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atelier d'écriture en ligne

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La cloche. Pascal

 

‘Tain, quand j’étais gamin, heureusement que je servais pas la messe avec ces engins !... Je me s’rais mal vu avec ces clarines entre le confiteor et le sanctus… M’aurait fallu un palan pour actionner les tintinnabulements annonciateurs dans l’église... Aussi bien, j’aurais rameuté toutes les vaches du canton dans l’église… Remarque, elles étaient déjà toutes là, les bigotes, à brouter dans leur missel du dimanche, comme un coin d’herbe de Paradis…

 

A peine rentrées, c’était la baignade dans le bénitier, et il fallait qu’elles aient toutes la meilleure place pour être au plus près de not’Seigneur. Peut-être qu’il les voyait après tout… C’est elles qui en avaient le plus besoin. Les veuves en noir, c’était des veuves noires !... Derrière les grilles de leur fichu, on aurait dit que c’était elles qui avaient tissé leur toile obscure !... Pas cons, les hommes, ils se reposaient au cimetière…

Y’avait l’Eglantine, avec ses moustaches piquantes et ses bas remontés comme des chaussettes de footballeur, je m’en rappelle bien. Quand elle s’asseyait, à sa place numérotée, elle poussait toutes les autres pour poser son gros c… Celle du bout du banc suivait la messe sur un coin de fesse !...

Y’avait la Pivoine… C’est elle qui chargeait l’autel avec des brassées de fleurs !... Que même notre curé était obligé de se mettre sur la pointe des pieds pour reconnaître ses ouailles !... Ha, l’avait l’air fin, notre prêcheur !... Pendant l’homélie, mine de rien, il recomptait son troupeau au milieu de ses verts pâturages.

Finalement, Il n’y a que les bougies qui l’écoutaient. Elles dansaient, elles dansaient au rythme endiablé de ses allées et venues fiévreuses comme si elles savaient tout de ses refrains d’élévation. L’avait le chic pour faire valser les ombres, notre curé. Avec les échos de sa voix, c’était le spectacle sons et lumières garanti dans son église. Ha, ça oui, elles chantaient, les paroissiennes !... Faux, peut-être, mais elles chantaient à l’unisson.

Et la Marguerite !... Jalouse, comme une montbéliarde, elle poussait son mari devant la travée pour ne pas le perdre de vue !... L’était à la baguette, le bonhomme !... Sous le joug, il était prisonnier dans la clôture des bras de sa dresseuse !...

Et la vieille Hortense !... Sur son chapeau de paille, y’avait toutes les fleurs des champs, des vraies !... C’était les quatre saisons sur sa tête blanche !... Elle avait toujours des bonbons pour moi dans la poche de son tablier, juste dessous son gros mouchoir !...

Elle disait que je ressemblais à quelqu’un qu’elle avait beaucoup connu autrefois mais, moi, j’avais toujours peur qu’elle se mouche ou qu’elle éternue pendant la messe à cause des courants d’air !...

 

Y’avait Marie aussi. Mais non, pas celle de Jésus, celle de ma classe…

Elle avait des yeux bleus comme je pouvais m’imaginer la mer. Le teint de sa peau était comme le sable blanc de la plage de cette même mer et elle avait des sourires comme des couchers de soleil… Déguisé en enfant de chœur, je voulais être le prince de son cœur. J’étais beau dans mon costume et j’aimais bien lui compter fleurette…

Quand elle respirait vite, après une course jusqu’au bout d’un champ, derrière un ballot de foin, ou une escalade sur un grand arbre, j’étais fasciné par la pointe de ses seins qui s’énervaient sous son corsage…

 

Et allez, une retardataire !... Et que je me trempe dans l’abreuvoir… Et que ça chante alléluia à la cantonade et que ça laisse courir des rumeurs de bigoterie, comme des meuglements d’étable, dans toutes les oreilles intéressées !... Ha, fallait les voir ruminer leurs vacheries… Le confessionnal ne désemplissait jamais : avec toutes ces égarées, y’ avait beaucoup de cornus…

Mais m’sieur l’curé, j’arrive pas à les soulever de la crédence, ces cloches !...

L’aurait fallu s’y mettre à quatre pour actionner ces bronzes !... Rien qu’au poids, on aurait pu refondre le buste de Napoléon grandeur nature ou, même, quelques-uns de ses canons !... Avec le cuir du collier, maman aurait pu rapiécer tous mes fonds de culotte !...

 

Mais c’est l’bourdon de Not’ Dame ou quoi ?... Aussi bien, j’aurais facilement déplâtré toutes les voûtes de l’église avec mon carillon !... Les saints, dans leur niche, se seraient retrouvés tout déshabillés de leur poussière !... Ils auraient bouché leurs oreilles encore plus fort qu’aux moments de la chorale des bondieusardes !... Je n’ose même pas m’imaginer les vitraux… Ils seraient tombés en confettis multicolores sur les paroissiens !... L’orgue aurait fait figure d’harmonium de salon à côté de mes vibrations !... C’est sûr, j’aurais fait tomber les dentiers, sauter les élastiques et déroulé les bandes molletières !... Aussi sec, Notre Seigneur se serait décroché de sa croix et il serait remonté au Ciel pour de bon !... Terrorisé, jamais il ne serait redescendu !... L’aurait fallu changer des chapitres entiers dans la Bible… Au fait, les tapis devant l’autel, c’était des tapis d’orient ?... De Jérusalem, sans doute…

 

Mais avec cette cloche de Carême, tous les bergers mécréants auraient été à l’apéro dès la messe de huit heures !... Adieu, veaux, vaches, cochons !... A la fleur d’anis, ils auraient oublié leurs troupeaux dans les alpages !... Noël aux glaçons et Pâques au Jurançon !... Mais c’est pour sonner les heures, ce big ben !... Ca tombe bien c’est midi… De toute façon, jamais je s’rais arrivé à la soulever, cette cloche, y’aurait pas eu de miracle…

 

« Allez viens, ma belle Marie, je t’emmène jusqu’au restau. Cette balade dans ce vide grenier m’a donné faim. Allez viens, on va se taper la cloche… Regarde, on voit déjà l’étable… les tables… »

 

Pascal

 

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Q
Oui, bien joué ce traitement du thème !
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V
Truculents souvenirs d'un bedeau?<br /> J'ai bien ri
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T
Magnifique ce... transfert, si j'ose dire. Tu transformes l'église en prairie, les bigotes en troupeau et leurs noms en un bouquet de fleurs. Sans oublier bien sûr le curé en bon pasteur.
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B
Les bigotes qui broutent leur missel , j'ai bien ri, bravo Pascal .
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J
...un vrai régal... je n'ai rien à ajouter au commentaire de Jamadrou<br /> bravo voilà qui me met de bonne humeur ce matin avant de me faire sonner les cloches pour mon retard.
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J
Ah! Pascal vraiment très trop marrant!<br /> les pâturages, les vaches, les cloches, les fleurs des prés, les cornes tout y est<br /> je crois même que tu m'as vu là au fond de l'église à attendre la fin<br /> la morale de ton histoire c'es p't'être que pour trouver compagne, être enfant de choeur c'est encore mieux que meetic et consoeur<br /> Quant à Marie, avec toi elle ne doit vraiment pas s'ennuyer...j'espère que le repas lui a fait plaisir.<br /> Ton texte, un vrai régal!
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J
Hi hi...
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