atelier d'écriture en ligne
Il ne faut pas faire une généralité de sa propre expérience, surtout si elle est malheureuse, et c’est une hérésie de la colporter au monde comme la seule Vérité vraie. Un bouquet de fleurs, cela ne se réclame pas, il vient seul. Il pousse dans le cœur de celui qui l’entretient pour être flamboyant à chaque désir, à chaque seconde, à chaque soupir. Arrosés d’orages de Passion, nos jardins secrets sont des allées de trésors aux extraordinaires tonalités ; on ne cueille pour l’être aimé que ses meilleures orchidées. Un baiser, cela ne se quémande pas ; libre et sauvage, furtif et désireux, il va, il vient se poser tout seul sur nos lèvres parce qu’un regain d’amour, une faiblesse vaillante, une délicatesse volontaire, une attention supérieure.
Pour recevoir, il faut savoir donner et tout ce qui n’est pas donné est perdu. L’Amour et son certificat de longévité, n’est pas un tribut, un devoir, un impôt, une soumission, une obligation et la Saint-Valentin, c’est le signal printanier pour retrouver ces enchantements fondamentaux ; c’est se redire ce fameux « je t’aime » sans l’ombre d’une quelconque hypocrisie ; c’est retrouver une complicité peut-être émoussée et l’aiguiser au fusil de baisers fougueux.
Le Temps devrait se mesurer en mots d’Amour, en « je t’aime ». Il est douze « je t’aime » et quelques chaudes caresses au clocher de l’Eblouissement. Heureux ceux qui s’aiment d’un regard, d’un souffle, d’un rire, d’un silence. Heureux ceux qui se ressemblent et s’assemblent sur la piste d’une même danse, d’une même chanson, d’un même refrain, d’un même univers. Ils se découvrent dans les Ténèbres mais inondent leur Vie de Lumière.
La Saint-Valentin n’est là que pour réactiver cet Amour devenu ordinaire de toute la routine insidieuse que les jours transportent. C’est s’asseoir dans un coin de confidence et murmurer ensemble les mêmes secrets, les mêmes allégeances ; c’est oublier les tourments et redevenir amants ; c’est souffler de concert et gonfler la voile du même bateau. Sans Amour, la Vie est informe et vide ; elle est l’Enfer.
Si je pouvais, au calendrier, il n’y aurait que des Saint-Valentin. Chaque jour nouveau serait le quatorze février. Tôt le matin, on se dirait des « je t’aime » en étant certains de ces deux mots de consécration. Ils seraient l’aumône du couple et toute leur richesse ; ils seraient comme les gouttes de pluie pendant un orage et qui se rejoignent et s’enlacent pour former une mer de félicité. On les broderait de ses meilleures caresses, comme des habits de douceur et de tendresse. On les réciterait à répétition comme la seule prière véritable sur cette Terre. On se poserait les belles questions :
*« Est-ce que tu m’aimes toujours ?... Du même amour du premier jour ?... » « Est-ce que je te surprends encore ?... Est-ce que tu m’oublies quand tu dors ?... » « Me dirais-tu encore je t’aime si tu devais me rencontrer ?... » « Pourrais-tu passer sans me voir ?... » « Est-ce que tu as confiance en moi ?... »
A nos déclamations, on mettrait du volume, de l’emphase, de la foi, du plaisir. On serait timides exubérants, prophètes pour nos seuls élans, carnassiers, la fleur aux dents. Tard, le soir, on aurait encore des myriades de compliments enflammés, comme des confettis de foire, à nous partager dans les vagues des draps froissés.
A la banque de l’Amour, on ferait fructifier notre Bonheur ! On aurait plein de salive dans la bouche pour tous les baisers en partance d’espoir. Ils trouveraient toujours où se poser ! Là où naissent les frissons ! On les compterait sur les bras, sur les épaules, dans le cou, ailleurs ! On se donnerait la main comme au premier jour ; tu sais, juste pour tenir en équilibre dans ce monde de fous ou se faire passer des fortes sensations amoureuses au diapason des préhensions ! Si elle est une rose, je serais le parfum ; si elle est la pluie, je serais l’arc-en-ciel, si elle est la nuit, je serais le phare éclaireur ; si elle est la faim, je serais son pain ! Je ne lui porterais que des fleurs à cinq pétales et, chaque fois, j’arrêterais mon décompte sur : à la folie !
On se retrouverait des affinités qui ne meurent jamais, de celles du ciment d’une vie, de celles de monument indestructibles. Sans cesse, on jouerait avec les flèches aiguisées de nos langues ! On les entrelacerait jusqu’à faire rougir Cupidon lui-même ! Au chœur de nos cœurs, à l’unisson donc, on aurait la même partition et les petites notes affolées courraient sur la gamme comme des soubresauts de volupté intense. « Je t’aime » On ne s’épuiserait jamais de ces deux mots redondants ; ils seraient le sésame d’une vie de Bonheur, à l’abri des vicissitudes de la jalousie, de la méchanceté, des erreurs, de l’Ennui.
On aurait du plaisir à les réciter à tous les temps, du plus-que-parfait du subjectif jusqu’au futur inconditionnel ! On l’apprendrait dans toutes les langues, dans tous les dialectes, avec les accents typiques et les intonations muettes ! « Je t’aime » en flambeau, en étendard, en exergue, en épitaphe, en sérénade, serait notre seule raison d’être.
La Nature a offert à l’humain le pouvoir d’aimer. Ne la décevons pas. Courons à perdre haleine, embrassons la prétentaine ! Ces « je t’aime », les crier sur l’onde et regarder partir leurs ricochets jusqu’aux échos des pierres alliées et les voir revenir amplifiés, énamourés, éternels. Ici bas, si on s’occupait plus à s’aimer, on passerait moins de temps à se détruire. Si je pouvais, je serais contagieux et je laisserais tomber des miettes d’Amour dans tous les yeux. Dire : « Je t’aime » de la Saint-Valentin jusqu‘à la Saint-Glinglin, quel plus beau Festin, quel plus beau Destin…
Pascal.
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*Sardou