées, ils laissaient au ciel admiratif, en délicate communion consentie, des jeunes mouvances passionnées presque charnelles. J’étais l’intrus voyeur et pervers avec mes seules prétentions augustes de novice cueilleur de tendres primevères en brassées pleines de pensées heureuses et en paquets de violettes peureuses pour éclairer amoureusement ton visage et tes joues poudreuses que j’imagine, déjà rosies d’effronterie timide...

 

Je n’ai pas pu te raconter avec des mots élégants, sur cette feuille de papier printemps, les intransigeantes araignées et leurs broderies savantes, aux perles de rosée captives, et aux éclats adamantins jusqu’aux premiers rayons de soleil souverain ; je n’ai pas pu t’expliquer le vol haletant des papillons frondeurs quand, enivrés, ils cherchent assidûment d’autres pistils érigés pour s’arrimer en chargement de pollen sans nulle pudeur ; je n’ai pas osé te retracer le vol d’une hirondelle, celle qui a traversé le ciel quand le ressac du champ s’offrait en d’autres algues pittoresques, découvertes à la caresse du vent.

 

Pour nous, c’est la Saint Valentin tous les jours. Alors pour cela, je courais depuis le matin. Mon Amour, à ma manière, à l’encre buissonnière, je t’ai offert un bouquet de fleurs printanières…

 

Pascal.

 

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J
l'encre buissonnière, joli et émouvant
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T
J'en veux un comme ça !
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M
Les fleurs fanent, les écrits restent...
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C
L'encre buissonnière... comme c'est joli !... Ton texte est étourdissant de senteurs et de sons...
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J
Oh la bienheureuse...<br /> Si un jour tu publies un recueil de tes textes je prends une option.
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P
Merci Josette, c'est un grand compliment. 1300 textes, 500 poèmes, ce sera un recueil en forme de dictionnaire... :)