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atelier d'écriture en ligne

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Chut... Pascal.

 

Voici le troisième volet de la saga du bonze musicien…

 

C’est un grand plaisir de délirer devant une image, une photo, une peinture. S'approprier la toile de fond, la faire sienne, remodeler le décor dans un contexte extravagant, apprivoiser l'image et l'embarquer dans une aventure, c’est une généreuse contrainte, un heureux défi d'imagination sans limite !...

 

En espérant vous avoir fait sourire.

 

 

Cela nous est arrivé à tous un jour, cette sensation intime, ce contretemps de solfège poli qui tait le bruyant « je » et invite implicitement le « moi » à entrer modestement dans le jeu. Pour changer le monde, il faut d’abord changer soi-même et il faut commencer par se taire…  Ecouter pour apprendre…

 

Chut…

 

Tous les ingrédients étaient réunis pour satisfaire cette inoxydable parabole de Vérité.

 

C’est le temps de la baguette du chef qui tutoie son pupitre en réclamant l’insonorité harmonique à son orchestre et, implicitement au public, avant la démesure, le tumulte, l’envolée lyrique de la symphonie. C’est le temps où le chien n’est pas encore loup mais dont les aboiements sont déjà des prémisses de hurlements. C’est le temps qui sent bon la soupe de légumes qui mijote sur le fourneau et des assiettes creuses qui s’étalent sur la table familiale. C’est le temps où les premières métaphores allumées se baladent en suspension, ne sachant pas encore donner l’illusion de la réalité ou se déplier d’aise dans des comparaisons rêveuses…

 

Chut…

 

A la venue du moine, une caille, symbole du Courage, s’était posée sur les galets pour écouter la sonate en devenir proche. Par je ne sais quelle magie de vieux monastère, sans doute une de ces innombrables prières, ces lamentations revenantes d’antiques pierres, l’animal, pourtant si farouche aux musicalités environnantes et à tout cet assortiment intrépide de sonorités entreprenantes, a tendu le cou dans une interrogation muette et l’intérêt grandissant du spectacle a allongé sa crête…  

 

Archet, violoncelle, musicien, lumière, sérénité, dans l’ordre impeccable de la déclamation harmonieuse, attendaient patiemment l’Unisson silencieuse, celle qui harmonise tous les instruments de la Terre dans la même tonalité. Les couleurs foisonnaient au milieu de leurs propres vibrations, les notes, encore en gestation du ventre de leur instrument, préparaient leurs propres carnations dans l’atmosphère diffuse ; elles allaient se mêler intimement dans le même mouvement. La lumière cachait les ombres dans les plis du costume de bure mais elle en peignait d’autres plus jeunes, plus jaunes, plus en dorures, dans cet imminent futur…  

 

Investi, le poète musicien, à la pose secrète de cette investiture ésotérique, impliqué de grande quiétude, ajustait religieusement sa respiration à la gamme de ses futurs arpèges. Dépositaire de la clé, il réclamait l’Emotion du Silence, celle qui éteint les anhélations et réveille les grands soupirs. Le mutisme précédant la représentation était l’âme musicale prévenante, déjà omniprésente, dans l’aura tactile de la plénitude planante. L’Equilibre Parfait attendait l’ultime harmonie si bien qu’on ne savait plus si la Lumière venait d’en haut ou si elle émanait de la transcendance imperturbable du chantre de l’allégorie…  

On ne savait plus si la musique viendrait de l’instrument ou des ténèbres alentour. Le doute était généreux, l’attente était salutaire, le silence se remplissait déjà des intuitions des impétrants voyeurs…  On ne savait plus rien, on communiait…

 

Le désir est le père de la Pensée et les traductions intimistes se subjuguent en magnifiant l’improbable de superlatifs prodigieux. L’appétit musical donne faim aux oreilles…

 

Un battement d’aile, un soupir, un coup de bec, un geste, un froissement de duvet, un rictus enjoué : le prélude imminent se palpait dans l’ambiance sereine. Si l’imagination guérit le chaos du cœur, quelles allaient être ces notes extraordinaires encore cachées dans l’âme de l’instrument ?...

 

Chut…

 

Les impressions se touchaient, le vide se remplissait ; dans une espèce de nirvana, aux sensations instrumentales, plus rien n’avait une quelconque signification rationnelle. Le monde tournait bien sûr mais, pendant une mesure intemporelle, au gré envoûtant du musicien, à la baguette magique de ses impressions en seule conformité avec ses palpitations initiées…  

 

C’est le fameux moment d’insomnie entre le « prêt » et le « partez ». C’est celui qui inhibe l’expression pour éveiller l’impression. C’est l’heure fatidique où l’on aiguise le Vrai charme, où l’on prépare ses émotions majuscules, où l’on découvre ses perceptions, où l’on se félicite de ses gènes qui mènent au Plaisir… C’est l’heure attentive attendant La réponse à une question qu’on ne s’est pas posée, celle qui habille les rêves et dénude la réalité, c’est l’heure insolite des bons présages qui se réalisent, des enchantements qui aboutissent, des légendes réelles, des insinuations véritables. C’est l’heure du ravissement intrinsèque, des frissons prometteurs, des admirations fascinantes, des apnées involontaires, des bouleversantes exaltations, des embarras enthousiastes, des commotions enivrantes ; c’est l’heure profonde de l’appétence, de l’accordance, du raccordement direct de l’âme à l’Univers ; c’est l’heure inquiète qui n’a pas encore sa contrepartie auditive en flottement, celle qui a oublié le passé, qui ignore le présent et qui envisage ce futur si près avec la quintessence de ses sentiments demandeurs ; c’est l’heure intime où l’on se sent petit avec ses seuls frissons fantassins, ces éclaireurs perdus d’avance, pour défendre seuls ses confidentes frontières charnelles. C’est le dernier intervalle, l’heure muette qui appelle les Sourds et où le Talent est au service de l’Art…

 

Chut…

 

L’archet allait décocher ses flèches musicales et les cœurs percés de Félicité s’apprêtaient à saigner sans rémission d’une douce blessure alanguie. Le soupir se gonflait, l’ambiance était acquise, la première note s’esquissait d’imprégnation aérienne…

 

Pascal.

 

 

 

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A
<br /> J'adore cette invitation au silence ... Chut ... Respect ... <br />
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S
<br /> Ton style descriptif et enlevé m'a tellement imprégnée de l'atmosphère, que j'ai retenu mon souffle jusqu'au dernier mot !<br />
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M
<br /> Oui, tu m'as fait sourire. Ton imaginaire fécond a su ici surprendre la seconde qui n'est qu'attente et promesse. Bel exercice !<br />
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